« Il est important de souligner une chose : c’est vrai que la société tend à nous mettre de côté, mais certainement pas le Seigneur. Le Seigneur ne nous met jamais de côté ! Il nous appelle à le suivre à tous les âges de la vie, et la vieillesse contient aussi une grâce et une mission, une véritable vocation de la part du Seigneur. Être âgé est une vocation. Ce n’est pas encore le moment de « baisser les bras ». Cette période de la vie est différente des précédentes, cela ne fait aucun doute ; nous devons également un peu « l’inventer », car nos sociétés ne sont pas prêtes, spirituellement et moralement, à donner à celle-ci, à ce moment de la vie, sa pleine valeur (Pape François 11 Mars 2015)
Nous avons des antillais dans notre communauté. Voici l’Office que j’ai préparé pour la dimanche qui a suivi l’ouragan.
10 septembre 2017 Office du 23° dimanche
Accueil
Nous sommes d’autant plus bouleversés en apprenant les immenses blessures causées par les ouragans des Antilles que nous avons dans notre communauté de nombreux antillais touchés aujourd’hui dans leur chair et dans leur cœur.
Nous allons vivre cette Eucharistie en profonde communion avec eux, sachant que le Christ nous réunit et nous précède avec sa Croix.
Ezeckiel, 33, 7-9
Evangile de Mat 18, 15-20
Tandis que nous laissons mûrir en nous des sentiments de compassion par rapport à nos frères et sœurs marqués par les violents cyclones, nous laissons pénétrer en nous la Parole de Dieu qui nous invite à être des prophètes.
Le prophète n’est pas celui qui répète ce que dit tout le monde : c’est quelqu’un qui s’efforce d’écouter et de transmettre la parole d’un Autre.
Cette parole est familière : elle ne nous dit pas des choses nouvelles ou extraordinaires, elle nous redit notre vocation :
« Fils d’homme, je t’établis comme guetteur pour la maison d’Israël » : tu dois avertir du mal qui peut être à l’origine de ce qui t’arrive maintenant.
On s’accorde, il est vrai pour dire que le réchauffement climatique contribue à rendre les ouragans plus violents encore, que ce réchauffement climatique est dû aux déchets des hydrocarbures répandus dans l’atmosphère… mais que pouvons nous faire lorsque le mal est lancé ?
Le pape François, dans son encyclique Laudato Si dénonce ces mécanismes, mais, à la suite du pape Jean XXIII, il dit que nous ne pouvons pas nous contenter d’être des prophètes de malheur : nous sommes des témoins d’espérance.
Cette espérance, nous ne l’inventons pas. Elle est portée par l’expérience de la communauté chrétienne.
L’Eglise est fidèle à l’Esprit de Jésus Christ lorsqu’elle cherche, pour en témoigner, à repartir de la parole des pauvres.
J’ai entendu cette parole dans la bouche d’une grand-mère antillaise qui disait sa prière mercredi, au cours de la messe de semaine :
« Mon Dieu, je crois, j’espère, j’adore et je vous aime.
Je vous prie pour ceux qui ne croient pas, n’espèrent pas, et ne vous aiment pas ».
Une autre antillaise m’a répété cette même prière qui se récite là bas après les stations du chemin de croix. Elle vient des jeunes voyants de Fatima en 1917.
Cette prière a traversé les océans, pour nous revenir aujourd’hui comme des témoignages de croyants. Ceux-ci nous disent comment ils ont été aidés à tenir debout dans les moments d’épreuve.
La prière des ces hommes et de ces femmes qui s’adressent encore à Dieu alors qu’ils sont privés de tout est une haute expression de la dignité humaine.
Ils nous disent que la prière est encore possible, même si le ciel s’est complètement obscurci.
Voici un extrait d’un poème de Karol Wojtyla alors qu’il n’était pas encore pape :
« Je crois cependant que l’homme souffre par manque de vision.
S’il souffre par manque de vision, il doit se frayer un chemin entre les signes. »
Andréa Ricardi, fondateur des communautés San Egidio, commente : « le grand signe de la vie chrétienne est la rencontre du pauvre… que l’on ne rencontre jamais si l’on ne s’arrête pas à côté de lui ».
Le signe que peut donner notre communauté, c’est notre présence fraternelle.
Jésus énumère ces attitudes dans l’Evangile :
- console et encourage tes frères un à un…
- fais toi aider par un compagnon si tu veux que ton signe soit plus crédible
- fais appel à toute l’Eglise s’il le faut : aux petits voyants de Fatima, à tous ceux qui nous ont donné l’exemple du courage et de l’investissement dans la vie chrétienne, acceptant parfois de demander, au jour le jour, le pain de ce jour.
La foi chrétienne nous dit que le courage que tu as trouvé auprès de Dieu dans l’épreuve – au moment où tout semblait s’écrouler – est un signe de la présence de Dieu au milieu de nous.
Cette présence est une force pour avancer aujourd’hui, elle est aussi le gage de notre résurrection et de notre vie éternelle. Nous vivons là quelque chose qui est plus fort que la mort.
communication de Pierre RAFFIN au GIRLE ( Groupe Interreligieux Laïcité Empalot)
Martin partage son manteau
On peut commencer par le village de Saint Martin du Touch. Saint Martin remporte en France la palme dans le nombre des villages portant le même nom. Ce légionnaire romain du IV° siècle avait partagé son manteau avec un miséreux qui grelottait de froid. Il lui sembla voir le Christ dans le visage de ce pauvre. Devenu évêque, il a eu le souci de proposer la foi chrétienne aux gens des compagnes, méprisés parce qu’ils n’avaient pas la culture de la ville. C’est ce qui lui valut son immense popularité.
La solidarité dans l’imaginaire chrétien est rattachée à la sainteté. Les saints représentent des personnages à imiter … et qui peuvent vous protéger ! On retient un détail qui fait image et c’est ce qui se transmet.
Saint Exupère. Basilique Saint Sernin
Passons à l’église Saint Exupère, près du Jardin des Plantes. C’était un évêque du V° siècle qui, par la seule force de sa parole dissuada les Barbares de saccager la ville. On lui a donné le titre de « défenseur de la cité ». Ce même titre a été plus tard apposé sur la tombe du Cardinal Saliège pour avoir pris la défense des juifs pendant la guerre de 1939-45.
La solidarité, c’est d’être aussi capable de faire le geste historique qui convient lorsque l’on bénéficie soi même d’une certaine représentation sociale. On peut rapprocher de ces gestes l’Appel de l’ Abbé Pierre en faveur des sans logis au cours de l’hiver 54.
les colonnes de cette salle d’hôpital ont été placées pour soutenir le plafond qui croulait sous le poids des malades lors d’une épidémie de peste
Nous sommes maintenant devant l’Hôtel Dieu, construit à la fin du XII° siècle, par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, en même temps que la Basilique Saint Sernin, pour les pèlerins, les malades et les pauvres : l’Hostel =l’Oustal, la maison où l’on vous accueille ; Dieu : c’est Dieu qui vous accueille. Celui qui construisait la basilique ne devait pas se contenter d’apporter sa pierre ou sa brique à l’édifice, il devait accomplir ce qui lui semblait la conséquence de sa foi : porter secours aux pauvres.
Il est significatif de voir que l’Hôtel Dieu à Paris se trouve sur le parvis de L’église Notre Dame.
Au fur et à mesure du temps, les besoins se sont amplifiés. Les dons des particuliers, même s’il y avaient d’illustres donateurs ne suffisaient pas, l’état s’est mis à créer ses propres instituions qui n’étaient pas non plus reluisantes du point de vue de la salubrité. La norme d’un lit au moins pour 3 personnes était largement dépassée…
François rencontre le Sultan pour tenter de mettre fin à une croisade
Et nous arrivons bien sûr à l’église des Récollets construite à la fin du XV° siècle. C’étaient une branche des religieux franciscains fondés par François d’Assise au XIII° siècle. Ils faisaient la « récolte », c’est à dire qu’ils voulaient mendier pour vivre, à la suite François d’Assise qui s’était dépouillé de ses habits de jeune homme riche pour revêtir celui d’un pauvre. Il s’agissait de sauver l’Eglise de l’enlisement dans la richesse dont témoigne l’architecture des villes italiennes. Comme tous les réformateurs chrétiens, François voulait revenir à la pauvreté et à la solidarité du Christ avec les pauvres. C’est le nom qu’a voulu porter le pape actuel.
N’oublions pas non plus qu’il y avait, rue Achille Viadieu, une chapelle Notre Dame du Refuge. C’était une institution fondée dans le sillage de Saint Jean Eude qui s’était préoccupé au XVII° siècle de prostituées et de celles qui par suite de leur pauvreté pouvaient devenir délinquantes. La aussi, cette pieuse intuition a pu se dégrader au cours du temps. La collaboration de l’état a transformé ces maisons en centre de redressement où la vocation de ces religieuses ne trouvait pas son compte. Elles étaient plutôt devenues gardiennes de prison.
Tous ces avatars de l’histoire montrent qu’en face des nouveaux besoins ou abus, des chrétiens ont comme considéré l’Eglise toujours ayant besoin de réforme. Tout cela à cause des déficiences de chacun de ses membres, et aussi parce que de nouveaux acteurs, en l’occurrence l’état, se sont présentés pour prendre le relais d’institutions qu’elle avait pourtant créé.
Le défi pour les chrétiens est de prendre leur place autrement, souvent en participant à des initiatives dont ils ne sont pas nécessairement les auteurs mais où ils apportent un Esprit. Beaucoup se reconnaissent dans cette tâche. L’histoire leur apprend que cet Esprit peut s’enliser au fil du temps, des défaillances des hommes et de la complexité croissante des situations.
Voilà déjà plus d’un an, une religieuse habitant un bâtiment prêt à être démoli au quartier des Izards à Toulouse. Elle entend de nuit des coups violents sur les murs du bâtiment voisin prêt à être démoli. C’étaient des réfugiés syriens qui venaient le skater. Ils étaient 140 !
« Quand j’ai entendu frapper si fort, dit-elle, il m’est venu ce mot du Christ dans l’Apocalypse : voici que je me tiens à la porte et je frappe. Cette fois, il a frappé fort ! »
Depuis ce temps, il ne cesse de frapper pour elle… un peu moins fort, peut être.
Les sœurs de sa petite communauté ont rapidement fraternisé avec ces nouveaux venus. Les services à rendre ne manquaient pas. Mais voilà que les HLM font évacuer ces nouveaux venus…
Des associations de Toulouse qui défendent le Droit au Logement se sont mobilisées et ont obtenu des solutions provisoires.
Des gens du quartier et des assistants sociaux se sont mobilisés aussi pour aider au jour le jour ces gens à reprendre pied : établir des dossiers pour défendre leurs droits, aider les enfants à rejoindre une école, laquelle n’est pas adaptée aux primo arrivants qui ne connaissent pas la langue.
Une association s’est créée, devenue « le cercle des voisins », pour aider ces personnes à faire leurs premières démarches, et aussi ressentir la chaleur d’un accueil.
Le cercle des voisins se réunit sur la place du marché autour d’une boisson chaude. Les gens vont et viennent apporter leurs nouvelles. Chacun met ses talents à la disposition pour trouver un commencement de solution. Ce sont souvent des retraités qui en connaissent un rayon sur la prise en charge mutuelle dans le quartier, classé zone sensible.
Parmi eux, Violette de Toulouse, c’est son nom d’artiste, retraitée de l’enseignement, réalise de grandes silhouettes au fusain, représentant ces personnes de tous âges et toutes conditions sociales, privées de tout, enfermées dans leur situation comme dans une prison. Pourtant leur regard exprime la protestation plus que leur désarroi !
Une équipe d’ACO (Action Catholique Ouvrière) du voisinage et les chrétiens du quartier, à commencer par le prêtre Georges, ont souhaité manifester ce que représente aujourd’hui l’Enfant de Bethléem qui naît et ne cesse de naître, dans des conditions d’errance : les parents doivent se déplacer de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée, pour s’enfuir ensuite en Egypte… Cette histoire est connue des musulmans. De fait, certains ont joué un rôle, notamment comme interprète dans la chaîne de solidarité.
Une après midi de partage au lieu le 15 janvier dernier dans la chapelle qui sert d’abri à la communauté chrétienne du lieu.
Ce moment a été bouleversant d’émotion.
Témoignage d’Anne Marie, la religieuse, que la vie des migrants syriens ne quitte plus. Puis témoignages des travailleurs sociaux interpellés par la précarité de ces personnes et aussi les tendances de l’administration, et souvent du personnel « qui croient avoir affaire à des statistiques plutôt qu’à des personnes », des mots aussi qui font mal de la part du personnel chargé des expulsions…
Témoignages de beaucoup d’autres qui ont pris la parole. Le mot dignité prenait chair pour eux, aussi bien à travers les situations subies par ces personnes que par les lueurs qui apparaissent dans leurs yeux lorsqu’un peu d’espoir commence d’être entrevu.
Des réfugiés plus anciens ont pu exprimer comment ils avaient été bouleversés par ce partage parce que c’était leur histoire qui remontait en eux : histoires de ruines, de guerres, de larmes, de sang… et aussi de gestes de solidarité qui ont permis de vivre et d’espérer encore.
Les membres de l’ACO ont pu exprimer comment de près ou de loin, y compris lorsqu’ils participent à des collectifs de type syndical ou politique ou associatif, ils prennent le relais de ces réponses qui s’ébauchent dans le quotidien de nos vies. Ils étaient dans leur mission en proposant ce partage : un moment où l’on s’assied pour rappeler ce qui s’est passé, dire comment on a été touché et interpellé au fond de soi même, échanger, chercher, découvrir ce qu’il y a de beau à se reconnaître enfants de Dieu, responsables les uns des autres, réconfortés en cela par le pape dans son engagement sur les problèmes de l’immigration dans le monde. Il y a des réalités de souffrances qu’on ne veut pas voir, des causes qui concernent l’égoïsme vécu jusqu’au plan international. Il y a la lumière du Christ qui promet un avenir à tous nos efforts de fraternité.
C’est ce que nous commençons de ressentir lorsque nous prenons le temps de partager et de prier ensemble
Les coureurs du tour de France sont partis du Mont Saint Michel pour une première étape.
Nous ne savons pas trop comment les coureurs ont ressenti cet envoi depuis ce haut lieu de la prière, classé au Patrimoine de l’UNESCO.
La religion des coureurs est parfois bien rudimentaire : il faudrait plutôt parler du climat d’imprévu, de danger, qui favorise éventuellement la religiosité comme cela a été le cas pour certains champions italiens.
Il ne faut pas mépriser trop vite cette recherche instinctive de protection, car c’est le fonds commun de toutes les religions que certains esprits rationnels croient dépassé.
On peut se demander pourquoi certains athlètes bien costauds, bien entraînés, bien dopés, affectivement choyés, ne négligent pas de garder quelques images pieuses dans leur portefeuille.
Ne seraient-ils pas bien placés pour savoir que toutes les sécurités qu’ils ont soigneusement mises au point sont à la merci de quelque entorse, de quelque défaillance dans leur esprit d’équipe.
C’est ainsi que remonte pour eux cette obscure croyance que chacun a son étoile … et qu’il peut se confier à elle…
Un coureur cycliste n’est pas seulement une bête à pédaler : il sait que ses performances sportives sont aussi des performances de la technique, dont tous les paramètres ont été soigneusement étudiés. Il sait que ses compétences ne le placent pas forcément parmi les meilleurs, mais qu’il a sa chance pour réussir au mieux dans la catégorie. Et finalement, il se confie pour cela à son étoile.
Il réinvente la religion, la confiance en la divinité qu’il sait au-delà de la technique.
C’est ainsi qu’ils ont été accueillis avec bienveillance par les moines du Mont Saint Michel… et qu’ils le sont peut être par nous aujourd’hui, que l’on appelle les chrétiens pratiquants, c’est-à-dire des permanents de la prière. Face à ces occasionnels, comme pratiquants, nous savons que la prière chrétienne est universelle, c’est-à-dire qu’elle ne se contente pas d’inviter chacun à se confier à sa bonne étoile, mais qu’elle accueille et présente au Dieu de Jésus Christ la prière des hommes, pour aussi élémentaire qu’elle soit, afin de l’associer à celle du Christ dans son Eucharistie.
La situation du sportif qui se lance dans la compétition est tout à fait représentative de la foi chrétienne aujourd’hui. L’homme d’aujourd’hui a assimilé certains automatismes grâce aux plus récentes technologies. La croyance aujourd’hui la plus communément répandue est que ces nouvelles technologies sont notre univers et notre avenir et qu’il n’y a pas à chercher quoi que soit en dehors d’elles.
Reste cette obscure conscience d’être quelqu’un, cette confiance qui peut trouver son lieu d’accueil auprès d’une communauté croyante et attentive.
Une communauté croyante a déjà fait l’expérience du travail de la foi.
Si on s’arrête au Mont Saint Michel, on peut déjà être impressionné par le travail monumental de la foi. Les siècles y ont construit, siècle après siècle, une correspondance de la prière. Cela donne l’impression de la solidité. C’est comme si elle nous faisait expérimenter Dieu comme le roc sur lequel on peut s’appuyer.
A voir la sobriété des lignes architecturales, on comprend que la prière nous aide, ou peut nous aider, à tracer, dans le confus de notre vie, des lignes directrices, des perspectives, qui nous font dire que la prière fait partie du patrimoine mondial de l’humanité.
L’environnement du Mont Saint Michel, avec les sables mouvants, les marées et les tempêtes est évocateur des drames qui peuvent se passer dans la vie des hommes.
Cela nous fait revenir aux paroles du Christ :
« Celui qui écoute mes paroles ressemble à un homme qui a construit sa maison sur le roc : la pluie est tombées, la tempête s’est abattue sur cette maison, elle ne s’est pas écroulée…car elle était bâtie sur le roc ! »
Notre roc n’est pas le granit du Mont Saint Michel, mais ce que l’ajustement de pierres veut montrer : une image de l’homme que cultive la foi chrétienne. Ce que Pascal a voulu résumer de manière énigmatique : « L’homme passe infiniment l’homme ». Ce qui fait à ses yeux notre humanité c’est notre capacité à nous porter au-delà de nous-mêmes.
Tour de France ou pas, nous aurons l’occasion pendant les vacances d’admirer ce que l’art chrétien a produit et nous pourrons nous interroger sur les expériences de foi que cet art chrétien ne fait que traduire.
Une statue de Sainte Germaine au cimetière Terre Cabade à Toulouse
Sainte Germaine, c’est un quartier, un faubourg toulousain qui s’est constitué à la fin du XIX° siècle.
Les gens voulaient faire un village avec son église, ses commerces, ses ateliers. Ils ont mis tout cela sous la protection de Sainte Germaine.
Elle était populaire puisqu’elle venait d’être déclarée sainte : on la avoyait bergère au milieu de son troupeau. Le troupeau, c’était bien sûr les maisons qui s’étaient assemblées autour de l’église et la vie qui se développait autour.
Cela ne pouvait pas aller sans les activités, les patronages, les compétitions sportives et bien sûr les groupes de prière, d’entraide… et tout cela à la manière de Sainte Germaine.
Le but n’était pas de reproduire les belles églises de la ville animées par des gens de la haute société, mais de faire une église pour les gens et avec eux.
C’est le sillon qu’ils ont creusé. Faire l’église avec le dedans et le dehors… et un modèle dans la tête : Sainte Germaine de Pibrac.
Ce modèle rappelle que Dieu ne regarde pas le rang qu’une personne peut avoir dans a société, il s’intéresse d’abord aux humbles et aux petits et il leur donne une place.
Le quartier a changé : les maisons ne sont plus les petites bicoques où le jardin, avec la possibilité de faire des légumes, avait autant d’importance que le logement. Le travail ne se passe plus dans les petits ateliers établis dans le voisinage. Les loisirs se sont multipliés dans la ville… et pour calmer les rhumatismes on a remplacé une bonne prière à Sainte Germaine par une visite au centre de santé le plus proche.
Sainte Germaine est toujours là avec son petit troupeau, en se tournons vers elle nous manifestons qu’il n’est pas inutile de faire une prière.
Beaucoup de gens nous disent qu’ils n’ont pas le temps ou qu’ils n’y croient pas trop. Ils sont pourtant contents, s’ils sont en difficulté, de savoir que vous êtes allé à Lourdes et que vous avez fait une prière pour eux…parce que vous allez passer un examen ou qu’il y a quelqu’un de malade à la maison.
Parmi les pauvres d’aujourd’hui, il y a ceux qui ont été désorientés, ou qui se sont laissé désorienter parce qu’on leur a dit que le ciel n’existe pas… et un beau jour, ils se retrouvent avec leur solitude, leurs échecs, leurs angoisses du lendemain et ils ont peut être envie de s’ouvrir à ceux qui peuvent leur apprendre la confiance.
Jean Maire, l’actuel pasteur de cette église
A charge pour nous de bien nous préciser ce que nous faisons lorsque nous prions : nous essayons de nous mettre réellement devant Dieu en étant prêts à mieux faire sa volonté, en en cherchant sincèrement à la connaître. Les incroyants ont ceci de bon qu’ils nous questionnent sur la prière en la soupçonnant d’être un acte superstitieux. La prière peut devenir pour eux un acte crédible si elle est vraiment à l’imitation de celle du Christ et probablement de Sainte Germaine : Celle de Jésus commence par ces mots : « Que ton nom soit sanctifié »…D’abord par moi en apprenant à mieux te connaître et à t’aimer et pour cela en cherchant à faire ta volonté.
Un an après le décès de Madeleine RAFFIN, nous étions 25 amis réunis à la mairie du village de Saint Lieux où elle avait créé cette association.
Madeleine a toujours eu besoin d’amis pour la soutenir dans les chantiers qu’elle avait entrepris.
Il s’agissait d’abord d’encourager des initiatives de développement rural au Rwanda dans un climat de relative stabilité politique. Il fallait améliorer la scolarité des enfants et les aider à entrer dans la vie professionnelle.
Que faire ensuite dans une économie de guerre civile, lorsque les bâtiments sont détruits et les partenaires dispersés ou disparus dans la tourmente ?
avec Thérèse, compagne de lutte pour la justice internationale
Madeleine a tenu à rester sur le terrain et une fois expulsée par le nouveau pouvoir, elle a cherché à garder le contact, cultiver les relations et, toujours avec l’aide des ses amis, participer à la reconstruction de bâtiments, à l’éducation d’enfants orphelins de la guerre, témoigner lorsqu’une personne était mise en difficulté.
Un ami croit au témoignage de l’autre parce qu’il a des raisons de lui faire confiance – même si ce témoignage est contesté.
Voici comment son association était présentée en 2014 pour le journal municipal de Saint Lieux les Lavaur. Il est probable qu’elle avait rédigé elle-même l’article !
Les Amis de Gikongoro
Eglise et Mairie de Saint Lieux
Tout le monde à Saint Lieux connaît « Les Amis de Gikongoro »… grâce à Madeleine RAFFIN, venue prendre ici sa retraite après 30 ans passés au service du développement de ce pays.
Elle avait gardé un lien avec Saint Lieux où sa famille est présente depuis 1970.
Elle a su faire aimer ce pays dans le département du Tarn où elle est venue habiter, et cinq ans plus tard elle créait l’association des « Amis de GIKONGORO » dont le siège est Saint Lieux. Celle-ci comprend des rwandais avides de nouvelles de leur pays et disposés à élargir la solidarité qu’ils ont eux-mêmes vis-à-vis de leurs familles, souvent dans la plus grande difficulté : Par l’association on peut encourager la création d’écoles, s’intéresser aux jeunes qui vivent dans la rue, envisager des solutions d’avenir…
Des habitants de Saint Lieux sont venus les rejoindre et participent toujours à l’aide de ce petit diocèse d’Afrique que Madeleine a été obligée de quitter il y a presque 20 ans…
passage à Lavaur en 1994
On se souvient des « Repas Rwandais » dans notre salle municipale, où l’on a fait connaissance avec les coutumes, les mentalités du Rwanda et aussi avec les améliorations soutenues par l’association, récemment la mise aux normes d’une salle de réunions destinées à des activités éducatives pour des jeunes.
Il y a 2 ans, Madeleine écrivait un livre mémoire d’une grande qualité : « Le Rwanda, un autre regard ». Il a été lancé officiellement à Saint Lieux au cours d’une réunion de l’association.
Merci aux « Amis de Gikongoro » pour cette fenêtre ouverte sur l’Afrique. Vous contribuez à donner à notre commune un visage humaniste.
« Les Amis de Gikongoro » : Les Caussanels 81500 Saint Lieux Les Lavaur.
A la maison de Saint Lieux le jour de ses obsèques
Un an après son décès, il n’était plus possible de continuer l’engagement qui était le sien, faute de contacts directs avec ceux qui sans doute continuent au Rwanda à faire pousser quelques unes des graines qu’elle a semées.
C’est cela la mort aussi – accepter que les choses ne se déroulent pas nécessairement comme on l’avait espéré, et croire pourtant à l’avenir, faire confiance sans voir encore ceux qui feront pousser quelques unes des graines que Madeleine et d’autres comme elle ont contribué à semer.
Les juifs ont inventé le titre de Justes des Nations pour ceux qui les ont défendus parce qu’ils étaient des êtres humains.
Nous reconnaissons que ce titre convient à Madeleine, et nous croyons volontiers que Dieu lui même l’a déclarée Juste et la faite entrer dans ce que la Bible appelle l’assemblée des justes.
A la maison de Saint Lieux en 2013
A nous aussi d’être des justes et de trouver des amis qui nous estiment à cause de cela, et nous aident dans ce que nous entreprenons.
L’espérance n’est pourtant pas morte : un religieux de la province du Congo proche du Rwanda souffrant elle aussi de la guerre, le Père RIGOBERT, est venu nous dire comment les chrétiens là aussi cherchent à s’adapter pour survivre et être aussi à la hauteur de leur foi.
Une autre association, avec des moyens encore plus modestes que les nôtres, Le Futur Génie, originaire aussi de Gikongoro, nous a présenté aussi ses objectifs : y aurait-il des génies parmi les enfants qui ne peuvent pas suivre les études dans cette région de l’Afrique ?
Cà bouge dans la société et dans nos quartiers. Les évènements parfois violents qui nous préoccupent n’aboutissent pas nécessairement à la méfiance et au découragement. Il arrive que les religions, que l’on accuse tantôt d’être d’un autre âge, tantôt d’être complices de nos difficultés à vivre ensemble paisiblement dans nos quartiers, soient reconnues comme ferment de fraternité et de confiance.
Depuis une trentaine d’années, des croyants ou non croyants se rencontrent dans le quartier d’Empalot, et ils se sont donné le nom plutôt original de GIRLE : Groupe Interreligieux Laïcité d’Empalot.
Quand des croyants et des non croyants, de diverses origines se rencontrent, pourvu que ce soit avec le même désir de se comprendre et d’apporter de la fraternité et de la paix, quelque chose se passe.
Notre GIRLE a voulu prendre en compte une déclaration venant de responsables religieux et de représentants de notre administration territoriale, chargée de la mise en œuvre au quotidien du principe de laïcité, sur le thème de la fraternité. C’était la CHARTE DE LA FRATERNITE, signée par le Ministre de l’Intérieur et 6 responsables religieux régionaux.
Oui, pourvu que nous ayons à cœur de vivre ensemble un certain nombre de valeurs qui sont au fondement de la vie sociale, nous pouvons donner le témoignage de ce que produit cette atmosphère de respect mutuel et de désir d’avancer ensemble.
Au GIRLE, le désir de créer un évènement en commun a avivé la confiance que nous avions entre nous grâce aux nombreuses rencontres que nous faisions depuis longtemps.
Le projet vient à exécution pour le 22 Mars 2016 : une soirée d’animation et de partage à la MJC d’Empalot.
Nous avons pu constater que notre projet est utile, qu’il a été pris au sérieux dans plusieurs écoles du quartier où des questions sur les différences de religion se posent, sans que, souvent, les personnes concernées aient eu le temps de prendre du recul pour affirmer que OUI la vie au quotidien est possible, la diversité de nos religions et de nos options philosophiques peut être déjà une occasion de vivre les nombreuses diversités dans la société. Celles-ci doivent pouvoir être accueillies, à moins que nous ne désirions un avenir d’uniformité que certains ont nommé « la pensée unique ».
Si nous participons en confiance à ce type de rencontre, nous témoignons déjà que la foi au quotidien, quelles que soient les formes qu’elle emploie, représente un noblesse d’esprit certainement en rapport avec la dignité de l’homme.
Peut-on partir sur de meilleures bases pour aller chacun à la rencontre de son Dieu, qui est en réalité le même, même si nous sommes divers.
Les 6 et 13 décembre 2015 auront lieu les élections régionales. Actions de formation et d’apprentissage, alternance, sport, culture, gestion des transports… Les compétences de la région nous concernent particulièrement en tant que jeunes du milieu ouvrier.
Avec le mode du scrutin de ces élections, il suffit d’arriver en tête avec un gros tiers des voix pour s’assurer la majorité absolue des sièges. Mathématiquement, la triangulaire rend le seuil de victoire plus bas. Ce seuil de victoire, des partis d’extrême droite l’ont déjà atteint aux élections européennes ou départementales. Ces triangulaires empêchent des partis de s’allier pour « faire front » contre l’extrême droite, comme ils ont pu le faire lors d’autres élections.
Le parti d’extrême droite qui nous inquiète le plus est le Front National. Il dénonce une société de désordre et il a une volonté d’un nouvel ordre fondé sur un pouvoir autoritaire et policier pour défendre la préférence nationale. Ce parti utilise la peur, le racisme, le sentiment d’insécurité et les souffrances dues au capitalisme.
Le FN ne devrait pas avoir de difficulté à atteindre de nouveau un score de 35%, dans les régions (ou nouvelles régions) suivantes : Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine et Bourgogne-Franche-Comté.
Comment expliquer des scores si élevés ? Il est facile de se reconnaître dans certaines parties du discours des partis d’extrême droite. Ce sont pour la plupart des constats que nous portons : déceptions et manque de confiance en une partie des élus, précarité économique et sociale, concurrence subie…
Par le vote, par des expressions locales, par des actions d’éducation populaire, déconstruisons collectivement les idées propagées par l’extrême droite et réinventons la solidarité !
C’est du côté des réponses proposées que nous nous plaçons en oppositions totalesaux idées d’extrême droite. Les solutions de ces partis portent sur la préférence nationale, l’expulsion des étrangers, la fermeture des frontières, l’islamophobie, la xénophobie, le racisme, l’assignation des femmes à leur rôle de mère, l’homophobie… Les partis d’extrême droite rendent des groupes de personnes, qui ne seraient pas égaux des autres humains, responsables des crises mondiales qui nous bousculent.
Le contexte de précarité grandissante, d’insécurité sociale (notamment chez les jeunes), l’exploitation de la force de millions de travailleurs en France et dans le monde dans des conditions de rémunération et de vie inacceptables ne doit pas mener à la réponse de l’extrême droite : la haine de l’autre pour se protéger soi.
Notre responsabilité est de trouver d’autres réponses, comme s’y attèlent déjà de nombreuses associations, syndicats, chercheurs… « Face aux défis de grande ampleur qu’affrontent le monde du travail et plus largement nos sociétés, il s’agit de réinventer des politiques économiques et sociales qui sortent du cercle régressif de l’austérité, d’éradiquer la misère en faisant progresser l’emploi, de construire des coopérations mutuellement avantageuses avec d’autres continents, d’imposer des normes sociales dans les accords internationaux, de contribuer à la transition écologique pour l’humanité. Ces défis ne pourront être relevés qu’à une condition : que la solidarité l’emporte sur le chacun pour soi et le chacun chez soi. » (En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite, Pierre-Yves Bulteau).
Les premiers visés par les propos de l’extrême droite sont les musulmans. Sous couvert des principes de laïcité, des propos racistes et islamophobes se multiplient dans de plus en plus de sphères politiques. Nous souhaitons rappeler que la laïcité n’a jamais signifié l’éradication des religions, ou de certaines d’entre elles, ni la relégation de leurs expressions dans un espace « privé ». La laïcité garantit le droit des femmes et des hommes à conduire leur existence comme ils l’entendent, quelles que soient leurs situations ou leurs convictions. Selon la Convention européenne des droits de l’homme: « Toute personne a droit à a liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. »
Le vrai combat est celui de l’égale répartition des richesses. Chaque jeune a droit à accéder à l’éducation et au travail dans des conditions dignes. Ce droit ne peut être fondé sur un critère de nationalité ou tout autre critère discriminatoire. « Notre devise, en tant que jociste, est « un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde, car il est Fils de Dieu ». Nous sommes tous égaux et devons tous pouvoir accéder aux mêmes droits.
Localement, la JOC s’est déjà exprimée sur la question, comme la JOC de Lorraine qui tient à rappeler qu’en tant que « chrétiens et ouvriers, nous sommes appelés à la fraternité. Cette fraternité doit nous rendre fiers de partager notre richesse, grâce à des dispositifs de solidarité comme le RSA ou les allocations familiales, afin de protéger les plus petits. Étant tous frères, nous ne pouvons tolérer qu’il y ait des boucs émissaires. »
Nous avons souhaité cette année lancer une dynamique sur le vivre ensemble dans nos quartiers. Le vivre ensemble, c’est reconnaître la richesse de l’autre, frère et sœur en Christ. Nous souhaitons que les actions menées en lien avec cette dynamique permettent à tous d’être pleinement acteur de son quartier afin de pouvoir y vivre dignement.
Par le vote, par des expressions locales, par des actions d’éducation populaire, déconstruisons collectivement les idées propagées par l’extrême droite et réinventons la solidarité !
Un mois et demi après son décès, les amis de Madeleine étaient toujours là, cette fois à Saint Lieux les Lavaur, dans l’église de son village d’adoption, pour prier, fêter la joie d’être ensemble et partager ce que nous avons vécu avec elle. Exilée du Rwanda en 1997, Madeleine avait choisi de vivre dan sa maison de Saint Lieux, où elle recevait les rwandais de passage, animait l’association des Amis de Gikongoro et rédigeait son bulletin de liaison : « Le Tambour de la fraternité ». C’était son part d’attache. Ses voyages fréquents l’ont conduite jusqu’à Arusha en Tanzanie, où elle est allée défendre son ami Dominique devant le Tribunal Pénal International. Plus fréquemment c’était à Paris pour défendre, avec l’association « France Turquoise », des militaires accusés d’avoir aidé le génocide qu’ils étaient venus combattre !
Préparatifs de l’apéritif
Saint Lieux, c’était aussi la maison familiale qu’elle a aidée à faire vivre, favorisant les rencontres entre les générations. C’était aussi la communauté chrétienne en train de s’organiser pour vivre l’entraide avec les communautés du voisinage. Là aussi elle a apporté avec son amitié, son expérience de vie internationale et aussi du travail d’équipe. Il a pourtant fallu se détacher de ce lieu de vie lorsque les accidents de santé l’ont exigé, et s’établir à Toulouse. Il lui restait tout de même de l’énergie pour animer le « Club Humaniste », avec Jo Vidal qui lui laissait en gentleman le mot de la fin. Cette journée du 26 juillet a été une véritable fête familiale de 150 personnes.
apéritif
C’était la joie de nombreuses rencontres qui se prolongeait et le sentiment que les choses ne pouvaient s’arrêter là, ni pour les associations qu’elle animait, ni pour l’esprit de famille qu’elle avait entretenu, ni pour elle qui a vécu dans l’amour et l’attente du Royaume de Dieu dont elle espérait bien avoir semé quelques graines.