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Archives pour la catégorie 'Témoignage'
10-06-2021
Grâce à Macron, le Rwanda est redevenu le pays des Droits de l’Homme
La visite du Président Macron au Rwanda en Mai dernier, était savamment préparée par une commission d’historiens qui concluaient à un grave aveuglement de la politique française qui aurait favorisé le développement du génocide de 1994.
Aujourd’hui comme hier, il n’a pas été possible de faire entendre d’autres voix. Les témoignages sont pourtant accablants sur la manière dont le FPR a mené la guerre, au Rwanda d’abord, au Congo ensuite.
Madeleine avait publié en 2012 un long témoignage qui n’a pas trouvé d’écho. Au moment du 6° anniversaire de sa mort, je crois utile de citer le passage qui raconte les circonstances de son exclusion en 1997 ainsi que la conclusion qu’elle donne à son témoignage. Pierre RAFFIN
(Le moment de l’expulsion)
Devant le ton de l’entretien (à l’Office rwandais de l’immigration, je demandais à ce qu’on m’accorde un visa d’un an si on devait ne pas renouveler le visa définitif. Il me fut répondu qu’il n’était absolument pas question de me refuser le visa. Quinze jours plus tard, on me remettait un avis d’expulsion, en tant qu’individu « indésirable, qui sème la division au sein de la Caritas qu’elle dirige, et prêche le négationnisme ». J’avais obligation de partir par le premier avion, le lendemain. Cette lettre avait été signée le 15 février, le lendemain de mon interrogatoire. Il en était de même pour MT Demange qui dut partir avec le même avion, tandis que le Père Blanc a pu rester à Gikongoro.
Je me rendis alors à l’Ambassade de France puis à la Nonciature Apostolique pour demander un appui. L’Ambassadeur, accompagné du Nonce se sont rendus au Ministère de l’Intérieur, pour demander des explications, il leur fut répondu que j’avais un dossier si important qu’il n’était pas question de revenir sur la décision. L’Ambassadeur faisant remarquer au ministre qu’il était dommage que je ne puisse pas consulter ce dossier, ne reçut aucune réponse. Je devais donc m’exécuter et l’avion partait le lendemain dans l’après midi.
Je me souviens très bien de mon dernier retour à Gikongoro, à la tombée de la nuit. Contemplant le spectacle de notre colline au coucher du soleil, je compris combien j’étais attachée à ce coin d’Afrique où je laissais tant de souvenirs et que je ne reverrai sans doute jamais. Les adieux furent rapides et émouvants, on nu parlait pas beaucoup, des militaires suivaient de loin mes agissements, mais je n’ai pas été inquiétée.
A l’aéroport, une voie spéciale m’était réservée, mais je n’ai été ni malmenée, ni menacée. Les militaires voulaient seulement s’assurer de mon départ. J’étais accompagnée d’un prêtre de mes anciens élèves qui résidaient à Kigali et du nouvel économe diocésain de Gikongoro. Ils eussent été plus nombreux à m’accompagner dans cette épreuve, ils auraient risqué leur sécurité• (p162)
Conclusion
Au terme de ce long témoignage, réalisé 15 ans après mon retour, dans lequel j’ai voulu retracer ce que j’ai connu de meilleur et de pire. Mon regard sur le Rwanda et les Rwandais a-t-il changé ? Je ne le crois pas.
S’il m’était donné de fouler à nouveau le sol rwandais pour quelques jours – ce qui dans l’immédiat me paraît impossible – ce serait pour y voir combien souffre la grande majorité de ce peuple lorsque les Droits de l’Homme ne sont pas respectés. Il me suffit de penser à l’habitat, l’agriculture, chacun ne vit pas selon la coutume, reçue de ses ancêtres mais améliorée, il doit vivre selon les ordres venus d’en haut.
Le Rwandais est particulièrement attaché à son pays. J’avais pu mesurer cet amour du pays déjà lorsque, dans les années 1974, je me rendais à Bujumbura, visiter joseph Niyomugabo, qui, ayant dû fuir Kansi, enseignait au Petit Séminaire de Kanyosha, près de Bujumbura. Mais, j’en profitais pour aller saluer des familles d’amis tutsis, réfugiés dans les faubourgs de Bujumbura. J’ai ainsi plusieurs fois visité un ancien Chef de la région de Kibeho – j’ai oublié son nom – qui me recevait toujours comme les Rwandais savent le faire, mais avec cette particularité QUE JE VENAIS DE SON PAYS… Et dans le quartier, une voiture immatriculée au Rwanda ne pouvait passer inaperçue. J’ai un peu compris ce qu’était la nostalgie.
Aujourd’hui d’autres réfugiés ont trouvé leur place, ou la cherchent toujours, un peu partout dans le monde. Eux aussi n’ont rien oublié de leur pays, et cet amour et le respect de leurs racines, ils tentent de le transmettre à leurs enfants. Ils ont laissé une maison, des parents, des frères. Ils n’oublient pas.
Au Rwanda, rien n’est revenu comme avant, et pourtant les Rwandais de l’intérieur comme ceux qui vivent en exil, tous rêvent à un pays pacifié, un pays enfin réconcilié… Et l’on a le droit de croire que l’espérance aura le dernier mot.
Les valeurs traditionnelles que j’ai tant appréciées au Rwanda, celles de la solidarité dans la famille élargie, de la fraternité, le sens de l’accueil ont été remplacées par la loi du plus fort, la soif des richesses – surtout venues du Congo voisin – la terre n’appartient plus au paysan… Mais ce n’est pas pour toujours. Bien des familles réfugiées qui ont trouvé une place chez nous, n’ont rien oublié, elles qui se privent pour soutenir la famille restée là-bas. Ces grandes valeurs traditionnelles sont un chemin d’avenir et l’on est en droit d’espérer que demain sera meilleur qu’aujourd’hui et que le Rwanda redeviendra un jour, le Rwanda.
Il faudra que les membres influents de la Communauté Internationale acceptent de dénoncer le mal, de dire que les rwandais ont des droits – cela s’appelle les Droits de l’Homme -. Spolier une famille de la terre qui la fait vivre est mal, de même que détruire sa maison.
Il y faudra surtout une vraie réconciliation entre Rwandais qui aiment leur pays et ses valeurs et qui souhaitent revivre ensemble, tous sur une base d’égalité. Des chemins sont ouverts dans les divers mouvements qui militent pour la vérité, la justice et la réconciliation. Les voix sont là, il leur reste à s’accorder et à être crédibles.
Mon dernier mot à mes amis rwandais est un immense merci à tous ceux qui m’ont accueillie et fait confiance et ils sont légion !
Un jour, j’ai vécu l’exclusion qui m’a valu de quitter le pays, et je connais certains « amis » qui y ont pris quelque part. Je veux qu’ils sachent que je leur ai depuis longtemps pardonné, car le pardon est la condition de la vie.
Mais je veux surtout remercier tous ceux – et ils sont nombreux – qui ont contribué à ce parcours peu ordinaire. J’ai vécu pendant plus de 25 ans avec le salaire d’un professeur rwandais débutant.
J’ai pu parcourir les routes, participer au développement en montant quelques projets. Ils sont Rwandais, mais également, Français, Belges, Suisses, Allemands… connus depuis longtemps ou au fil des rencontres, à qui je dois de dire : rien n’eut été possible sans eux. Ensemble nous avons participé au développement au service de ce courageux peuple. (pages 281-182)
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29-12-2018
Noël des Gilets Jaunes
Il porte un gilet jaune depuis le début du mouvement. Pour Noël, c’est bien naturellement que le père Joseph Nurchi est venu célébrer la messe de minuit sur le rond-point des Quatre-Chemins à Somain (Nord). Et ce soir, la chasuble du prêtre, ancien ouvrier, est jaune aussi: « C’est un couple de réfugiés nord-coréens qui me l’avait offert à l’occasion de mon ordination… »
Les feuilles de chants sont distribuées, la messe peut commencer. C’est Aurélie, auxiliaire de vie, qui lit le mot d’accueil, en s’adressant à chacun: « Toi, le retraité, toi, le travailleur, toi, la maman qui cumule deux emplois… Nous sommes tous unis ce soir pour célébrer Dieu qui nous apporte la lumière… » Cette trentenaire a préparé la messe avec l’abbé et deux autres gilets jaunes catholiques, Johan et Maxence.
« Le ciel et la terre ont convergé dans la crèche et nous avons une convergence: lutter contre l’injustice sociale qu’on ne peut pas accepter », poursuit le père Nurchi pour introduire la prière pénitentielle… Avant d’insister, dans son homélie, sur le thème de la paix: « Aucune violence n’est légitime, qu’elle soit celle des casseurs qui touchent aux biens des autres ou la violence économique qui fait sortir les gens dans la rue… Mais sur ce rond-point des Quatre-Chemins, vous avez toujours privilégié le dialogue… »
À Somain, des gilets jaunes célèbrent la messe de Noël sur un rond-point – La Croix
Ces cris, il faut les entendre
Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Témoignage, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
07-11-2018
Le Colonel Birot, témoin et héros de la guerre 1914-1918
Au cours des années 2014-2018, la mémoire nationale s’est remise en route pour partager les souvenirs de la guerre qui s’est déroulée il y a maintenant 100 ans.
Nous avons à Saint Lieux, comme dans toutes les localités de France, notre Monument aux Morts qui relève 27 noms – ce qui est qui est déjà important pour un modeste village.
Une guerre, même terriblement meurtrière, finit par s’ensevelir dans le passé. Cette commémoration a été l’occasion de faire croiser les souvenirs qui viennent de nos familles avec le travail des historiens qui cherchent, avec le recul du temps, à établir ce qui s’est réellement passé.
Notre région garde le souvenir de Jaurès, infatigable défenseur de la paix, et assassiné à la veille du conflit. Il avait sillonné l’Europe pour ouvrir les yeux ds populations sur les conséquences d’un conflit qui, avec les progrès de l’industrie de l’armement et les rivalités des empires coloniaux en train de se constituer ne pouvait être qu’une guerre mondiale !
On peut voir à Saint Lieux, outre le Monument aux Mort face à l’église et à la mairie, au cimetière celui du Colonel Joseph BIROT, membre de la commune, où il s’est marié en 1898 avec Marie de BARAVY . On trouve, gravées sur le monument les traces des faits de guerre attribués au 124 ° RI , dont il a été le responsable pendant la totalité de la guerre.
Ce régiment, implanté aux environs de Laval, était constitué de Basques, de Gascons et de Bretons. Chaque régiment avait son identité, grâce au drapeau où étaient accrochés les souvenirs des ancien. Celui du 124° RI rappelait le passage de la Berésina, lorsque Napoléon avait subi ses premiers échecs : de quoi remonter le moral des troupes et partir au combat la fleur au fusil. La supériorité de l’artillerie allemande a rapidement fait découvrir les réalités de la guerre : morts et blessés sans nombre, insécurité… et l’humiliation de la retraite de l’armée française. Le 124 ° RI, implanté dans la région des Flandres, compte dès les premiers mois la mort de 20 officier et 250 hommes de troupe.
On note alors les efforts du Commandant BIROT, pour avec un autre officier, réunir ceux qui restaient de leurs bataillons et aménager des positions pour résister à l’avancée des ennemis.
Devenu Lieutenant Colonel, il a pris la tête du 124 ° RI que l’on a déplacé,toujours aux avant postes, dans la région de Verdun.
L’historique du régiment signale des batailles plus difficiles. Chaque fois, le nombre de blessés et de morts s’affiche de façon laconique. Le quotidien, c’est la patrouille de reconnaissance, les bombardements des tranchées et les travaux de déblaiement et de reconstruction après une attaque, les offensives ordonnées par l’État Major. A plusieurs reprises, le PC du colonel est particulièrement visé. En Mars 1918, il est bombardé et gazé à l’ypérite. Une dizaine d’officiers, dont le colonel doivent être évacués, celui ci reprendra le commandement deux mois après !
Pour la dernière offensive avant la victoire, le régiment est à nouveau déplacé. Offensive particulièrement meurtrière qui coûtera la vie au Colonel BIROT. Il est mort le 7 Novembre 1918, quelque jour avant le cesser le feu.
Le monument de Saint Lieux, en rappelant ces batailles, dit que le régiment l’a pleuré comme un père. Les dangers quotidiens demandaient au chef une autorité naturelle et finalement d’être aimé par ses soldats. Un chef exécute les ordres mais il a parfois la possibilité de choisir le moment afin qu’ils soient assurés avec le maximum de sécurité. Le régiment a été remarqué pour la qualité de la nourriture ainsi que pour l’énergie qu’il a fallu déployer pour remettre en état les ouvrages de défense aussitôt que démolis, même si les soldats étaient épuisés, en cas d’une nouvelle attaque.
Son épouse Marie est venue s’installer à Saint Lieux où elle a vécu 50 ans de séparation et de veuvage. Ils n’avaient pas eu d’enfant. La vie s’était arrêtée pour elle le 2 août 1914. Elle vivait là avec les deux servantes qui avaient suivi le ménage durant ses déplacements.
Marie BIROT parlait de son homme comme de quelqu’un de bon et de droit. C’était probablement vrai car c’étaient ses propres qualités. La petite école libre de Saint Lieux a toujours pu compter sur son soutien financier.
La maison de Saint Lieux était devenue une sorte de monastère, marqué par les temps de prière, les travaux du jardin, la bonne cuisine pour les hôtes sous la direction de Cécile, et les nouvelles rapportées par Denise lorsqu’elle revenait à vélo du marché de Saint Sulpice.
Cette vie réglée ressemblait aussi à l’administration militaire qui comportait un fourrier, le gradé en temps de paix comme en temps de guerre, qui était chargé des conditions matérielles qui doivent être bien assurées pour que le groupe puisse bien remplir sa mission. Ces qualités ont imprégné la vie de Joseph BIROT et de son épouse. On peut penser aussi qu’elles leur venaient de notre terroir.
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10-09-2017
Irma : prophète au coeur des évènements
Nous avons des antillais dans notre communauté. Voici l’Office que j’ai préparé pour la dimanche qui a suivi l’ouragan.
10 septembre 2017 Office du 23° dimanche
Accueil
Nous sommes d’autant plus bouleversés en apprenant les immenses blessures causées par les ouragans des Antilles que nous avons dans notre communauté de nombreux antillais touchés aujourd’hui dans leur chair et dans leur cœur.
Nous allons vivre cette Eucharistie en profonde communion avec eux, sachant que le Christ nous réunit et nous précède avec sa Croix.
Ezeckiel, 33, 7-9
Evangile de Mat 18, 15-20
Tandis que nous laissons mûrir en nous des sentiments de compassion par rapport à nos frères et sœurs marqués par les violents cyclones, nous laissons pénétrer en nous la Parole de Dieu qui nous invite à être des prophètes.
Le prophète n’est pas celui qui répète ce que dit tout le monde : c’est quelqu’un qui s’efforce d’écouter et de transmettre la parole d’un Autre.
Cette parole est familière : elle ne nous dit pas des choses nouvelles ou extraordinaires, elle nous redit notre vocation :
« Fils d’homme, je t’établis comme guetteur pour la maison d’Israël » : tu dois avertir du mal qui peut être à l’origine de ce qui t’arrive maintenant.
On s’accorde, il est vrai pour dire que le réchauffement climatique contribue à rendre les ouragans plus violents encore, que ce réchauffement climatique est dû aux déchets des hydrocarbures répandus dans l’atmosphère… mais que pouvons nous faire lorsque le mal est lancé ?
Le pape François, dans son encyclique Laudato Si dénonce ces mécanismes, mais, à la suite du pape Jean XXIII, il dit que nous ne pouvons pas nous contenter d’être des prophètes de malheur : nous sommes des témoins d’espérance.
Cette espérance, nous ne l’inventons pas. Elle est portée par l’expérience de la communauté chrétienne.
L’Eglise est fidèle à l’Esprit de Jésus Christ lorsqu’elle cherche, pour en témoigner, à repartir de la parole des pauvres.
J’ai entendu cette parole dans la bouche d’une grand-mère antillaise qui disait sa prière mercredi, au cours de la messe de semaine :
« Mon Dieu, je crois, j’espère, j’adore et je vous aime.
Je vous prie pour ceux qui ne croient pas, n’espèrent pas, et ne vous aiment pas ».
Une autre antillaise m’a répété cette même prière qui se récite là bas après les stations du chemin de croix. Elle vient des jeunes voyants de Fatima en 1917.
Cette prière a traversé les océans, pour nous revenir aujourd’hui comme des témoignages de croyants. Ceux-ci nous disent comment ils ont été aidés à tenir debout dans les moments d’épreuve.
La prière des ces hommes et de ces femmes qui s’adressent encore à Dieu alors qu’ils sont privés de tout est une haute expression de la dignité humaine.
Ils nous disent que la prière est encore possible, même si le ciel s’est complètement obscurci.
Voici un extrait d’un poème de Karol Wojtyla alors qu’il n’était pas encore pape :
« Je crois cependant que l’homme souffre par manque de vision.
S’il souffre par manque de vision, il doit se frayer un chemin entre les signes. »
Andréa Ricardi, fondateur des communautés San Egidio, commente : « le grand signe de la vie chrétienne est la rencontre du pauvre… que l’on ne rencontre jamais si l’on ne s’arrête pas à côté de lui ».
Le signe que peut donner notre communauté, c’est notre présence fraternelle.
Jésus énumère ces attitudes dans l’Evangile :
- console et encourage tes frères un à un…
- fais toi aider par un compagnon si tu veux que ton signe soit plus crédible
- fais appel à toute l’Eglise s’il le faut : aux petits voyants de Fatima, à tous ceux qui nous ont donné l’exemple du courage et de l’investissement dans la vie chrétienne, acceptant parfois de demander, au jour le jour, le pain de ce jour.
La foi chrétienne nous dit que le courage que tu as trouvé auprès de Dieu dans l’épreuve – au moment où tout semblait s’écrouler – est un signe de la présence de Dieu au milieu de nous.
Cette présence est une force pour avancer aujourd’hui, elle est aussi le gage de notre résurrection et de notre vie éternelle. Nous vivons là quelque chose qui est plus fort que la mort.
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26-01-2017
Brève histoire de la solidarité-charité à Toulouse
communication de Pierre RAFFIN au GIRLE ( Groupe Interreligieux Laïcité Empalot)
On peut commencer par le village de Saint Martin du Touch. Saint Martin remporte en France la palme dans le nombre des villages portant le même nom. Ce légionnaire romain du IV° siècle avait partagé son manteau avec un miséreux qui grelottait de froid. Il lui sembla voir le Christ dans le visage de ce pauvre. Devenu évêque, il a eu le souci de proposer la foi chrétienne aux gens des compagnes, méprisés parce qu’ils n’avaient pas la culture de la ville. C’est ce qui lui valut son immense popularité.
La solidarité dans l’imaginaire chrétien est rattachée à la sainteté. Les saints représentent des personnages à imiter … et qui peuvent vous protéger ! On retient un détail qui fait image et c’est ce qui se transmet.
Passons à l’église Saint Exupère, près du Jardin des Plantes. C’était un évêque du V° siècle qui, par la seule force de sa parole dissuada les Barbares de saccager la ville. On lui a donné le titre de « défenseur de la cité ». Ce même titre a été plus tard apposé sur la tombe du Cardinal Saliège pour avoir pris la défense des juifs pendant la guerre de 1939-45.
La solidarité, c’est d’être aussi capable de faire le geste historique qui convient lorsque l’on bénéficie soi même d’une certaine représentation sociale. On peut rapprocher de ces gestes l’Appel de l’ Abbé Pierre en faveur des sans logis au cours de l’hiver 54.

les colonnes de cette salle d’hôpital ont été placées pour soutenir le plafond qui croulait sous le poids des malades lors d’une épidémie de peste
Nous sommes maintenant devant l’Hôtel Dieu, construit à la fin du XII° siècle, par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, en même temps que la Basilique Saint Sernin, pour les pèlerins, les malades et les pauvres : l’Hostel =l’Oustal, la maison où l’on vous accueille ; Dieu : c’est Dieu qui vous accueille. Celui qui construisait la basilique ne devait pas se contenter d’apporter sa pierre ou sa brique à l’édifice, il devait accomplir ce qui lui semblait la conséquence de sa foi : porter secours aux pauvres.
Il est significatif de voir que l’Hôtel Dieu à Paris se trouve sur le parvis de L’église Notre Dame.
Au fur et à mesure du temps, les besoins se sont amplifiés. Les dons des particuliers, même s’il y avaient d’illustres donateurs ne suffisaient pas, l’état s’est mis à créer ses propres instituions qui n’étaient pas non plus reluisantes du point de vue de la salubrité. La norme d’un lit au moins pour 3 personnes était largement dépassée…
Et nous arrivons bien sûr à l’église des Récollets construite à la fin du XV° siècle. C’étaient une branche des religieux franciscains fondés par François d’Assise au XIII° siècle. Ils faisaient la « récolte », c’est à dire qu’ils voulaient mendier pour vivre, à la suite François d’Assise qui s’était dépouillé de ses habits de jeune homme riche pour revêtir celui d’un pauvre. Il s’agissait de sauver l’Eglise de l’enlisement dans la richesse dont témoigne l’architecture des villes italiennes. Comme tous les réformateurs chrétiens, François voulait revenir à la pauvreté et à la solidarité du Christ avec les pauvres. C’est le nom qu’a voulu porter le pape actuel.
N’oublions pas non plus qu’il y avait, rue Achille Viadieu, une chapelle Notre Dame du Refuge. C’était une institution fondée dans le sillage de Saint Jean Eude qui s’était préoccupé au XVII° siècle de prostituées et de celles qui par suite de leur pauvreté pouvaient devenir délinquantes. La aussi, cette pieuse intuition a pu se dégrader au cours du temps. La collaboration de l’état a transformé ces maisons en centre de redressement où la vocation de ces religieuses ne trouvait pas son compte. Elles étaient plutôt devenues gardiennes de prison.
Tous ces avatars de l’histoire montrent qu’en face des nouveaux besoins ou abus, des chrétiens ont comme considéré l’Eglise toujours ayant besoin de réforme. Tout cela à cause des déficiences de chacun de ses membres, et aussi parce que de nouveaux acteurs, en l’occurrence l’état, se sont présentés pour prendre le relais d’institutions qu’elle avait pourtant créé.
Le défi pour les chrétiens est de prendre leur place autrement, souvent en participant à des initiatives dont ils ne sont pas nécessairement les auteurs mais où ils apportent un Esprit. Beaucoup se reconnaissent dans cette tâche. L’histoire leur apprend que cet Esprit peut s’enliser au fil du temps, des défaillances des hommes et de la complexité croissante des situations.
Posté par Pierre Raffin dans Laïcité, Non classé, Patrimoine artistique, Témoignage | Pas encore de commentaires »
20-01-2017
Ces évènements qui bousculent : l’accueil des réfugiés syriens à Toulouse
Voilà déjà plus d’un an, une religieuse habitant un bâtiment prêt à être démoli au quartier des Izards à Toulouse. Elle entend de nuit des coups violents sur les murs du bâtiment voisin prêt à être démoli. C’étaient des réfugiés syriens qui venaient le skater. Ils étaient 140 !
« Quand j’ai entendu frapper si fort, dit-elle, il m’est venu ce mot du Christ dans l’Apocalypse : voici que je me tiens à la porte et je frappe. Cette fois, il a frappé fort ! »
Depuis ce temps, il ne cesse de frapper pour elle… un peu moins fort, peut être.
Les sœurs de sa petite communauté ont rapidement fraternisé avec ces nouveaux venus. Les services à rendre ne manquaient pas. Mais voilà que les HLM font évacuer ces nouveaux venus…
Des associations de Toulouse qui défendent le Droit au Logement se sont mobilisées et ont obtenu des solutions provisoires.
Des gens du quartier et des assistants sociaux se sont mobilisés aussi pour aider au jour le jour ces gens à reprendre pied : établir des dossiers pour défendre leurs droits, aider les enfants à rejoindre une école, laquelle n’est pas adaptée aux primo arrivants qui ne connaissent pas la langue.
Une association s’est créée, devenue « le cercle des voisins », pour aider ces personnes à faire leurs premières démarches, et aussi ressentir la chaleur d’un accueil.
Le cercle des voisins se réunit sur la place du marché autour d’une boisson chaude. Les gens vont et viennent apporter leurs nouvelles. Chacun met ses talents à la disposition pour trouver un commencement de solution. Ce sont souvent des retraités qui en connaissent un rayon sur la prise en charge mutuelle dans le quartier, classé zone sensible.
Parmi eux, Violette de Toulouse, c’est son nom d’artiste, retraitée de l’enseignement, réalise de grandes silhouettes au fusain, représentant ces personnes de tous âges et toutes conditions sociales, privées de tout, enfermées dans leur situation comme dans une prison. Pourtant leur regard exprime la protestation plus que leur désarroi !
Une équipe d’ACO (Action Catholique Ouvrière) du voisinage et les chrétiens du quartier, à commencer par le prêtre Georges, ont souhaité manifester ce que représente aujourd’hui l’Enfant de Bethléem qui naît et ne cesse de naître, dans des conditions d’errance : les parents doivent se déplacer de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée, pour s’enfuir ensuite en Egypte… Cette histoire est connue des musulmans. De fait, certains ont joué un rôle, notamment comme interprète dans la chaîne de solidarité.
Une après midi de partage au lieu le 15 janvier dernier dans la chapelle qui sert d’abri à la communauté chrétienne du lieu.
Ce moment a été bouleversant d’émotion.
Témoignage d’Anne Marie, la religieuse, que la vie des migrants syriens ne quitte plus. Puis témoignages des travailleurs sociaux interpellés par la précarité de ces personnes et aussi les tendances de l’administration, et souvent du personnel « qui croient avoir affaire à des statistiques plutôt qu’à des personnes », des mots aussi qui font mal de la part du personnel chargé des expulsions…
Témoignages de beaucoup d’autres qui ont pris la parole. Le mot dignité prenait chair pour eux, aussi bien à travers les situations subies par ces personnes que par les lueurs qui apparaissent dans leurs yeux lorsqu’un peu d’espoir commence d’être entrevu.
Des réfugiés plus anciens ont pu exprimer comment ils avaient été bouleversés par ce partage parce que c’était leur histoire qui remontait en eux : histoires de ruines, de guerres, de larmes, de sang… et aussi de gestes de solidarité qui ont permis de vivre et d’espérer encore.
Les membres de l’ACO ont pu exprimer comment de près ou de loin, y compris lorsqu’ils participent à des collectifs de type syndical ou politique ou associatif, ils prennent le relais de ces réponses qui s’ébauchent dans le quotidien de nos vies. Ils étaient dans leur mission en proposant ce partage : un moment où l’on s’assied pour rappeler ce qui s’est passé, dire comment on a été touché et interpellé au fond de soi même, échanger, chercher, découvrir ce qu’il y a de beau à se reconnaître enfants de Dieu, responsables les uns des autres, réconfortés en cela par le pape dans son engagement sur les problèmes de l’immigration dans le monde. Il y a des réalités de souffrances qu’on ne veut pas voir, des causes qui concernent l’égoïsme vécu jusqu’au plan international. Il y a la lumière du Christ qui promet un avenir à tous nos efforts de fraternité.
C’est ce que nous commençons de ressentir lorsque nous prenons le temps de partager et de prier ensemble
Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
27-08-2016
L’oncle Joseph Birot Notre part de souvenir de la Guerre de 14
En ce moment où l’on partage les souvenirs de la Guerre de 14, j’ai eu l’idée de retrouver sur Internet le nom de l’oncle Joseph Birot décédé le 7 Novembre, 4 jours avant l’armistice !
Sa veuve, Marie, est décédée en 1964, quelques jours après mon ordination sacerdotale.
Ils n’avaient pas eu d’enfant. Son épouse s’était toujours intéressée à nous car elle était la marraine de mon père, puis de mon frère aîné, Joseph.
Elle vivait de ses souvenirs et avait gardé des modes de vie d’un autre âge, mais le cœur toujours ouvert pour aider à vivre l’école chrétienne de son village de Saint Lieux et aussi soutenir notre famille quand les fins de mois étaient difficiles.
C’est ainsi qu’elle a pris en charge mon argent de poche lorsque j’ai commencé les études pour devenir prêtre. Dans ce temps là, la famille était supposée subvenir à nos besoins. C’est ainsi que j’ai pu acheter les livres nécessaires à ma formation.
Elle nous parlait souvent de son mari, du temps où ils étaient en garnison à Aurillac, des voyages en chemin de fer qui leur permettaient de faire le va et vient avec leur château de Cathala, près de Giroussens dans le Tarn.
La vie de garnison n’était pas non plus désagréable pour cette petite société bourgeoise qui donnait beaucoup de place aux réceptions et aux activités culturelles. Une ombre dans le tableau : L’affaire des Fiches. Entre 1900 et 1904, on s’était mis à ficher les officiers qui allaient à la messe et les briser dans leur carrière, car on suspectait les catholiques de fomenter un complot pour revenir à l’Ancien Régime ! Le Capitaine Birot allait se mettre au premier rang à la messe : « les fiches, je m’en fiche ! »
Et puis, la guerre est venue. Celui qui est maintenant le Lieutenant Colonel Birot est affecté au 124 ° RI.
Il a déjà 53 ans. Le Régiment va passer les 4 années de guerre en première ligne, il faut croire que le changement a été brutal.
Sa femme disait bien que son mari était un homme droit et sincère, j’ai voulu aller voir ce qu’en disaient les documents militaires.
Mon premier choc a été de tomber sur sa fiche : portrait en uniforme, grade, date de naissance, affectation au 124 ° RI, mort des suites de ses blessures le 7 Novembre 1918. J’ai trouvé que c’était un peu sec, pour lui et pour ceux qui ont donné, comme lui, leur vie de tout leur cœur.
En consultant le Journal des Marches du 124° RI pendant la Guerre de 1914, sur lequel le Colonel Birot apposait chaque année sa signature, j’ai pu faire connaissance avec l’atmosphère de cette unité et peut être avec celui qui était chargé de l’animer.
Chaque unité avait sa parcelle de terrain à défendre pour, à la fin, constituer une ligne ininterrompue qui empêcherait l’ennemi de pénétrer au-delà de la zone qu’il occupait. Le 124 ° RI faisait partie de la 124° DI, qui à son tour faisait partie de la 4° Armée…
Chaque monticule sur la ligne du front était un observatoire à défendre. Le reste du terrain n’était qu’un réseau de tranchées, à proximité des tranchées ennemies.
Chaque jour sont notés l’heure et l’intensité des bombardements, des accrochages, des attaques offensives décidées par les Etat Majors.
En 4 ans, on voit que les tirs d’artillerie sont de plus en plus sophistiqués : obus à ailettes, bombes à fragmentation, gaz toxiques. Il ne restait plus aux hommes, après ces préparations que de se lancer au combat aux armes automatiques, à la grenade, sans compter les périlleuses patrouilles de renseignement, les morts et les blessés à récupérer et la reconstitution des systèmes de défense.
Dans cet environnement, que peut faire le chef ?
Il est très peu souvent nommé dans le Journal, mais on aperçoit son empreinte à travers les éloges venant de la hiérarchie. Un jour, le Général commandant le Corps d’Armée fait transmettre, par l’intermédiaire du Général de Division ses félicitations pour la bonne nourriture qui est dispensée aux troupes dans le 124 ° RI !
A un autre moment, on aperçoit que le régiment a bonne réputation à cause de la qualité de ses ouvrages de fortification, la rapidité de leur reconstruction dès qu’ils sont endommagés, ce qui assure une plus grande sécurité et peut aider à épargner beaucoup de vies.
On relève encore le moral des soldats, leur cohésion. Tout cela est dû en partie à l’influence du chef.
C’est ce que j’ai retrouvé dans le comportement de sa veuve : toujours attentive aux conditions matérielles de la vie des gens, veillant à préparer des conserves pour les mauvais jours… ce que son mari a voulu sauvegarder dans des conditions autrement difficiles.
On entrevoit ainsi un homme qui, à plus de 50 ans, réapprend le métier de la guerre. Il doit se faire à un style de vie spartiate, mettre à jour ses compétences techniques face à ce qui prend de plus en plus d’importance : l’évolution de l’armement, l’aviation de plus en plus présente et aussi l’invasion des gaz toxiques… C’est ainsi que la formation fait largement partie du temps de repos lorsque les unités reviennent à l’arrière.
Dans les moments les plus difficiles et imprévus, un chef doit imposer ses décisions. Un jour où les combats étaient particulièrement durs et même incertains, tandis qu’il percevait un fléchissement de la part des unités voisines, le Colonel Birot s’est engagé personnellement et avec succès pour le maintien de ses lignes. Plus tard, lors de l’offensive générale auquel son régiment participe, on le sent temporiser un peu à exécuter les ordres donnés pour être sûr que l’engagement de ses troupes était possible.
Il faut aussi donner de sa personne : aller visiter les lignes, être prêt à déplacer son PC, s’il le faut plusieurs fois dans la journée, pour être au plus près de la situation. Un jour, son PC est bombardé et gazé. Le Colonel Birot est intoxiqué. On le renvoie à l’arrière… il revient 2 mois après reprendre la tête de son régiment !
En octobre 1918, le Commandement en Chef a décidé une grande offensive. Le régiment est déplacé et se trouve en première ligne. Chaque nuit, le Colonel reçoit les ordres pour le jour qui vient. Le 31 octobre, tandis qu’il reçoit les ordres pour la journée, le Colonel Joseph Birot est blessé d’un éclat d’obus. Avant d’être évacué, il trouve le temps de donner des consignes au Capitaine de Kerguenec qui va lui succéder.
Le7 Novembre, le Capitaine reçoit la nouvelle de l’hôpital : décédé de ses blessures, mort pour la France… comme tant d’autres de son régiment.
Sa veuve a fait construire un tombeau-monument avec en intitulé un verset de la Bible :
« Ses vues étaient droites et ses jugements équitables ».
Suit une épitaphe de ses compagnons du Régiment :
« AU COLONEL BIROT, OFFCIER DE LA LEGION D’HONNEUR
A ETE DECORE DE LA CROIX DE GUERRE 4 PALMES 2 ETOILES ET FOURAGERE
TITULAIRE DE LA VALEUR MILITAIRE ITALIENNE
MORT POUR LA FRANCE LE 7 NOVEMBRE 1918 DANS LES ARDENNES
Le 124° Régiment d’Infanterie qu’il mena à de rudes et glorieux combats comme un chef valeureux et dont il est regretté comme un père. PPL »
Le père du régiment : c’est bien ce qui le caractérisait : un père qui prend soin de ses hommes, dont les décisions sont inspirées par le sens du devoir et du possible, qui sait entraîner les autres par son engagement personnel.
Quelques mois avant sa disparition, après un engagement intense de son régiment, une permission de 15 jours lui avait été accordée. Il s’efforçait de rassurer son épouse : « avec le canon ce 75, nous avons une précision que les allemands n’ont pas », « les balles, elles me connaissent » ! Et de faire avec elle des projets de retraite : « nous achèterons une automobile… nous mettrons une sonnette qui ira jusque chez le métayer pour qu’on se sente en sécurité pendant la nuit… »
Au printemps 1919, sa veuve s’est rendue sur le lieu où il avait été blessé. C’était dans un bois, le muguet était en fleur. Elle en a ramassé une touffe, l’a plantée auprès du tombeau et l’a toute sa vie entretenue. Aujourd’hui les désherbants ont fait leur œuvre mais je ne manque pas, à la saison d’apporter ma touffe de muguet.
Que dire de plus ?
Après des centaines d’hommes du régiment dont il avait la charge, Joseph Birot est mort tandis qu’il participait à la dernière offensive de la Guerre de 1914.
Cet homme était croyant, il ne craignait pas de le monter dans les moments où fallait l’exprimer publiquement mais il a aussi traduit sa foi dans un humanisme qui lui a valu le respect de tous, dans un moment où les croyants étaient suspectés soit d’obscurantisme soit d’être sans cesse à la recherche d’une restauration de quelque pouvoir clérical. L’expérience de la vie de tranchée, sur ce point comme sur bien d’autres a fait bouger les lignes.
Il est mort, comme autrefois Moïse qui après avoir conduit son peuple à travers le désert est mort face à la Terre Promise sans pouvoir y entrer lui-même. Il avait cependant pris le temps de lui rappeler encore une fois à quelles conditions cette Terre Promise pourrait être une véritable Terre de Bonheur et de Paix.
La vie et la mort des hommes posent parfois de telles interrogations.
Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Action Culturelle, Biographie, Témoignage | Pas encore de commentaires »
02-08-2016
La mort d’un prêtre
Une belle église gothique, un prêtre âgé et quelques vielles personnes qui continuent leur mission de prière, comme des lampes qui, dans l’obscurité de l’église, persistent à entretenir leur petite lueur.
Il fallait deux terroristes déboussolés venues s’acharner sur ces vielles personnes pour que tout le monde s’aperçoive que la prière existe, que même modeste, elle a peut être un sens.
La prière en continu, dont certains chrétiens donnent l’exemple, est regardée souvent comme une habitude passée de mode, mais l’évènement si scandaleux, lâche et atroce vient tout à coup rendre sympathiques ces gens qu’habituellement on oubliait.
On a vu des inconnus déposer leurs fleurs, leurs bougies, leurs poèmes et leurs larmes devant l’image du Père Jacques : c’était leur prière…
Quand le mal est fait, il reste encore cela : un sentiment d’injustice, d’amitié, de compassion, une protestation pour dire qu’il y a quelque chose à faire, que tout n’est pas fini, du moins si nous le voulons bien.
Jésus a aimé ces gestes spontanés qui montrent que la foi, que l’on croyait éteinte ou inexistante, est enracinée au fond de nous-mêmes et peut nous surprendre.
En s’informant un peu on apprend quel était ce vieux prêtre, qui n’était pas si vieux, tant il était attentif à la vie des gens, heureux même d’avoir vieilli car cela lui donnait le temps de s’intéresser à tout ce que d’autres ne prennent même pas la peine de regarder : parce ce que « l’on n’y peut rien », par ce qu’ « on ne peut pas soulager toute la misère du monde ».
Il aurait répondu : « Bien sûr, mais on peut toujours commencer à faire quelque chose! »
Un homme de plus de 80 ans peut vous apprendre encore la jeunesse du cœur !
Et voilà que celui qui s’était effondré dans une flaque de sang, victime de la guerre du terrorisme, redevient vivant à nos yeux et nous interpelle même. On entend le message, même si l’on n’ose pas trop y croire.
Dans ce moment si émouvant, des chrétiens ont voulu réinterroger leur foi et aussi la partager. On retrouvait ainsi comment, d’après la Bible, des attitudes toutes simples de don de soi et de fraternité peuvent devenir des actes de martyre, des témoignages poussés jusqu’à la limite de sa propre existence.
C’est ce qu’écrivaient des juifs persécutés autrefois à Alexandrie peu de temps avant la naissance de Jésus :
« La vie des hommes justes est dans la main de Dieu
Aucun tourment n’a de prise sur eux.
Leur départ de ce monde a passé pour un malheur, on les croyait anéantis…
Aux yeux des hommes ils subissaient un châtiment,
Mais par leur espérance ils avaient déjà l’immortalité…
Car Dieu les a mis à l’épreuve et les a reconnus dignes de lui.
Comme on passe l’or au feu du creuset il a éprouvé leur valeur
Commun sacrifice offert sans réserve, il les a accueillis » (Livre de la Sagesse ch 2 et 3)
L’image d’Epinal du vieux prêtre célébrant la messe avec quelques fidèles a été soudain décapée par la cruauté de l’histoire.
L’angoisse sournoise que provoquait le terrorisme a soudain été relayée par un sursaut de dignité.

dimanche 31 JUILLET 2016 cathédrale d’Orléans
Les fidèles présents, musulmans et catholiques, ont salué ce rassemblement hautement symbolique et fraternel.
Nous condamnons toute forme de maltraitance, d’assassinat, d’agression, de meurtre, ou d’attaque terroriste. L’Islam est une religion de paix.
Pour combien de temps ? Le temps que d’autres se ressaisissent et entre dans cette nouvelle confiance que donnent les vrais témoins – qui s’étonnent eux-mêmes d’être relayés par un peuple de croyants.
Posté par Pierre Raffin dans mystique, Témoignage, Vie d'Eglise | 1 Commentaire »
10-06-2016
Les Amis de Gikongoro… et après
Un an après le décès de Madeleine RAFFIN, nous étions 25 amis réunis à la mairie du village de Saint Lieux où elle avait créé cette association.
Madeleine a toujours eu besoin d’amis pour la soutenir dans les chantiers qu’elle avait entrepris.
Il s’agissait d’abord d’encourager des initiatives de développement rural au Rwanda dans un climat de relative stabilité politique. Il fallait améliorer la scolarité des enfants et les aider à entrer dans la vie professionnelle.
Que faire ensuite dans une économie de guerre civile, lorsque les bâtiments sont détruits et les partenaires dispersés ou disparus dans la tourmente ?
Madeleine a tenu à rester sur le terrain et une fois expulsée par le nouveau pouvoir, elle a cherché à garder le contact, cultiver les relations et, toujours avec l’aide des ses amis, participer à la reconstruction de bâtiments, à l’éducation d’enfants orphelins de la guerre, témoigner lorsqu’une personne était mise en difficulté.
Un ami croit au témoignage de l’autre parce qu’il a des raisons de lui faire confiance – même si ce témoignage est contesté.
Voici comment son association était présentée en 2014 pour le journal municipal de Saint Lieux les Lavaur. Il est probable qu’elle avait rédigé elle-même l’article !
Les Amis de Gikongoro
Tout le monde à Saint Lieux connaît « Les Amis de Gikongoro »… grâce à Madeleine RAFFIN, venue prendre ici sa retraite après 30 ans passés au service du développement de ce pays.
Elle avait gardé un lien avec Saint Lieux où sa famille est présente depuis 1970.
Elle a su faire aimer ce pays dans le département du Tarn où elle est venue habiter, et cinq ans plus tard elle créait l’association des « Amis de GIKONGORO » dont le siège est Saint Lieux. Celle-ci comprend des rwandais avides de nouvelles de leur pays et disposés à élargir la solidarité qu’ils ont eux-mêmes vis-à-vis de leurs familles, souvent dans la plus grande difficulté : Par l’association on peut encourager la création d’écoles, s’intéresser aux jeunes qui vivent dans la rue, envisager des solutions d’avenir…
Des habitants de Saint Lieux sont venus les rejoindre et participent toujours à l’aide de ce petit diocèse d’Afrique que Madeleine a été obligée de quitter il y a presque 20 ans…
On se souvient des « Repas Rwandais » dans notre salle municipale, où l’on a fait connaissance avec les coutumes, les mentalités du Rwanda et aussi avec les améliorations soutenues par l’association, récemment la mise aux normes d’une salle de réunions destinées à des activités éducatives pour des jeunes.
Il y a 2 ans, Madeleine écrivait un livre mémoire d’une grande qualité : « Le Rwanda, un autre regard ». Il a été lancé officiellement à Saint Lieux au cours d’une réunion de l’association.
Merci aux « Amis de Gikongoro » pour cette fenêtre ouverte sur l’Afrique. Vous contribuez à donner à notre commune un visage humaniste.
« Les Amis de Gikongoro » : Les Caussanels 81500 Saint Lieux Les Lavaur.
Un an après son décès, il n’était plus possible de continuer l’engagement qui était le sien, faute de contacts directs avec ceux qui sans doute continuent au Rwanda à faire pousser quelques unes des graines qu’elle a semées.
C’est cela la mort aussi – accepter que les choses ne se déroulent pas nécessairement comme on l’avait espéré, et croire pourtant à l’avenir, faire confiance sans voir encore ceux qui feront pousser quelques unes des graines que Madeleine et d’autres comme elle ont contribué à semer.
Les juifs ont inventé le titre de Justes des Nations pour ceux qui les ont défendus parce qu’ils étaient des êtres humains.
Nous reconnaissons que ce titre convient à Madeleine, et nous croyons volontiers que Dieu lui même l’a déclarée Juste et la faite entrer dans ce que la Bible appelle l’assemblée des justes.
A nous aussi d’être des justes et de trouver des amis qui nous estiment à cause de cela, et nous aident dans ce que nous entreprenons.
L’espérance n’est pourtant pas morte : un religieux de la province du Congo proche du Rwanda souffrant elle aussi de la guerre, le Père RIGOBERT, est venu nous dire comment les chrétiens là aussi cherchent à s’adapter pour survivre et être aussi à la hauteur de leur foi.
Une autre association, avec des moyens encore plus modestes que les nôtres, Le Futur Génie, originaire aussi de Gikongoro, nous a présenté aussi ses objectifs : y aurait-il des génies parmi les enfants qui ne peuvent pas suivre les études dans cette région de l’Afrique ?
Ce sera l’objet d’un prochain article.
Posté par Pierre Raffin dans Biographie, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage | 1 Commentaire »
03-02-2016
Le livre de Victoire Ingabire en prison au Rwanda
Je viens d’achever la lecture de ce livre émouvant. Nous étions quelques uns à avoir participé financièrement aux frais de justice de cet interminable procès. La figure de cette jeune femme m’apparaissait d’autant plus sympathique.
Après 16 ans d’exil en Hollande, suite à la prise de pouvoir du FPR au Rwanda, Victoire Ingabire est donc revenue dans son pays afin de se présenter aux élections de 2010.
Dès sa descente d’avion, le 16 janvier 2010, elle proclame ses motivations :
« . Quel est l’objectif de notre lutte? Nous voulons que chaque Rwandais cesse d’avoir peur. Nous voulons éradiquer la pauvreté, la faim, le népotisme, la corruption et le clientélisme. Nous voulons combattre la dictature, l’injustice, une justice inéquitable pratiquée par les Tribunaux Gacaca, la prison et les Travaux d’Intérêt Général sans procès équitables. Nous voulons combattre l’exil qui empêche les enfants de connaître leurs parents et qui détruit les familles, les inégalités sociales, la discrimination, l’expropriation des biens ou des terres. Nous voulons que chaque Rwandais marche droit sans se cacher, sans avoir honte, nous voulons briser toutes les chaînes qui vous empêchent de vous sentir citoyens rwandais à part entière. » (p12)
Elle se rend aussitôt après au Mémorial du Génocide de Kigli, à Girozi :
« Je tiens à dire aujourd’hui que je suis revenue dans mon pays 16 ans après cette tragédie qui a eu lieu dans ce pays. Je sais très bien qu’il y a eu un génocide et des crimes contre l’humanité. Par conséquent, à mon retour après 16 ans dans un pays où de telles atrocités ont eu lieu en mon absence, ma conscience m’obligeait à passer d’abord par l’endroit qui conserve la mémoire de ces actes odieux. J’avais besoin de voir cet endroit et de me rendre compte de l’ampleur de ces tragiques évènements. Les fleurs que j’ai apportées sont un signe de reconnaissance des membres du parti FDU-Inkingi et de son Comité Exécutif. Ils m’ont dit de passer par ici et de vous réaffirmer que ce que nous souhaitons, c’est de travailler ensemble, afin de nous assurer qu’une telle tragédie ne se reproduira plus. C’est l’une des raisons pour lesquelles les FDU-Inkingi ont décidé de rentrer au pays pacifiquement, sans recourir à la violence alors que beaucoup de gens pensent que la solution aux problèmes du Rwanda est le recours à la lutte armée….
Il est clair que l’avènement d’une ère de réconciliation a un long chemin à parcourir. Il a un long chemin à parcourir parce que, si on considère le nombre de personnes qui ont été tuées dans ce pays, ce n’est pas quelque chose que l’on peut régler rapidement…
A titre d’exemple, si l’on passe en revue ce mémorial, on se rend compte qu’il ne se limite qu’aux victimes du génocide contre les Tutsis. Il est tout à fait évident que les crimes contre l’humanité commis contre les Hutus sont totalement ignorés. Les Hutus qui ont perdu les leurs souffrent aussi et se demandent: «Quand est-ce que nos morts seront aussi commémorés»? Pour que nous puissions parvenir à une véritable réconciliation, nous devons faire preuve d’empathie avec la souffrance de tout un chacun. Il est important que les Hutus qui se sont rendus coupables de massacres contre les Tutsis soient punis. Il est également important que ceux qui ont tués les Hutus comprennent qu’ils doivent répondre de leurs actes ignobles. En outre, il est important que le peuple rwandais, toutes ethnies confondues, comprenne que nous devons nous unir, nous respecter les uns les autres, et construire ensemble notre pays dans la paix. Ainsi, l’objet de notre retour au pays est d’examiner les voies et moyens de commencer ensemble ce long processus de réconciliation et de trouver un moyen de bannir à jamais l’injustice afin que nous puissions tous, peuple rwandais, vivre ensemble en pleine liberté dans notre pays. »
Cela suffisait. Trois semaines après, c’étaient les premières convocations par les autorités rwandaises. Elle est accusée d’avoir l’idéologie du génocide et de complicité avec le terrorisme.
On lui refuse alors d’enregistrer son parti. Le lecteur suit pas à pas les poursuites judiciaires, les interdictions de déplacements et de meetings pour arriver à l’emprisonnement et au long procès politique, à la fabrication de preuves qui aboutiront à 15 ans d’emprisonnement : 7 convocations par la police pour des interrogatoires dans les 3 mois qui suivent son arrivée au Rwanda, jusqu’à la première incarcération le 21 avril 2010.
Le gros travail des accusateurs sera de monter des preuves de complicité avec un mouvement terroriste à l’extérieur du Rwanda dont on a du mal à prouver l’exsitence.
Le 27 mai, c’est le tour de son avocat, citoyen des États-Unis, d’être arrêté pour négation de génocide et atteinte à la sécurité de l’État.
Entre temps, les élections se passent et le Président Paul Kagame est plébiscité le 9 août avec 93% des voix.
Outre les procédés d’une dictature pour humilier ses opposants et fabriquer des preuves contre eux, on découvre une Victoire Ingbire donnant un sens à sa lutte au quotidien pour ses droits en prison. Après avoir obtenu le bon fonctionnement de la lumière électrique de sa cellule, elle fait remarquer à l’un de ses gardiens :
« Voyez-vous, si chacun pouvait accomplir son devoir comme il faut, il y aurait de la lumière là où il le faut et les portes des douches et des toilettes seraient partout remises en état. Si je ne vous avais pas critiqué, si je ne vous en avais pas parlé, aujourd’hui ces toilettes et ces douches seraient encore sans porte et dans les ténèbres. Il faut accepter des critiques constructives, et c’est cela que j’aimerais que les autorités de notre pays comprennent et acceptent. Est-ce que vous comprenez maintenant pourquoi je suis en prison ? » (p85)
En lisant ce livre, on est convaincu que Victoire Ingabire aurait fait une bonne présidente, aussi bien à cause de son courage pour s’attaquer aux vices de fonds de la société qu’à cause de l’humanité avec laquelle elle s’adresse à ses interlocuteurs du moment : le personnel du régime et les codétenus qui lui sont envoyés pour la surveiller.
Autant de qualités aussi rares que nécessaires à l’existence de nos démocraties.
Posté par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, Témoignage | Pas encore de commentaires »
































