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Archives pour la catégorie 'Vie d’Eglise'
17-02-2020
Chère Amazonie
J’ai visité, le 6 février dernier à Paris, l’exposition de photos de Claudia ANDUJAR, sur l’Amazonie. Plus de 30 ans de photographie et d’amitié avec les « Yanomami » dont le nom signifierait « les êtres humains »…
C’et une belle leçon d’humanité que fournit ce peuple menacé de disparaître par l’extraction sauvage des minerais, le pillage et les incendies des forêts, les épidémies et la déstabilisation des communautés.
« Claudia est entrée dans l’intimité des yanos , et a cherché à traduire l’intensité de l’univers chamanique qui les englobe. Des rayons de lumière fusent dans l’air, un jeune homme étendu dans son hamac est nimbé de fumée… Les scènes de la vie quotidienne sont interprétées de manière à transcender la réalité, en invitant à une interprétation métaphysique. »
J’avais fait cette visite en compagnie de Raoul, mon ami chilien exilé à Paris. Il ressentait tout cela parfaitement.
J’ai « visité » quelque jours plus tard cette même exposition en lisant avec passion le texte que le pape François vient de publier : « Chère Amazonie ».
Le pape latino-américain connaît la pauvreté et la dignité de ce peuple en étroite communion avec ses fleuves et ses forêts, menacé de disparition et de corruption par les prédateurs de la civilisation capitaliste. Les habitants des forêts équatoriales risquent de disparaître comme des « espèces non viables ». Mais avec eux c’est le sens de notre appartenance à notre environnement qui risque d’être mutilé, désacralisé.
Les mépriser, c’est ne plus apercevoir ce qui nous réunit au mystère de la vie, qui nous est offerte de manière somptueuse comme un cadeau.
Lutter pour cette incroyable diversité présentée dans la nature, peut être une approche de Celui qui nous a donné tout cela et entrer plus avant dans les intentions du donateur.
Nous avons besoin de la poésie pour faire notre chemin vers Dieu.
« Seule la poésie, dit encore le pape citant un poète indien, grâce à l’humilité de sa voix, pourra sauver le monde ».
Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Migrations - International - Rwanda, Patrimoine artistique, Vie d'Eglise | 2 Commentaires »
29-12-2018
Noël des Gilets Jaunes
Il porte un gilet jaune depuis le début du mouvement. Pour Noël, c’est bien naturellement que le père Joseph Nurchi est venu célébrer la messe de minuit sur le rond-point des Quatre-Chemins à Somain (Nord). Et ce soir, la chasuble du prêtre, ancien ouvrier, est jaune aussi: « C’est un couple de réfugiés nord-coréens qui me l’avait offert à l’occasion de mon ordination… »
Les feuilles de chants sont distribuées, la messe peut commencer. C’est Aurélie, auxiliaire de vie, qui lit le mot d’accueil, en s’adressant à chacun: « Toi, le retraité, toi, le travailleur, toi, la maman qui cumule deux emplois… Nous sommes tous unis ce soir pour célébrer Dieu qui nous apporte la lumière… » Cette trentenaire a préparé la messe avec l’abbé et deux autres gilets jaunes catholiques, Johan et Maxence.
« Le ciel et la terre ont convergé dans la crèche et nous avons une convergence: lutter contre l’injustice sociale qu’on ne peut pas accepter », poursuit le père Nurchi pour introduire la prière pénitentielle… Avant d’insister, dans son homélie, sur le thème de la paix: « Aucune violence n’est légitime, qu’elle soit celle des casseurs qui touchent aux biens des autres ou la violence économique qui fait sortir les gens dans la rue… Mais sur ce rond-point des Quatre-Chemins, vous avez toujours privilégié le dialogue… »
À Somain, des gilets jaunes célèbrent la messe de Noël sur un rond-point – La Croix
Ces cris, il faut les entendre
Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Témoignage, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
28-06-2018
Venez fêter nos 80 ans
Nous sommes quelques amis à découvrir nos 80 ans.
Nous n’avions pas eu le temps d’y penser.
Souvent la vie associative et l’engagement d’Eglise nous ont permis d’élargir notre horizon.
Beaucoup de joies, de peines, beaucoup de liberté.
Chaque instant de la vie nous apparaît encore plus intense et fragile.
Comme le vieux laboureur de Lafontaine, nous avons peut être un secret à transmettre
Venez le fêter avec nous Samedi 30 juin 2018
à l’Eglise Sainte Germaine (métro Ste Agne)
On commencera
par la Messe Paroissiale à 18 h
Puis Apéritif
et Repas partagé sur l’esplanade.
Animation et dégustations au gré de chacun.
On peut prendre le menu complet ou se contenter de l’une ou l’autre de ces manifestations. A bientôt
Marcel, Serge, Odile, Dominica, Pierre, Monique, Jacqueline
« Il est important de souligner une chose : c’est vrai que la société tend à nous mettre de côté, mais certainement pas le Seigneur. Le Seigneur ne nous met jamais de côté ! Il nous appelle à le suivre à tous les âges de la vie, et la vieillesse contient aussi une grâce et une mission, une véritable vocation de la part du Seigneur. Être âgé est une vocation. Ce n’est pas encore le moment de « baisser les bras ». Cette période de la vie est différente des précédentes, cela ne fait aucun doute ; nous devons également un peu « l’inventer », car nos sociétés ne sont pas prêtes, spirituellement et moralement, à donner à celle-ci, à ce moment de la vie, sa pleine valeur (Pape François 11 Mars 2015)
Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Biographie, Non classé, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
23-09-2017
Les vendangeurs de l’amour
Un nouveau séisme au Mexique après les ouragans des Petites Antilles. Chacun se pose les mêmes questions : Comment je cris ? Comment je crois encore ? La lecture des Evangiles accompagne notre recherche. Ainsi celui de dimanche 24 septembre : la parabole des ouvrier envoyés à la vigne : Mat 20, 1-16
Quelle est cette vigne dans laquelle le Seigneur nous envoie ? Jésus a choisi cette image biblique mise en valeur par les prophètes : « Mon Bien Aimé avait une Vigne, il la planta sur un coteau fertile… La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël » Dieu a donné des témoignages d’amour pour sa vigne tout au long de l’histoire d’Israël, au point que le prophète répond en disant sa reconnaissance, l’amitié qu’il éprouve pour lui : « Mon bien aimé avait une vigne »… A son tour, un des premiers écrivains chrétiens, Tatien, dit qu’il a été enflammé d’amour en lisant les prophètes… c’est-à-dire qu’il a été pris dans le même courant qu’eux. Et maintenant, Jésus nous demande de travailler à cette vigne. Cette vigne que Dieu lui-même a plantée, des hommes ont déjà découvert pourquoi il l’a fait : un amour qui ne tarit pas.
Moïse a contemplé un feu qui ne s’éteint pas. Il s’est dit : « Je vais faire un détour pour observer cet étrange spectacle » Exode 3, 3 Il faut faire un détour observer cet étrange spectacle des signes de la présence et de l’amour de Dieu, et s’en laisser imprégner. Notre vie de croyants est l’histoire de cet immense détour qui nous amène à chercher les signes de l’action de Dieu, dans ce monde qui est sa vigne. On peut penser que des hommes ont déjà répondu à l’appel de Dieu pour travailler à s vigne, avant même que nous nous y mettions. Ce que nous pouvons voir, ce sont des signes de l’action de Dieu et des hommes réunis. Le détour pour considérer l’action de Dieu dans cet immense champ qu’est le monde nous amène à considérer aujourd’hui ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique avec ces ouragans et ces séismes. Ce n’est pas nouveau, et nous sommes ramenés parfois à ce qui a toujours été la condition de l’homme sur la terre : il a toujours lutté, contre vents et marées, pour contourner ce qui est hostile, rendre cette terre habitable, lui redonner sa beauté. La foi chrétienne nous rend amis de ceux qui souffrent et de ceux qui soignent, et nous savons que d’un bout du monde à l’autre, c’est le même peuple, la même vigne. C’est le même Seigneur qui accueille nos prières et nos bonnes volontés. Nous pouvons être appelés, quel que soit le moment de notre vie : le matin à midi ou le soir… Nous pouvons être appelés à nouveau, c’est-à-dire que nous sommes appelés à renouveler note confiance et notre fidélité…et faire l’expérience d’une fraternité selon le Christ, où il n’y a pas celui qui est plus connu que l’autre, celui qui mérite plus que l’autre, cette fraternité est la Joie de l’Evangile. La joie exprime toujours la réalisation d’une promesse de ce que l’on attendait plus ou moins confusément, elle est le bonheur de voir cette attente profonde se réaliser, elle est encore une promesse de quelque chose qui viendra encore… Nous espérons que ce qui viendra sera à la hauteur de ce que Dieu a toujours fait pour les hommes et de ce que Jésus nous a enseigné. Ces évènements nous rappellent nos fragilités : ce dont on n’a pas envie de s’occuper lorsqu’on pense que çà va bien pour nous. Ils nous invitent à demander à Dieu la force de les traverser et de trouver le courage de la fraternité. Là bas comme ici, c’est le même monde où le Seigneur nous a envoyés, en nous disant que nous sommes pas les premiers ouvriers. D’autres ont travaillé avant nous, dit-il, et vous entrez dans leurs travaux, pour le même salaire qui est le Royaume de Dieu. Et comme le dit la chanson : « Nous les referons ensemble les vendanges de l’amour. » Marie Laforêt
Posté par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, sermon, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
14-07-2017
Musique d’été à Toulouse, Talents selon l’Evangile
Parabole du Semeur
(Matthieu ch 13) A la faveur des concerts de musique d’été à Toulouse, j’ai eu l’occasion de retrouver deux jeunes qui avaient grandi dans les communautés chrétiennes de notre secteur.
Je pouvais voir ce qu’était devenue la graine qui avait été déposée en eux : l’un d’eux donnait le concert, l’autre était venue comme auditrice.
En écoutant et en voyant, car la musique peut être aussi un spectacle, je pensais au monde de la musique dans lequel ce jeune se fraie un chemin. Et je me demandais quel était le rapport entre le monde de la littérature musicale, où ce jeune a appris à se mouvoir – un monde fait de sentiments et de passions que l’on essaie d’interpréter en apportant soi même sa maîtrise, sa sensibilité… le marché de la musique qu’il tout aussi difficile de maîtriser, le rapport donc avec la modeste graine de la Parole de Dieu qu’il avait reçue de la communauté. Cette parole, il l’avait sans doute reçue dans son cœur… (Mat 13, 19)
La question était la même pour l’autre jeune que j’ai rencontrée ce soir là. Elle aussi avait quitté Toulouse : elle cherche un débouché professionnel et se cherche elle-même. Qu’es-ce qu’elle voudrait faire de sa vie ?
Elle est en train de se professionnaliser dans le yoga, et, me dit-elle, elle aimerait bien pouvoir l’enseigner dans les prisons, parce qu’une technique non violente peut aider des gens à se reconstruire.
En plus de l’image de la graine qui nous est donnée, Jésus parle aussi des talents différents qui sont confiés aux uns et aux autres.
Ces talents sont les qualités mises à notre disposition, mais ils ne concernent pas seulement les techniques que l’on doit soigneusement mettre au point, les relations avec les personnes bien placées que l’on cherché à cultiver : Jésus nous parle de la manière dont on vit tout cela.
Il est question
- de l’amitié qui se développe entre jeunes artistes au fur et à mesure qu’ils s’initient au métier.
- De la simplicité avec laquelle ils abordent le public
- De la confiance pour lui dire que lui aussi est capable de ressentir des choses que la musique peut lui suggérer : la complexité et la force des sentiments, l’ouverture à l’inconnu, au mystère…
L’idée que l’on peut apporter quelque chose à tout homme, l’aide que l’on peut donner pour permettre à quelqu’un qui en est venu à se dégrader, pour qu’il retrouve la confiance en soi, c’est la graine de l‘Evangile qui a été déposée dans notre cœur.
Pour expliquer cela, Jésus monte dans la barque et de cet endroit il enseigne ceux qui sont sur le rivage. Souvent dans l’Evangile de Matthieu, la barque est le symbole de la communauté, de l’Eglise qui répercute et aide à approfondir les paroles de Jésus.
On s’aperçoit, lorsque nous lisons ensemble l’Evangile, que les images employées par Jésus se complètent les unes les autres :
- La graine, c’est l’idée de quelque chose qu’on reçoit et dont on peut servir la croissance
- Les talents, c’est ce qui nous distingue les uns des autres et nous donne les moyens de nous investir pour contribuer à la réalisation d’un Projet de Dieu qui nous dépasse
- Le sel c’est la façon dont ce projet se réalise par nous : « vous êtes le sel de la terre », une pincée de sel donne le goût au reste.
Avoir la foi, c’est regarder avec confiance l’endroit du monde où il nous a été donné de vivre, en sachant que nous avons tous une place, comme les oiseaux du ciel que l’on ne croit pas toujours indispensables, et pourtant, dit Jésus, votre Père du Ciel les nourrit !
Avec une seule parabole, on explique toutes les paraboles.
Nous admirons la patience avec laquelle le Seigneur explique les choses : parfois nous passons à côté, nous tâtonnons, et pourtant le sens est là, la Parole est près de toi, dans ton cœur. (Rom 10, 8)
Un jour quelque chose que tu n’avais pas compris s’éclairera : quelque chose dit Jésus que le Seigneur a caché aux sages et aux agiles d’esprit, mais qu’il a révélé aux tout petits.(Mat, 11, 25)
C’est là le secret : apprendre à se faire petits dans la main de Dieu, et il nous fera découvrir les mystères de son Royaume, le mystère de ce qui se passe sur la terre et au ciel.
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22-04-2017
Dimanche de la Miséricorde
En présentant les récits évangéliques de la résurrection, les dimanches après Pâques approfondissent le message de Pâques. Celui du 1° Dimanche après Pâques parle des plaies du Christ en Christ, témoignage d’amour pour les hommes.
Voici mon commentaire de l’Evangile de Jean.
Jean 20, 19-31
L’Evangile de Saint Jean, en racontant l’ apparition de Jésus au soir de Pâques, puis huit jours après, comme c’est le cas pour nous lorsque nous nous réunissons le dimanche, présente une communauté qui risquerait de se refermer sur elle-même en cultivant le souvenir de Jésus…peut être espérant son retour.
Le témoignage que des femmes venaient de leur faire avait réveillé leur espoir. En attendant, il vaut mieux se cacher et attendre : wait and see. ..
Jésus vient les bousculer – et les délivrer de cette peur :
La Paix soit avec vous !
Il leur montre les blessures de sa passion. Au lieu de s’attrister et de se perdre en remords, ils sont remplis de joie en voyant le Seigneur.
Il y a quelque chose d’étrange dans ce qui se passe en eux :
- la paix à la place de la peur
- la joie à la place de la tristesse ou du désespoir.
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Le sentiment de paix et de joie qui les envahit vient de leur rencontre avec le Seigneur – qui a traversé la souffrance et la mort provoquée par ses ennemis.
Ils osent regarder ces blessures qui ne leur inspirent pas d’abord de la compassion : elles leur paraissent rayonnantes.
Peut être leur est-il revenu ce verset du prophète Isaïe : « c’est par ses blessures que nous sommes guéris » (Isaïe 53, 5)
Il leur montre ses mains et son côté. De ce côté était sorti du sang et de l’eau (Jean 19, 34) quant le soldat l’avait percé de sa lance. Comme si le cœur du Christ était une fontaine où celui qui croit en Jésus peut aller puiser.
Comme les disciples au tombeau le matin : ils voient et ils croient.
Ils voient les blessures mais ils croient à ce que cela peut vouloir dire : ce qui se recueille de la souffrance du Christ sur la croix, c’est la vie nouvelle qu’il nous communique. Voilà ce qu’ils croient.
Le plus étonnant, c’est que ce retournement qui passe de la tristesse et à le la peur, à la paix et la joie de Pâques soit maintenu dans l’Eglise.
Cette première génération n’a cessé de se remémorer les Psaumes et l’ensemble de Écritures Bibliques pour mieux apprécier cette vie nouvelle du Christ ressuscité qui se répand sur le monde.
Le Psaume 118 (117) parle du futur roi David traqué dans la montagne de Judas par le roi Saül qui voulait le supprimer. C’est un scénario qui parle de la persécution d’un homme pourtant béni par Dieu et sauvé par lui. Il se termine par un chant d’action de grâces :
On m’a bousculé pour m’abattre, ce n’était qu’un feu de ronces autour de moi, mais le Seigneur m’est venu en aide : la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, c’est une merveille à nos yeux.
Seulement voilà : Thomas, l’un des 12, n’était pas là.
Les autres ont vu et ont cru.
Il sont vu quelque chose de significatif par rapport à ce qui les tourmentaient : la mise à mort de Jésus et avec elle, la perte d’une amitié et de l’espérance qu’ils avaient mise en lui.
Ils ont cru : ce qu’ils voyaient leur suggérait autre chose : la révélation de l’amour de Dieu pour les hommes et l’assainissement qui était promis par l’eau et le sang du Christ qui se répand sur le monde.
Et Thomas conclut : « vous avez vu et vous avez cru, eh bien moi, je n’ai pas vu et je ne crois pas ! »
Cet homme là nous ressemble beaucoup.
C’est en nous imprégnant de la foi des premiers disciples que nous pouvons nous guérir de notre incroyance.
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La communauté chrétienne cherche à répondre à l’invitation du Christ en se réunissant chaque semaine. Non pour nous enfermer, mais pour nous imprégner de sa vie toujours nouvelle, trouver le courage de sortir pour la répandre et l’accueillir ailleurs, en rencontrant nos frères et sœurs en humanité avec un regard qui comprend et qui aime.
Posté par Pierre Raffin dans mystique, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
20-01-2017
Ces évènements qui bousculent : l’accueil des réfugiés syriens à Toulouse
Voilà déjà plus d’un an, une religieuse habitant un bâtiment prêt à être démoli au quartier des Izards à Toulouse. Elle entend de nuit des coups violents sur les murs du bâtiment voisin prêt à être démoli. C’étaient des réfugiés syriens qui venaient le skater. Ils étaient 140 !
« Quand j’ai entendu frapper si fort, dit-elle, il m’est venu ce mot du Christ dans l’Apocalypse : voici que je me tiens à la porte et je frappe. Cette fois, il a frappé fort ! »
Depuis ce temps, il ne cesse de frapper pour elle… un peu moins fort, peut être.
Les sœurs de sa petite communauté ont rapidement fraternisé avec ces nouveaux venus. Les services à rendre ne manquaient pas. Mais voilà que les HLM font évacuer ces nouveaux venus…
Des associations de Toulouse qui défendent le Droit au Logement se sont mobilisées et ont obtenu des solutions provisoires.
Des gens du quartier et des assistants sociaux se sont mobilisés aussi pour aider au jour le jour ces gens à reprendre pied : établir des dossiers pour défendre leurs droits, aider les enfants à rejoindre une école, laquelle n’est pas adaptée aux primo arrivants qui ne connaissent pas la langue.
Une association s’est créée, devenue « le cercle des voisins », pour aider ces personnes à faire leurs premières démarches, et aussi ressentir la chaleur d’un accueil.
Le cercle des voisins se réunit sur la place du marché autour d’une boisson chaude. Les gens vont et viennent apporter leurs nouvelles. Chacun met ses talents à la disposition pour trouver un commencement de solution. Ce sont souvent des retraités qui en connaissent un rayon sur la prise en charge mutuelle dans le quartier, classé zone sensible.
Parmi eux, Violette de Toulouse, c’est son nom d’artiste, retraitée de l’enseignement, réalise de grandes silhouettes au fusain, représentant ces personnes de tous âges et toutes conditions sociales, privées de tout, enfermées dans leur situation comme dans une prison. Pourtant leur regard exprime la protestation plus que leur désarroi !
Une équipe d’ACO (Action Catholique Ouvrière) du voisinage et les chrétiens du quartier, à commencer par le prêtre Georges, ont souhaité manifester ce que représente aujourd’hui l’Enfant de Bethléem qui naît et ne cesse de naître, dans des conditions d’errance : les parents doivent se déplacer de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée, pour s’enfuir ensuite en Egypte… Cette histoire est connue des musulmans. De fait, certains ont joué un rôle, notamment comme interprète dans la chaîne de solidarité.
Une après midi de partage au lieu le 15 janvier dernier dans la chapelle qui sert d’abri à la communauté chrétienne du lieu.
Ce moment a été bouleversant d’émotion.
Témoignage d’Anne Marie, la religieuse, que la vie des migrants syriens ne quitte plus. Puis témoignages des travailleurs sociaux interpellés par la précarité de ces personnes et aussi les tendances de l’administration, et souvent du personnel « qui croient avoir affaire à des statistiques plutôt qu’à des personnes », des mots aussi qui font mal de la part du personnel chargé des expulsions…
Témoignages de beaucoup d’autres qui ont pris la parole. Le mot dignité prenait chair pour eux, aussi bien à travers les situations subies par ces personnes que par les lueurs qui apparaissent dans leurs yeux lorsqu’un peu d’espoir commence d’être entrevu.
Des réfugiés plus anciens ont pu exprimer comment ils avaient été bouleversés par ce partage parce que c’était leur histoire qui remontait en eux : histoires de ruines, de guerres, de larmes, de sang… et aussi de gestes de solidarité qui ont permis de vivre et d’espérer encore.
Les membres de l’ACO ont pu exprimer comment de près ou de loin, y compris lorsqu’ils participent à des collectifs de type syndical ou politique ou associatif, ils prennent le relais de ces réponses qui s’ébauchent dans le quotidien de nos vies. Ils étaient dans leur mission en proposant ce partage : un moment où l’on s’assied pour rappeler ce qui s’est passé, dire comment on a été touché et interpellé au fond de soi même, échanger, chercher, découvrir ce qu’il y a de beau à se reconnaître enfants de Dieu, responsables les uns des autres, réconfortés en cela par le pape dans son engagement sur les problèmes de l’immigration dans le monde. Il y a des réalités de souffrances qu’on ne veut pas voir, des causes qui concernent l’égoïsme vécu jusqu’au plan international. Il y a la lumière du Christ qui promet un avenir à tous nos efforts de fraternité.
C’est ce que nous commençons de ressentir lorsque nous prenons le temps de partager et de prier ensemble
Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
02-08-2016
La mort d’un prêtre
Une belle église gothique, un prêtre âgé et quelques vielles personnes qui continuent leur mission de prière, comme des lampes qui, dans l’obscurité de l’église, persistent à entretenir leur petite lueur.
Il fallait deux terroristes déboussolés venues s’acharner sur ces vielles personnes pour que tout le monde s’aperçoive que la prière existe, que même modeste, elle a peut être un sens.
La prière en continu, dont certains chrétiens donnent l’exemple, est regardée souvent comme une habitude passée de mode, mais l’évènement si scandaleux, lâche et atroce vient tout à coup rendre sympathiques ces gens qu’habituellement on oubliait.
On a vu des inconnus déposer leurs fleurs, leurs bougies, leurs poèmes et leurs larmes devant l’image du Père Jacques : c’était leur prière…
Quand le mal est fait, il reste encore cela : un sentiment d’injustice, d’amitié, de compassion, une protestation pour dire qu’il y a quelque chose à faire, que tout n’est pas fini, du moins si nous le voulons bien.
Jésus a aimé ces gestes spontanés qui montrent que la foi, que l’on croyait éteinte ou inexistante, est enracinée au fond de nous-mêmes et peut nous surprendre.
En s’informant un peu on apprend quel était ce vieux prêtre, qui n’était pas si vieux, tant il était attentif à la vie des gens, heureux même d’avoir vieilli car cela lui donnait le temps de s’intéresser à tout ce que d’autres ne prennent même pas la peine de regarder : parce ce que « l’on n’y peut rien », par ce qu’ « on ne peut pas soulager toute la misère du monde ».
Il aurait répondu : « Bien sûr, mais on peut toujours commencer à faire quelque chose! »
Un homme de plus de 80 ans peut vous apprendre encore la jeunesse du cœur !
Et voilà que celui qui s’était effondré dans une flaque de sang, victime de la guerre du terrorisme, redevient vivant à nos yeux et nous interpelle même. On entend le message, même si l’on n’ose pas trop y croire.
Dans ce moment si émouvant, des chrétiens ont voulu réinterroger leur foi et aussi la partager. On retrouvait ainsi comment, d’après la Bible, des attitudes toutes simples de don de soi et de fraternité peuvent devenir des actes de martyre, des témoignages poussés jusqu’à la limite de sa propre existence.
C’est ce qu’écrivaient des juifs persécutés autrefois à Alexandrie peu de temps avant la naissance de Jésus :
« La vie des hommes justes est dans la main de Dieu
Aucun tourment n’a de prise sur eux.
Leur départ de ce monde a passé pour un malheur, on les croyait anéantis…
Aux yeux des hommes ils subissaient un châtiment,
Mais par leur espérance ils avaient déjà l’immortalité…
Car Dieu les a mis à l’épreuve et les a reconnus dignes de lui.
Comme on passe l’or au feu du creuset il a éprouvé leur valeur
Commun sacrifice offert sans réserve, il les a accueillis » (Livre de la Sagesse ch 2 et 3)
L’image d’Epinal du vieux prêtre célébrant la messe avec quelques fidèles a été soudain décapée par la cruauté de l’histoire.
L’angoisse sournoise que provoquait le terrorisme a soudain été relayée par un sursaut de dignité.

dimanche 31 JUILLET 2016 cathédrale d’Orléans
Les fidèles présents, musulmans et catholiques, ont salué ce rassemblement hautement symbolique et fraternel.
Nous condamnons toute forme de maltraitance, d’assassinat, d’agression, de meurtre, ou d’attaque terroriste. L’Islam est une religion de paix.
Pour combien de temps ? Le temps que d’autres se ressaisissent et entre dans cette nouvelle confiance que donnent les vrais témoins – qui s’étonnent eux-mêmes d’être relayés par un peuple de croyants.
Posté par Pierre Raffin dans mystique, Témoignage, Vie d'Eglise | 1 Commentaire »
10-07-2016
Le Christ Bon Samaritain
Luc 10, 25-37
Si nous avons le souci de lire en Eglise cette immense parabole, nous sommes attentifs au dernier mot du scribe venu interroger Jésus : « est devenu le prochain, celui qui a exercé la miséricorde avec le blessé. »
Le pape François a convoqué toute l’Eglise pour être attentive à ce mot dans notre situation de chrétiens du XXI° siècle.
Il a parlé des œuvres de miséricorde, matérielles et spirituelles.
Il a parlé de la Miséricorde de Dieu envers nous… qui nous invite à l’imiter sur ce chemin.
Il a parlé de ce que cela produit en nous lorsque nous nous efforçons d’exercer cette miséricorde.
La miséricorde s’oppose à la dureté de cœur qui attristait Jésus : « navré de l’endurcissement de leur cœur » (St Marc ch 3)
Il a parlé de la Porte à franchir par en pèlerin.
Certains parmi nous ont franchi cette Porte à Lourdes. Ce qui était important, c’était de la franchir ensemble, parce que nous reconnaissions ainsi une fraternité qui nous donne du courage sur le chemin de notre foi.
La fraternité chrétienne vécue dans l’Eucharistie nous renvoie tout droit à notre baptême, c’est pourquoi il y a des vasques où chacun peut se signer.
C’est une façon de valoriser la demande de pardon au début de la messe : « Que Seigneur tout puisant nous fasse miséricorde… » Nous entrons dans le monde gratuit de l’amour de Dieu pour les hommes.
Le but de l’Année Sainte est de permettre à chaque chrétien de faire un nouveau pas pour entrer dans le Mystère de la Miséricorde de Dieu pour nous : la tendresse de Dieu qui se développe en pardon inconditionnel, en confiance, en proposition de se mettre debout, et finalement en appel à devenir ce que nous sommes : à l’image de Dieu.
Si vous allez à Chartres, ne manquez pas de vous arrêter devant le Vitrail du Bon Samaritain. Jésus, le Bon Samaritain, reconduit l’humanité blessée vers sa demeure, le Paradis, le lieu qui lui était destiné pour achever sa route dans la communion parfaite avec ce Dieu d’amour qui lui a été révélé en Jésus Christ.
Ces artistes théologiens nous amènent à comprendre le mystère de Dieu en le replaçant dans cette histoire globale que veut rappeler l’année de la Miséricorde.
C’et bien l’humanité de notre temps et celle des temps à venir qui est prise en charge par Dieu, celle qui est assaillie par tous les doutes, les tentations de repli individualiste et finalement l’oubli de celui qui peut lui apporter le salut.
Nous sommes porteurs de ce message : « Nous sommes aimés par Dieu, nous avons bien un avenir. Mais cet avenir passe aussi par la Porte de notre cœur qui doit apprendre la miséricorde vis-à-vis de ses frères.
Cette attitude de miséricorde passe par des gestes concrets d’accueil, de sensibilité réelle aux blessures de nos contemporains.
Nous sommes par vocation des signes du pardon, de la miséricorde, de la bienveillance de Dieu vis-à-vis de tout homme.
Il faudrait que les gestes vécus en église, comme le repas partagé nous serve d’inspiration. A l’un de ces repas, une femme seule, marocaine, qui se débat avec ses enfants déjà adolescents disait que l’un d’eux voulait venir avec elle. Elle lui avait répondu : « non, j’ai besoin d’avoir ce temps pour moi. » Elle appréciait ce repas comme un temps où l’on échange librement, où l’on aperçoit les idées et les exigences de vie reconnues par chacun. C’était, en fait, un lieu où sa dignité pouvait être mieux envisagée.
L’année sainte, c’est la découverte vécue par chacun qu’il a des ressources en lui pour panser les blessures de l’humanité.
Cela nous demande aussi l’ouverture à l’Esprit de Dieu qui nous demande d’accepter une certaine improvisation. Non pas que nous n’ayons rien prévu mais nous sommes capables de nous adapter à l’inconnu qui vient nous déranger.
Cette année se terminera bientôt avec la fête du Christ Roi, lui qui nous convoque tous à être les artisans de son Royaume. Le hasard des lectures bibliques de ce dimanche nous fait envisager le Christ Bon Samaritain comme celui qui d’après l’hymne de Saint Paul dans la Lettre aux Colossiens est l’Image du Dieu invisible, le Premier Né de la Nouvelle Création dont il est le centre. Tout a été fait par Lui et pour Lui.
Il vaut mieux terminer avec les paroles du pape :
« C’est le 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ, Roi de l’Univers, que sera conclue l’Année jubilaire. En refermant la Porte Sainte ce jour-là, nous serons animés de sentiments de gratitude et d’action de grâce envers la Sainte Trinité qui nous aura donné de vivre ce temps extraordinaire de grâce. Nous confierons la vie de l’Eglise, l’humanité entière et tout le cosmos à la Seigneurie du Christ, pour qu’il répande sa miséricorde telle la rosée du matin, pour une histoire féconde à construire moyennant l’engagement de tous au service de notre proche avenir. Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu! Qu’à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous. » (Le Visage de la Miséricorde n°5)
Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, sermon, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
15-06-2016
15 Juin Fête de Sainte Germaine
Sainte Germaine, c’est un quartier, un faubourg toulousain qui s’est constitué à la fin du XIX° siècle.
Les gens voulaient faire un village avec son église, ses commerces, ses ateliers. Ils ont mis tout cela sous la protection de Sainte Germaine.
Elle était populaire puisqu’elle venait d’être déclarée sainte : on la avoyait bergère au milieu de son troupeau. Le troupeau, c’était bien sûr les maisons qui s’étaient assemblées autour de l’église et la vie qui se développait autour.
Cela ne pouvait pas aller sans les activités, les patronages, les compétitions sportives et bien sûr les groupes de prière, d’entraide… et tout cela à la manière de Sainte Germaine.
Le but n’était pas de reproduire les belles églises de la ville animées par des gens de la haute société, mais de faire une église pour les gens et avec eux.
C’est le sillon qu’ils ont creusé. Faire l’église avec le dedans et le dehors… et un modèle dans la tête : Sainte Germaine de Pibrac.
Ce modèle rappelle que Dieu ne regarde pas le rang qu’une personne peut avoir dans a société, il s’intéresse d’abord aux humbles et aux petits et il leur donne une place.
Le quartier a changé : les maisons ne sont plus les petites bicoques où le jardin, avec la possibilité de faire des légumes, avait autant d’importance que le logement. Le travail ne se passe plus dans les petits ateliers établis dans le voisinage. Les loisirs se sont multipliés dans la ville… et pour calmer les rhumatismes on a remplacé une bonne prière à Sainte Germaine par une visite au centre de santé le plus proche.
Sainte Germaine est toujours là avec son petit troupeau, en se tournons vers elle nous manifestons qu’il n’est pas inutile de faire une prière.
Beaucoup de gens nous disent qu’ils n’ont pas le temps ou qu’ils n’y croient pas trop. Ils sont pourtant contents, s’ils sont en difficulté, de savoir que vous êtes allé à Lourdes et que vous avez fait une prière pour eux…parce que vous allez passer un examen ou qu’il y a quelqu’un de malade à la maison.
Parmi les pauvres d’aujourd’hui, il y a ceux qui ont été désorientés, ou qui se sont laissé désorienter parce qu’on leur a dit que le ciel n’existe pas… et un beau jour, ils se retrouvent avec leur solitude, leurs échecs, leurs angoisses du lendemain et ils ont peut être envie de s’ouvrir à ceux qui peuvent leur apprendre la confiance.
A charge pour nous de bien nous préciser ce que nous faisons lorsque nous prions : nous essayons de nous mettre réellement devant Dieu en étant prêts à mieux faire sa volonté, en en cherchant sincèrement à la connaître. Les incroyants ont ceci de bon qu’ils nous questionnent sur la prière en la soupçonnant d’être un acte superstitieux. La prière peut devenir pour eux un acte crédible si elle est vraiment à l’imitation de celle du Christ et probablement de Sainte Germaine : Celle de Jésus commence par ces mots : « Que ton nom soit sanctifié »…D’abord par moi en apprenant à mieux te connaître et à t’aimer et pour cela en cherchant à faire ta volonté.
Posté par Pierre Raffin dans Non classé, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
















