Archives pour la catégorie 'sermon'

22-05-2021

Avec les coyants de Gaza

Le vent de l’Esprit sur notre temps SErmon de Pentecôte

Actes des Ap 2,1-11

Jean 15, 26-27, 16, 12-15

 

apôtres pentecôte L’image grandiose des langues de feu, au milieu d’un vent violent, venant se poser au-dessus des chacun des apôtres, est une sorte de préface au Livre des Actes des Apôtres. Saint Luc a écrit son ouvrage en deux tomes : l’Evangile, qui renferme les actes du Christ et les Actes des Apôtres qui relatent ce que les disciples ont fait à sa suite.

Les images de vent et de feu veulent évoquer l’histoire de la mission des croyants confiée par Jésus aux disciples au moment où il est quitte. Il leur avait  promis : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles »

Jésus envoie son Esprit qui sera leur Défenseur : celui qui les défend et les consoles à la manière du vent, qui peut-être la légère brise du matin comme le tourbillon qui vous emporte dans l’insécurité totale.

L’Esprit de Dieu nous apprend aujourd’hui à garder confiance alors que nous sommes emportés par des événements que nous ne maîtrisons pas. Nous pensons tous évidemment à la pandémie qui a réveillé dans le monde le sentiment de l’insécurité et de la fragilité pour nous-mêmes et pour tous les hommes.

Nous pensons aux guerres, à celle de la Palestine qui vient de s’interrompre grâce peut-être à de multiples interventions humaines, qui nous donnent l’espoir qu’il y a toujours des solutions possibles entre nos mains.

L’Esprit de Dieu est aussi à chercher dans la brise légère :

« Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va » ! (Jean 3, 8). J’ai eu le privilège hier, grâce à un ami palestinien, d’être en communication avec sa famille à Gaza. On se présentait chacun à son tour comme on le fait sur WhatsApp et ils me disaient tous : « La guerre est finie » ! J’ai essayé de leur dire des paroles d’encouragement et ils me disent c’est tous : « merci merci »,  comme si nous avions été pour quelque chose dans ce résultat inespéré.

Peut-être avaient-ils conscience que le soutien que les Palestiniens ont pu recevoir dans le monde a été pour quelque chose dans l’aboutissement des tractations internationales qui ont imposé ce cesser le feu.

Ils ne se trompent pas : ce sont des croyants musulmans qui savent la force de la prière. C’est ce que dit la prière de la Messe pour la Réconciliation :

« C’est à toi que nous le devons lorsque le désir de s’entendre l’emporte sur la guerre, lorsque la soif de vengeance fait place au pardon

et que l’amour l’emporte sur la haine »

Nous croyons que l’Esprit Saint souffle où il veut : il souffle au cœur de tous les artisans de paix à travers le monde il peut toucher les hommes de toute religion il peut aussi toucher le cœur de tous ceux qui ont des responsabilités dans la communauté mondiale.

Il nous apprend à être sensible les uns aux autres, à la part infinitésimale que chacun peut apporter pour que l’amour et l’espoir existent. Je garde l’image de cette grand-mère que j’ai aperçue il y a 15 jours dans le square de l’église Sainte Germaine. Elle était arrivée un peu à l’avance à la messe et s’était assise pour bavarder avec les clochards qui occupent ce lieu. Voilà une bonne préparation à la célébration de l’Eucharistie. Jésus nous dit : «  Je vous témoigne de l’amour du Père, et vous aussi vous serez mes témoins : ce que vous prendrez de moi, vous le donnerez à d’autres ».

Nous avons peut-être trop tendance à nous féliciter du bien que nous pouvons faire. Jésus nous apprend à remercier le Père qui a mis en nous cette disposition.

S’ouvrir à ce cœur de Père, c’est élargir le nôtre, et aussi s’ouvrir à l’espérance.pentecôte

Charles de Foucauld parlait de Dieu comme du Maître de l’impossible. Nous avons besoin des témoignages des saints pour nous dire que ces paroles ne sont pas des mots seulement : c’est la Vérité toute entière vers laquelle l’Esprit de Dieu veut nous conduire, où chaque être humain à sa place dans le cœur de Dieu et dans l’Espérance qu’il nous ouvre.

Posté par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, sermon | Pas encore de commentaires »

06-12-2020

Bonne Nouvelle de Jésus Christ Fils de Dieu : Fake New ?

fake news

Marc 1, 1-8                         2° dimanche de l’Avent

En ce moment où nous manquons de tout, en plus de ma promenade de santé, je fais quelque fois un tour sur face book. C’est vraiment le café du commerce : chacun donne son idée, bonne ou mauvaise, sur les nouvelles du jour, vraies ou fausses … car il y a aussi des fake news

J’ai trouvé hier ce petit défi : « pouvez vous citer une bonne nouvelle en 2020 ? »

Il m’est venu à l’esprit l’élection difficile de Joe Biden.

Pour un nombre raisonnable de gens, c’est une bonne nouvelle.

Depuis l’autre côté de l’atlantique, on peut voir ces évènements en gros et discerner tout de même les grands dangers auxquels le monde est exposé. La vie et la survie de la planète peuvent être entre les mains de gens irresponsables mais qui savent flatter l’égoïsme et la vanité ce ceux qui veulent le maintenir au pouvoir. La méthode est bien rodée : puisque j’ai montré mes qualités de négociateur en augmentant ma fortune : on va faire pareil pour la gestion de l’état, et vous en profiterez !…

En quoi l’élection de quelqu’un qui semble avoir de meilleurs sentiments peut être une bonne nouvelle pour le monde ?

On ne va pas dire que Dieu a eu pitié de nous en nous envoyant quelqu’un qui peut nous sauver de graves dangers, car le nouvel élu aussi peut être soumis à la tentation, mais que si victoire il y a, il se l’est gagnée ! La bonne nouvelle est que cet homme a été obligé de se mouiller la chemise pour gagner son élection. Si on veut bien lutter, on peut encore changer quelque chose !

 

Ce monde de médias où l’on peut dire tout et son contraire, s’enthousiasmer  pour une nouveauté et passer tout aussi vite à autre chose, ressemble  au monde des premiers chrétiens : tout se discutait sur la place publique appelée l’agora : les papotages comme les décisions de la vie publique. Chacun pouvait se croire immunisé  pour ne pas se laisser prendre aux discours plus ou moins trompeurs que l’on entendait.

Marc est de ceux qui se sont risqués à proposer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ Fils de Dieu à ces oreilles capricieuses. Avec cette nouvelle année liturgique, nous commençons la lecture en église de cet évangile, non avec des commentaires savants, mais en étant attentifs à ce que chacun peut en dire.

 

Pour nous, lecteurs et auditeurs du XXI° siècle, la première phrase en déjà problématique :

-  « Bonne nouvelle » : qu’est-ce que tu vas nous raconter là : avec tout ce qui nous arrive sur le dos, nos dirigeants n’arrivent à ne nous trouver que des « ordres du jour », qui devront  être modifiés le jour suivant !

C’est le défi que j’ai trouvé sur face book : « allez vous me trouver une bonne nouvelle pour 2020 »

-  « Bonne nouvelle de Jésus Christ » : « avec ces problèmes qui nous assaillent aujourd’hui, comment pouvez vous assurer que les bonne recettes de votre Jésus, qui était un philosophe des temps reculés et de plus raisonnait en termes religieux, pourraient nous apporter quelque chose d’utile ? Circulez, il n’y a rien à voir ! Et d’ailleurs, les gens de son temps n’ont pas voulu croire en lui

Les premiers chrétiens ont dû s’affronter comme nous à des gens qui n’étaient  pas forcément prêts à les écouter, qu’ils soient païens ou juif. Les païens se contentaient de la superstition pour résoudre les incertitudes de la vie quotidienne, et quand çà ne marchait pas, ils disaient : « C’est le destin ! »  Les juifs prétendaient avoir renoncé aux idoles mais dans les faits ils mettaient en tête de leurs désirs des réalités qui sont bien de ce monde : la recherche de la sécurité ou de l’aisance par l’argent, les bonnes relations. C’est pourquoi Jean le Baptiste les invitait à une conversion de leur regard et de leurs manières d’agir. Ils voyaient le Messie, le Christ comme quelqu’un qui les mettrait encore plus en valeur, et de façon spectaculaire.

 

Les évangiles sont les carnets de route des disciples de Jésus qui ont vu en lui un autre messie que celui qui était attendu par les juifs de leur temps.OIP

Pour affirmer Jésus est bien le Christ, le messie, ils ont retrouvé d’autres traditions bibliques qui annonçaient le messie comme celui qui réaliserait  les promesses de Dieu dans toute leur profondeur : nous enseigner à vivre selon l’identité de Dieu qu’ils avaient mieux reconnu : celui qui console, pardonne, montre son amour de Père pour tous hommes, à commencer par ceux qui auront été plus méprisés ou exploités.

On voit que les raisons invoquées aujourd’hui pour ne pas croire au Christ sont sensiblement les mêmes qu’au temps des premiers chrétiens : une génération qui dit ne plus croire en Dieu, mais de quel Dieu parle-telle ?

 

Sans se lasser, la liturgie nous fait faire le chemin de foi contenu dans les évangiles en nous laissant impressionner par l’histoire et les gestes de Jésus qui aujourd’hui, si nous le voulons bien, nous baptise dans l’Esprit de Dieu, nous plonge en lui, nous fait apercevoir et mieux ressentir le projet de Dieu,  si bien esquissé par les prophètes  que l’on lit au temps de l’Avent., et résumé par l’apôtre Pierre (lecture de ce jour : 2P 3,8-14): « ce que nous attendons ce sont des cieux nouveaux et une terre nouvelle où habitera la justice ». Nous en avons fait un chant de l’Avent

OIP (1)

« A ce monde que tu fais chaque jour avec tendresse

Donne un  cœur nouveau, donne un cœur de chair

Viennent les cieux nouveaux et la nouvelle terre

                                                                       Que ta bonté nous donnera

                                                                       Viennent les cieux nouveaux et la nouvelle terre

                                                                       Où la justice habitera »

Posté par Pierre Raffin dans sermon | Pas encore de commentaires »

12-12-2018

La France des gilets jaunes, entre collines et ravins

Sermon du temps de l’Avent

Luc 3, 1-6

Cette page de l’Evangile de Luc marque le début de la proclamation de l’Evangile sur la scène du monde.

Il y a ceux qui se partagent le pouvoir : l’autorité impériale, les chefs locaux, le grands prêtres avec lesquels il faut aussi compter…

Une autre voix vient du désert, elle investit Jean, le prophète.

Elle vient du fond des âges. Elle s’identifie avec les promesses renouvelées par le prophète Isaïe ch 40 :

« Consolez mon peuple… Parlez au cœur de Jérusalem, dites lui que son esclavage est fini, dites lui qu’elle a reçu double punition pour ses fautes » ou ses erreurs : il a fallu avaler toutes les punitions qui sont les conséquences de nos déviations… maintenant, le Seigneur vient. Il a écarté toutes les difficultés qui nous faisaient croire qu’il nous serait impossible de sortir du gouffre.

Le prophète Isaïe dit qu’il y a un cœur pour Jérusalem : un lieu où elle peut écouter, se laisser réconcilier, exprimer aussi ce qu’il y a de beau qui peut sortir de son cœur…

Le Psaume 119 32 dit : « Tu as dilaté mon cœur, maintenant je vais courir sur les chemins de tes commandements ».

Son cœur peut se dilater en se laissant réconcilier avec Dieu. Les précipices seront comblés !

-   On peut être enfermé comme au fond d’un gouffre

-   On peut être opprimé ou anéanti par ceux qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé

Yse-_-Ludmila-Mikael

Ludmila-Mikael dans le rôle d’Ysée

-   On peut être dépaysé par des chemins tortueux.

-   On peut être blessés au hasard  des obstacles rencontrés…

Le poète Paul Claudel avait résumé cela avec un proverbe portugais :

« Dieu écrit droit avec des lignes courbes ».

Il a raconté sa conversion survenue18 ans, l’après midi de Noël 1886, derrière un pilier, à ND de Paris : «  »En un instant mon cœur fut touché et je crus ! » Il a eu le sentiment d’être investi par une présence qui le dépassait. Tout lui paraissait lumineux, sauf qu’il y avait tout à faire, à reconstruire, sauf qu’il fallait régler son compte avec une liaison adultère où il s’était investi. « Ce terrible amour, dit-il, qu’il faut vous arracher du cœur ! »

Cette situation revient souvent dans son œuvre : elle était devenue le symbole des ravins infranchissables qui nous séparent de la mise en œuvre de la Parole une fois entendue.

« Comment t’es-tu fait un chemin, voix de mon Dieu ? » (Gertrude Von Le Fort, poétesse allemande) ;

Le rappel de ces citations nous indique les chemins, parfois abrupts, infranchissables, qui se découvrent comme possibles avec la grâce de Dieu.

L’Evangile de Luc donne ici une préface à son récit qui raconte plusieurs épisodes du chemin de Jésus avec les siens, comme autant d’ouvertures qui permettent à la Parole de Dieu de venir jusqu’à nous et nous donne les moyens de répondre.

Gilets-jaunes-17-novembre-1024x768-1-854x641-854x641En ce moment d’anxiété vécu par notre pays, on dirait que nous sommes au fond d’un ravin dont nous ne savons comment sortir.

Chaque croyant devrait pouvoir se dire pour lui-même la parole adressée à jean Baptiste :

« Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut, tu marcheras devant la face su Seigneur pour préparer ses chemins pour faire connaître à son peuple le salut et la rémission de ses péchés » !

Le salut, par rapport aux montagnes d’orgueil qui nous paraissent infranchissables, aux ravins dans lesquels nous nous sommes laissés emprisonner, aux blessures qui nous paraissent inguérissables.

Le salut par la foi, dit le prophète Michée est « de marcher humblement devant ton Dieu »(Michée 6, 1-8)

A charge pour nous d’explorer toutes les voies enseignées par Jésus dans l’ l’Evangile,(Pascal), lancer les ponts que nous pouvons réaliser pour que la justice et la paix, entrevues dans la foi se réalisent sur la terre comme au ciel.

C’est un défi.

L’urgence du temps nous indique aussi la force d’autorité que nous pouvons donner à la Parole de Jésus, car il vient « non pour condamner le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé ».(Jean 3, 17)

Posté par Pierre Raffin dans Patrimoine artistique, sermon | Pas encore de commentaires »

21-07-2018

Goûter la poésie de l’Evangile

Marc 6, 30-34

L’Evangile de Marc laisse apparaître des traits familiers de la personne de Jésus. C’est précisément ce qui le rend attachant.

On le voit « ému jusqu’aux entrailles » du comportement des foules un moment mobilisées par son message.

« Elles sont comme des brebis qui n’ont pas de berger » : inquiètes, prêtes à être livrées à n’importe quel prédateur…

C’est ainsi que Marc raconte Jésus : depuis son baptême par Jean, on le voit animé par le désir d’annoncer le Règne de Dieu. Il choisit de s’adresser aux populations pauvres des environs du lac de Galilée. Il va de village en village et enseigne une manière d’accueillir en vérité le Règne de Dieu.

Il ne va pas à Jérusalem où le culte est programmé de telle sorte qu’on n’aura plus rien à chercher de la présence de Dieu et de la vie avec Lui. Il suffirait de suivre les consignes minutieuses de la Loi.

On le voit aux abords des villages, aux endroits où les gens se croisent, les enfants jouent,  les malades et les mendiants sont mêlés à la population. Jésus a le projet de montrer à ce  peuple les chemins de l’Espérance.

Il voudrait que ses premiers disciples deviennent apôtres, bien présents dans ce peuple, et envoyés vers lui pour lui faire connaître sa vocation : être ami de Dieu.

Jésus nous append à goûter ce qu’il y a de neuf, ce qui pourrait changer lorsqu’on devient ami de Dieu et qu’on cherche à lui ressembler dans nos comportements.

« Il les enseigne longuement ». Non pas qu’il y ait de longues explications, Jésus se fait poète du Royaume de Dieu. Par ses paraboles, il montre que les choses sont plus simples et attirantes qu’on pourrait le penser.

C’est un Evangile de Liberté qui suppose qu’on se libère des idées reçues, des arrières pensées…

Jésus propose à ses amis qui ont fait avec lui les premières semailles « de venir se reposer un peu ».. Il leur dit : « vous avez semé quelque graines de la Parole de Dieu, et maintenant, reposez vous !

« Le Royaume de Dieu ressemble à un homme qui a semé une graine dans son champ. Qu’il dorme ou qu’il se lève, la parole germe, il ne sait comment : d’abord l’herbe, puis un épi, et du blé plein l’épi ». Mc 4, 26-29.

Il faut se convertir à cette confiance. Laisser Dieu nous dire que les choses doivent se dérouler dans le climat de la confiance.

Il faudrait que ce temps de vacances soit pour nous un temps de liberté, où l’on laisse les choses se décanter, où l’on laisse les idées nouvelles prendre corps : c’est la joie de l’Evangile. Laisser Dieu enter dans notre cœur, et, avec lui devenir encore plus amis de la paix, de la justice, de l’amour.

J’ai fini de vous parler, Jésus airait pu le faire plus longuement, parce qu’il était poète.

Le poète n’a jamais fini de trouver une nouvelle image pour comprendre, admirer, se laisser séduire et transformer dans un mode de vie où Dieu est présent.

Les auditeurs n’ont pas compris la signification du rendez vous que Jésus propose aux disciples. Ils veulent prendre Jésus à la course et aller le saisir de l’autre côté du lac où il voulait se rendre.

Ils voulaient capter quelques forces surnaturelles  qui les débarrasseraient de leurs soucis quotidiens.

C’est le leurre que proposent les sociétés matérialistes. Elles feraient croire que tous les désirs du cœur se comblent avec de nouveaux gadgets.

L’Evangile veut nous acheminer vers le goût de ce qui est gratuit, ce qui vient de la parole de Dieu, qui grandit et donne du fruit en son temps, on ne sait comment…

Posté par Pierre Raffin dans sermon | 1 Commentaire »

11-06-2018

Le Christ dans la mêlée

Marc, 3, 20-35

Nous avons eu cette semaine la Fête du Sacré Cœur. Tout le monde connaît la grande basilique du Sacré Cœur à Montmartre, témoin de la piété du 19° siècle.

L’idée que l’on se faisait était que tous les malheurs que nous avons avaient pour cause l’impiété des hommes, et qu’il fallait réparer en leur nom devant Dieu tout le mal qui avait pu être fait.

On pense alors au Christ dont le Cœur a été transpercé et qui demande pardon à notre Père en notre nom.

mêlée

L’image qui ressort est le regard doucereux du Christ, tourné vers le ciel et qui n’a même plus besoin de regarder la terre.

Les non croyants ne se sont pas privés de caricaturer cette attitude. On se rappelle la petite phrase de GIONO : « Le Christ traverse les batailles une rose à la main ». Jean GIONO, c’était le début du 20° siècle, on dirait aujourd’hui : « il est déconnecté ».

La page de l’Evangile que nous venons de lire nous montre au contraire le Christ dans la mêlée : il vit des affrontements, il reçoit des coups et il suggère que çà peut vous arriver aussi, si vous cherchez à faire la volonté de Dieu.

Voyons le genre d’affrontement dont il est question

-                  le premier vient des autorités de Jérusalem qui veulent contrôler et même soupçonner son activité. « C’est par Beelzeboul, le chef des démons que tu chasses les démons »… Jésus se bat sous le mode de la controverse : « Tout Royaume divisé contre lui-même est appelé à périr… »

C’est donc l’autorité du moment qui s’en prend à Jésus.

-                  Le deuxième cas de figure est l’entourage familial de Jésus. On lui reproche de trop se mettre en avant : « fais comme nous, écrase toi, il ne faut pas chercher à comprendre »

Jésus revendique sa liberté face à son entourage et face à ce qu’il a voulu contester.

Marc note son regard, qui n’est pas le regard doucereux dont on parlait tout à l’heure.

Il regarde ceux qui sot en train de devenir disciples : « ceux qui cherchent à faire la volonté de Dieu sont pour moi un frère, une sœur, ou une mère »…

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront appelés fils de Dieu »…

Les débats sur la vérité et la justice doivent-ils être aseptisés, de façon à ne pas être contaminé par ce qui vient du monde ? Ou bien faut-il se lancer dans l’actualité, et dans quelle perspective ?

meeting théâtre

Nous pouvons prendre un exemple dans l’actualité de la semaine.

Les lois de la démocratie permettent d’éplucher les comptes de campagnes des candidats.

On a épinglé celui qui est actuellement président. Ne vous en faites pas, demain ce sera un autre !

On lui reproche donc d’avoir obtenu pour la location d’un théâtre pour un meeting de campagne, d’avoir eu à verser 3000  euros, tandis qu’un autre candidat a dû trouver 100 fois plus…

Le 6 Janvier dernier, fête de l’Epiphanie, les services du Vatican ont fait paraître un texte de 19 pages intitulé :

« Considérations éthiques sur certains aspects du système économique et financier actuel ».

Le texte soutient que les grandes entreprises devraient avoir un comité d’éthique pour vérifier si les décisions prises favorisent à la longue le bien commun.

Et il prévoit l’objection : « Bien sûr que nous en avons » !

Seulement, le travail de ces commissions n’a pas toujours pour but l’utilité ou la moralité de ce qui est entrepris, mais de vérifier si on est bien dans les clous des lois existantes. Ces experts ont plutôt pour vocation de vous protéger contre les poursuites ultérieures.

La question que voudrait poser une autorité morale comme l’Eglise est celle du bien commun : admettons que le monsieur est le propriétaire du théâtre. Est-il le seul propriétaire : ou bien ceux qui travaillent pour le théâtre, ceux qui sont réduits peut être au rôle d’intermittents, les actionnaires même, n’ont-il pas droit aussi à demander des comptes sur l’argent qu’ils n’ont pas reçu.

On s’est servi de leur argent (qu’à leur tour ils auraient pu utiliser bien ou mal )  pour cautionner l’engagement personnel du chef d’entreprise…

Il s’agit d’élever le débat : non de savoir si l’on souhaite que celui-ci ou celui là sera plus ou moins blanchi, mais si l’engagement de chacun pour la vérité et la justice est porteur à la longue de fruit, donne une idée plus grande de la personne humaine et de sa vocation.

meeting macron

 

 

 

 

 

 

 

icone plongeur

Cherchez vos coquillages !

Présentation du texte par ZENITH

Le Saint-Siège plaide pour une régulation éthique de l'économie et de …

 

 

 

 

Texte intégral :

https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwji4ePSt8fbAhVDOBQKHWNvDioQFggzMAI&url=http%3A%2F%2Fwww.vatican.va%2Froman_curia%2Fcongregations%2Fcfaith%2Fdocuments%2Frc_con_cfaith_doc_20180106_oeconomicae-et-pecuniariae_fr.html&usg=AOvVaw2jL_hoNC8eMobBallOxNef

Posté par Pierre Raffin dans Formation, sermon | Pas encore de commentaires »

17-02-2018

Carême 2018 : chemin vers Dieu

C’est ma méditation à partir des textes lus à l’église le dimanche 18 février 2018

Genèse 9, 8, 15

1 Pierre 3, 18-22

Marc 1, 12-15

Le Carême est un immense chantier où il est proposé à tous les croyants de vivre l’aventure des chercheurs de Dieu.

Ce n’est pas fait  pour une élite, tous sont invités… pour leur suggérer que l’amitié et la Rencontre de Dieu en Jésus Christ est la grande affaire de leur vie.

Maurice Denis Le Paradis

Maurice Denis Le Paradis

Cela commence par une promesse, sans cesse renouvelée, et dans un cadre grandiose : l’arc en ciel qu’admire Noé au sortir du déluge !

Il va d’une extrémité de la terre à l’autre ; après un temps d’épreuve, Noé admire cette lumière irisée qui donne une image de paix, de beauté, d’avenir, du mystère de la vie promise.

De nos jours, nous craignons que cet avenir ne soit menacé, soit par les risques de guerre, soit par la dégradation du cadre de vie qui pourrait bien être irréversible…

L’Encyclique Laudato Si renouvelle la promesse de Dieu pour la Terre et tous ses habitants.

Le texte, universellement accueilli comme un courant d’air frais, est une grande invitation à la louange : Laudato si, mais aussi à lutter ensemble pour affronter les principaux maux qui pourraient nos emporter, et encore à nous laisser prendre par le message que cette création porte en elle ;

« Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce » (Ps 19).

C’est dans ce cadre d’ouverture d’esprit et de cœur que se place la recherche de Dieu.

La Lettre de Pierre fournit un autre pôle de la recherche de Dieu : elle nous invite à repartir de notre baptême.

Vouloir le Baptême ou se ressouvenir du baptême qu’un jour nous avons reçu, c’est se rappeler que Jésus Christ est passé par la vie des hommes, l’offrande de sa vie pour que nous soyons réellement partenaires de l’alliance commencée aux origines des temps et promise à s’épanouir en Règne de Dieu, à la fin de ces temps-ci : « c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ qui est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu. » (1 Pierre, 3, 22)

C’est comme si c’était un nouveau point de départ : accueillir la signification du baptême avec une conscience droite, être prêts à vivre ne vérité et dans la recherche de la vérité.

 

L’épisode de la Tentation du Christ montre que cette vérité sur nous-mêmes passe par un combat, comme Jésus l’a vécu lui-même.

désert de Judée

désert de Judée

L’environnement du désert montre que cette recherche est vitale e et aride à la fois.

La tradition biblique montre que les obstacles rencontrés peuvent devenir une occasion de chute :

« Quarante ans cette génération m’a déçu » (Ps 94)

Jésus conclut : « vos pères ont mangé la manne et ils  sont morts: celui qui mange le pain que je lui donnerai vivra éternellement ». Jean 6, 49)

C’est le pain de la confiance en Dieu que représentait la manne. Nous reportons toute cette confiance en Jésus, que nous sommes appelés à reconnaître, avec la droiture de notre conscience, comme l’Envoyé, le Fils de Dieu lui-même.

Chercher Dieu, c’est chercher à reconnaître le Christ. Il nous est présenté comme

- celui qui vient nous chercher en se faisant homme.

- Celui qui a traversé la vie humaine avec ses périls et ses blessures.

- Il s’est fait tellement homme qu’il a connu les tentations que nous rencontrons tous les jours, à commencer par celles que le peuple de Dieu a vécues et que la Bible a cherché à caractériser. Il s’agissait de recevoir les dons que Dieu nous fait, sans que nous cherchions à le remercier ni lui faire confiance pour l’avenir, et aussi en détourant ces biens à notre profit, alors qu’ils sont destinés à ce que nous en fassions profiter d’autres.

 

C’est en tout cas le message du pape François pour ce Carême 2018 :

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwj7ipCZnK3ZAhXFhrQKHSLBBaYQFghCMAI&url=https%3A%2F%2Fwww.la-croix.com%2FReligion%2FCatholicisme%2FPape%2FMessage-Careme-pape-Francois-texte-integral-2018-02-06-1200911718&usg=AOvVaw2roPrg9XzSSDrZU_pFyLjb

Posté par Pierre Raffin dans sermon | Commentaires fermés

23-09-2017

Les vendangeurs de l’amour

Un nouveau séisme au Mexique après les ouragans des Petites Antilles. Chacun se pose les mêmes questions : Comment je cris ? Comment je crois encore ? La lecture des Evangiles accompagne notre recherche. Ainsi celui de dimanche 24 septembre : la parabole des ouvrier envoyés à la vigne : Mat 20, 1-16

vendanes 2Quelle est cette vigne dans laquelle le Seigneur nous envoie ?   Jésus a choisi cette image biblique mise en valeur par les prophètes : « Mon Bien Aimé avait une Vigne, il la planta sur un coteau fertile… La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël » Dieu a donné des témoignages d’amour pour sa vigne tout au long de l’histoire d’Israël, au point que le prophète répond en disant sa reconnaissance, l’amitié qu’il éprouve pour lui : « Mon bien aimé avait une vigne »… A son tour, un des premiers écrivains chrétiens, Tatien, dit qu’il a été enflammé d’amour en lisant les prophètes… c’est-à-dire qu’il a été pris dans le même courant qu’eux.   Et maintenant, Jésus nous demande de travailler à cette vigne. Cette vigne que Dieu lui-même a plantée, des hommes ont déjà découvert pourquoi il l’a fait : un amour qui ne tarit pas.raisin Moïse a contemplé un feu qui ne s’éteint pas. Il s’est dit : « Je vais faire un détour pour observer cet étrange spectacle » Exode 3, 3 Il faut faire un détour observer cet étrange spectacle des signes de la présence et de l’amour de Dieu, et s’en laisser imprégner. Notre vie de croyants est l’histoire de cet immense détour qui nous amène à chercher les signes de l’action de Dieu,  dans ce monde qui est sa vigne.   On peut penser que des hommes ont déjà répondu à l’appel de Dieu pour travailler à s vigne, avant même que nous nous y mettions. Ce que nous pouvons voir, ce sont des signes de l’action de Dieu et des hommes réunis. Le détour pour considérer l’action de Dieu dans cet immense champ qu’est le monde nous amène à considérer aujourd’hui ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique avec ces ouragans et ces séismes. Ce n’est pas nouveau, et nous sommes ramenés parfois à ce qui a toujours été la condition de l’homme sur la terre : il a toujours lutté, contre vents et marées, pour contourner ce qui est hostile, rendre cette terre habitable, lui redonner sa beauté. La foi chrétienne nous rend amis de ceux qui souffrent et de ceux qui soignent, et nous savons que d’un bout du monde à l’autre, c’est le même peuple, la même vigne. C’est le même Seigneur qui accueille nos prières et nos bonnes volontés.   Nous pouvons être appelés, quel que soit le moment de notre vie : le matin à midi ou le soir… Nous pouvons être appelés à nouveau, c’est-à-dire que nous sommes appelés à renouveler note confiance et notre fidélité…et faire l’expérience d’une fraternité selon le Christ, où il n’y a pas celui qui est plus connu que l’autre, celui qui mérite plus que l’autre, cette fraternité est la Joie de l’Evangile. La joie exprime toujours la réalisation d’une promesse de ce que l’on attendait plus ou moins confusément, elle est le bonheur de voir cette attente profonde se réaliser, elle est encore une promesse de quelque chose qui viendra encore… Nous espérons que ce qui viendra sera à la hauteur de ce que Dieu a toujours fait pour les hommes et de ce que Jésus nous a enseigné.   Ces évènements nous rappellent nos fragilités : ce dont on n’a pas envie de s’occuper lorsqu’on pense que çà va bien pour nous. Ils nous invitent à demander à Dieu la force de les traverser et de trouver le courage de la fraternité. Là bas comme ici, c’est le même monde où le Seigneur nous a envoyés, en nous disant que nous sommes pas les premiers ouvriers. D’autres ont travaillé avant nous, dit-il, et vous entrez dans leurs travaux, pour le même salaire qui est le Royaume de Dieu. Et comme le dit la chanson : « Nous les referons ensemble les vendanges de l’amour. » Marie Laforêt

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10-09-2017

Irma : prophète au coeur des évènements

-Caraibes-Ouragan-Irma_Nous avons des antillais dans notre communauté. Voici l’Office que j’ai préparé pour la dimanche qui a suivi l’ouragan.

10 septembre 2017 Office du 23° dimanche

Accueil

Nous sommes d’autant plus bouleversés en apprenant les immenses blessures causées par les ouragans des Antilles que nous avons dans notre communauté de nombreux antillais touchés aujourd’hui dans leur chair et dans leur cœur.

Nous allons vivre cette Eucharistie en profonde communion avec eux, sachant que  le Christ nous réunit et nous précède avec sa Croix.

Ezeckiel, 33, 7-9

Evangile de Mat 18, 15-20

indexTandis que nous laissons mûrir en nous des sentiments de compassion par rapport à nos frères et sœurs marqués par les violents cyclones, nous laissons pénétrer en nous la Parole de Dieu qui nous invite à être des prophètes.

Le prophète n’est pas celui qui répète ce que dit tout le monde : c’est quelqu’un qui s’efforce d’écouter et de transmettre la parole d’un Autre.

Cette parole est familière : elle ne nous dit pas des choses nouvelles ou extraordinaires, elle nous redit notre vocation :

« Fils d’homme, je t’établis comme guetteur pour la maison d’Israël » : tu dois avertir du mal qui peut être à l’origine de ce qui t’arrive maintenant.

On s’accorde, il est vrai pour dire que le réchauffement climatique contribue à rendre les ouragans plus violents encore, que ce réchauffement climatique est dû aux déchets des hydrocarbures répandus dans l’atmosphère… mais que pouvons nous faire lorsque le mal est lancé ?

cyclon IrmaLe pape François, dans son encyclique Laudato Si dénonce ces mécanismes, mais, à la suite du pape Jean XXIII, il dit que nous ne pouvons pas nous contenter d’être des prophètes de malheur : nous sommes des témoins d’espérance.

Cette espérance, nous ne l’inventons pas. Elle est portée par l’expérience de la communauté chrétienne.

L’Eglise est fidèle à l’Esprit de Jésus Christ lorsqu’elle cherche, pour en témoigner, à repartir de la parole des pauvres.

J’ai entendu cette parole dans la bouche d’une grand-mère antillaise qui disait sa prière mercredi, au cours de la messe de semaine :

« Mon Dieu, je crois, j’espère, j’adore et je vous aime.

Je vous prie pour ceux qui ne croient pas, n’espèrent pas, et ne vous aiment pas ».

Une autre antillaise m’a répété cette même prière qui se récite là bas après les stations du chemin de croix. Elle vient des jeunes voyants de Fatima en 1917.

Cette prière a traversé les océans, pour nous revenir aujourd’hui comme des témoignages de croyants. Ceux-ci nous disent comment ils ont été aidés à tenir debout dans les moments d’épreuve.

 

La prière des ces hommes et de ces femmes qui s’adressent encore à Dieu alors qu’ils sont privés de tout est une haute expression de la dignité humaine.

Ils nous disent que la prière est encore possible, même si le ciel s’est complètement obscurci.

Voici un extrait d’un poème de Karol Wojtyla alors qu’il n’était pas encore pape :

« Je crois cependant que l’homme souffre par manque de vision.

S’il souffre par manque de vision, il doit se frayer un chemin entre les signes. »

Andréa Ricardi, fondateur des communautés San Egidio, commente : «  le grand signe de la vie chrétienne est la rencontre du pauvre… que l’on ne rencontre jamais si l’on ne s’arrête pas à côté de lui ».

Le signe que peut donner notre communauté, c’est notre présence fraternelle.

Jésus énumère ces attitudes dans l’Evangile :

-           console et encourage tes frères un à un…

-           fais toi aider par un compagnon si tu veux que ton signe soit plus crédible

-           fais appel à toute l’Eglise s’il le faut : aux petits voyants de Fatima, à tous ceux qui nous ont donné l’exemple du courage et de l’investissement dans la vie chrétienne, acceptant parfois de demander, au jour le jour,  le pain de ce jour.

 

La foi chrétienne nous dit que le courage que tu as trouvé auprès de Dieu dans l’épreuve – au moment où tout semblait s’écrouler – est un signe de la présence de Dieu au milieu de nous.

Cette présence est une force pour avancer aujourd’hui, elle est aussi le gage de notre résurrection et de notre vie éternelle. Nous vivons là quelque chose qui est plus fort que la mort.

Posté par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, Non classé, sermon, Témoignage | Pas encore de commentaires »

14-07-2017

Musique d’été à Toulouse, Talents selon l’Evangile

MoschettaParabole du Semeur

(Matthieu ch 13) A la faveur des concerts de musique d’été à Toulouse, j’ai eu l’occasion de retrouver deux jeunes qui avaient grandi dans les communautés chrétiennes de notre secteur.

Je pouvais voir ce qu’était devenue la graine qui avait été déposée en eux : l’un d’eux donnait le concert, l’autre était venue comme auditrice.

En écoutant et en voyant, car la musique peut être aussi un spectacle, je pensais au monde de la musique dans lequel ce jeune se fraie un chemin. Et je me demandais quel était le rapport entre le monde de la littérature musicale, où ce jeune a appris à se mouvoir – un monde fait de sentiments et de passions que l’on essaie d’interpréter en apportant soi même sa maîtrise, sa sensibilité… le marché de la musique qu’il tout aussi difficile de  maîtriser, le rapport donc avec la modeste graine de la Parole de Dieu qu’il avait reçue de la communauté. Cette parole, il l’avait sans doute reçue dans son cœur… (Mat 13, 19)

 

La question était la même pour l’autre jeune que j’ai rencontrée ce soir là. Elle aussi avait quitté Toulouse : elle cherche un débouché professionnel et se cherche elle-même. Qu’es-ce qu’elle voudrait faire de sa vie ?

Elle est en train de se professionnaliser dans le yoga, et, me dit-elle, elle aimerait bien pouvoir l’enseigner dans les prisons, parce qu’une technique non violente peut aider des gens à se reconstruire.

 

En plus de l’image de la graine qui nous est donnée, Jésus parle aussi des talents différents qui sont confiés aux uns et aux autres.

Ces talents sont les qualités mises à notre disposition, mais ils ne concernent pas seulement les techniques que l’on doit soigneusement mettre au point, les relations avec les personnes bien placées que l’on cherché à cultiver : Jésus nous parle de la manière dont on vit tout cela.

Il est question

-           de l’amitié qui se développe entre jeunes artistes au fur et à mesure qu’ils s’initient au métier.

-           De la simplicité avec laquelle ils abordent le public

-           De la confiance pour lui dire que lui aussi est capable de ressentir des choses que la musique peut lui suggérer : la complexité et la force des sentiments, l’ouverture à l’inconnu, au mystère…

L’idée que l’on peut apporter quelque chose à tout homme, l’aide que l’on peut donner pour permettre à quelqu’un qui en est venu à se dégrader, pour qu’il retrouve la confiance en soi,  c’est la graine de  l‘Evangile qui a été déposée dans notre cœur.

 

Pour expliquer cela, Jésus monte dans la barque et de cet endroit il enseigne ceux qui sont sur le rivage. Souvent dans l’Evangile de Matthieu, la barque est le symbole de la communauté, de l’Eglise qui répercute et aide à approfondir les paroles de Jésus.

On s’aperçoit, lorsque nous lisons ensemble l’Evangile, que les images employées par Jésus se complètent les unes les autres :

-           La graine, c’est l’idée de quelque chose qu’on reçoit et dont on peut servir la croissance

-           Les talents, c’est ce qui nous distingue les uns des autres et nous donne les moyens de nous investir pour contribuer à la réalisation d’un Projet de Dieu qui nous dépasse

-           Le sel c’est la façon dont ce projet se réalise par nous : « vous êtes le sel de la terre », une pincée de sel donne le goût au reste.

Avoir la foi, c’est regarder avec confiance l’endroit du monde où il nous a été donné de vivre, en sachant que nous avons tous une place, comme les oiseaux du ciel  que l’on ne croit pas toujours indispensables, et pourtant, dit Jésus, votre Père du Ciel les nourrit !

Avec une seule parabole, on explique toutes les paraboles.

Nous admirons la patience avec laquelle le Seigneur explique les choses : parfois nous passons à côté, nous tâtonnons, et pourtant le sens est là, la Parole est près de toi, dans ton cœur. (Rom 10, 8)

Un jour quelque chose que tu n’avais pas compris s’éclairera : quelque chose dit Jésus que le Seigneur a caché aux sages et aux agiles d’esprit, mais qu’il a révélé aux tout petits.(Mat, 11, 25)

C’est là le secret : apprendre à se faire petits dans la main de Dieu, et il nous fera découvrir les mystères de son Royaume, le mystère de ce qui se passe sur la terre et au ciel.

Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, sermon, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »

10-07-2016

Le Christ Bon Samaritain

Luc 10, 25-37

 

Si nous avons le souci de lire en Eglise cette immense parabole, nous sommes attentifs au dernier mot du scribe venu interroger Jésus : « est devenu le prochain, celui qui a exercé la miséricorde avec le blessé. »

Le pape François a convoqué toute l’Eglise pour être attentive à ce mot dans notre situation de chrétiens du XXI° siècle.

Il a parlé des œuvres de miséricorde, matérielles et spirituelles.

Il a parlé de la Miséricorde de Dieu envers nous… qui nous invite à l’imiter sur ce chemin.

Il a parlé de ce que cela produit en nous lorsque nous nous efforçons d’exercer cette miséricorde.

La miséricorde s’oppose à la dureté de cœur qui attristait Jésus : « navré de l’endurcissement de leur cœur » (St Marc ch 3)

Il a parlé de la Porte à franchir par en pèlerin.

La Porte Sainte à Lourdes

La Porte Sainte à Lourdes

Certains parmi nous  ont franchi cette Porte à Lourdes. Ce qui était important, c’était de la franchir ensemble, parce que nous reconnaissions ainsi une fraternité qui nous donne du courage sur le chemin de notre foi.

La fraternité chrétienne vécue dans l’Eucharistie nous renvoie tout droit à notre baptême, c’est pourquoi il y a des vasques où chacun peut se signer.

C’est une façon de valoriser la demande de pardon au début de la messe : « Que Seigneur tout puisant nous fasse miséricorde… » Nous entrons dans le monde gratuit de l’amour de Dieu pour les hommes.

Le but de l’Année Sainte est de permettre à chaque chrétien de faire un nouveau pas pour entrer dans le Mystère de la Miséricorde de Dieu pour nous : la tendresse de Dieu qui se développe en pardon inconditionnel, en confiance, en proposition de se mettre debout, et finalement en appel à devenir ce que nous sommes : à l’image de Dieu.

Chartres : le Christ Bon Samaritain

Chartres : le Christ Bon Samaritain

Si vous allez à Chartres, ne manquez pas de vous arrêter devant le Vitrail du Bon Samaritain. Jésus, le Bon Samaritain, reconduit l’humanité blessée vers sa demeure, le Paradis, le lieu qui lui était destiné pour achever sa route dans la communion parfaite avec ce Dieu d’amour qui lui a été révélé en Jésus Christ.

Ces artistes théologiens nous amènent à comprendre le mystère de Dieu en le replaçant dans cette histoire globale que veut rappeler l’année de la Miséricorde.

C’et bien l’humanité de notre temps et celle des temps à venir qui est prise en charge par Dieu, celle qui est assaillie par tous les doutes, les tentations de repli individualiste et finalement l’oubli de celui qui peut lui apporter le salut.

Nous sommes porteurs de ce message : « Nous sommes aimés par Dieu, nous avons bien un avenir. Mais cet avenir passe aussi par la Porte de notre cœur qui doit apprendre la miséricorde vis-à-vis de ses frères.

Cette attitude de miséricorde passe par des gestes concrets d’accueil, de sensibilité réelle aux blessures de nos contemporains.

Nous sommes par vocation des signes du pardon, de la miséricorde, de la bienveillance de Dieu vis-à-vis de tout homme.

 

Il faudrait que les gestes vécus en église, comme le repas partagé nous serve d’inspiration. A l’un de ces repas, une femme seule, marocaine, qui se débat avec ses enfants déjà adolescents disait que l’un d’eux voulait venir avec elle. Elle lui avait répondu : « non, j’ai besoin d’avoir ce temps pour moi. » Elle appréciait ce repas comme un temps où l’on échange librement, où l’on aperçoit les idées et les exigences de vie reconnues par chacun. C’était, en fait, un lieu où sa dignité pouvait être mieux envisagée.

L’année sainte, c’est la découverte vécue par chacun qu’il a des ressources en lui pour panser les blessures de l’humanité.

Cela nous demande aussi l’ouverture à l’Esprit de Dieu qui nous demande d’accepter une certaine improvisation. Non pas que nous n’ayons rien prévu mais nous sommes capables de nous adapter à l’inconnu qui vient nous déranger.

 

Cette année se terminera bientôt avec la fête du Christ Roi, lui qui nous convoque tous à être les artisans de son Royaume. Le hasard des lectures bibliques de ce dimanche nous fait envisager le Christ Bon Samaritain comme celui qui d’après l’hymne de Saint Paul dans la Lettre aux Colossiens est l’Image du Dieu invisible, le Premier Né de la Nouvelle Création dont il est le centre. Tout a été fait par Lui et pour Lui.

Il vaut mieux terminer avec les paroles du pape :

« C’est le 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ, Roi de l’Univers, que sera conclue l’Année jubilaire. En refermant la Porte Sainte ce jour-là, nous serons animés de sentiments de gratitude et d’action de grâce envers la Sainte Trinité qui nous aura donné de vivre ce temps extraordinaire de grâce. Nous confierons la vie de l’Eglise, l’humanité entière et tout le cosmos à la Seigneurie du Christ, pour qu’il répande sa miséricorde telle la rosée du matin, pour une histoire féconde à construire moyennant l’engagement de tous au service de notre proche avenir. Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu! Qu’à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous. » (Le Visage de la Miséricorde n°5)

Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, sermon, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »

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