21-07-2018
Goûter la poésie de l’Evangile
Marc 6, 30-34
L’Evangile de Marc laisse apparaître des traits familiers de la personne de Jésus. C’est précisément ce qui le rend attachant.
On le voit « ému jusqu’aux entrailles » du comportement des foules un moment mobilisées par son message.
« Elles sont comme des brebis qui n’ont pas de berger » : inquiètes, prêtes à être livrées à n’importe quel prédateur…
C’est ainsi que Marc raconte Jésus : depuis son baptême par Jean, on le voit animé par le désir d’annoncer le Règne de Dieu. Il choisit de s’adresser aux populations pauvres des environs du lac de Galilée. Il va de village en village et enseigne une manière d’accueillir en vérité le Règne de Dieu.
Il ne va pas à Jérusalem où le culte est programmé de telle sorte qu’on n’aura plus rien à chercher de la présence de Dieu et de la vie avec Lui. Il suffirait de suivre les consignes minutieuses de la Loi.
On le voit aux abords des villages, aux endroits où les gens se croisent, les enfants jouent, les malades et les mendiants sont mêlés à la population. Jésus a le projet de montrer à ce peuple les chemins de l’Espérance.
Il voudrait que ses premiers disciples deviennent apôtres, bien présents dans ce peuple, et envoyés vers lui pour lui faire connaître sa vocation : être ami de Dieu.
Jésus nous append à goûter ce qu’il y a de neuf, ce qui pourrait changer lorsqu’on devient ami de Dieu et qu’on cherche à lui ressembler dans nos comportements.
« Il les enseigne longuement ». Non pas qu’il y ait de longues explications, Jésus se fait poète du Royaume de Dieu. Par ses paraboles, il montre que les choses sont plus simples et attirantes qu’on pourrait le penser.
C’est un Evangile de Liberté qui suppose qu’on se libère des idées reçues, des arrières pensées…
Jésus propose à ses amis qui ont fait avec lui les premières semailles « de venir se reposer un peu ».. Il leur dit : « vous avez semé quelque graines de la Parole de Dieu, et maintenant, reposez vous !
« Le Royaume de Dieu ressemble à un homme qui a semé une graine dans son champ. Qu’il dorme ou qu’il se lève, la parole germe, il ne sait comment : d’abord l’herbe, puis un épi, et du blé plein l’épi ». Mc 4, 26-29.
Il faut se convertir à cette confiance. Laisser Dieu nous dire que les choses doivent se dérouler dans le climat de la confiance.
Il faudrait que ce temps de vacances soit pour nous un temps de liberté, où l’on laisse les choses se décanter, où l’on laisse les idées nouvelles prendre corps : c’est la joie de l’Evangile. Laisser Dieu enter dans notre cœur, et, avec lui devenir encore plus amis de la paix, de la justice, de l’amour.
J’ai fini de vous parler, Jésus airait pu le faire plus longuement, parce qu’il était poète.
Le poète n’a jamais fini de trouver une nouvelle image pour comprendre, admirer, se laisser séduire et transformer dans un mode de vie où Dieu est présent.
Les auditeurs n’ont pas compris la signification du rendez vous que Jésus propose aux disciples. Ils veulent prendre Jésus à la course et aller le saisir de l’autre côté du lac où il voulait se rendre.
Ils voulaient capter quelques forces surnaturelles qui les débarrasseraient de leurs soucis quotidiens.
C’est le leurre que proposent les sociétés matérialistes. Elles feraient croire que tous les désirs du cœur se comblent avec de nouveaux gadgets.
L’Evangile veut nous acheminer vers le goût de ce qui est gratuit, ce qui vient de la parole de Dieu, qui grandit et donne du fruit en son temps, on ne sait comment…
Publié par Pierre Raffin dans sermon | 1 Commentaire »
28-06-2018
Venez fêter nos 80 ans
Nous sommes quelques amis à découvrir nos 80 ans.
Nous n’avions pas eu le temps d’y penser.
Souvent la vie associative et l’engagement d’Eglise nous ont permis d’élargir notre horizon.
Beaucoup de joies, de peines, beaucoup de liberté.
Chaque instant de la vie nous apparaît encore plus intense et fragile.
Comme le vieux laboureur de Lafontaine, nous avons peut être un secret à transmettre
Venez le fêter avec nous Samedi 30 juin 2018
à l’Eglise Sainte Germaine (métro Ste Agne)
On commencera
par la Messe Paroissiale à 18 h
Puis Apéritif
et Repas partagé sur l’esplanade.
Animation et dégustations au gré de chacun.
On peut prendre le menu complet ou se contenter de l’une ou l’autre de ces manifestations. A bientôt
Marcel, Serge, Odile, Dominica, Pierre, Monique, Jacqueline
« Il est important de souligner une chose : c’est vrai que la société tend à nous mettre de côté, mais certainement pas le Seigneur. Le Seigneur ne nous met jamais de côté ! Il nous appelle à le suivre à tous les âges de la vie, et la vieillesse contient aussi une grâce et une mission, une véritable vocation de la part du Seigneur. Être âgé est une vocation. Ce n’est pas encore le moment de « baisser les bras ». Cette période de la vie est différente des précédentes, cela ne fait aucun doute ; nous devons également un peu « l’inventer », car nos sociétés ne sont pas prêtes, spirituellement et moralement, à donner à celle-ci, à ce moment de la vie, sa pleine valeur (Pape François 11 Mars 2015)
Publié par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Biographie, Non classé, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »
11-06-2018
Le Christ dans la mêlée
Marc, 3, 20-35
Nous avons eu cette semaine la Fête du Sacré Cœur. Tout le monde connaît la grande basilique du Sacré Cœur à Montmartre, témoin de la piété du 19° siècle.
L’idée que l’on se faisait était que tous les malheurs que nous avons avaient pour cause l’impiété des hommes, et qu’il fallait réparer en leur nom devant Dieu tout le mal qui avait pu être fait.
On pense alors au Christ dont le Cœur a été transpercé et qui demande pardon à notre Père en notre nom.
L’image qui ressort est le regard doucereux du Christ, tourné vers le ciel et qui n’a même plus besoin de regarder la terre.
Les non croyants ne se sont pas privés de caricaturer cette attitude. On se rappelle la petite phrase de GIONO : « Le Christ traverse les batailles une rose à la main ». Jean GIONO, c’était le début du 20° siècle, on dirait aujourd’hui : « il est déconnecté ».
La page de l’Evangile que nous venons de lire nous montre au contraire le Christ dans la mêlée : il vit des affrontements, il reçoit des coups et il suggère que çà peut vous arriver aussi, si vous cherchez à faire la volonté de Dieu.
Voyons le genre d’affrontement dont il est question
- le premier vient des autorités de Jérusalem qui veulent contrôler et même soupçonner son activité. « C’est par Beelzeboul, le chef des démons que tu chasses les démons »… Jésus se bat sous le mode de la controverse : « Tout Royaume divisé contre lui-même est appelé à périr… »
C’est donc l’autorité du moment qui s’en prend à Jésus.
- Le deuxième cas de figure est l’entourage familial de Jésus. On lui reproche de trop se mettre en avant : « fais comme nous, écrase toi, il ne faut pas chercher à comprendre »
Jésus revendique sa liberté face à son entourage et face à ce qu’il a voulu contester.
Marc note son regard, qui n’est pas le regard doucereux dont on parlait tout à l’heure.
Il regarde ceux qui sot en train de devenir disciples : « ceux qui cherchent à faire la volonté de Dieu sont pour moi un frère, une sœur, ou une mère »…
« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront appelés fils de Dieu »…
Les débats sur la vérité et la justice doivent-ils être aseptisés, de façon à ne pas être contaminé par ce qui vient du monde ? Ou bien faut-il se lancer dans l’actualité, et dans quelle perspective ?
Nous pouvons prendre un exemple dans l’actualité de la semaine.
Les lois de la démocratie permettent d’éplucher les comptes de campagnes des candidats.
On a épinglé celui qui est actuellement président. Ne vous en faites pas, demain ce sera un autre !
On lui reproche donc d’avoir obtenu pour la location d’un théâtre pour un meeting de campagne, d’avoir eu à verser 3000 euros, tandis qu’un autre candidat a dû trouver 100 fois plus…
Le 6 Janvier dernier, fête de l’Epiphanie, les services du Vatican ont fait paraître un texte de 19 pages intitulé :
« Considérations éthiques sur certains aspects du système économique et financier actuel ».
Le texte soutient que les grandes entreprises devraient avoir un comité d’éthique pour vérifier si les décisions prises favorisent à la longue le bien commun.
Et il prévoit l’objection : « Bien sûr que nous en avons » !
Seulement, le travail de ces commissions n’a pas toujours pour but l’utilité ou la moralité de ce qui est entrepris, mais de vérifier si on est bien dans les clous des lois existantes. Ces experts ont plutôt pour vocation de vous protéger contre les poursuites ultérieures.
La question que voudrait poser une autorité morale comme l’Eglise est celle du bien commun : admettons que le monsieur est le propriétaire du théâtre. Est-il le seul propriétaire : ou bien ceux qui travaillent pour le théâtre, ceux qui sont réduits peut être au rôle d’intermittents, les actionnaires même, n’ont-il pas droit aussi à demander des comptes sur l’argent qu’ils n’ont pas reçu.
On s’est servi de leur argent (qu’à leur tour ils auraient pu utiliser bien ou mal ) pour cautionner l’engagement personnel du chef d’entreprise…
Il s’agit d’élever le débat : non de savoir si l’on souhaite que celui-ci ou celui là sera plus ou moins blanchi, mais si l’engagement de chacun pour la vérité et la justice est porteur à la longue de fruit, donne une idée plus grande de la personne humaine et de sa vocation.
Présentation du texte par ZENITH
Le Saint-Siège plaide pour une régulation éthique de l'économie et de …
Texte intégral :
https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwji4ePSt8fbAhVDOBQKHWNvDioQFggzMAI&url=http%3A%2F%2Fwww.vatican.va%2Froman_curia%2Fcongregations%2Fcfaith%2Fdocuments%2Frc_con_cfaith_doc_20180106_oeconomicae-et-pecuniariae_fr.html&usg=AOvVaw2jL_hoNC8eMobBallOxNef
Publié par Pierre Raffin dans Formation, sermon | Pas de Commentaires »
17-02-2018
Carême 2018 : chemin vers Dieu
C’est ma méditation à partir des textes lus à l’église le dimanche 18 février 2018
Genèse 9, 8, 15
1 Pierre 3, 18-22
Marc 1, 12-15
Le Carême est un immense chantier où il est proposé à tous les croyants de vivre l’aventure des chercheurs de Dieu.
Ce n’est pas fait pour une élite, tous sont invités… pour leur suggérer que l’amitié et la Rencontre de Dieu en Jésus Christ est la grande affaire de leur vie.
![]() Maurice Denis Le Paradis |
Cela commence par une promesse, sans cesse renouvelée, et dans un cadre grandiose : l’arc en ciel qu’admire Noé au sortir du déluge !
Il va d’une extrémité de la terre à l’autre ; après un temps d’épreuve, Noé admire cette lumière irisée qui donne une image de paix, de beauté, d’avenir, du mystère de la vie promise.
De nos jours, nous craignons que cet avenir ne soit menacé, soit par les risques de guerre, soit par la dégradation du cadre de vie qui pourrait bien être irréversible…
L’Encyclique Laudato Si renouvelle la promesse de Dieu pour la Terre et tous ses habitants.
Le texte, universellement accueilli comme un courant d’air frais, est une grande invitation à la louange : Laudato si, mais aussi à lutter ensemble pour affronter les principaux maux qui pourraient nos emporter, et encore à nous laisser prendre par le message que cette création porte en elle ;
« Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce » (Ps 19).
C’est dans ce cadre d’ouverture d’esprit et de cœur que se place la recherche de Dieu.
La Lettre de Pierre fournit un autre pôle de la recherche de Dieu : elle nous invite à repartir de notre baptême.
Vouloir le Baptême ou se ressouvenir du baptême qu’un jour nous avons reçu, c’est se rappeler que Jésus Christ est passé par la vie des hommes, l’offrande de sa vie pour que nous soyons réellement partenaires de l’alliance commencée aux origines des temps et promise à s’épanouir en Règne de Dieu, à la fin de ces temps-ci : « c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ qui est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu. » (1 Pierre, 3, 22)
C’est comme si c’était un nouveau point de départ : accueillir la signification du baptême avec une conscience droite, être prêts à vivre ne vérité et dans la recherche de la vérité.
L’épisode de la Tentation du Christ montre que cette vérité sur nous-mêmes passe par un combat, comme Jésus l’a vécu lui-même.
L’environnement du désert montre que cette recherche est vitale e et aride à la fois.
La tradition biblique montre que les obstacles rencontrés peuvent devenir une occasion de chute :
« Quarante ans cette génération m’a déçu » (Ps 94)
Jésus conclut : « vos pères ont mangé la manne et ils sont morts: celui qui mange le pain que je lui donnerai vivra éternellement ». Jean 6, 49)
C’est le pain de la confiance en Dieu que représentait la manne. Nous reportons toute cette confiance en Jésus, que nous sommes appelés à reconnaître, avec la droiture de notre conscience, comme l’Envoyé, le Fils de Dieu lui-même.
Chercher Dieu, c’est chercher à reconnaître le Christ. Il nous est présenté comme
- celui qui vient nous chercher en se faisant homme.
- Celui qui a traversé la vie humaine avec ses périls et ses blessures.
- Il s’est fait tellement homme qu’il a connu les tentations que nous rencontrons tous les jours, à commencer par celles que le peuple de Dieu a vécues et que la Bible a cherché à caractériser. Il s’agissait de recevoir les dons que Dieu nous fait, sans que nous cherchions à le remercier ni lui faire confiance pour l’avenir, et aussi en détourant ces biens à notre profit, alors qu’ils sont destinés à ce que nous en fassions profiter d’autres.
C’est en tout cas le message du pape François pour ce Carême 2018 :
https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwj7ipCZnK3ZAhXFhrQKHSLBBaYQFghCMAI&url=https%3A%2F%2Fwww.la-croix.com%2FReligion%2FCatholicisme%2FPape%2FMessage-Careme-pape-Francois-texte-integral-2018-02-06-1200911718&usg=AOvVaw2roPrg9XzSSDrZU_pFyLjb
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23-09-2017
Les vendangeurs de l’amour
Un nouveau séisme au Mexique après les ouragans des Petites Antilles. Chacun se pose les mêmes questions : Comment je cris ? Comment je crois encore ? La lecture des Evangiles accompagne notre recherche. Ainsi celui de dimanche 24 septembre : la parabole des ouvrier envoyés à la vigne : Mat 20, 1-16
Quelle est cette vigne dans laquelle le Seigneur nous envoie ? Jésus a choisi cette image biblique mise en valeur par les prophètes : « Mon Bien Aimé avait une Vigne, il la planta sur un coteau fertile… La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël » Dieu a donné des témoignages d’amour pour sa vigne tout au long de l’histoire d’Israël, au point que le prophète répond en disant sa reconnaissance, l’amitié qu’il éprouve pour lui : « Mon bien aimé avait une vigne »… A son tour, un des premiers écrivains chrétiens, Tatien, dit qu’il a été enflammé d’amour en lisant les prophètes… c’est-à-dire qu’il a été pris dans le même courant qu’eux. Et maintenant, Jésus nous demande de travailler à cette vigne. Cette vigne que Dieu lui-même a plantée, des hommes ont déjà découvert pourquoi il l’a fait : un amour qui ne tarit pas.
Moïse a contemplé un feu qui ne s’éteint pas. Il s’est dit : « Je vais faire un détour pour observer cet étrange spectacle » Exode 3, 3 Il faut faire un détour observer cet étrange spectacle des signes de la présence et de l’amour de Dieu, et s’en laisser imprégner. Notre vie de croyants est l’histoire de cet immense détour qui nous amène à chercher les signes de l’action de Dieu, dans ce monde qui est sa vigne. On peut penser que des hommes ont déjà répondu à l’appel de Dieu pour travailler à s vigne, avant même que nous nous y mettions. Ce que nous pouvons voir, ce sont des signes de l’action de Dieu et des hommes réunis. Le détour pour considérer l’action de Dieu dans cet immense champ qu’est le monde nous amène à considérer aujourd’hui ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique avec ces ouragans et ces séismes. Ce n’est pas nouveau, et nous sommes ramenés parfois à ce qui a toujours été la condition de l’homme sur la terre : il a toujours lutté, contre vents et marées, pour contourner ce qui est hostile, rendre cette terre habitable, lui redonner sa beauté. La foi chrétienne nous rend amis de ceux qui souffrent et de ceux qui soignent, et nous savons que d’un bout du monde à l’autre, c’est le même peuple, la même vigne. C’est le même Seigneur qui accueille nos prières et nos bonnes volontés. Nous pouvons être appelés, quel que soit le moment de notre vie : le matin à midi ou le soir… Nous pouvons être appelés à nouveau, c’est-à-dire que nous sommes appelés à renouveler note confiance et notre fidélité…et faire l’expérience d’une fraternité selon le Christ, où il n’y a pas celui qui est plus connu que l’autre, celui qui mérite plus que l’autre, cette fraternité est la Joie de l’Evangile. La joie exprime toujours la réalisation d’une promesse de ce que l’on attendait plus ou moins confusément, elle est le bonheur de voir cette attente profonde se réaliser, elle est encore une promesse de quelque chose qui viendra encore… Nous espérons que ce qui viendra sera à la hauteur de ce que Dieu a toujours fait pour les hommes et de ce que Jésus nous a enseigné. Ces évènements nous rappellent nos fragilités : ce dont on n’a pas envie de s’occuper lorsqu’on pense que çà va bien pour nous. Ils nous invitent à demander à Dieu la force de les traverser et de trouver le courage de la fraternité. Là bas comme ici, c’est le même monde où le Seigneur nous a envoyés, en nous disant que nous sommes pas les premiers ouvriers. D’autres ont travaillé avant nous, dit-il, et vous entrez dans leurs travaux, pour le même salaire qui est le Royaume de Dieu. Et comme le dit la chanson : « Nous les referons ensemble les vendanges de l’amour. » Marie Laforêt
Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, sermon, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »
10-09-2017
Irma : prophète au coeur des évènements
Nous avons des antillais dans notre communauté. Voici l’Office que j’ai préparé pour la dimanche qui a suivi l’ouragan.
10 septembre 2017 Office du 23° dimanche
Accueil
Nous sommes d’autant plus bouleversés en apprenant les immenses blessures causées par les ouragans des Antilles que nous avons dans notre communauté de nombreux antillais touchés aujourd’hui dans leur chair et dans leur cœur.
Nous allons vivre cette Eucharistie en profonde communion avec eux, sachant que le Christ nous réunit et nous précède avec sa Croix.
Ezeckiel, 33, 7-9
Evangile de Mat 18, 15-20
Tandis que nous laissons mûrir en nous des sentiments de compassion par rapport à nos frères et sœurs marqués par les violents cyclones, nous laissons pénétrer en nous la Parole de Dieu qui nous invite à être des prophètes.
Le prophète n’est pas celui qui répète ce que dit tout le monde : c’est quelqu’un qui s’efforce d’écouter et de transmettre la parole d’un Autre.
Cette parole est familière : elle ne nous dit pas des choses nouvelles ou extraordinaires, elle nous redit notre vocation :
« Fils d’homme, je t’établis comme guetteur pour la maison d’Israël » : tu dois avertir du mal qui peut être à l’origine de ce qui t’arrive maintenant.
On s’accorde, il est vrai pour dire que le réchauffement climatique contribue à rendre les ouragans plus violents encore, que ce réchauffement climatique est dû aux déchets des hydrocarbures répandus dans l’atmosphère… mais que pouvons nous faire lorsque le mal est lancé ?
Le pape François, dans son encyclique Laudato Si dénonce ces mécanismes, mais, à la suite du pape Jean XXIII, il dit que nous ne pouvons pas nous contenter d’être des prophètes de malheur : nous sommes des témoins d’espérance.
Cette espérance, nous ne l’inventons pas. Elle est portée par l’expérience de la communauté chrétienne.
L’Eglise est fidèle à l’Esprit de Jésus Christ lorsqu’elle cherche, pour en témoigner, à repartir de la parole des pauvres.
J’ai entendu cette parole dans la bouche d’une grand-mère antillaise qui disait sa prière mercredi, au cours de la messe de semaine :
« Mon Dieu, je crois, j’espère, j’adore et je vous aime.
Je vous prie pour ceux qui ne croient pas, n’espèrent pas, et ne vous aiment pas ».
Une autre antillaise m’a répété cette même prière qui se récite là bas après les stations du chemin de croix. Elle vient des jeunes voyants de Fatima en 1917.
Cette prière a traversé les océans, pour nous revenir aujourd’hui comme des témoignages de croyants. Ceux-ci nous disent comment ils ont été aidés à tenir debout dans les moments d’épreuve.
La prière des ces hommes et de ces femmes qui s’adressent encore à Dieu alors qu’ils sont privés de tout est une haute expression de la dignité humaine.
Ils nous disent que la prière est encore possible, même si le ciel s’est complètement obscurci.
Voici un extrait d’un poème de Karol Wojtyla alors qu’il n’était pas encore pape :
« Je crois cependant que l’homme souffre par manque de vision.
S’il souffre par manque de vision, il doit se frayer un chemin entre les signes. »
Andréa Ricardi, fondateur des communautés San Egidio, commente : « le grand signe de la vie chrétienne est la rencontre du pauvre… que l’on ne rencontre jamais si l’on ne s’arrête pas à côté de lui ».
Le signe que peut donner notre communauté, c’est notre présence fraternelle.
Jésus énumère ces attitudes dans l’Evangile :
- console et encourage tes frères un à un…
- fais toi aider par un compagnon si tu veux que ton signe soit plus crédible
- fais appel à toute l’Eglise s’il le faut : aux petits voyants de Fatima, à tous ceux qui nous ont donné l’exemple du courage et de l’investissement dans la vie chrétienne, acceptant parfois de demander, au jour le jour, le pain de ce jour.
La foi chrétienne nous dit que le courage que tu as trouvé auprès de Dieu dans l’épreuve – au moment où tout semblait s’écrouler – est un signe de la présence de Dieu au milieu de nous.
Cette présence est une force pour avancer aujourd’hui, elle est aussi le gage de notre résurrection et de notre vie éternelle. Nous vivons là quelque chose qui est plus fort que la mort.
Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, Non classé, sermon, Témoignage | Pas de Commentaires »
14-07-2017
Musique d’été à Toulouse, Talents selon l’Evangile
Parabole du Semeur
(Matthieu ch 13) A la faveur des concerts de musique d’été à Toulouse, j’ai eu l’occasion de retrouver deux jeunes qui avaient grandi dans les communautés chrétiennes de notre secteur.
Je pouvais voir ce qu’était devenue la graine qui avait été déposée en eux : l’un d’eux donnait le concert, l’autre était venue comme auditrice.
En écoutant et en voyant, car la musique peut être aussi un spectacle, je pensais au monde de la musique dans lequel ce jeune se fraie un chemin. Et je me demandais quel était le rapport entre le monde de la littérature musicale, où ce jeune a appris à se mouvoir – un monde fait de sentiments et de passions que l’on essaie d’interpréter en apportant soi même sa maîtrise, sa sensibilité… le marché de la musique qu’il tout aussi difficile de maîtriser, le rapport donc avec la modeste graine de la Parole de Dieu qu’il avait reçue de la communauté. Cette parole, il l’avait sans doute reçue dans son cœur… (Mat 13, 19)
La question était la même pour l’autre jeune que j’ai rencontrée ce soir là. Elle aussi avait quitté Toulouse : elle cherche un débouché professionnel et se cherche elle-même. Qu’es-ce qu’elle voudrait faire de sa vie ?
Elle est en train de se professionnaliser dans le yoga, et, me dit-elle, elle aimerait bien pouvoir l’enseigner dans les prisons, parce qu’une technique non violente peut aider des gens à se reconstruire.
En plus de l’image de la graine qui nous est donnée, Jésus parle aussi des talents différents qui sont confiés aux uns et aux autres.
Ces talents sont les qualités mises à notre disposition, mais ils ne concernent pas seulement les techniques que l’on doit soigneusement mettre au point, les relations avec les personnes bien placées que l’on cherché à cultiver : Jésus nous parle de la manière dont on vit tout cela.
Il est question
- de l’amitié qui se développe entre jeunes artistes au fur et à mesure qu’ils s’initient au métier.
- De la simplicité avec laquelle ils abordent le public
- De la confiance pour lui dire que lui aussi est capable de ressentir des choses que la musique peut lui suggérer : la complexité et la force des sentiments, l’ouverture à l’inconnu, au mystère…
L’idée que l’on peut apporter quelque chose à tout homme, l’aide que l’on peut donner pour permettre à quelqu’un qui en est venu à se dégrader, pour qu’il retrouve la confiance en soi, c’est la graine de l‘Evangile qui a été déposée dans notre cœur.
Pour expliquer cela, Jésus monte dans la barque et de cet endroit il enseigne ceux qui sont sur le rivage. Souvent dans l’Evangile de Matthieu, la barque est le symbole de la communauté, de l’Eglise qui répercute et aide à approfondir les paroles de Jésus.
On s’aperçoit, lorsque nous lisons ensemble l’Evangile, que les images employées par Jésus se complètent les unes les autres :
- La graine, c’est l’idée de quelque chose qu’on reçoit et dont on peut servir la croissance
- Les talents, c’est ce qui nous distingue les uns des autres et nous donne les moyens de nous investir pour contribuer à la réalisation d’un Projet de Dieu qui nous dépasse
- Le sel c’est la façon dont ce projet se réalise par nous : « vous êtes le sel de la terre », une pincée de sel donne le goût au reste.
Avoir la foi, c’est regarder avec confiance l’endroit du monde où il nous a été donné de vivre, en sachant que nous avons tous une place, comme les oiseaux du ciel que l’on ne croit pas toujours indispensables, et pourtant, dit Jésus, votre Père du Ciel les nourrit !
Avec une seule parabole, on explique toutes les paraboles.
Nous admirons la patience avec laquelle le Seigneur explique les choses : parfois nous passons à côté, nous tâtonnons, et pourtant le sens est là, la Parole est près de toi, dans ton cœur. (Rom 10, 8)
Un jour quelque chose que tu n’avais pas compris s’éclairera : quelque chose dit Jésus que le Seigneur a caché aux sages et aux agiles d’esprit, mais qu’il a révélé aux tout petits.(Mat, 11, 25)
C’est là le secret : apprendre à se faire petits dans la main de Dieu, et il nous fera découvrir les mystères de son Royaume, le mystère de ce qui se passe sur la terre et au ciel.
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22-04-2017
Dimanche de la Miséricorde
En présentant les récits évangéliques de la résurrection, les dimanches après Pâques approfondissent le message de Pâques. Celui du 1° Dimanche après Pâques parle des plaies du Christ en Christ, témoignage d’amour pour les hommes.
Voici mon commentaire de l’Evangile de Jean.
Jean 20, 19-31
L’Evangile de Saint Jean, en racontant l’ apparition de Jésus au soir de Pâques, puis huit jours après, comme c’est le cas pour nous lorsque nous nous réunissons le dimanche, présente une communauté qui risquerait de se refermer sur elle-même en cultivant le souvenir de Jésus…peut être espérant son retour.
Le témoignage que des femmes venaient de leur faire avait réveillé leur espoir. En attendant, il vaut mieux se cacher et attendre : wait and see. ..
Jésus vient les bousculer – et les délivrer de cette peur :
La Paix soit avec vous !
Il leur montre les blessures de sa passion. Au lieu de s’attrister et de se perdre en remords, ils sont remplis de joie en voyant le Seigneur.
Il y a quelque chose d’étrange dans ce qui se passe en eux :
- la paix à la place de la peur
- la joie à la place de la tristesse ou du désespoir.
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Le sentiment de paix et de joie qui les envahit vient de leur rencontre avec le Seigneur – qui a traversé la souffrance et la mort provoquée par ses ennemis.
Ils osent regarder ces blessures qui ne leur inspirent pas d’abord de la compassion : elles leur paraissent rayonnantes.
Peut être leur est-il revenu ce verset du prophète Isaïe : « c’est par ses blessures que nous sommes guéris » (Isaïe 53, 5)
Il leur montre ses mains et son côté. De ce côté était sorti du sang et de l’eau (Jean 19, 34) quant le soldat l’avait percé de sa lance. Comme si le cœur du Christ était une fontaine où celui qui croit en Jésus peut aller puiser.
Comme les disciples au tombeau le matin : ils voient et ils croient.
Ils voient les blessures mais ils croient à ce que cela peut vouloir dire : ce qui se recueille de la souffrance du Christ sur la croix, c’est la vie nouvelle qu’il nous communique. Voilà ce qu’ils croient.
Le plus étonnant, c’est que ce retournement qui passe de la tristesse et à le la peur, à la paix et la joie de Pâques soit maintenu dans l’Eglise.
Cette première génération n’a cessé de se remémorer les Psaumes et l’ensemble de Écritures Bibliques pour mieux apprécier cette vie nouvelle du Christ ressuscité qui se répand sur le monde.
Le Psaume 118 (117) parle du futur roi David traqué dans la montagne de Judas par le roi Saül qui voulait le supprimer. C’est un scénario qui parle de la persécution d’un homme pourtant béni par Dieu et sauvé par lui. Il se termine par un chant d’action de grâces :
On m’a bousculé pour m’abattre, ce n’était qu’un feu de ronces autour de moi, mais le Seigneur m’est venu en aide : la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, c’est une merveille à nos yeux.
Seulement voilà : Thomas, l’un des 12, n’était pas là.
Les autres ont vu et ont cru.
Il sont vu quelque chose de significatif par rapport à ce qui les tourmentaient : la mise à mort de Jésus et avec elle, la perte d’une amitié et de l’espérance qu’ils avaient mise en lui.
Ils ont cru : ce qu’ils voyaient leur suggérait autre chose : la révélation de l’amour de Dieu pour les hommes et l’assainissement qui était promis par l’eau et le sang du Christ qui se répand sur le monde.
Et Thomas conclut : « vous avez vu et vous avez cru, eh bien moi, je n’ai pas vu et je ne crois pas ! »
Cet homme là nous ressemble beaucoup.
C’est en nous imprégnant de la foi des premiers disciples que nous pouvons nous guérir de notre incroyance.
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La communauté chrétienne cherche à répondre à l’invitation du Christ en se réunissant chaque semaine. Non pour nous enfermer, mais pour nous imprégner de sa vie toujours nouvelle, trouver le courage de sortir pour la répandre et l’accueillir ailleurs, en rencontrant nos frères et sœurs en humanité avec un regard qui comprend et qui aime.
Publié par Pierre Raffin dans mystique, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »
26-01-2017
Brève histoire de la solidarité-charité à Toulouse
communication de Pierre RAFFIN au GIRLE ( Groupe Interreligieux Laïcité Empalot)
On peut commencer par le village de Saint Martin du Touch. Saint Martin remporte en France la palme dans le nombre des villages portant le même nom. Ce légionnaire romain du IV° siècle avait partagé son manteau avec un miséreux qui grelottait de froid. Il lui sembla voir le Christ dans le visage de ce pauvre. Devenu évêque, il a eu le souci de proposer la foi chrétienne aux gens des compagnes, méprisés parce qu’ils n’avaient pas la culture de la ville. C’est ce qui lui valut son immense popularité.
La solidarité dans l’imaginaire chrétien est rattachée à la sainteté. Les saints représentent des personnages à imiter … et qui peuvent vous protéger ! On retient un détail qui fait image et c’est ce qui se transmet.
Passons à l’église Saint Exupère, près du Jardin des Plantes. C’était un évêque du V° siècle qui, par la seule force de sa parole dissuada les Barbares de saccager la ville. On lui a donné le titre de « défenseur de la cité ». Ce même titre a été plus tard apposé sur la tombe du Cardinal Saliège pour avoir pris la défense des juifs pendant la guerre de 1939-45.
La solidarité, c’est d’être aussi capable de faire le geste historique qui convient lorsque l’on bénéficie soi même d’une certaine représentation sociale. On peut rapprocher de ces gestes l’Appel de l’ Abbé Pierre en faveur des sans logis au cours de l’hiver 54.

les colonnes de cette salle d’hôpital ont été placées pour soutenir le plafond qui croulait sous le poids des malades lors d’une épidémie de peste
Nous sommes maintenant devant l’Hôtel Dieu, construit à la fin du XII° siècle, par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, en même temps que la Basilique Saint Sernin, pour les pèlerins, les malades et les pauvres : l’Hostel =l’Oustal, la maison où l’on vous accueille ; Dieu : c’est Dieu qui vous accueille. Celui qui construisait la basilique ne devait pas se contenter d’apporter sa pierre ou sa brique à l’édifice, il devait accomplir ce qui lui semblait la conséquence de sa foi : porter secours aux pauvres.
Il est significatif de voir que l’Hôtel Dieu à Paris se trouve sur le parvis de L’église Notre Dame.
Au fur et à mesure du temps, les besoins se sont amplifiés. Les dons des particuliers, même s’il y avaient d’illustres donateurs ne suffisaient pas, l’état s’est mis à créer ses propres instituions qui n’étaient pas non plus reluisantes du point de vue de la salubrité. La norme d’un lit au moins pour 3 personnes était largement dépassée…
Et nous arrivons bien sûr à l’église des Récollets construite à la fin du XV° siècle. C’étaient une branche des religieux franciscains fondés par François d’Assise au XIII° siècle. Ils faisaient la « récolte », c’est à dire qu’ils voulaient mendier pour vivre, à la suite François d’Assise qui s’était dépouillé de ses habits de jeune homme riche pour revêtir celui d’un pauvre. Il s’agissait de sauver l’Eglise de l’enlisement dans la richesse dont témoigne l’architecture des villes italiennes. Comme tous les réformateurs chrétiens, François voulait revenir à la pauvreté et à la solidarité du Christ avec les pauvres. C’est le nom qu’a voulu porter le pape actuel.
N’oublions pas non plus qu’il y avait, rue Achille Viadieu, une chapelle Notre Dame du Refuge. C’était une institution fondée dans le sillage de Saint Jean Eude qui s’était préoccupé au XVII° siècle de prostituées et de celles qui par suite de leur pauvreté pouvaient devenir délinquantes. La aussi, cette pieuse intuition a pu se dégrader au cours du temps. La collaboration de l’état a transformé ces maisons en centre de redressement où la vocation de ces religieuses ne trouvait pas son compte. Elles étaient plutôt devenues gardiennes de prison.
Tous ces avatars de l’histoire montrent qu’en face des nouveaux besoins ou abus, des chrétiens ont comme considéré l’Eglise toujours ayant besoin de réforme. Tout cela à cause des déficiences de chacun de ses membres, et aussi parce que de nouveaux acteurs, en l’occurrence l’état, se sont présentés pour prendre le relais d’institutions qu’elle avait pourtant créé.
Le défi pour les chrétiens est de prendre leur place autrement, souvent en participant à des initiatives dont ils ne sont pas nécessairement les auteurs mais où ils apportent un Esprit. Beaucoup se reconnaissent dans cette tâche. L’histoire leur apprend que cet Esprit peut s’enliser au fil du temps, des défaillances des hommes et de la complexité croissante des situations.
Publié par Pierre Raffin dans Laïcité, Non classé, Patrimoine artistique, Témoignage | Pas de Commentaires »
20-01-2017
Ces évènements qui bousculent : l’accueil des réfugiés syriens à Toulouse
Voilà déjà plus d’un an, une religieuse habitant un bâtiment prêt à être démoli au quartier des Izards à Toulouse. Elle entend de nuit des coups violents sur les murs du bâtiment voisin prêt à être démoli. C’étaient des réfugiés syriens qui venaient le skater. Ils étaient 140 !
« Quand j’ai entendu frapper si fort, dit-elle, il m’est venu ce mot du Christ dans l’Apocalypse : voici que je me tiens à la porte et je frappe. Cette fois, il a frappé fort ! »
Depuis ce temps, il ne cesse de frapper pour elle… un peu moins fort, peut être.
Les sœurs de sa petite communauté ont rapidement fraternisé avec ces nouveaux venus. Les services à rendre ne manquaient pas. Mais voilà que les HLM font évacuer ces nouveaux venus…
Des associations de Toulouse qui défendent le Droit au Logement se sont mobilisées et ont obtenu des solutions provisoires.
Des gens du quartier et des assistants sociaux se sont mobilisés aussi pour aider au jour le jour ces gens à reprendre pied : établir des dossiers pour défendre leurs droits, aider les enfants à rejoindre une école, laquelle n’est pas adaptée aux primo arrivants qui ne connaissent pas la langue.
Une association s’est créée, devenue « le cercle des voisins », pour aider ces personnes à faire leurs premières démarches, et aussi ressentir la chaleur d’un accueil.
Le cercle des voisins se réunit sur la place du marché autour d’une boisson chaude. Les gens vont et viennent apporter leurs nouvelles. Chacun met ses talents à la disposition pour trouver un commencement de solution. Ce sont souvent des retraités qui en connaissent un rayon sur la prise en charge mutuelle dans le quartier, classé zone sensible.
Parmi eux, Violette de Toulouse, c’est son nom d’artiste, retraitée de l’enseignement, réalise de grandes silhouettes au fusain, représentant ces personnes de tous âges et toutes conditions sociales, privées de tout, enfermées dans leur situation comme dans une prison. Pourtant leur regard exprime la protestation plus que leur désarroi !
Une équipe d’ACO (Action Catholique Ouvrière) du voisinage et les chrétiens du quartier, à commencer par le prêtre Georges, ont souhaité manifester ce que représente aujourd’hui l’Enfant de Bethléem qui naît et ne cesse de naître, dans des conditions d’errance : les parents doivent se déplacer de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée, pour s’enfuir ensuite en Egypte… Cette histoire est connue des musulmans. De fait, certains ont joué un rôle, notamment comme interprète dans la chaîne de solidarité.
Une après midi de partage au lieu le 15 janvier dernier dans la chapelle qui sert d’abri à la communauté chrétienne du lieu.
Ce moment a été bouleversant d’émotion.
Témoignage d’Anne Marie, la religieuse, que la vie des migrants syriens ne quitte plus. Puis témoignages des travailleurs sociaux interpellés par la précarité de ces personnes et aussi les tendances de l’administration, et souvent du personnel « qui croient avoir affaire à des statistiques plutôt qu’à des personnes », des mots aussi qui font mal de la part du personnel chargé des expulsions…
Témoignages de beaucoup d’autres qui ont pris la parole. Le mot dignité prenait chair pour eux, aussi bien à travers les situations subies par ces personnes que par les lueurs qui apparaissent dans leurs yeux lorsqu’un peu d’espoir commence d’être entrevu.
Des réfugiés plus anciens ont pu exprimer comment ils avaient été bouleversés par ce partage parce que c’était leur histoire qui remontait en eux : histoires de ruines, de guerres, de larmes, de sang… et aussi de gestes de solidarité qui ont permis de vivre et d’espérer encore.
Les membres de l’ACO ont pu exprimer comment de près ou de loin, y compris lorsqu’ils participent à des collectifs de type syndical ou politique ou associatif, ils prennent le relais de ces réponses qui s’ébauchent dans le quotidien de nos vies. Ils étaient dans leur mission en proposant ce partage : un moment où l’on s’assied pour rappeler ce qui s’est passé, dire comment on a été touché et interpellé au fond de soi même, échanger, chercher, découvrir ce qu’il y a de beau à se reconnaître enfants de Dieu, responsables les uns des autres, réconfortés en cela par le pape dans son engagement sur les problèmes de l’immigration dans le monde. Il y a des réalités de souffrances qu’on ne veut pas voir, des causes qui concernent l’égoïsme vécu jusqu’au plan international. Il y a la lumière du Christ qui promet un avenir à tous nos efforts de fraternité.
C’est ce que nous commençons de ressentir lorsque nous prenons le temps de partager et de prier ensemble
Publié par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »

















