24-02-2015

Paroles de chrétiens sur la Famille

A845BE6D Un petit bonjour déjà à ceux qui participeront au débat que nous organiserons samedi 28 Février à l’Eglise Sainte Germaine de Toulouse.

Dans une époque où l’on « déconstruit » tout, avec le désir de reconstruire quelque chose ensuite, nous avons certainement notre place dans le Débat sur la Famille.

Un prêtre comme moi n’a pas fondé de famille, et pourtant, sa vie se situe aux croisements… comme Jésus avait d’ailleurs envoyé ses disciples aux carrefours

Le carrefour est un endroit où les gens, après avoir cherché seuls leur route, peuvent éprouver le besoin d’échanger avec ceux qui ont vécu d’autres chemins.

D’autres s’attendent entre eux car nous n’avons pas tous le même rythme.

D’autres sont là parce qu’ils ont perdu le chemin et ne savent plus où aller.

D’autres goûtent simplement ce moment de pause où leurs yeux se portent à la fois sur les images  présentes et aussi le souvenir de toutes les saveurs glanées sur la route.

La première annonce

L’idée nous est venue de proposer ce débat à cause du Synode des Evêques qui s’est réuni à Rome sur ce thème en Octobre dernier. Le Synode reprendra ses travaux en Octobre prochain. Il nous laisse le temps de partager et rassembler quelques unes de nos réflexions.

Je suis frappé par l’intérêt que je rencontre autour de moi lorsque je fais cette proposition. Nous avons tant de choses à nous dire. Il s’agit souvent de personnes qui ont un parcours chaotique : Elles sont heureuses de voir qu’on leur donne la parole. Tous savent le prix de la solidarité et de l’amour vécu au jour le jour, des choses merveilleuses que nous sommes capables de faire les uns pour les autres.

 

Lecteur passant sur ce Blog, tu peux t’arrêter un instant pour donner ton témoignage. Ce sera une façon d’ouvrir le débat que nous ferons Samedi

Publié par Pierre Raffin dans Témoignage | Pas de Commentaires »

21-01-2015

Vision d’un Peuple

 

Manif Charlie à Toulouse

Manif Charlie à Toulouse

Le samedi 10 janvier j’étais dans la rue comme d’autres Toulousains. Un car avait pu me rapprocher du centre ville et je pouvais regarder le nombre inhabituel des gens converger paisiblement vers les lieux de la manifestation. Plus de 120.000 !

Pourquoi étais-je là moi aussi ? Sans doute pour exprimer ma compassion pour les victimes du drame du mercredi précédent et aussi par respect pour cette foule qui avait déjà manifesté l’intention de s’exprimer, de dire par un sursaut de dignité qu’il y a des valeurs communes qui fondent notre société : liberté d’expression, refus des moyens violents pour exprimer sa différence, compassion pour les blessés, les morts les familles traumatisées, avertissement pour dire qu’on est là et qu’on n’est pas disposé à tout accepter, confiance en ceux qui ont à gérer notre propre sécurité. Tout ce qui se nomme démocratie était en train d’affleurer dans les cœurs et les esprits et prenait le visage d’une foule.

 

Descendu du car, mêlé à cette foule de plus en plus dense, Je pensais à l’Evangile de la messe du dimanche précédent. Il parlait de Jésus qui vient se mêler à une foule qui va au devant de Jean Baptiste parce qu’il invitait à un geste de conversion en vue de se préparer à un Avenir, peut être oublié, mais que Dieu n’avait jamais cessé de promettre.

Il me semblait que cette vision d’un peuple innombrable qui se rassemble me faisait du bien. Nous sommes des individus apparemment noyés dans une masse et pourtant il y a quelque chose qui ressort de notre conscience qu’aucune dictature ne pourra jamais étouffer.

Il me semblait possible d’accueillir les paroles de la Bible qui parlent de Dieu présent au coeur de son peuple. Ce peuple est capable de s’ouvrir à de grands idéaux et… capable de nouveau de se laisser enfermer dans les rivalités qui menacent de bientôt détruire l’Unité et l’Espérance un moment entrevue…

Par contre, je ne voyais pas trop comment témoigner de cette espérance qui me paraissait bien lointaine et en dehors de l’état d’esprit de ceux que je côtoyais… Pour eux, sans doute, l’espérance existe bien, mais elle s’est laïcisée. Nous n’aurions pas besoin d’un dieu pour nous imprégner du grand idéal que nous sentons parfois affleurer dans nos cœurs !

 

Beaucoup de croyants ressentaient comme moi la vision enthousiasmante d’un peuple vivant et réagissant positivement à de grands idéaux et aussi une grande difficulté à partager la confiance que nous avons d’être accompagnés  et attirés par ce Dieu qui est Quelqu’un de bien Vivant et a un coeur de Père.

Le mot de laïcité a été prononcé partout et fait partie maintenant de notre culture. Il nous oblige à reconnaître que le Visage de Dieu ne se dévoile pas automatiquement, quelle que soit l’ampleur des évènements auxquels nous participons.

Dieu se laisse chercher, y compris par ceux qui croient déjà en Lui et ont pour mission de le faire connaître aux autres.

Le message chrétien fait comprendre que l’homme et l’Humanité sont comme des fleurs. Elles ont pour vocation de s’épanouir en se tournant vers le soleil. Refuser cette lumière, c’est s’exposer à laisser se dissoudre ou peut être s’autodétruire le dynamisme profond qui anime chacune de nos vies.

Notre prière de croyants pourrait être :

« Comment Seigneur pourrais-je témoigner de Toi si tu ne me donnes ton Esprit et avec Lui, à la fois la claire vision de ce qui se passe et le courage pour la transmettre ».

 

Pierre RAFFIN

Publié par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Laïcité | Pas de Commentaires »

04-12-2014

Marie HEURTIN

Une fois n’est pas coutume, je suis allé au cinéma voir Marie Heurtin, qui vient de sortir. Ce film a reçu le prix de pour la qualité de son interprétation.

égratignée dans les arbres

égratignée dans les arbres

C’est l’histoire vraie d’une fille de la campagne au début du XX° siècle : elle est sourde et aveugle. Elle habitait avec ses parents. Parfois, elle s’échappait, se faisait mal en tombant, en s’accrochant aux épines. Elle avait peur quand elle sentait quelqu’un s’approcher et elle allait se cacher dans les arbres.

Un jour, ses parents l’amènent à un centre où des religieuses apprennent la langue des signes à des enfants sourds.

Le Film raconte comment une jeune religieuse arrive à l’apprivoiser et arrange pour elle la langue des signes. Cette fille se transforme peu à peu et se met à exprimer les sentiments qui composent l’amour.

Après la mort de la religieuse, Marie a continué à aider des sourds aveugles pour qu’ils fassent le même chemin…

100 ans avant, un prêtre, l’abbé de l’ÉPÉE avait fait la même chose pour apprendre à des enfants sourds à communiquer.

Marguerite lui apprend à communiquer par le toucher

Marguerite lui apprend à communiquer par le toucher

J’ai regardé ce film avec attention du fait que je suis amené par la catéchèse à fréquenter ce milieu.

Avant que les éducateurs laïcs ne prennent la relève, les religieux et les religieuses étaient presque les seuls à s’intéresser vraiment à ces enfants, au point de créer des institutions adaptées pour leur éducation.

Le film est aussi une belle page d’histoire de la vie religieuse. Il s’agit souvent d’un personnage charismatique qui a ressenti que sa foi en Jésus l’amenait à l’imiter en prenant soin comme lui des gens qui étaient socialement déclassés. Ce thème revient très fort dans l’Eglise d’aujourd’hui avec l’invitation du pape François à « aller aux marges de la société »

Des hommes et des femmes les ont suivis en se donnant entièrement à des tâches particulières : éducation des pauvres, soin des malades, départ vers des pays lointains pour y annoncer l’Evangile…

Ils l’ont fait avec les mentalités et parfois les préjugés de leur temps mais ils nous ont laissé une leçon : ces taches peuvent demander de se donner entièrement soi même, à la manière de Jésus. Ils montraient aussi que tous ceux qui se risquent sur ce chemin sont dans le sillage du Christ : le connaître et le faire connaître est une aventure qui nous porte bien au-delà de nous-mêmes.

La vocation religieuse est aujourd’hui plus difficile à discerner parce que la plupart de ces tâches sont aujourd’hui prises en charge par les institutions laïques, mais l’esprit de la vie consacrée, rappelle le pape, c’est « l’authenticité évangélique des choix, le primat du service, l’attention aux plus petits et aux plus fragiles, le respect de la dignité de toute personne ».

La proximité de ceux et celles qui vivent de cet esprit est un bonheur qui enrichit tout le monde.

 

Publié par Pierre Raffin dans Non classé | Pas de Commentaires »

24-10-2014

Teilhard de Chardin à Montauban

Teilhard de Chardin

Teilhard de Chardin

Les Montalbanais viennent d’achever une superbe semaine culturelle en l’honneur de Teilhard de Chardin.

1914 : Teilhard vient de terminer une thèse de paléontologie sur les Phosphorites du Quercy.

Ce jésuite de 33 ans est  passionné par la recherche et habité par le désir de faire croiser sa vie et l’intuition de la foi chrétienne, âprement débattue en ce début de XX° siècle.

C’est l’époque de Péguy et de Bergson : ces deux hommes ont eu à souffrir des prétentions des philosophes et des scientifiques du XIX ° siècle, tellement investis dans leurs méthodes minutieuses qu’ils ne prenaient plus attention à l’air qu’ils respiraient. Péguy et Bergson ont parlé de l’intuition : ce qui le moment venu, s’impose à nous avec force, en vous laissant le soin de retrouver les chemins qui vous y ont conduits et peut être commencer à le justifier.

Accès au Cloup d'Aural

Accès au Cloup d’Aural

Le Teilhard de 1914 est un géologue confirmé, intrigué par les phosphates exploités depuis 50 ans dans les grottes du Quercy. Des tranchées béantes  creusées naturellement dans le calcaire ont, pendant des millions d’années, servi de piège aux animaux géants de la savane qu’était à l’époque notre région !  Leurs os accumulés ont donné des milliers de tonnes de phosphates qui ont renouvelé l’agriculture.

Au milieu de ces ossements d’animaux, Teilhard découvre au Cloup d’Aural, à 40 km de Montauban, le crâne d’un lémurien – singe préhistorique dont la forme de crâne annonce déjà nos lointains ancêtres.

 

Teilhard est ensuite mobilisé et envoyé « au Front » comme infirmier brancardier.

Son esprit de chercheur scientifique ne le quitte pas : il veut « tout voir, tout comprendre, tout associer pour comprendre. »

Les tranchées où les corps tombent pelle mêle lui rappellent les boyaux des grottes du Quercy :

Le fond de la phosphatière

Le fond de la phosphatière

Vers la grotte aux focilles

Vers la grotte aux fossiles

« J’ai songé, alors, à ces cataclysmes d’une prodigieuse grandeur qui n’ont eu jadis que des animaux comme témoins. Et il me semblait que j’étais devant cette Chose en train de se faire , pareil à une bête dont l’âme s’éveille, et qui perçoit des groupes de réalités connexes, sans pouvoir saisir le lien de ce qu’elles représentent » (Ecrits du temps de guerre p 214).

Tandis que les cataclysmes se passent, une évolution est aussi en marche. Mais quelque chose se produit à l’intérieur ce ceux qui la vivent.

Il prétend que cette expérience de survie ne lui est pas particulière : des hommes ont survécu à cet enfer.  Dans ces instants  ils étaient parvenus à la limite d’eux-mêmes. Les conventions qui guident la vie ordinaire étaient relativisées. Ils ressentaient en eux une force tournée vers l’Avenir. Teilhard croyait lire cette intensité sur le regard des mourants.

 

crâne de lémurien

crâne de lémurien

La conférence de la paléontologue Anne Dambricourt à la Maison de la Culture de Montauban a indiqué la suite de la recherche de Teilhard : « Des Tarsiers de Montauban aux Homo Erectus de Chine : l’apport de Pierre Teilhard de Chardin à la compréhension de nos origines». La longue histoire de l’hominisation est aussi celle de chaque être humain : dès le temps de l’embryon, il commence son aventure d’Homo Erectus, d’homme debout grâce au développement du cervelet !

Le génie de Teilhard est de trouver des chaînons qui doivent relier les extrêmes : la sensation d’être un atome perdu dans l’univers qui lui-même a son chemin et la conscience d’être un individu ayant son pouvoir de décision, l’évolution millénaire de la race humaine et le chemin étonnant du fétus humain dans le sein de sa mère, la foi appelée par un Etre qui parmi tant de précarités trouve le chemin d’une rencontre personnelle.

Toute sa vie, Teilhard à cherché à donner un nom à cette Présence qui s’imposait à lui et aussi se transforme en s’approchant de l’humanité. Cette Présence qui vient vers nous ne saurait être que le Christ, Dieu fait Homme, en prenant soin de recueillir et de faire mûrir ce qu’est devenu cet Homme avec son expérience millénaire.

Thierry Pélissié Géologue, promoteur du site et de la semaine culturelle Teilhard de Chardin à Montauban

Thierry Pélissié
Géologue, promoteur du site du Cloup d’Aural et de la semaine culturelle Teilhard de Chardin à Montauban

Un grand merci à deux de mes paroissiens anciens et nouveaux, Thierry Pelissié et Jean Marc Moschetta d’avoir pris une part active dans l’animation de cette semaine culturelle.

Jean Marc Moschetta, scientifique et théologien lors de sa soutenance de thèse à Louvain

Jean Marc Moschetta, à gauche, scientifique et théologien après sa soutenance de thèse à Louvain

Publié par Pierre Raffin dans Action Culturelle, mystique, Non classé | Pas de Commentaires »

25-09-2014

Les 50 ans de la Maison du Christ Roi

La Maison du Christ Roi

La Maison du Christ Roi

A Toulouse, la Maison du Christ Roi est aujourd’hui un lieu de rencontre et aussi un centre administratif des activités chrétiennes du diocèse.

Ce Centre avait été fondé il y a 50 ans pour abriter dans ses nouveaux locaux le Séminaire des Jeunes qui éventuellement se destinaient à devenir prêtres.

En s’installant auparavant au Cabirol (Colomiers), ce séminaire avait déjà subi une rénovation importante, sous l’impulsion du chanoine DELARUELLE. Il s’agissait de former des prêtres habités par la double culture de l’enseignement laïc et de la tradition catholique. C’est dans cet esprit que nous avons été élevés.

La création du Christ Roi en 1964, au moment du Concile, correspondait à un nouveau pas concernant le renouvellement de l’Eglise. On comprenait que la foi n’était pas la seule affaire des intellectuels, elle était aussi vécue dans le quotidien de la vie du peuple.

L’animateur du projet était le chanoine BARBASTE, l’un de premiers aumôniers de la JOC à Toulouse.

Grâce à l’héritage d’une riche toulousaine, Mlle PUGENS, on  a pu construire le magnifique ensemble que représentaient l’école et l’église paroissiale.

Comme gémit une biche après l'eau vive, ainsi mon âme a soif de toi. Psaume 42

Comme gémit une biche après l’eau vive, ainsi mon âme a soif de toi. Psaume 42. Détail de l’autel de la chapelle

Mettre cette entreprise sous le patronage du Christ Roi, c’était remonter aux projets apostoliques que Pie XI avait développés dès 1925. Par la transformation de la réalité sociale on voulait rapporter au Christ tout ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité pour qu’il le protège et le fasse grandir.

C’est ce qu’expriment les inscriptions en lettres dorées sur la façade de l’église :

« Vivez dans le Christ Jésus. La réalité, c’est le Christ ». (Saint Paul)

« Tels des pierres vivantes, laissez vous édifier en demeure spirituelle » (Saint Pierre)

Devenu professeur de Lettres, c’est ainsi que le Père BARBASTE          et ses successeurs m’ont laissé toutes les chances pour m’enraciner dans les Mouvements d’Action Catholique en Monde Ouvrier., en souhaitant aussi que cet engagement soit un moyen d’ouverture pour l’ensemble de l’équipe éducative.

C’est ainsi que j’ai participé pendant plus de 10 ans à l’animation de l’école. Je dois dire que souvent mes préoccupations extérieures me prenaient beaucoup. Mes confrères ne m’en ont pas voulu : j’y étais aimé et respecté.

L’ensemble de l’équipe avait une grande valeur humaine et pédagogique. Mais, avec le temps, il a fallu se rendre à l’évidence : le projet ne pouvait plus tenir. Il reposait sur un trop petit nombre d’élèves et l’on ne pouvait plus assumer la variété des branches dans lesquelles l’enseignement s’est spécialisé.

Ce projet reposait sur des valeurs humaines et chrétiennes correspondant à l’idéal éducatif que l’on pouvait se faire. Nous n’avions plus les moyens de le mettre en œuvre.

L’école a donc fermé et le diocèse, avec beaucoup de constance d’ailleurs, a donné à la Maison du Christ Roi la mission qui est la sienne aujourd’hui. Pour nous, c’était tout de même un échec…

Le tabernacle a la forme de l'Arche d'Alliance que le peuple transportait à travers le désert, symbole d'une Présence qui l'accompagne

Le tabernacle a la forme de l’Arche d’Alliance que le peuple transportait à travers le désert, symbole d’une Présence qui l’accompagne

Rappeler ces 50 ans aujourd’hui, c’est témoigner de la Force qui nous a permis de traverser cet échec

Ce qui m’étonne aujourd’hui, c’est que je n’ai rien à renier de mes motivations d’alors pour préparer la construction du Corps du Christ Jésus, en visant cette réalité qui nous est donnée en perspective.

 

Comme prêtres, nous avons à accompagner la foi des chrétiens, leur dire que leur relation au Christ peut demeurer vivante malgré les échecs qu’ils ne manquent pas de rencontrer. Le Christ est en avant de nous, la foi en lui est sans cesse remise en chantier.

Nous savons que çà marche, et nous avons pour mission de donner à d’autres la confiance que çà peut marcher.

Notre relation à lui est toujours vivante, elle nous donne assez d’assurance pour aider nos frères en humanité à traverser leurs épreuves.

Publié par Pierre Raffin dans Action Catholique, Biographie, Formation, Non classé | Pas de Commentaires »

19-07-2014

En Bourgogne sur les Chemins de Saint Jacques

Robinson D'Auxerre

Robinson D’Auxerre

Ma nièce-Agnès habite la Bourgogne. On est fier là bas d’être bourguignon, à cause du bon vin, bien sûr, et aussi à cause des nombreuses traces des Pèlerins de Compostelle.

Jugez donc : la 2° Croisade est partie de Vézelay en 1092, modeste village qui compte aujourd’hui quelques 500 habitants mais qui a rassemblé des milliers de pèlerins.

Avant la croisade, ils avaient construit une incroyable basilique : chaque chapiteau représente et interprète un épisode de la Bible. La Création, le Ciel, l’Enfer, présentés avec tant d’humanité qu’on ne peut plus qualifier toutes ces croyances de niaiseries… dès que l’on a seulement pénétré dans le vestibule de la Basilique.

Bas relief Cathédrale d'Auxerre : le récit bibllique de la Tentation

Bas relief Cathédrale d’Auxerre : le récit bibllique de la Tentation

 

Agnès m’avait donc invité à visiter son coin de Bourgogne à pied, en suivant les Chemins Saint Jacques. Les jeunes enfants à la maison, l’année scolaire pas tout à fait terminée ne lui ont pas permis de m’accompagner. J’ai donc cheminé seul sur les sentiers de Bourgogne.

Pas tout à fait car lorsque l’on marche longuement dans la campagne, les pensées viennent peu à peu : c’est la mémoire qui voyage avec vous.

 

J’avais donc en tête la spiritualité des pèlerins qui, à travers leurs œuvres d’art nous ont laissé entendre comment leur foi était structurée ou comment elle était parvenue à se structurer.

Saint Fiacre, patron des jardiniers

Saint Fiacre, patron des jardiniers

Chacun s’était décidé à ce voyage à partir d’un évènement de sa vie, tel le vieux patriarche mis en scène par Paul Claudel dans l’Annonce faite à Marie : il s’en va parce que le pays est meurtri par la guerre de Cent Ans, parce que la foi vivante qui avait inspiré la Chrétienté s’était enlisée dans la routine d’une vie sans perspective.

Après avoir fêté 50 ans de service comme prêtre dans le monde et dans l’église, je ne manquais pas de motivations pour marcher, encouragé par des traits oubliés de la mémoire chrétienne que l’expérience de la marche fait remonter à la surface.

Marcher, monter le sentier d’une colline, puis d’une autre, quand les jambes du vieux pèlerin ont de la peine à suivre… On trouve sa motivation en pensant à la longue marche des hommes, dure, faite d’aller et retours, de souffrances et d’échecs inexpliqués, de défaillance.

Village de Bourgagne au détour d'un sentier

Village de Bourgagne au détour d’un sentier

Puis vous apercevez à perte de vue la moisson déjà bien avancée, le champ immense du monde avec ses innombrables ouvriers, ses graines semées à l’infini.

Qu’en est-il de notre peine à chacun de nous ? L’histoire se reproduit comme la moisson à chaque génération, avec des manières différentes d’habiter le monde.

 Il y a un maître de la moisson… Peu à peu, arrivent les images de l’Evangile qui parlent de ce maître de la moisson et aussi de tant de choses qui nous inquiètent : l’ivraie mélangée au bon grain qui entache la surface des épis. Sur les bords du chemin, les machines ont froissé quelques épis, les vergers ont laissé quelques fruits que le voyageur peut recueillir avec reconnaissance. Jésus ‘avait-il pas promis qu’il se changerait de nourrir ceux qui marcheraient à sa suite ?

J’ai vite compris que ce pèlerinage après une fête était un devoir pour moi. Une manière d’accompagner tous ceux que j’ai croisés sur la route, dans un chemin de foi qui est aussi le mien.

En marchant dens les côteaux

En marchant dens les côteaux

Sur la route, vous rencontrez toujours quelqu’un : des ouvriers dans la vigne, des chercheurs de champignons, des bonnes dames qui vont aux commissions, ou tout simplement la famille de ma nièce et son entourage qui venaient me récupérer le soir après la marche.

Eux aussi avancent dans la vie avec leurs goûts, leurs questions, leur quête de bonheur… et  les perles qu’ils recueillent lorsqu’ils élèvent leurs enfants et s’intéressent à ceux des autres.

 

 

Halte à l'église de Champ sur Yonne

Halte à l’église de Champ sur Yonne

J’ai plongé dans cet univers pendant quatre jours. Il faut maintenant reprendre une autre route, celle de la vie quotidienne. Elle rencontrera sans doute moins de poésie. Il y aura pourtant des souvenirs que l’on garde au cœur  et qui vous motivent pour partager l’espérance avec ceux qui ont peine à la trouver.

Un prédécesseur : l'abbé Parat, découvreur du site préhistorique et galloromain de Cora

Un prédécesseur : l’abbé Parat, découvreur du site préhistorique et galloromain de Cora

 

Agnès, Rémi, Robinson et Jeanne : tribu gauloise des environs d'Auxerre

Agnès, Rémi, Robinson et Jeanne : tribu gauloise des environs d’Auxerre

Publié par Pierre Raffin dans Biographie, mystique, Patrimoine artistique | Pas de Commentaires »

18-06-2014

A la Rencontre Nationale de l’Action Catholique ouvrière

301792_330167753707090_528978483_n« Engagés pour la justice et la dignité, osons l’espérance »… C’était le thème de la XXI° Rencontre Nationale de l’ACO à Angers du 7 au 9 juin 2014.

J’ai eu l’honneur d’accompagner à titre de prêtre la délégation de Toulouse.

J’avais déjà participé à de grands rassemblements de mouvements d’action catholique de jeunes. Évidemment c’était pour moi un bain de jouvence : passer 4 jours ensemble si l’on compte le voyage, après une année de travail régulier ! On partage tout : on rit, on prie ensemble, on réagit, toujours avec le même naturel.

On peut dire qu’avec le temps, l’ACO en impose moins : elle a été longtemps dirigée par des militants ouvriers qui avaient fait leurs preuves. On les admirait et souvent on les craignait. Pourtant, ceux qui fréquentent le mouvement savent qu’il garde une grand expérience de la vie du peuple, de sa culture – une façon de vivre en solidarité et dans le respect de tous ceux qui portent le poids d’une vie dure, le souci de donner à chacun sa place et surtout de l’aider à la prendre.

Alors que la société, telle qu’elle est menée, aboutirait à désagréger le tissu social, le partage et la recherche avec de tels hommes et femmes montrent que ce que l’on avait entrevu dès le début, le message de Jésus Christ, est encore possible.

Chacun des 700 délégués avait préparé son dossier, ce qui l’avait aidé à prendre de ce dont il était réellement porteur : des éclats de vies recueillis çà et là et qui ne demandaient qu’à s’embraser.

Mais il fallait que l’étincelle prenne. J’ai été saisi par les chants et le rythme du groupe Nomades venus animer cette rencontre.

« Venez inventer notre histoire

On l’écrira au « tous les jours » 

On s’est décidé à y croire,

Ce sera une histoire d’amour ».

A la fin de la rencontre, les membres du groupe Nomades nous ont avoué  que leur vie était de créer des textes qui expriment l’espoir, mais ces textes prennent une autre dimension lorsqu’ils sont chantés par des gens qui se sont risqués à déjà vivre ce que le chant ne faisait qu’évoquer.

 

Le thème de la rencontre était la nouvelle proposition du mouvement pour les années à venir :

« Les personnes, les travailleurs en situation de précarité, de fragilité, sont au centre du projet missionnaire de l’ACO ».

De partout des clignotants s’allument pour révéler des situations de précarité encore plus nombreuses et inquiétantes. Nombreux sont ceux qui se lèvent aujourd’hui avec le désir d’y répondre. L’ACO se veut partenaire de ce mouvement et affirme que cette prise de conscience relève de sa compétence missionnaire : elle invite à y reconnaître un signe de l’Esprit, et pour cela à analyser, comprendre, être capable de remises en questions, y retrouver l’élan qui nous a toujours habité, se laisser entraîner dans un grand élan de fraternité qui nous porte bien au-delà de nous mêmes.

« On s’est décidé à y croire, ce sera une histoire d’amour ».

 

Réunis autour du slogan « Engagés pour la justice et la dignité, osons l'espérance ! », les 750 délégués ont voté à l'unanimité une motion de soutien au père Gérard Riffard, président de l'association « Anticyclone », qui a comparu le 11 juin 2014 à 8h30 au tribunal de Police de Saint-Étienne. Il y a reçu le soutien de nombreux membres de l'ACO

Réunis autour du slogan « Engagés pour la justice et la dignité, osons l’espérance ! », les 750 délégués ont voté à l’unanimité une motion de soutien au père Gérard Riffard, président de l’association « Anticyclone », qui a comparu le 11 juin 2014 à 8h30 au tribunal de Police de Saint-Étienne. Il y a reçu le soutien de nombreux membres de l’ACO

L’expérience d’une Rencontre Nationale apporte le sentiment de vivre et construire cette espérance avec d’autres. Suis-je décidé à mieux croire à ce qui m’animait sans doute depuis toujours ?

Certainement oui, mais avec une conscience plus grande d’être porté par un Peuple de Croyants qui m’aide à m’intéresser à cette espérance jaillie du brouillard.

Accroche à ton coeur un morceau de chiffon rouge, une fleur couleur de sang

Accroche à ton coeur un morceau de chiffon rouge, une fleur couleur de sang

Publié par Pierre Raffin dans Action Catholique, Migrations - International - Rwanda | Pas de Commentaires »

22-05-2014

Première Communion aujourd’hui

On a souvent des souvenirs grandioses des premières Communions. Pour le pasteur, le plaisir de voir son église remplie était pourtant gâté par la certitude de ne plus revoir de longtemps ces chers petits !

Aujourd’hui, ces grandes foules ont déserté nos églises. Les prêtres sont d’ailleurs moins nombreux et c’est une communauté qui initie les jeunes à la foi.

L'escaclier de la maison des Focolari transformé en toboggan

L’escaclier de la maison des Focolari transformé en toboggan

Nous venons de faire une journée de retraite avec un groupe d’enfants de notre quartier. Pendant les années d’initiation que ces enfants viennent de vivre, il a fallu tout apprendre : apprendre à venir régulièrement, s’écouter, se plier aux heures et aux activités du groupe… se laisser apprivoiser par une Parole si lointaine mais qui peut parler au cœur, y faire son chemin, se mettre à produire des fruits.

Une journée de retraite, c’est un moment pour ces enfants et les adultes qui les ont accompagnés d’apercevoir comment le grain de l’Evangile peut pousser dans un sol pierreux. Les enfants ont manifesté qu’ils adhéraient pleinement à toutes ce valeurs de partage et d’écoute de la parole de Dieu, oubliant presque qu’ils sont tentés aussitôt de faire le contraire.

Des adultes avaient pris la journée pour les recevoir et les accompagner pendant ce temps de retraite. Nous avions devant nos yeux des enfants, des hommes et femmes demain, plongés au cœur de nombreuses sollicitations et pourtant capables, avec le temps, de tracer un chemin de confiance, d’ouverture à la Parole de Dieu.

la pause casse croûte

la pause casse croûte

Proposer le catéchisme à nos enfants, c’est leur donner cette chance de laisser Dieu les interpeller, prendre le temps de l’écouter, d’apprendre à se laisser guider par lui.

Nous avons compris que nous étions tous indispensables dans cette tâche car l’enfant a une grande capacité d’attention… qui ne se maintient que quelques minutes ! Il faut alors que d’autres prennent le relais, les interpellent autrement.

C’est ainsi que l’éducation de la foi est pour nous un travail d’équipe et pour eux le commencement d’un voyage de liberté dont les impressions s’inscrivent peu à peu dans l’inconscient de notre coeur.

Jésus n’avait-il pas dit : « Le lecteur assidu de la parole de Dieu ressemble à quelqu’un qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien ».(Matthieu 13, 32) C’est bien ce qui se passe lorsque nous nous efforçons de transmettre le message de l’Evangile à une génération nouvelle.

Au fil de la journée

l'atelier de pluches

l’atelier de pluches

aout 2010 579

Avec Fabio, du groupe Focolari qui nous reçoit

du producteur au consommateur

du producteur au consommateur

tout le monde s'y met

tout le monde s’y met

Publié par Pierre Raffin dans Catéchèse, Enfants, Non classé | 3 Commentaires »

11-05-2014

Vivre son âge avec les herbes de Provence

 

Maison de sessions à La Baume

Maison de sessions à La Baume

Avec quelques prêtres de ma génération, nous avons été invités à une session pour faire le point sur notre âge, notre passage à la retraite, nos convictions au moment où des accidents de parcours peuvent survenir : çà n’arrive pas qu’aux autres !

Le programme était très original car il se voulait un temps de réflexion chrétienne à propose de cet âge de la vie, bien ancré sur une formation plus profane concernant la situation administrative des retraités et aussi l’évolution physiologique et psychologique que nous devons prendre en compte afin de vivre ce temps le mieux possible. Le tout aux environs d’Aix en Provence, patrie de Cézanne.

Nous nous sommes aidés mutuellement à nous mettre face à nous-mêmes pour regarder avec lucidité et spontanéité une période de la vie qui a ses charmes et aussi ses préoccupations.

Chapelle de verdure

Chapelle de verdure

On passait avec aisance d’une conférence biblique au topo d’un médecin spécialiste en gériatrie qui a réussi à nous faire apercevoir que malgré les apparences, nous étions tout de même marqués de quelques signes de vieillissement et surtout que nous pouvions nous aider à les contourner.

Il m’a semblé que nous avions beaucoup de chance en participant à de pareils échanges.

Une équipe compétente à notre service, un cadre beau et confortable. C’est merveilleux de se promener en cette saison sur les sentiers de Provence.

J’ai pensé aussi que si nous étions des privilégiés, c’était sans doute pour en faire profiter d’autres, être prêts à les écouter et les encourager.

Nous avons eu le temps de cette pause. Il faut beaucoup de confiance et de générosité pour en profiter et faire profiter d’autres des possibilités que nous offre cet âge de la vie.

Nous le valons bien !

Cloître d'Aix

Cloître d’Aix

Publié par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Biographie, mystique | Pas de Commentaires »

15-04-2014

L’arbre des justes

Nous avons planté en l’an 2 000 dans notre jardin de Saint Lieux un cèdre pour honorer  le Père Augustin MISAGO qui venait de ressortir vivant et acquitté après 18 mois de séjour dans les prisons du Rwanda.

L'évêque Misago Ce geste l’a touché car il venait inspecter son arbre à chacun de ses passages dans notre région. Après la 2° guerre mondiale, les juifs ont planté une forêt en l’honneur des Justes des Nations, ceux qui, appartenant à une autre nation que la leur, les avaient pourtant défendus au péril de leur vie.

Le Père MISAGO était évêque de Gikongoro au Rwanda, tandis que me sœur Madeleine participait avec la Caritas au secours  des réfugiés. Payant une rançon pour l’un, abritant l’autre, transportant ceux qui le lui demandaient, démarchant les nouvelles autorités afin qu’elles épargnent leurs vaincus, demeurant auprès de ces populations dont il avait la responsabilité en tant qu’Evêque.

Dans une situation de guerre civile, ces gestes devenaient des actes héroïques.

conversations avocats

conversations avocats

En ce début de Semaine Sainte où l’on commémore un Juste persécuté, on peut se demander pourquoi le Père MISAGO a été accusé publiquement par le président de son pays et quelques jours plus tard mis en prison. Pendant le temps de liberté qui lui restait, il a envoyé un message à ses amis :

 « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ».

C’est le début du Psaume 27 que les chrétiens méditent pendant la Semaine Sainte.

Peut être avait –il en mémoire la fin de ce psaume :

« De faux témoins se sont levés contre moi, ils soufflent la violence.

Je le crois, je verrai la bonté du Seigneur sur la terre des vivants.

Espère en Dieu, prends cœur et prends courage. Espère en Dieu » ?

acquittement de Misago

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Son espérance était bien sûr de sortir vivant de cette épreuve, obtenir un espace de paix pour son peuple, mais aussi « une terre des vivants » promise à ceux qui ont su donner un peu de leur vie pour leurs frères.

Beaucoup de gens qui prétendent commémorer le génocide rwandais se bornent à ressusciter des images de sang. Je voudrais pour ma part rappeler le souvenir de toutes les victimes et aussi de tous ceux qui modestement ou publiquement se sont dépensés pour la survie de leurs frères.

Publié par Pierre Raffin dans Biographie, Migrations - International - Rwanda | Pas de Commentaires »

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