Archives pour la catégorie 'mystique'

22-04-2017

Dimanche de la Miséricorde

En présentant les récits évangéliques de la résurrection,  les dimanches après Pâques approfondissent le message de Pâques. Celui du 1° Dimanche après Pâques parle des plaies du Christ en Christ, témoignage d’amour pour les hommes.

Voici mon commentaire de l’Evangile de Jean.

Jean 20, 19-31

christ de Faustine

christ de Faustine 1935

L’Evangile de Saint Jean, en racontant l’ apparition de Jésus au soir de Pâques, puis huit jours après, comme c’est le cas pour nous lorsque nous nous réunissons le dimanche, présente une communauté qui risquerait de se refermer sur elle-même en cultivant le souvenir de Jésus…peut être espérant son retour.

Le témoignage que des femmes venaient de leur faire avait réveillé leur espoir. En attendant, il vaut mieux se cacher et attendre : wait and see. ..

Jésus vient les bousculer – et les délivrer de cette peur :

La Paix soit avec vous !

Il leur montre les blessures de sa passion. Au lieu de s’attrister et de se perdre en remords, ils sont remplis de joie en voyant le Seigneur.

Il y a quelque chose d’étrange dans ce qui se passe en eux :

-            la paix à la place de la peur

-            la joie à la place de la tristesse ou du désespoir.

 

Le sentiment de paix et de joie qui les envahit vient de leur rencontre avec le Seigneur – qui a traversé la souffrance et la mort provoquée par ses ennemis.

Ils osent regarder ces blessures qui ne leur inspirent pas d’abord de la compassion : elles leur paraissent rayonnantes.

Peut être leur est-il revenu ce verset du prophète Isaïe : « c’est par ses blessures que nous sommes guéris » (Isaïe 53, 5)

Il leur montre ses mains et son côté. De ce côté était sorti du sang et de l’eau (Jean 19, 34) quant le soldat l’avait percé de sa lance. Comme si le cœur du Christ était une fontaine où celui qui croit en Jésus peut aller puiser.

Comme les disciples au tombeau le matin : ils voient et ils croient.

Ils voient les blessures mais ils croient à ce que cela peut vouloir dire : ce qui se recueille de la souffrance du Christ sur la croix, c’est la vie nouvelle qu’il nous communique. Voilà ce qu’ils croient.

Le plus étonnant, c’est que ce retournement qui passe de la tristesse et à le la peur, à la paix et la joie de Pâques soit maintenu dans l’Eglise.

Cette première génération n’a cessé de se remémorer les Psaumes et l’ensemble de Écritures Bibliques pour mieux apprécier cette vie nouvelle du Christ ressuscité qui se répand sur le monde.

Le Psaume 118 (117) parle du futur roi David traqué dans la montagne de Judas par le roi Saül qui voulait le supprimer. C’est un scénario qui parle de la persécution d’un homme pourtant béni par Dieu et sauvé par lui. Il se termine par un chant d’action de grâces :

On m’a bousculé pour m’abattre, ce n’était qu’un feu de ronces autour de moi, mais le Seigneur m’est venu en aide : la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, c’est une merveille à nos yeux.

 

Seulement voilà : Thomas, l’un des 12, n’était pas là.

Les autres ont vu et ont cru.

Il sont vu quelque chose de significatif par rapport à ce qui les tourmentaient : la mise à mort de Jésus et avec elle, la perte d’une amitié et de l’espérance qu’ils avaient mise en lui.

Ils ont cru : ce qu’ils voyaient leur suggérait autre chose : la révélation de l’amour de Dieu pour les hommes et l’assainissement qui était promis par l’eau et le sang du Christ qui se répand sur le monde.

Et Thomas conclut : « vous avez vu et vous avez cru, eh bien moi, je n’ai pas vu et je ne crois pas ! »

Cet homme là nous ressemble beaucoup.

 

détail logo miséricorde

détail logo miséricorde

C’est en nous imprégnant de la foi des premiers disciples que nous pouvons nous guérir de notre incroyance.

 

La communauté chrétienne cherche à répondre à l’invitation du Christ en se réunissant chaque semaine. Non pour nous enfermer, mais pour nous imprégner de sa vie toujours nouvelle, trouver le courage de sortir pour la répandre et l’accueillir ailleurs, en rencontrant nos frères et sœurs en humanité avec un regard qui comprend et qui aime.

 

 

 

Posté par Pierre Raffin dans mystique, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »

02-08-2016

La mort d’un prêtre

Saint Etienne du Rouvray

à Saint Etienne du Rouvray

Une belle église gothique, un prêtre âgé et quelques vielles personnes qui continuent leur mission de prière, comme des lampes qui, dans l’obscurité de l’église, persistent à entretenir leur petite lueur.

Il fallait deux terroristes déboussolés venues s’acharner sur ces vielles personnes pour que tout le monde s’aperçoive que la prière existe, que même modeste, elle a peut être un sens.

La prière en continu, dont certains chrétiens donnent l’exemple, est regardée souvent  comme une habitude passée de mode, mais l’évènement si scandaleux, lâche et atroce vient tout à coup rendre sympathiques ces gens qu’habituellement on oubliait.

On a vu des inconnus déposer leurs  fleurs, leurs bougies, leurs poèmes et leurs larmes devant l’image du Père Jacques : c’était leur prière…

Quand le mal est fait, il reste encore cela : un sentiment d’injustice, d’amitié, de compassion, une protestation pour dire qu’il y a quelque chose à faire, que tout n’est pas fini, du moins si nous le voulons bien.

Jésus a aimé ces gestes spontanés qui montrent que la foi, que l’on croyait éteinte ou inexistante, est enracinée au fond de nous-mêmes et peut nous surprendre.

rencontre à la maison

rencontre à la maison

En s’informant un peu on apprend quel était ce vieux prêtre, qui n’était pas si vieux, tant il était attentif à la vie des gens, heureux même d’avoir vieilli car cela lui donnait le temps de s’intéresser à tout ce que d’autres ne prennent même pas la peine de regarder : parce ce que  « l’on n’y peut rien », par ce qu’ « on ne peut pas soulager toute la misère du monde ».

Il aurait répondu : « Bien sûr, mais on peut toujours commencer à faire quelque chose! »

Un homme de plus de 80 ans peut vous apprendre encore la jeunesse du cœur !

Et voilà que celui qui s’était effondré dans une flaque de sang, victime de la guerre du terrorisme, redevient vivant à nos yeux et nous interpelle même. On entend le message, même si l’on n’ose pas trop y croire.

Dans ce moment si émouvant, des chrétiens ont voulu réinterroger leur foi et aussi la partager. On retrouvait ainsi comment, d’après la Bible, des attitudes toutes simples de don de soi et de fraternité peuvent devenir des actes de martyre, des témoignages poussés jusqu’à la limite de sa propre existence.

C’est ce qu’écrivaient des juifs persécutés autrefois à Alexandrie peu de temps avant la naissance de Jésus :

Le-père-Jacques-Hamel-est-mort-696x435« La vie des hommes justes est dans la main de Dieu

Aucun tourment n’a de prise sur eux.

Leur départ de ce monde a passé pour un malheur, on les croyait anéantis…

Aux yeux des hommes ils subissaient un châtiment,

Mais par leur espérance ils avaient déjà l’immortalité…

Car Dieu les a mis à l’épreuve et les a reconnus dignes de lui.

Comme on passe l’or au feu du creuset il a éprouvé leur valeur

Commun sacrifice offert sans réserve, il les a accueillis » (Livre de la Sagesse ch 2 et 3)

 

L’image d’Epinal du vieux prêtre célébrant la messe avec quelques fidèles a été soudain décapée par la cruauté de l’histoire.

L’angoisse sournoise que provoquait le terrorisme a soudain été relayée par un sursaut de dignité.

La mort d’un prêtre dans mystique

dimanche 31 JUILLET 2016 cathédrale d’Orléans
Les fidèles présents, musulmans et catholiques, ont salué ce rassemblement hautement symbolique et fraternel.
Nous condamnons toute forme de maltraitance, d’assassinat, d’agression, de meurtre, ou d’attaque terroriste. L’Islam est une religion de paix.

Pour combien de temps ? Le temps que d’autres se ressaisissent et entre dans cette nouvelle confiance que donnent les vrais témoins – qui s’étonnent eux-mêmes d’être relayés par un peuple de croyants.

 

Posté par Pierre Raffin dans mystique, Témoignage, Vie d'Eglise | 1 Commentaire »

24-10-2014

Teilhard de Chardin à Montauban

Teilhard de Chardin

Teilhard de Chardin

Les Montalbanais viennent d’achever une superbe semaine culturelle en l’honneur de Teilhard de Chardin.

1914 : Teilhard vient de terminer une thèse de paléontologie sur les Phosphorites du Quercy.

Ce jésuite de 33 ans est  passionné par la recherche et habité par le désir de faire croiser sa vie et l’intuition de la foi chrétienne, âprement débattue en ce début de XX° siècle.

C’est l’époque de Péguy et de Bergson : ces deux hommes ont eu à souffrir des prétentions des philosophes et des scientifiques du XIX ° siècle, tellement investis dans leurs méthodes minutieuses qu’ils ne prenaient plus attention à l’air qu’ils respiraient. Péguy et Bergson ont parlé de l’intuition : ce qui le moment venu, s’impose à nous avec force, en vous laissant le soin de retrouver les chemins qui vous y ont conduits et peut être commencer à le justifier.

Accès au Cloup d'Aural

Accès au Cloup d’Aural

Le Teilhard de 1914 est un géologue confirmé, intrigué par les phosphates exploités depuis 50 ans dans les grottes du Quercy. Des tranchées béantes  creusées naturellement dans le calcaire ont, pendant des millions d’années, servi de piège aux animaux géants de la savane qu’était à l’époque notre région !  Leurs os accumulés ont donné des milliers de tonnes de phosphates qui ont renouvelé l’agriculture.

Au milieu de ces ossements d’animaux, Teilhard découvre au Cloup d’Aural, à 40 km de Montauban, le crâne d’un lémurien – singe préhistorique dont la forme de crâne annonce déjà nos lointains ancêtres.

 

Teilhard est ensuite mobilisé et envoyé « au Front » comme infirmier brancardier.

Son esprit de chercheur scientifique ne le quitte pas : il veut « tout voir, tout comprendre, tout associer pour comprendre. »

Les tranchées où les corps tombent pelle mêle lui rappellent les boyaux des grottes du Quercy :

Le fond de la phosphatière

Le fond de la phosphatière

Vers la grotte aux focilles

Vers la grotte aux fossiles

« J’ai songé, alors, à ces cataclysmes d’une prodigieuse grandeur qui n’ont eu jadis que des animaux comme témoins. Et il me semblait que j’étais devant cette Chose en train de se faire , pareil à une bête dont l’âme s’éveille, et qui perçoit des groupes de réalités connexes, sans pouvoir saisir le lien de ce qu’elles représentent » (Ecrits du temps de guerre p 214).

Tandis que les cataclysmes se passent, une évolution est aussi en marche. Mais quelque chose se produit à l’intérieur ce ceux qui la vivent.

Il prétend que cette expérience de survie ne lui est pas particulière : des hommes ont survécu à cet enfer.  Dans ces instants  ils étaient parvenus à la limite d’eux-mêmes. Les conventions qui guident la vie ordinaire étaient relativisées. Ils ressentaient en eux une force tournée vers l’Avenir. Teilhard croyait lire cette intensité sur le regard des mourants.

 

crâne de lémurien

crâne de lémurien

La conférence de la paléontologue Anne Dambricourt à la Maison de la Culture de Montauban a indiqué la suite de la recherche de Teilhard : « Des Tarsiers de Montauban aux Homo Erectus de Chine : l’apport de Pierre Teilhard de Chardin à la compréhension de nos origines». La longue histoire de l’hominisation est aussi celle de chaque être humain : dès le temps de l’embryon, il commence son aventure d’Homo Erectus, d’homme debout grâce au développement du cervelet !

Le génie de Teilhard est de trouver des chaînons qui doivent relier les extrêmes : la sensation d’être un atome perdu dans l’univers qui lui-même a son chemin et la conscience d’être un individu ayant son pouvoir de décision, l’évolution millénaire de la race humaine et le chemin étonnant du fétus humain dans le sein de sa mère, la foi appelée par un Etre qui parmi tant de précarités trouve le chemin d’une rencontre personnelle.

Toute sa vie, Teilhard à cherché à donner un nom à cette Présence qui s’imposait à lui et aussi se transforme en s’approchant de l’humanité. Cette Présence qui vient vers nous ne saurait être que le Christ, Dieu fait Homme, en prenant soin de recueillir et de faire mûrir ce qu’est devenu cet Homme avec son expérience millénaire.

Thierry Pélissié Géologue, promoteur du site et de la semaine culturelle Teilhard de Chardin à Montauban

Thierry Pélissié
Géologue, promoteur du site du Cloup d’Aural et de la semaine culturelle Teilhard de Chardin à Montauban

Un grand merci à deux de mes paroissiens anciens et nouveaux, Thierry Pelissié et Jean Marc Moschetta d’avoir pris une part active dans l’animation de cette semaine culturelle.

Jean Marc Moschetta, scientifique et théologien lors de sa soutenance de thèse à Louvain

Jean Marc Moschetta, à gauche, scientifique et théologien après sa soutenance de thèse à Louvain

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19-07-2014

En Bourgogne sur les Chemins de Saint Jacques

Robinson D'Auxerre

Robinson D’Auxerre

Ma nièce-Agnès habite la Bourgogne. On est fier là bas d’être bourguignon, à cause du bon vin, bien sûr, et aussi à cause des nombreuses traces des Pèlerins de Compostelle.

Jugez donc : la 2° Croisade est partie de Vézelay en 1092, modeste village qui compte aujourd’hui quelques 500 habitants mais qui a rassemblé des milliers de pèlerins.

Avant la croisade, ils avaient construit une incroyable basilique : chaque chapiteau représente et interprète un épisode de la Bible. La Création, le Ciel, l’Enfer, présentés avec tant d’humanité qu’on ne peut plus qualifier toutes ces croyances de niaiseries… dès que l’on a seulement pénétré dans le vestibule de la Basilique.

Bas relief Cathédrale d'Auxerre : le récit bibllique de la Tentation

Bas relief Cathédrale d’Auxerre : le récit bibllique de la Tentation

 

Agnès m’avait donc invité à visiter son coin de Bourgogne à pied, en suivant les Chemins Saint Jacques. Les jeunes enfants à la maison, l’année scolaire pas tout à fait terminée ne lui ont pas permis de m’accompagner. J’ai donc cheminé seul sur les sentiers de Bourgogne.

Pas tout à fait car lorsque l’on marche longuement dans la campagne, les pensées viennent peu à peu : c’est la mémoire qui voyage avec vous.

 

J’avais donc en tête la spiritualité des pèlerins qui, à travers leurs œuvres d’art nous ont laissé entendre comment leur foi était structurée ou comment elle était parvenue à se structurer.

Saint Fiacre, patron des jardiniers

Saint Fiacre, patron des jardiniers

Chacun s’était décidé à ce voyage à partir d’un évènement de sa vie, tel le vieux patriarche mis en scène par Paul Claudel dans l’Annonce faite à Marie : il s’en va parce que le pays est meurtri par la guerre de Cent Ans, parce que la foi vivante qui avait inspiré la Chrétienté s’était enlisée dans la routine d’une vie sans perspective.

Après avoir fêté 50 ans de service comme prêtre dans le monde et dans l’église, je ne manquais pas de motivations pour marcher, encouragé par des traits oubliés de la mémoire chrétienne que l’expérience de la marche fait remonter à la surface.

Marcher, monter le sentier d’une colline, puis d’une autre, quand les jambes du vieux pèlerin ont de la peine à suivre… On trouve sa motivation en pensant à la longue marche des hommes, dure, faite d’aller et retours, de souffrances et d’échecs inexpliqués, de défaillance.

Village de Bourgagne au détour d'un sentier

Village de Bourgagne au détour d’un sentier

Puis vous apercevez à perte de vue la moisson déjà bien avancée, le champ immense du monde avec ses innombrables ouvriers, ses graines semées à l’infini.

Qu’en est-il de notre peine à chacun de nous ? L’histoire se reproduit comme la moisson à chaque génération, avec des manières différentes d’habiter le monde.

 Il y a un maître de la moisson… Peu à peu, arrivent les images de l’Evangile qui parlent de ce maître de la moisson et aussi de tant de choses qui nous inquiètent : l’ivraie mélangée au bon grain qui entache la surface des épis. Sur les bords du chemin, les machines ont froissé quelques épis, les vergers ont laissé quelques fruits que le voyageur peut recueillir avec reconnaissance. Jésus ‘avait-il pas promis qu’il se changerait de nourrir ceux qui marcheraient à sa suite ?

J’ai vite compris que ce pèlerinage après une fête était un devoir pour moi. Une manière d’accompagner tous ceux que j’ai croisés sur la route, dans un chemin de foi qui est aussi le mien.

En marchant dens les côteaux

En marchant dens les côteaux

Sur la route, vous rencontrez toujours quelqu’un : des ouvriers dans la vigne, des chercheurs de champignons, des bonnes dames qui vont aux commissions, ou tout simplement la famille de ma nièce et son entourage qui venaient me récupérer le soir après la marche.

Eux aussi avancent dans la vie avec leurs goûts, leurs questions, leur quête de bonheur… et  les perles qu’ils recueillent lorsqu’ils élèvent leurs enfants et s’intéressent à ceux des autres.

 

 

Halte à l'église de Champ sur Yonne

Halte à l’église de Champ sur Yonne

J’ai plongé dans cet univers pendant quatre jours. Il faut maintenant reprendre une autre route, celle de la vie quotidienne. Elle rencontrera sans doute moins de poésie. Il y aura pourtant des souvenirs que l’on garde au cœur  et qui vous motivent pour partager l’espérance avec ceux qui ont peine à la trouver.

Un prédécesseur : l'abbé Parat, découvreur du site préhistorique et galloromain de Cora

Un prédécesseur : l’abbé Parat, découvreur du site préhistorique et galloromain de Cora

 

Agnès, Rémi, Robinson et Jeanne : tribu gauloise des environs d'Auxerre

Agnès, Rémi, Robinson et Jeanne : tribu gauloise des environs d’Auxerre

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11-05-2014

Vivre son âge avec les herbes de Provence

 

Maison de sessions à La Baume

Maison de sessions à La Baume

Avec quelques prêtres de ma génération, nous avons été invités à une session pour faire le point sur notre âge, notre passage à la retraite, nos convictions au moment où des accidents de parcours peuvent survenir : çà n’arrive pas qu’aux autres !

Le programme était très original car il se voulait un temps de réflexion chrétienne à propose de cet âge de la vie, bien ancré sur une formation plus profane concernant la situation administrative des retraités et aussi l’évolution physiologique et psychologique que nous devons prendre en compte afin de vivre ce temps le mieux possible. Le tout aux environs d’Aix en Provence, patrie de Cézanne.

Nous nous sommes aidés mutuellement à nous mettre face à nous-mêmes pour regarder avec lucidité et spontanéité une période de la vie qui a ses charmes et aussi ses préoccupations.

Chapelle de verdure

Chapelle de verdure

On passait avec aisance d’une conférence biblique au topo d’un médecin spécialiste en gériatrie qui a réussi à nous faire apercevoir que malgré les apparences, nous étions tout de même marqués de quelques signes de vieillissement et surtout que nous pouvions nous aider à les contourner.

Il m’a semblé que nous avions beaucoup de chance en participant à de pareils échanges.

Une équipe compétente à notre service, un cadre beau et confortable. C’est merveilleux de se promener en cette saison sur les sentiers de Provence.

J’ai pensé aussi que si nous étions des privilégiés, c’était sans doute pour en faire profiter d’autres, être prêts à les écouter et les encourager.

Nous avons eu le temps de cette pause. Il faut beaucoup de confiance et de générosité pour en profiter et faire profiter d’autres des possibilités que nous offre cet âge de la vie.

Nous le valons bien !

Cloître d'Aix

Cloître d’Aix

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20-03-2014

Nous n’avons pas eu le courage de faire la Fête…

Certains de mes correspondants me disent qu’ils aiment bien ma manière d’être présent dans la vie : avec conviction, certes, mais aussi en respectant le pénible cheminement des uns et des autres, en ne cachant pas non plus mes propres perplexités.

Mais ils ajoutent : « J’ai peur que vous ne soyez pas très nombreux à agir comme cela dans l’Eglise » !

Pope Francis blows a candle on a cake during an audience with children assisted by volunteers of Santa Marta institute in Paul VI hall at the VaticanEn lisant la dernière lettre du pape François : « La joie de l’Evangile », je m’aperçois que je ne suis pas seul ! J’ai lu cette lettre avec plaisir et étonnement, car elle émane d’un esprit libre, invitant les chrétiens à se laisser bousculer par la nouveauté d’un message qu’ils ont parfois laissé recouvrir de pieuses conventions, et à se laisser aussi interpeller  par les solidarités qui au jour le jour se présentent à nous.

J’ai commencé ce blog   avec le désir de m’expliquer avec ceux pour qui j’ai de la sympathie et qui pourtant résistent au témoignage d’espoir et d’amour que ma situation de chrétien m’invite à leur transmettre.

Il me semble que cette lettre fait droit à tous ceux qui sont pleins de générosité  et ne peuvent pourtant donner leur adhésion  à ce message à cause de toutes les déceptions qui les ont marqués parfois profondément.

Nous avons lu hier la lettre du pape avec un groupe de chrétiens. Une seule phrase pour en donner la tonalité : « Nous croyons à l’Evangile qui dit que le Royaume de Dieu est déjà présent dans le monde… il vit de nouveau, il combat pour refleurir… La Résurrection du Christ produit partout les germes de ce monde nouveau ; et même s’ils venaient à être taillés, ils poussent de nouveau car la Résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’Espérance vivante » (n° 278)

Voici une lettre reçue pour l’anniversaire de mon ordination :

Pierre,

Tu en as des questions…Heurtebise

Je ne suis pas sure de répondre vraiment à la question que tu poses, et c’est pour cela que je réponds au dernier moment (mille excuses) mais voici ce qui me vient à l’esprit…

Je suis venu à la JOC par mon père qui en avait fait pendant la guerre et parce qu’un Jociste algérien responsable JOC, mais non croyant…, à Paris m’a interpellée à la sortie d’une messe. Les 2 évènements m’ont donné envie d’y goûter.

Le prêtre de la Mission de France qui s’en occupait, Roger, nous a aussi mariés avec une démarche ou nous nous sommes reconnus (Jo est non croyant). A cette époque j’ai avec ce même prêtre participé à un genre de foyer avec des employées de maison dans le 16ef« é arrondissement et à des rencontres jeunes foyers.

Encore aujourd’hui, 30 ans après sa mort, Roger est un appui pour moi, et quand je suis un peu perdue, je me demande ce qu’il me dirait s’il était devant moi.

Plus tard, j’ai fait de l’ACE avec ma fille qui était à l’époque en demande, car pour moi la catéchèse seule me semblait insuffisante, et heureusement qu’il y avait des prêtres pour nous guider …Ma fille aujourd’hui n’est pas croyante, mais dans son métier lié à l’éducation, elle utilise l’ACE car cela a contribué a ce qu’elle est aujourd’hui et a participé à sa  construction.

11 y a eu aussi l’ACO, le Rwanda, nos discussions, les sorties au cinéma.

Pour finir, car l’écriture ce n’est pas mon fort, l’image de ton invitation m’évoque ta personne.

Je te vois le nez au vent, dans la course de la vie du temps présent, au milieu de ceux qui font.

Bonne fête pour ces 50 ans, cela nous donne l’occasion de réfléchir un peu et de revoir des amis.

Nous venons de faire nos 40 ans de mariage, mais n’avons pas eu le courage de faire la fête. Bien amicalement, Corinne.

Pierre,

Comme Corine, j’ai du mal à répondre à ta question.

En effet, pour moi, il est difficile de faire la part entre l’ami, le militant et le prêtre.

Ce que je peux dire c’est que le prêtre que tu es a toujours accepté de discuter avec le « mécréant » que je suis sans aucune discrimination.

Je me souviens aussi de l’appui que tu as apporté, en tant que prêtre, à une association dont je m’occupe, L’UNAFAM, en nous aidant à organiser un concert de soutien dans une église.

Bien amicalement, Jo

Nous n’avons pas eu le courage de faire la Fête… dans Action Catholique vierge-annonciation-xv-224x300

Vierge Annonciation XV° siècle

Ces mots d’amitié laissent percer une grande souffrance. Je la porte avec eux. Le pape poursuit : « Dans ce pèlerinage d’évangélisation, il y aura des moments d’aridité et d’enfouissement et même de fatigue, comme l’a vécu Marie durant les années de Nazareth »… L’Eglise nous a apprend à porter avec d’autres certaines peines de cœur afin de s’ouvrir avec eux à l’Espérance que donne Jésus Christ

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13-03-2014

Les Béguines de Sainte Marie des Anges

 

Le 8 Mars, la Journée de la Femme a oublié Marguerite PORETE, brûlée vive en 1310 pour avoir écrit ces mots :

 

Vertus, je prends congé de vous

pour toujours

J’en aurai le coeur plus libre

et plus gai

Votre service est trop constant

je le sais

.J’ai mis un temps mon coeur en vous

Sans rien me réserver

Vous savez que j’étais à vous,

tout entière abandonnée

J’étais alors votre esclave,

           j’en suis maintenant délivrée

4859C06F

 

 

Tout le monde savait que cette noble dame avait une vie pourtant très austère. Elle appartenait à un mouvement religieux laïc du Moyen Age qui prétendait vivre la recherche de Dieu sans s’embarrasser de l’autorité d’un supérieur religieux. On les appelait les Béguines.

On a brûlé en même temps son livre : « Le miroir des âmes simples et anéanties » où l’on trouve ce poème. Elle dit qu’elle ne peut se satisfaire de la bonne réputation que ses vertus pourraient lui prêter mais qu’elle veut plutôt se donner à la rencontre du pur amour en la personne de Jésus Christ.

« Sire Amour aime et aimera en moi »

Ces Béguines étaient probablement là au moment de la construction de l’église Sainte Marie des Anges au XV° siècle. Elles se délectaient de la Parole de Dieu que l’on pouvait maintenant livre seul dans un livre. La plus riche avait offert une représentation de Marie accueillant l’annonce de l’ange tandis qu’elle lisait le livre de la Bible…

SMA Marie Annonciation

Des dignes descendantes de ces Béguines se réunissent tous les moi s pour livre l’Evangile dans un groupe qu’elles appellent Partage en Chemin.

En méditant le Notre Père à l’envers, elle s’aperçoivent  que Jésus passe de la recherche du pain à celle de la Parole. Qu’il veut nous libérer du mal, des mensonges qui nous sont proposés, pour vivre une autre expérience de liberté : « « je vis en dé-consommation totale pour partager ensuite ce que je ne dépense pas, m’ouvrir aux autres »…

Les tentations que le monde propose sont aussi une chance, elle sont une « épreuve sportive », où « l’on apprend à faire beaucoup de deuils, à vivre joyeusement avec Jésus ». C’est ainsi qu’elles envisagent leur Carême qui et une marche vers Pâques : un temps pris ensemble  ouvert sur des fêtes qui ont un sens si l’on croit en Dieu…

Posté par Pierre Raffin dans mystique, Patrimoine artistique | 2 Commentaires »

09-01-2014

Angèle

Eglise Saint Amant Soult

Eglise Saint Amant Soult

Nous avons accompagné Angèle, une amie de 40 ans, au cimetière de Saint Amant Soult. Elle était membre d’un groupe de personnes qui souhaitaient vivre leur vie comme une consécration à Dieu en Jésus Christ…

Aussi loin qu’on remonte dans la tradition chrétienne, on trouve des exemples de cette sorte d’amour fou qui peut amener des personnes à s’investir dans une priorité donnée à l’amour du Christ qui prend la forme d’une passion.

Angèle,lors de sa jeunesse avait trouvé dans la JOC une école où l’on fait l’apprentissage des responsabilités, dans le concret d’une vie à transformer en vue d’un bonheur pour tous, dans le sillage de Jésus, de son amour pour les gens, de sa manière de former des disciples en leur apprenant à ne rien garder pour eux-mêmes mais à se tourner plutôt vers notre Père commun qui nous aime et qui nous attire vers Lui.

Le groupe, qui porte le nom de Travailleuses Chrétiennes, a le souci de vivre cette consécration au plus près de la vie du Monde Ouvrier. Comme d’autres membres de son groupe, Angèle a pris des responsabilités dans le monde syndical car elle y trouvait un moyen de rechercher et de mettre en œuvre la promotion collective du monde ouvrier.

Nous apprenons de ces militants que l’amélioration des conditions de vie n’est pas nécessairement la recherche d’un bien être personnel, mais plutôt un chemin où l’on apprend à rencontrer les autres, avancer avec eux, vouloir ensemble un dépassement.

Le chemin d’Angèle a brusquement bifurqué il y a 30 ans à la suite d’un accident de voiture, avec des mois de coma, qui l’a laissée gravement handicapée.

Avec ses amies, nous l’avons accompagnée dans la logique de ses choix de vie. Elle est restée longtemps déléguée des résidents de la maison de retraite où elle était entrée jeune, toujours avec le souci du collectif, qui était la marque de sa personnalité. Elle associait sa lutte pour vivre et faire vivre à son amour pour Jésus Christ qui nous a montré le Chemin et la Vie.

Il nous est donné dans notre vie de prêtre d’accompagner certaines de ces personnes que l’on peut qualifier de mystiques : des gens qui s’investissent à corps perdu sur un chemin qui les attire vers plus grand qu’eux-mêmes. A charge pour nous de rester à leur service, en gardant la conscience forte d’être nous-mêmes des compagnons sur cette route de vérité vis-à-vis de nous-mêmes et de vie.

Aujourd’hui, nous pouvons te redire :

« Ce que tu as donné en d’autre fleurira

Celui qui perd sa vie un jour la trouvera »

travailleuses-chretiennes.blog50.com

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