27-08-2016

L’oncle Joseph Birot Notre part de souvenir de la Guerre de 14

Tombe du colonel Joseph Birot à St Lieux les Lavaur

Tombe du colonel Joseph Birot à St Lieux les Lavaur

En ce moment où l’on partage les souvenirs de la Guerre de 14, j’ai eu l’idée de retrouver sur Internet le nom de l’oncle Joseph Birot  décédé le 7  Novembre, 4 jours avant l’armistice !

Marie Birot

Marie Birot

Sa veuve, Marie, est décédée en 1964, quelques jours après mon ordination sacerdotale.

Ils n’avaient pas eu d’enfant. Son épouse s’était toujours intéressée à nous car elle était la marraine de mon père, puis de mon frère aîné, Joseph.

Elle vivait de ses souvenirs et avait gardé des modes de vie d’un autre âge, mais le cœur toujours ouvert pour aider à vivre l’école chrétienne de son village de Saint Lieux et aussi soutenir notre famille quand les fins de mois étaient difficiles.

C’est ainsi qu’elle  a pris en charge mon argent de poche lorsque j’ai commencé les études pour devenir prêtre. Dans ce temps là, la famille était supposée subvenir à nos besoins. C’est ainsi que j’ai pu acheter les livres nécessaires à ma formation.

Elle nous parlait souvent de son mari, du temps où ils étaient en garnison à Aurillac, des voyages en chemin de fer qui leur permettaient de faire le va et vient avec leur château de Cathala, près de Giroussens dans le Tarn.

La vie de garnison n’était pas non plus désagréable pour cette petite société bourgeoise qui donnait beaucoup de place aux réceptions et aux activités culturelles. Une ombre dans le tableau : L’affaire des Fiches. Entre 1900 et 1904, on s’était mis à ficher les officiers qui allaient à la messe et les briser dans leur carrière, car on suspectait les catholiques de fomenter un complot pour revenir à l’Ancien Régime !  Le Capitaine Birot allait se mettre au premier rang à la messe : « les fiches, je m’en fiche ! »

Et puis, la guerre est venue. Celui qui est maintenant le Lieutenant Colonel Birot est affecté au 124 ° RI.

Il a déjà 53 ans. Le Régiment va passer les 4 années de guerre en première ligne, il faut croire que le changement a été brutal.

le Château de Cathala à Giroussens "ma petite femme au milieu des bois"

le Château de Cathala à Giroussens
« ma petite femme au milieu des bois »

 

Sa femme disait bien que son mari était un homme droit et sincère, j’ai voulu aller voir ce qu’en disaient les documents militaires.

Mon premier choc a été de tomber sur sa fiche : portrait en uniforme, grade, date de naissance, affectation au 124 ° RI, mort des suites de ses blessures le 7 Novembre 1918. J’ai trouvé que c’était un peu sec, pour lui et pour ceux qui ont donné, comme lui, leur  vie de tout leur cœur.

guerre-530x374En consultant le  Journal des Marches du 124° RI pendant la Guerre de 1914, sur lequel le Colonel Birot apposait chaque année sa signature, j’ai pu faire connaissance avec l’atmosphère de cette unité et peut être avec celui qui était chargé de l’animer.

Chaque unité avait sa parcelle de terrain à défendre pour, à la fin, constituer une ligne ininterrompue qui empêcherait l’ennemi de pénétrer au-delà de la zone qu’il occupait. Le 124 ° RI faisait partie de la 124° DI, qui à son tour faisait partie de la 4° Armée…

Chaque monticule sur la ligne du front était un observatoire à défendre. Le reste du terrain n’était qu’un réseau de tranchées, à proximité des tranchées ennemies.

Chaque jour sont notés l’heure et l’intensité des bombardements, des accrochages, des  attaques offensives décidées par les Etat Majors.

En 4 ans, on voit que les tirs d’artillerie sont de plus en plus sophistiqués : obus à ailettes, bombes à fragmentation, gaz toxiques. Il ne restait plus aux hommes, après ces préparations que de se lancer au combat aux armes automatiques, à la grenade, sans compter les périlleuses patrouilles de renseignement, les morts et les blessés à récupérer et la reconstitution des systèmes de défense.

Dans cet environnement, que peut faire le chef ?

le bas relief du tombeau de Joseph Birot

le bas relief du tombeau de Joseph Birot

Il est très peu souvent nommé dans le Journal, mais on aperçoit son empreinte à travers les éloges venant de la hiérarchie. Un jour, le Général commandant le Corps d’Armée fait transmettre, par l’intermédiaire du Général de Division ses félicitations pour la bonne nourriture qui est dispensée aux troupes dans le 124 ° RI !

A un autre moment, on aperçoit que le régiment a bonne réputation à cause de la qualité de ses ouvrages de fortification, la rapidité de leur reconstruction dès qu’ils sont endommagés, ce qui assure une plus grande sécurité et peut aider à épargner beaucoup de vies.

On relève encore le moral des soldats, leur cohésion. Tout cela est dû en partie à l’influence du chef.

C’est ce que j’ai retrouvé dans le comportement de sa veuve : toujours attentive aux conditions matérielles de la vie des gens, veillant à préparer des conserves pour les mauvais jours… ce que son mari a voulu sauvegarder dans des conditions autrement difficiles.

 

On entrevoit ainsi un homme qui, à plus de 50 ans, réapprend le métier de la guerre.  Il doit se faire à un style de vie spartiate, mettre à jour ses compétences techniques face à ce qui prend de plus en plus d’importance : l’évolution de l’armement, l’aviation de plus en plus présente et aussi l’invasion des gaz toxiques… C’est ainsi que la formation fait largement partie du temps de repos lorsque les unités reviennent à l’arrière.

Dans les moments les plus difficiles et imprévus, un chef doit imposer ses décisions. Un jour où les combats étaient particulièrement durs et même incertains, tandis qu’il percevait un fléchissement de la part des unités voisines, le Colonel Birot s’est engagé personnellement et avec succès pour le maintien de ses lignes. Plus tard, lors de l’offensive générale auquel son régiment participe, on le sent temporiser un peu  à exécuter les ordres donnés pour être sûr que l’engagement de ses troupes était possible.

l'armement est devenu de plus en plus sophistiqué

l’armement est devenu de plus en plus sophistiqué

Il faut aussi donner de sa personne : aller visiter les lignes, être prêt à déplacer son PC, s’il le faut plusieurs fois dans la journée, pour être au plus près de la situation. Un jour, son PC est bombardé et gazé. Le Colonel Birot est intoxiqué. On le renvoie à l’arrière… il revient 2 mois après reprendre la tête de son régiment !

En octobre 1918, le Commandement en Chef a décidé une grande offensive. Le régiment est déplacé et se trouve en première ligne. Chaque nuit, le Colonel reçoit les ordres pour le jour qui vient. Le 31 octobre, tandis qu’il reçoit les ordres pour la journée, le Colonel Joseph Birot est blessé d’un éclat d’obus. Avant d’être évacué, il trouve le temps de donner des consignes au Capitaine de Kerguenec qui va lui succéder.

Le7 Novembre, le Capitaine reçoit la nouvelle de l’hôpital : décédé de ses blessures, mort pour la France… comme tant d’autres de son régiment.

Sa veuve a fait construire un tombeau-monument avec en intitulé un verset de la Bible :

« Ses vues étaient droites et ses jugements équitables ».

Suit une épitaphe de ses compagnons du Régiment :

« AU COLONEL BIROT, OFFCIER DE LA LEGION D’HONNEUR

A ETE DECORE DE LA CROIX DE GUERRE 4 PALMES 2 ETOILES ET FOURAGERE

TITULAIRE DE LA VALEUR MILITAIRE ITALIENNE

MORT POUR LA FRANCE LE 7 NOVEMBRE 1918 DANS LES ARDENNES

Le 124° Régiment d’Infanterie qu’il mena à de rudes et glorieux combats comme un chef valeureux et dont il est regretté comme un père. PPL »

 

Le père du régiment : c’est bien ce qui le caractérisait : un père qui prend soin de ses hommes, dont les  décisions sont  inspirées par le sens du devoir et du possible, qui sait  entraîner les autres par son engagement personnel.

 

Quelques mois avant sa disparition, après un engagement intense de son régiment, une permission de 15 jours lui avait été accordée. Il s’efforçait de rassurer son épouse : « avec le canon ce 75, nous avons une précision que les allemands n’ont pas », « les balles, elles me connaissent » ! Et de faire avec elle des projets de retraite : « nous achèterons une automobile… nous mettrons une sonnette qui ira jusque chez le métayer pour qu’on se sente en sécurité pendant la nuit… »

Au printemps 1919, sa veuve s’est rendue sur le lieu où il avait été blessé. C’était dans un bois, le muguet était en fleur. Elle en a ramassé une touffe, l’a plantée auprès du tombeau et l’a toute sa vie entretenue.  Aujourd’hui les désherbants ont fait leur œuvre mais je ne manque pas, à la saison d’apporter ma touffe de muguet.

 

Que dire de plus ?

 

Après des centaines d’hommes du régiment dont il avait la charge, Joseph Birot est mort tandis qu’il participait  à la dernière offensive de la Guerre de 1914.

Cet homme était croyant, il ne craignait pas de le monter dans les moments où fallait l’exprimer publiquement mais il a aussi traduit sa foi dans un humanisme qui lui a valu le respect de tous, dans un moment où les croyants étaient suspectés soit d’obscurantisme soit d’être sans cesse à la recherche d’une restauration de quelque pouvoir clérical. L’expérience de la vie de tranchée, sur ce point comme sur bien d’autres a fait bouger les lignes.

le tombeau dans la lumière

le tombeau dans la lumière

 

Il est mort, comme autrefois Moïse qui après avoir conduit son peuple à travers le désert est mort face à la Terre Promise sans pouvoir y entrer lui-même. Il avait cependant pris le temps de lui rappeler encore une fois à quelles conditions cette Terre Promise pourrait être  une véritable Terre de Bonheur et de Paix.

La vie et la mort des hommes posent parfois de telles interrogations.

 

Publié par Pierre Raffin dans Action Catholique, Action Culturelle, Biographie, Témoignage | Pas de Commentaires »

02-08-2016

La mort d’un prêtre

Saint Etienne du Rouvray

à Saint Etienne du Rouvray

Une belle église gothique, un prêtre âgé et quelques vielles personnes qui continuent leur mission de prière, comme des lampes qui, dans l’obscurité de l’église, persistent à entretenir leur petite lueur.

Il fallait deux terroristes déboussolés venues s’acharner sur ces vielles personnes pour que tout le monde s’aperçoive que la prière existe, que même modeste, elle a peut être un sens.

La prière en continu, dont certains chrétiens donnent l’exemple, est regardée souvent  comme une habitude passée de mode, mais l’évènement si scandaleux, lâche et atroce vient tout à coup rendre sympathiques ces gens qu’habituellement on oubliait.

On a vu des inconnus déposer leurs  fleurs, leurs bougies, leurs poèmes et leurs larmes devant l’image du Père Jacques : c’était leur prière…

Quand le mal est fait, il reste encore cela : un sentiment d’injustice, d’amitié, de compassion, une protestation pour dire qu’il y a quelque chose à faire, que tout n’est pas fini, du moins si nous le voulons bien.

Jésus a aimé ces gestes spontanés qui montrent que la foi, que l’on croyait éteinte ou inexistante, est enracinée au fond de nous-mêmes et peut nous surprendre.

rencontre à la maison

rencontre à la maison

En s’informant un peu on apprend quel était ce vieux prêtre, qui n’était pas si vieux, tant il était attentif à la vie des gens, heureux même d’avoir vieilli car cela lui donnait le temps de s’intéresser à tout ce que d’autres ne prennent même pas la peine de regarder : parce ce que  « l’on n’y peut rien », par ce qu’ « on ne peut pas soulager toute la misère du monde ».

Il aurait répondu : « Bien sûr, mais on peut toujours commencer à faire quelque chose! »

Un homme de plus de 80 ans peut vous apprendre encore la jeunesse du cœur !

Et voilà que celui qui s’était effondré dans une flaque de sang, victime de la guerre du terrorisme, redevient vivant à nos yeux et nous interpelle même. On entend le message, même si l’on n’ose pas trop y croire.

Dans ce moment si émouvant, des chrétiens ont voulu réinterroger leur foi et aussi la partager. On retrouvait ainsi comment, d’après la Bible, des attitudes toutes simples de don de soi et de fraternité peuvent devenir des actes de martyre, des témoignages poussés jusqu’à la limite de sa propre existence.

C’est ce qu’écrivaient des juifs persécutés autrefois à Alexandrie peu de temps avant la naissance de Jésus :

Le-père-Jacques-Hamel-est-mort-696x435« La vie des hommes justes est dans la main de Dieu

Aucun tourment n’a de prise sur eux.

Leur départ de ce monde a passé pour un malheur, on les croyait anéantis…

Aux yeux des hommes ils subissaient un châtiment,

Mais par leur espérance ils avaient déjà l’immortalité…

Car Dieu les a mis à l’épreuve et les a reconnus dignes de lui.

Comme on passe l’or au feu du creuset il a éprouvé leur valeur

Commun sacrifice offert sans réserve, il les a accueillis » (Livre de la Sagesse ch 2 et 3)

 

L’image d’Epinal du vieux prêtre célébrant la messe avec quelques fidèles a été soudain décapée par la cruauté de l’histoire.

L’angoisse sournoise que provoquait le terrorisme a soudain été relayée par un sursaut de dignité.

La mort d’un prêtre dans mystique

dimanche 31 JUILLET 2016 cathédrale d’Orléans
Les fidèles présents, musulmans et catholiques, ont salué ce rassemblement hautement symbolique et fraternel.
Nous condamnons toute forme de maltraitance, d’assassinat, d’agression, de meurtre, ou d’attaque terroriste. L’Islam est une religion de paix.

Pour combien de temps ? Le temps que d’autres se ressaisissent et entre dans cette nouvelle confiance que donnent les vrais témoins – qui s’étonnent eux-mêmes d’être relayés par un peuple de croyants.

 

Publié par Pierre Raffin dans mystique, Témoignage, Vie d'Eglise | 1 Commentaire »

10-07-2016

Le Christ Bon Samaritain

Luc 10, 25-37

 

Si nous avons le souci de lire en Eglise cette immense parabole, nous sommes attentifs au dernier mot du scribe venu interroger Jésus : « est devenu le prochain, celui qui a exercé la miséricorde avec le blessé. »

Le pape François a convoqué toute l’Eglise pour être attentive à ce mot dans notre situation de chrétiens du XXI° siècle.

Il a parlé des œuvres de miséricorde, matérielles et spirituelles.

Il a parlé de la Miséricorde de Dieu envers nous… qui nous invite à l’imiter sur ce chemin.

Il a parlé de ce que cela produit en nous lorsque nous nous efforçons d’exercer cette miséricorde.

La miséricorde s’oppose à la dureté de cœur qui attristait Jésus : « navré de l’endurcissement de leur cœur » (St Marc ch 3)

Il a parlé de la Porte à franchir par en pèlerin.

La Porte Sainte à Lourdes

La Porte Sainte à Lourdes

Certains parmi nous  ont franchi cette Porte à Lourdes. Ce qui était important, c’était de la franchir ensemble, parce que nous reconnaissions ainsi une fraternité qui nous donne du courage sur le chemin de notre foi.

La fraternité chrétienne vécue dans l’Eucharistie nous renvoie tout droit à notre baptême, c’est pourquoi il y a des vasques où chacun peut se signer.

C’est une façon de valoriser la demande de pardon au début de la messe : « Que Seigneur tout puisant nous fasse miséricorde… » Nous entrons dans le monde gratuit de l’amour de Dieu pour les hommes.

Le but de l’Année Sainte est de permettre à chaque chrétien de faire un nouveau pas pour entrer dans le Mystère de la Miséricorde de Dieu pour nous : la tendresse de Dieu qui se développe en pardon inconditionnel, en confiance, en proposition de se mettre debout, et finalement en appel à devenir ce que nous sommes : à l’image de Dieu.

Chartres : le Christ Bon Samaritain

Chartres : le Christ Bon Samaritain

Si vous allez à Chartres, ne manquez pas de vous arrêter devant le Vitrail du Bon Samaritain. Jésus, le Bon Samaritain, reconduit l’humanité blessée vers sa demeure, le Paradis, le lieu qui lui était destiné pour achever sa route dans la communion parfaite avec ce Dieu d’amour qui lui a été révélé en Jésus Christ.

Ces artistes théologiens nous amènent à comprendre le mystère de Dieu en le replaçant dans cette histoire globale que veut rappeler l’année de la Miséricorde.

C’et bien l’humanité de notre temps et celle des temps à venir qui est prise en charge par Dieu, celle qui est assaillie par tous les doutes, les tentations de repli individualiste et finalement l’oubli de celui qui peut lui apporter le salut.

Nous sommes porteurs de ce message : « Nous sommes aimés par Dieu, nous avons bien un avenir. Mais cet avenir passe aussi par la Porte de notre cœur qui doit apprendre la miséricorde vis-à-vis de ses frères.

Cette attitude de miséricorde passe par des gestes concrets d’accueil, de sensibilité réelle aux blessures de nos contemporains.

Nous sommes par vocation des signes du pardon, de la miséricorde, de la bienveillance de Dieu vis-à-vis de tout homme.

 

Il faudrait que les gestes vécus en église, comme le repas partagé nous serve d’inspiration. A l’un de ces repas, une femme seule, marocaine, qui se débat avec ses enfants déjà adolescents disait que l’un d’eux voulait venir avec elle. Elle lui avait répondu : « non, j’ai besoin d’avoir ce temps pour moi. » Elle appréciait ce repas comme un temps où l’on échange librement, où l’on aperçoit les idées et les exigences de vie reconnues par chacun. C’était, en fait, un lieu où sa dignité pouvait être mieux envisagée.

L’année sainte, c’est la découverte vécue par chacun qu’il a des ressources en lui pour panser les blessures de l’humanité.

Cela nous demande aussi l’ouverture à l’Esprit de Dieu qui nous demande d’accepter une certaine improvisation. Non pas que nous n’ayons rien prévu mais nous sommes capables de nous adapter à l’inconnu qui vient nous déranger.

 

Cette année se terminera bientôt avec la fête du Christ Roi, lui qui nous convoque tous à être les artisans de son Royaume. Le hasard des lectures bibliques de ce dimanche nous fait envisager le Christ Bon Samaritain comme celui qui d’après l’hymne de Saint Paul dans la Lettre aux Colossiens est l’Image du Dieu invisible, le Premier Né de la Nouvelle Création dont il est le centre. Tout a été fait par Lui et pour Lui.

Il vaut mieux terminer avec les paroles du pape :

« C’est le 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ, Roi de l’Univers, que sera conclue l’Année jubilaire. En refermant la Porte Sainte ce jour-là, nous serons animés de sentiments de gratitude et d’action de grâce envers la Sainte Trinité qui nous aura donné de vivre ce temps extraordinaire de grâce. Nous confierons la vie de l’Eglise, l’humanité entière et tout le cosmos à la Seigneurie du Christ, pour qu’il répande sa miséricorde telle la rosée du matin, pour une histoire féconde à construire moyennant l’engagement de tous au service de notre proche avenir. Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu! Qu’à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous. » (Le Visage de la Miséricorde n°5)

Publié par Pierre Raffin dans Action Culturelle, sermon, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »

02-07-2016

Le départ du Tour au Mont Saint Michel

Mont St Michel Manche NormandieLes coureurs du tour de France sont partis du Mont Saint Michel pour une première étape.

Nous ne savons pas trop comment les coureurs ont ressenti cet envoi depuis ce haut lieu de la prière, classé au Patrimoine de l’UNESCO.

La religion des coureurs est parfois bien rudimentaire : il faudrait plutôt parler du climat d’imprévu, de danger, qui favorise éventuellement la religiosité comme cela a été le cas pour certains champions italiens.

Il ne faut pas mépriser trop vite cette recherche instinctive de protection, car c’est le fonds commun de toutes les religions que certains esprits rationnels croient dépassé.

On peut se demander pourquoi certains athlètes bien costauds, bien entraînés, bien dopés, affectivement choyés, ne négligent pas de garder quelques images pieuses dans leur portefeuille.

Ne seraient-ils pas bien placés pour savoir que toutes les sécurités qu’ils ont soigneusement mises au point sont à la merci de quelque entorse, de quelque défaillance dans leur esprit d’équipe.

C’est ainsi que remonte pour eux cette obscure croyance que chacun a son étoile … et qu’il peut se confier à elle…

Un coureur cycliste n’est pas seulement une bête à pédaler : il sait que ses performances sportives sont aussi des performances de la technique, dont tous les paramètres ont été soigneusement étudiés. Il sait que ses compétences ne le placent pas forcément parmi les meilleurs, mais qu’il a sa chance pour réussir au mieux dans la catégorie. Et finalement, il se confie pour cela à son étoile.

Il réinvente la religion, la confiance en la divinité qu’il sait au-delà de la technique.

C’est ainsi qu’ils ont été accueillis avec bienveillance par les moines du Mont Saint Michel… et qu’ils le sont peut être par nous aujourd’hui, que l’on appelle les chrétiens pratiquants, c’est-à-dire des permanents de la prière. Face à ces occasionnels, comme pratiquants, nous savons que la prière chrétienne est universelle, c’est-à-dire qu’elle ne se contente pas d’inviter chacun à se confier à sa bonne étoile, mais qu’elle accueille et présente au Dieu de Jésus Christ la prière des hommes, pour aussi élémentaire qu’elle soit, afin de l’associer à celle du Christ dans son Eucharistie.

départ Toru Mont St MichelLa situation du sportif qui se lance dans la compétition est tout à fait représentative de la foi chrétienne aujourd’hui. L’homme d’aujourd’hui a assimilé certains automatismes grâce aux plus récentes technologies. La croyance aujourd’hui la plus communément répandue est que ces nouvelles technologies sont notre univers et notre avenir et qu’il n’y a pas à chercher quoi que soit en dehors d’elles.

Reste cette obscure conscience d’être quelqu’un, cette confiance qui peut trouver son lieu d’accueil auprès d’une communauté croyante et attentive.

Une communauté croyante a déjà fait l’expérience du travail de la foi.

Si on s’arrête au Mont Saint Michel, on peut déjà être impressionné par le travail monumental de la foi. Les siècles y ont construit, siècle après siècle, une correspondance de la prière. Cela donne l’impression de la solidité. C’est comme si elle nous faisait expérimenter Dieu comme le roc sur lequel on peut s’appuyer.

A voir la sobriété des lignes architecturales, on comprend que la prière nous aide, ou peut nous aider, à tracer, dans le confus de notre vie, des lignes directrices, des perspectives, qui nous font dire que la prière fait partie du patrimoine mondial de l’humanité.

L’environnement du Mont Saint Michel, avec les sables mouvants, les marées et les tempêtes est évocateur des drames qui peuvent se passer dans la vie des hommes.

Cela nous fait revenir aux paroles du Christ :

« Celui qui écoute mes paroles ressemble à un homme qui a construit sa maison sur le roc : la pluie est tombées, la tempête s’est abattue sur cette maison, elle ne s’est pas écroulée…car elle était bâtie sur le roc ! »

Notre roc n’est pas le granit du Mont Saint Michel, mais ce que l’ajustement de pierres veut montrer : une image de l’homme que cultive la foi chrétienne. Ce que Pascal a voulu résumer de manière énigmatique : « L’homme passe infiniment l’homme ».  Ce qui fait à ses yeux notre humanité c’est notre capacité à nous porter au-delà de nous-mêmes.

 

Tour de France ou pas, nous aurons l’occasion pendant les vacances d’admirer ce que l’art chrétien a produit et nous pourrons nous interroger sur les expériences de foi que cet art chrétien ne fait que traduire.

Publié par Pierre Raffin dans Non classé | Pas de Commentaires »

15-06-2016

15 Juin Fête de Sainte Germaine

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Une statue de Sainte Germaine au cimetière Terre Cabade à Toulouse

Sainte Germaine, c’est un quartier, un faubourg toulousain qui s’est constitué à la fin du XIX° siècle.

Les gens voulaient faire un village avec son église, ses commerces, ses ateliers. Ils ont mis tout cela sous la protection de Sainte Germaine.

Elle était populaire puisqu’elle venait d’être déclarée sainte : on la avoyait bergère au milieu de son troupeau. Le troupeau, c’était bien sûr les maisons qui s’étaient assemblées autour de l’église et la vie qui se développait autour.

Cela ne pouvait pas aller sans les activités, les patronages, les compétitions sportives et bien sûr les groupes de prière, d’entraide… et tout cela à la manière de Sainte Germaine.

Le but n’était pas de reproduire les belles églises de la ville animées par des gens de la haute société, mais de faire une église pour les gens et avec eux.

Ste Germaine00 7-2012C’est le sillon qu’ils ont creusé. Faire l’église avec le dedans et le dehors… et un modèle dans la tête : Sainte Germaine de Pibrac.

Ce modèle rappelle que Dieu ne regarde pas le rang qu’une personne peut avoir dans a société, il s’intéresse d’abord aux humbles et aux petits et il leur donne une place.

 

Le quartier a changé : les maisons ne sont plus les petites bicoques où le jardin, avec la possibilité de faire des légumes, avait autant d’importance que le logement. Le travail ne se passe plus dans les petits ateliers établis dans le voisinage. Les loisirs se sont multipliés dans la ville… et pour calmer les rhumatismes on a remplacé une bonne prière à Sainte Germaine par une visite au centre de santé le plus proche.

Sainte Germaine est toujours là avec son petit troupeau, en se tournons vers elle nous manifestons qu’il n’est pas inutile de faire une prière.

Beaucoup de gens nous disent qu’ils n’ont pas le temps ou qu’ils n’y croient pas trop. Ils sont pourtant contents, s’ils sont en difficulté, de savoir que vous êtes allé à Lourdes et que vous avez fait une prière pour eux…parce que vous allez passer un examen ou qu’il y a quelqu’un de malade à la maison.

Parmi les pauvres d’aujourd’hui, il y a ceux qui ont été désorientés, ou qui se sont laissé désorienter parce qu’on leur a dit que le ciel n’existe pas… et un beau jour, ils se retrouvent avec leur solitude, leurs échecs, leurs angoisses du lendemain et ils ont peut être envie de s’ouvrir à ceux qui peuvent leur apprendre la confiance.

Jean Maire, l'actuel pasteur de cette église

Jean Maire, l’actuel pasteur de cette église

A charge pour nous de bien nous préciser ce que nous faisons lorsque nous prions : nous essayons de nous mettre réellement devant Dieu en étant prêts à mieux faire sa volonté, en en cherchant sincèrement à la connaître. Les incroyants ont ceci de bon qu’ils nous questionnent sur la prière en la soupçonnant d’être un acte superstitieux. La prière peut devenir pour eux un acte crédible si elle est vraiment à l’imitation de celle du Christ et probablement de Sainte Germaine : Celle de Jésus commence par ces mots : « Que ton nom soit sanctifié »…D’abord par moi en apprenant à mieux te connaître et à t’aimer et pour cela en cherchant à faire ta volonté.

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10-06-2016

Les Amis de Gikongoro… et après

20160605 Rwanda  cloture (1)aUn an après le décès de Madeleine RAFFIN, nous étions 25 amis réunis à la mairie du village de Saint Lieux où elle avait créé cette association.

Madeleine a toujours eu besoin d’amis pour la soutenir dans les chantiers qu’elle avait entrepris.

Il s’agissait d’abord d’encourager des initiatives de développement rural au Rwanda dans un climat de relative stabilité politique. Il fallait améliorer la scolarité des enfants et les aider à entrer dans la vie professionnelle.

Que faire ensuite dans une économie de guerre civile, lorsque les bâtiments sont détruits et les partenaires dispersés ou disparus dans la tourmente ?

avec Thérèse, compagne de lutte pour la justice internationale

avec Thérèse, compagne de lutte pour la justice internationale

Madeleine a tenu à rester sur le terrain et une fois expulsée par le nouveau pouvoir, elle a cherché à garder le contact, cultiver les relations et, toujours avec l’aide des ses amis, participer à la reconstruction de bâtiments, à l’éducation d’enfants orphelins de la guerre, témoigner lorsqu’une personne était mise en difficulté.

Un ami croit au témoignage de l’autre parce qu’il a des raisons de lui faire confiance – même si ce témoignage est contesté.

Voici comment son association était présentée en 2014 pour le journal municipal de Saint Lieux les Lavaur. Il est probable qu’elle avait rédigé elle-même l’article !

 

Les Amis de Gikongoro 

Eglise et Mairie de Saint Lieux

Eglise et Mairie de Saint Lieux

Tout le monde à Saint Lieux connaît « Les Amis de Gikongoro »… grâce à Madeleine RAFFIN, venue prendre ici sa retraite après 30 ans passés au service du développement de ce pays.

Elle avait gardé un lien avec Saint Lieux où sa famille est présente depuis 1970.

Elle a su faire aimer ce pays dans le département du Tarn où elle est venue habiter, et cinq ans plus tard elle créait l’association des « Amis de GIKONGORO » dont le siège est Saint Lieux. Celle-ci comprend des rwandais avides de nouvelles de leur pays et disposés à élargir la solidarité qu’ils ont eux-mêmes vis-à-vis de leurs familles, souvent dans la plus grande difficulté : Par l’association on peut encourager la création d’écoles, s’intéresser aux jeunes qui vivent dans la rue, envisager des solutions d’avenir…

Des habitants de Saint Lieux sont venus les rejoindre et participent toujours à l’aide de ce petit diocèse d’Afrique que Madeleine a été obligée de quitter il y a presque 20 ans…

passage à Lavaur en 1994

passage à Lavaur en 1994

On se souvient des « Repas Rwandais » dans notre salle municipale, où l’on a fait connaissance avec les coutumes, les mentalités du Rwanda et aussi avec les améliorations soutenues par l’association, récemment la mise aux normes d’une salle de réunions destinées à des activités éducatives pour des jeunes.

Il y a 2 ans, Madeleine écrivait un livre mémoire d’une grande qualité : « Le Rwanda, un autre regard ». Il a été lancé  officiellement à Saint Lieux au cours d’une réunion de l’association.

Merci aux « Amis de Gikongoro » pour cette fenêtre ouverte sur l’Afrique. Vous contribuez à donner à notre commune un visage humaniste.

« Les Amis de Gikongoro » : Les Caussanels 81500 Saint Lieux Les Lavaur.

A la maison de Saint Lieux le jour de ses obsèques

A la maison de Saint Lieux le jour de ses obsèques

Un an après son décès, il n’était plus possible de continuer l’engagement qui était le sien, faute de contacts directs avec ceux qui sans doute continuent au Rwanda à faire pousser quelques unes des graines qu’elle a semées.

C’est cela la mort aussi – accepter que les choses ne se déroulent pas nécessairement comme on l’avait espéré, et croire pourtant à l’avenir, faire confiance sans voir encore ceux qui feront pousser quelques unes des graines que Madeleine et d’autres comme elle ont contribué à semer.

Les juifs ont inventé le titre de Justes des Nations pour ceux qui les ont défendus parce qu’ils étaient des êtres humains.

Nous reconnaissons que ce titre convient à Madeleine, et nous croyons volontiers que Dieu lui même l’a déclarée Juste et la faite entrer dans ce que la Bible appelle l’assemblée des justes.

A la maison de Saint Lieux en 2013

A la maison de Saint Lieux en 2013

A nous aussi d’être des justes et de trouver des amis qui nous estiment à cause de cela, et nous aident dans ce que nous entreprenons.

L’espérance n’est pourtant pas morte : un religieux de la province du Congo proche du Rwanda souffrant elle aussi de la guerre, le Père RIGOBERT, est venu nous dire comment les chrétiens là aussi cherchent à s’adapter pour survivre et être aussi à la hauteur de leur foi.

Une autre association, avec des moyens encore plus modestes que les nôtres, Le Futur Génie, originaire aussi de Gikongoro, nous a présenté aussi ses objectifs : y aurait-il des génies parmi les enfants qui ne peuvent pas suivre les études dans cette région de l’Afrique ?

Clôture de l'Association

Clôture de l’Association

Ce sera l’objet d’un prochain article.

Publié par Pierre Raffin dans Biographie, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage | 1 Commentaire »

25-02-2016

A Empalot : la Fête de la Fraternité

laïcité 6Cà bouge dans la société et dans nos quartiers. Les évènements parfois violents qui nous préoccupent n’aboutissent pas nécessairement à la méfiance et au découragement. Il arrive que les religions, que l’on accuse tantôt d’être d’un autre âge, tantôt d’être complices de nos difficultés à vivre ensemble paisiblement dans nos quartiers, soient reconnues comme ferment de fraternité et de confiance.

Depuis une trentaine d’années, des croyants ou non croyants se rencontrent dans le quartier d’Empalot, et ils se sont donné le nom plutôt original de GIRLE : Groupe Interreligieux Laïcité d’Empalot.

Quand des croyants et des non croyants, de diverses origines se rencontrent, pourvu que ce soit avec le même désir de se comprendre et d’apporter de la fraternité et de la paix, quelque chose se passe.

Notre GIRLE  a voulu prendre en compte une déclaration venant de responsables religieux et de représentants de notre administration territoriale, chargée de la mise en œuvre au quotidien du principe de laïcité, sur le thème de la fraternité. C’était la CHARTE DE LA FRATERNITE, signée par le Ministre de l’Intérieur et 6 responsables religieux régionaux.

Oui,  pourvu que nous ayons à cœur de vivre ensemble un certain nombre de valeurs qui sont au fondement de la vie sociale, nous pouvons donner le témoignage de ce que produit cette atmosphère de respect mutuel et de désir d’avancer ensemble.

images Laîcité 2Au GIRLE, le désir de créer un évènement en commun a avivé la confiance que nous avions entre nous grâce aux nombreuses rencontres que nous faisions depuis longtemps.

Le projet vient à exécution pour le 22 Mars 2016 : une soirée d’animation et de partage à la MJC d’Empalot.

Nous avons pu constater que notre projet est utile, qu’il a été pris au sérieux dans plusieurs écoles du quartier où des questions sur les différences de religion se posent, sans que, souvent, les personnes concernées  aient eu le temps de prendre du recul pour affirmer que OUI la vie au quotidien est possible, la diversité de nos religions et de nos options philosophiques peut être déjà une occasion de vivre les nombreuses diversités dans la société.  Celles-ci doivent pouvoir être accueillies, à moins que nous ne désirions un avenir d’uniformité que certains ont nommé « la pensée unique ».

laïcité 8Si nous participons en confiance à ce type de rencontre, nous témoignons déjà que la foi au quotidien, quelles que soient les formes qu’elle emploie, représente un noblesse d’esprit certainement en rapport avec la dignité de l’homme.

Peut-on partir sur de meilleures bases pour aller chacun à la rencontre de son Dieu, qui est en réalité le même, même si nous sommes divers.

 

 

 

Publié par Pierre Raffin dans Laïcité, Non classé, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »

03-02-2016

Le livre de Victoire Ingabire en prison au Rwanda

Éditions Scribe

Je viens d’achever la lecture de ce livre émouvant. Nous étions quelques uns à avoir participé financièrement aux frais de justice de cet interminable procès. La figure de cette jeune femme m’apparaissait d’autant plus sympathique.

Après 16 ans d’exil en Hollande, suite à la prise de pouvoir du FPR au Rwanda, Victoire Ingabire est donc revenue dans son pays afin de se présenter aux élections de 2010.

Dès sa descente d’avion, le 16 janvier 2010, elle proclame ses motivations :

« . Quel est l’objectif de notre lutte? Nous voulons que chaque Rwandais cesse d’avoir peur. Nous voulons éradiquer la pauvreté, la faim, le népotisme, la corruption et le clientélisme. Nous voulons combattre la dictature, l’injustice, une justice inéquitable pratiquée par les Tribunaux Gacaca, la prison et les Travaux d’Intérêt Général sans procès équitables. Nous voulons combattre l’exil qui empêche les enfants de connaître leurs parents et qui détruit les familles, les inégalités sociales, la discrimination, l’expropriation des biens ou des terres. Nous voulons que chaque Rwandais marche droit sans se cacher, sans avoir honte, nous voulons briser toutes les chaînes qui vous empêchent de vous sentir citoyens rwandais à part entière. » (p12)

Elle se rend aussitôt après au Mémorial du Génocide de Kigli, à Girozi :

« Je tiens à dire aujourd’hui que je suis revenue dans mon pays 16 ans après cette tragédie qui a eu lieu dans ce pays. Je sais très bien qu’il y a eu un génocide et des crimes contre l’humanité. Par conséquent, à mon retour après 16 ans dans un pays où de telles atrocités ont eu lieu en mon absence, ma conscience m’obligeait à passer d’abord par l’endroit qui conserve la mémoire de ces actes odieux. J’avais besoin de voir cet endroit et de me rendre compte de l’ampleur de ces tragiques évènements. Les fleurs que j’ai apportées sont un signe de reconnaissance des membres du parti FDU-Inkingi et de son Comité Exécutif. Ils m’ont dit de passer par ici et de vous réaffirmer que ce que nous souhaitons, c’est de travailler ensemble, afin de nous assurer qu’une telle tragédie ne se reproduira plus. C’est l’une des raisons pour lesquelles les FDU-Inkingi ont décidé de rentrer au pays pacifiquement, sans recourir à la violence alors que beaucoup de gens pensent que la solution aux problèmes du Rwanda est le recours à la lutte armée….

Il est clair que l’avènement d’une ère de réconciliation a un long chemin à parcourir. Il a un long chemin à parcourir parce que, si on considère le nombre de personnes qui ont été tuées dans ce pays, ce n’est pas quelque chose que l’on peut régler rapidement…

A titre d’exemple, si l’on passe en revue ce mémorial, on se rend compte qu’il ne se limite qu’aux victimes du génocide contre les Tutsis. Il est tout à fait évident que les crimes contre l’humanité commis contre les Hutus sont totalement ignorés. Les Hutus qui ont perdu les leurs souffrent aussi et se demandent: «Quand est-ce que nos morts seront aussi commémorés»? Pour que nous puissions parvenir à une véritable réconciliation, nous devons faire preuve d’empathie avec la souffrance de tout un chacun. Il est important que les Hutus qui se sont rendus coupables de massacres contre les Tutsis soient punis. Il est également important que ceux qui ont tués les Hutus comprennent qu’ils doivent répondre de leurs actes ignobles. En outre, il est important que le peuple rwandais, toutes ethnies confondues, comprenne que nous devons nous unir, nous respecter les uns les autres, et construire ensemble notre pays dans la paix. Ainsi, l’objet de notre retour au pays est d’examiner les voies et moyens de commencer ensemble ce long processus de réconciliation et de trouver un moyen de bannir à jamais l’injustice afin que nous puissions tous, peuple rwandais, vivre ensemble en pleine liberté dans notre pays. »

Au cours du procès

Au cours du procès

Cela suffisait. Trois semaines après, c’étaient les premières convocations par les autorités rwandaises. Elle est accusée d’avoir l’idéologie du génocide et de complicité avec le terrorisme.

On lui refuse alors d’enregistrer son parti. Le lecteur suit pas à pas les poursuites judiciaires, les interdictions de déplacements et de meetings pour arriver à l’emprisonnement et au long procès politique, à la fabrication de preuves qui aboutiront à 15 ans d’emprisonnement : 7 convocations par la police pour des interrogatoires dans les 3 mois qui suivent son arrivée au Rwanda, jusqu’à la première incarcération le 21 avril 2010.

Le gros travail des accusateurs sera de monter des preuves de complicité avec un mouvement terroriste à l’extérieur du Rwanda dont on a du mal à prouver l’exsitence.

Le 27 mai, c’est le tour de son avocat, citoyen des États-Unis, d’être arrêté pour négation de génocide et atteinte à la sécurité de l’État.

Entre temps, les élections se passent et le Président Paul Kagame est plébiscité le 9 août avec 93% des voix.

Outre les procédés d’une dictature pour humilier ses opposants et fabriquer des preuves contre eux, on découvre une Victoire Ingbire  donnant un sens à sa lutte au quotidien pour ses droits en prison. Après avoir obtenu le bon fonctionnement de la lumière électrique de sa cellule, elle fait remarquer à l’un de ses gardiens :

« Voyez-vous, si chacun pouvait accomplir son devoir comme il faut, il y aurait de la lumière là où il le faut et les portes des douches et des toilettes seraient partout remises en état. Si je ne vous avais pas critiqué, si je ne vous en avais pas parlé, aujourd’hui ces toilettes et ces douches seraient encore sans porte et dans les ténèbres. Il faut accepter des critiques constructives, et c’est cela que j’aimerais que les autorités de notre pays comprennent et acceptent. Est-ce que vous comprenez maintenant pourquoi je suis en prison ? » (p85)

slide21En lisant ce livre, on est convaincu que Victoire Ingabire aurait fait une bonne présidente, aussi bien à cause de son courage pour s’attaquer aux vices de fonds de la société qu’à cause de l’humanité avec laquelle elle s’adresse à ses interlocuteurs du moment : le personnel du régime et les codétenus qui lui sont envoyés pour la surveiller.

Autant de qualités aussi rares que nécessaires à l’existence de nos démocraties.

Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, Témoignage | Pas de Commentaires »

13-01-2016

Elargis l’espace de ta tente : Noël est planétaire

recueillement au Bataclan

recueillement au Bataclan

 

 

 

Comme le fait un prêtre, j’ai préparé et célébré Noël avec des communautés chrétiennes grandes et petites. Chacune de ces célébrations est pour moi une immersion dans des mondes que je suis invité à accompagner et ainsi prendre en compte les questions survenues dans leur vie.

 

 

Célébration et animation musicale dans une maison de retraite.

Crèche : pastel d'une vieille paroissienne

Crèche : pastel d’une vieille paroissienne

 

Si l’on ne voulait pas tricher avec ces personnes très âgées, il s’agit de vivre un moment de confiance pour s’accueillir chacun avec nos infirmités, nos solitudes, nos angoisses à se voir décliner les uns les autres. Envisager avec courage le passage vers une autre vie : « Et si c’était vrai ? »

 

 

 

 

Elargis l’espace de ta tente, avec la Mission Ouvrière

Rencontre Nationale de la Mission Ouvrière

Rencontre Nationale de la Mission Ouvrière

C’était le thème du congrès à Lourdes des mouvements d’Action Catholique en Monde Ouvrier ; nous étions une vingtaine de délégués de la Haute Garonne, et là, nous avons décidé de Fêter Noël en Mission Ouvrière. Et là, nous étions 120 !

Nous avons repris le message de la lettre du pape sur l’écologie, Laudato si : Noël est planétaire.

Plus que jamais, nous savons que nous sommes responsables de notre avenir, et de notre planète avec lui.

Cela demande le courage d’en assumer la responsabilité, de faire ensemble des pas qui conduisent à plus de fraternité.

Dans ces conditions, le message de Dieu qui vient vers nous prend toute sa vraisemblance.

C’est ma joie de vivre avec ce peuple des moment où l’on se reconnaît fraternels et même enfants de Dieu parce qu’on fait le choix  de s’ouvrir aux autres.

La Nuit de Noël à Sainte Germaine

Crèche à Sainte Germaine

Crèche à Sainte Germaine

La nuit et le jour de Noël sont des moments où il est donné aux chrétiens de rassembler ce qu’ils portent de la vie du monde, pour en faire avec le Christ un Repas où il est le premier invité. Et çà marche !… l’expérience de lui avoir mieux dit qu’on croit en Lui, d’avoir mieux compris qu’il nous ouvre un avenir.

 

 

 

 

La semaine en famille

Tout cela valait bien un peu de repos avec la famille venue me visiter. Pendant ce temps qui suit la fête, nous avons eu le temps de vivre au ralenti la vie de famille, sachant que durant ce temps passé ensemble, les batteries se rechargent.

On est au-dedans, mais la fenêtre est ouverte sur le monde.

Réveillon entre amis après la messe de Noël

Réveillon entre amis après la messe de Noël

Publié par Pierre Raffin dans Biographie, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »

24-11-2015

Ton Peuple cherche ta Parole

De mois en mois, les agressions terroristes se succèdent sur notre sol et réveillent des sentiments de compassion et d’insécurité. Nous apercevons tout à coup la fragilité de notre vie démocratique aussi bien que notre attachement profond aux valeurs qui la fondent. Nous avons besoin de les exprimer.

En le faisant, chacun prend encore mieux conscience d’être rattaché par des liens invisibles à une foule d’être humains.

Beaucoup ont répondu à l’appel de l’Evêque de Toulouse et se sont rendus le soir du 16 novembre à une célébration qui réunissait des croyants chrétiens, juifs, musulmans dans ce lieu symbolique qu’est la Cathédrale Saint Etienne.

On a lu le passage du 2° chapitre de la Bible qui raconte le meurtre d’Abel par son frère Caïn. Cette vieille histoire, racontée à la manière des mythes de l’Antiquité, fait comprendre que le problème du mal et de la violence est aussi vieux que l’humanité.

Ce jour là, le mythe devenait une parole vivante. L’homme qui l’écoute accepte tout à coup de recevoir une Parole venant de Dieu, alors que dans sa vie habituelle il passe le temps à douter de son existence.

Il accepte de se laisser interroger par le mensonge de Caïn qui vient de tuer son frère : « Suis-je le gardien de mon frère ? ». Eh oui, j’ai une mission vis-à-vis de mon frère, et je l’ai peut être oubliée !…

« Le mal restera comme une bête tapie à ta porte »… et tu mettras beaucoup de temps à t’en délivrer !

Oui, le mal existe. Que signifie ce compagnonnage, à certains jours infernal, avec la vie des hommes ?

La suite de l’histoire biblique montre que ce n’est pas une fatalité : il y a un chemin de libération, et c’est Dieu lui-même qui nous y fait entrer.

Tu dois accepter cela : te laisser remettre en question, ne pas mépriser cette main tendue qui soutiendra ton courage.

 

La lapidation d'Etienne. Rétable cathédrale de Toulouse

La lapidation d’Etienne.
Rétable cathédrale de Toulouse

L’Evêque a fait remarquer pour conclure que le grand rétable de marbre qui orne le chœur de l’église avait été illuminé de teintes bleu, blanc, rouge… comme la Tour Eiffel, comme le Christ de la baie de Rio de Janeiro. Cette lumière tricolore symbolisait les valeurs de Liberté, Egalité, Fraternité que la France a propagées dans le monde.

 

Il aurait pu continuer en rappelant que ce rétable représente la lapidation de Saint Etienne, le premier martyr chrétien. Etienne a eu conscience de mourir comme le Christ, redisant la même espérance que lui et lui demandant sa force.

 

Un jeune homme, nommé Saul,  qui était d’accord avec l’exécution, gardait les vêtements de ceux qui lapidaient Etienne. Le même Saul est devenu Paul, l’apôtre de Jésus pour les nations païennes.

 

Que peut-il sortir des soubresauts de l’histoire, si nous la mettons comme Etienne entre les mains de Dieu ?

 

Pierre RAFFIN

 

Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, Patrimoine artistique, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »

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