Archives pour la catégorie 'Migrations – International – Rwanda'

10-06-2021

Grâce à Macron, le Rwanda est redevenu le pays des Droits de l’Homme

OIP

 

La visite du Président Macron au Rwanda en Mai dernier, était savamment préparée par une commission d’historiens qui concluaient à un grave aveuglement de la politique française qui aurait favorisé le développement du génocide de 1994.

Aujourd’hui comme hier, il n’a pas été possible de faire entendre d’autres voix. Les témoignages sont pourtant accablants sur la manière dont le FPR a mené la guerre, au Rwanda d’abord, au Congo ensuite.

Madeleine avait publié en 2012 un long témoignage qui n’a pas trouvé d’écho. Au moment du 6° anniversaire de sa mort, je crois utile de citer le passage qui raconte les circonstances de son exclusion en 1997 ainsi que la conclusion qu’elle donne à son témoignage.              Pierre RAFFIN

(Le moment de l’expulsion)

Devant le ton de l’entretien (à l’Office rwandais de l’immigration, je demandais à ce qu’on m’accorde un visa d’un an si on devait ne pas renouveler le visa définitif. Il me fut répondu qu’il n’était absolument pas question de me refuser le visa. Quinze jours plus tard, on me remettait un avis d’expulsion, en tant qu’individu « indésirable, qui sème la division au sein de la Caritas qu’elle dirige, et prêche le négationnisme ». J’avais obligation de partir par le premier avion, le lendemain. Cette lettre avait été signée le 15 février, le lendemain de mon interrogatoire. Il en était de même pour MT Demange qui dut partir avec le même avion, tandis que le Père Blanc a pu rester à Gikongoro.

Je me rendis alors à l’Ambassade de France puis à la Nonciature Apostolique pour demander un appui. L’Ambassadeur, accompagné du Nonce se sont rendus au Ministère de l’Intérieur, pour demander des explications, il leur fut répondu que j’avais un dossier si important qu’il n’était pas question de revenir sur la décision. L’Ambassadeur faisant remarquer au ministre qu’il était dommage que je ne puisse pas consulter ce dossier, ne reçut aucune réponse. Je devais donc m’exécuter et l’avion partait le lendemain dans l’après midi.

Je me souviens très bien de mon dernier retour à Gikongoro, à la tombée de la nuit. Contemplant le spectacle de notre colline au coucher du soleil, je compris combien j’étais attachée à ce coin d’Afrique où je laissais tant de souvenirs et que je ne reverrai sans doute jamais. Les adieux furent rapides et émouvants, on nu parlait pas beaucoup, des militaires suivaient de loin mes agissements, mais je n’ai pas été inquiétée.

A l’aéroport, une voie spéciale m’était réservée, mais je n’ai été ni malmenée, ni menacée. Les militaires voulaient seulement s’assurer de mon départ. J’étais accompagnée d’un prêtre de mes anciens élèves qui résidaient à Kigali et du nouvel économe diocésain de Gikongoro. Ils eussent été plus nombreux à m’accompagner dans cette épreuve, ils auraient risqué leur sécurité• (p162)

Conclusion

Au terme de ce long témoignage, réalisé 15 ans après mon retour, dans lequel j’ai voulu retracer ce que j’ai connu de meilleur et de pire. Mon regard sur le Rwanda et les Rwandais a-t-il changé ? Je ne le crois pas.

S’il m’était donné de fouler à nouveau le sol rwandais pour quelques jours – ce qui dans l’immédiat me paraît impossible – ce serait pour y voir combien souffre la grande majorité de ce peuple lorsque les Droits de l’Homme ne sont pas respectés. Il me suffit de penser à l’habitat, l’agriculture, chacun ne vit pas selon la coutume, reçue de ses ancêtres mais améliorée, il doit vivre selon les ordres venus d’en haut.

Le Rwandais est particulièrement attaché à son pays. J’avais pu mesurer cet amour du pays déjà lorsque, dans les années 1974, je me rendais à Bujumbura, visiter joseph Niyomugabo, qui, ayant dû fuir Kansi, enseignait au Petit Séminaire de Kanyosha, près de Bujumbura. Mais, j’en profitais pour aller saluer des familles d’amis tutsis, réfugiés dans les faubourgs de Bujumbura. J’ai ainsi plusieurs fois visité un ancien Chef de la région de Kibeho – j’ai oublié son nom – qui me recevait toujours comme les Rwandais savent le faire, mais avec cette particularité QUE JE VENAIS DE SON PAYS… Et dans le quartier, une voiture immatriculée au Rwanda ne pouvait passer inaperçue. J’ai un peu compris ce qu’était la nostalgie.

Aujourd’hui d’autres réfugiés ont trouvé leur place, ou la cherchent toujours, un peu partout dans le monde. Eux aussi n’ont rien oublié de leur pays, et cet amour et le respect de leurs racines, ils tentent de le transmettre à leurs enfants. Ils ont laissé une maison, des parents, des frères. Ils n’oublient pas.

Au Rwanda, rien n’est revenu comme avant, et pourtant les Rwandais de l’intérieur comme ceux qui vivent en exil, tous rêvent à un pays pacifié, un pays enfin réconcilié… Et l’on a le droit de croire que l’espérance aura le dernier mot.

Au jour des obsèques. Au jardin de Saint Lieux

Jour des obsèques. Au jardin de Saint Lieux

Les valeurs traditionnelles que j’ai tant appréciées au Rwanda, celles de la solidarité dans la famille élargie, de la fraternité, le sens de l’accueil ont été remplacées par la loi du plus fort, la soif des richesses – surtout venues du Congo voisin – la terre n’appartient plus au paysan… Mais ce n’est pas pour toujours. Bien des familles réfugiées qui ont trouvé une place chez nous, n’ont rien oublié, elles qui se privent pour soutenir la famille restée là-bas. Ces grandes valeurs traditionnelles sont un chemin d’avenir et l’on est en droit d’espérer que demain sera meilleur qu’aujourd’hui et que le Rwanda redeviendra un jour, le Rwanda.

Il faudra que les membres influents de la Communauté Internationale acceptent de dénoncer le mal, de dire que les rwandais ont des droits – cela s’appelle les Droits de l’Homme -. Spolier une famille de la terre qui la fait vivre est mal, de même que détruire sa maison.

Il y faudra surtout une vraie réconciliation entre Rwandais qui aiment leur pays et ses valeurs et qui souhaitent revivre ensemble, tous sur une base d’égalité. Des chemins sont ouverts dans les divers mouvements qui militent pour la vérité, la justice et la réconciliation. Les voix sont là, il leur reste à s’accorder et à être crédibles.

Mon dernier mot à mes amis rwandais est un immense merci à tous ceux qui m’ont accueillie et fait confiance et ils sont légion !

Un jour, j’ai vécu l’exclusion qui m’a valu de quitter le pays, et je connais certains « amis » qui y ont pris quelque part. Je veux qu’ils sachent que je leur ai depuis longtemps pardonné, car le pardon est la condition de la vie.

Le livre où elle raconte son témoignage Ed Source du Nil

Le livre où elle raconte son témoignage Ed Source du Nil

Mais je veux surtout remercier tous ceux – et ils sont nombreux – qui ont contribué à ce parcours peu ordinaire. J’ai vécu pendant plus de 25 ans avec le salaire d’un professeur rwandais débutant.
J’ai pu parcourir les routes, participer au développement en montant quelques projets. Ils sont Rwandais, mais également, Français, Belges, Suisses, Allemands… connus depuis longtemps ou au fil des rencontres, à qui je dois de dire : rien n’eut été possible sans eux. Ensemble nous avons participé au développement au service de ce courageux peuple. (pages 281-182)

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22-05-2021

Avec les coyants de Gaza

Le vent de l’Esprit sur notre temps SErmon de Pentecôte

Actes des Ap 2,1-11

Jean 15, 26-27, 16, 12-15

 

apôtres pentecôte L’image grandiose des langues de feu, au milieu d’un vent violent, venant se poser au-dessus des chacun des apôtres, est une sorte de préface au Livre des Actes des Apôtres. Saint Luc a écrit son ouvrage en deux tomes : l’Evangile, qui renferme les actes du Christ et les Actes des Apôtres qui relatent ce que les disciples ont fait à sa suite.

Les images de vent et de feu veulent évoquer l’histoire de la mission des croyants confiée par Jésus aux disciples au moment où il est quitte. Il leur avait  promis : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles »

Jésus envoie son Esprit qui sera leur Défenseur : celui qui les défend et les consoles à la manière du vent, qui peut-être la légère brise du matin comme le tourbillon qui vous emporte dans l’insécurité totale.

L’Esprit de Dieu nous apprend aujourd’hui à garder confiance alors que nous sommes emportés par des événements que nous ne maîtrisons pas. Nous pensons tous évidemment à la pandémie qui a réveillé dans le monde le sentiment de l’insécurité et de la fragilité pour nous-mêmes et pour tous les hommes.

Nous pensons aux guerres, à celle de la Palestine qui vient de s’interrompre grâce peut-être à de multiples interventions humaines, qui nous donnent l’espoir qu’il y a toujours des solutions possibles entre nos mains.

L’Esprit de Dieu est aussi à chercher dans la brise légère :

« Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va » ! (Jean 3, 8). J’ai eu le privilège hier, grâce à un ami palestinien, d’être en communication avec sa famille à Gaza. On se présentait chacun à son tour comme on le fait sur WhatsApp et ils me disaient tous : « La guerre est finie » ! J’ai essayé de leur dire des paroles d’encouragement et ils me disent c’est tous : « merci merci »,  comme si nous avions été pour quelque chose dans ce résultat inespéré.

Peut-être avaient-ils conscience que le soutien que les Palestiniens ont pu recevoir dans le monde a été pour quelque chose dans l’aboutissement des tractations internationales qui ont imposé ce cesser le feu.

Ils ne se trompent pas : ce sont des croyants musulmans qui savent la force de la prière. C’est ce que dit la prière de la Messe pour la Réconciliation :

« C’est à toi que nous le devons lorsque le désir de s’entendre l’emporte sur la guerre, lorsque la soif de vengeance fait place au pardon

et que l’amour l’emporte sur la haine »

Nous croyons que l’Esprit Saint souffle où il veut : il souffle au cœur de tous les artisans de paix à travers le monde il peut toucher les hommes de toute religion il peut aussi toucher le cœur de tous ceux qui ont des responsabilités dans la communauté mondiale.

Il nous apprend à être sensible les uns aux autres, à la part infinitésimale que chacun peut apporter pour que l’amour et l’espoir existent. Je garde l’image de cette grand-mère que j’ai aperçue il y a 15 jours dans le square de l’église Sainte Germaine. Elle était arrivée un peu à l’avance à la messe et s’était assise pour bavarder avec les clochards qui occupent ce lieu. Voilà une bonne préparation à la célébration de l’Eucharistie. Jésus nous dit : «  Je vous témoigne de l’amour du Père, et vous aussi vous serez mes témoins : ce que vous prendrez de moi, vous le donnerez à d’autres ».

Nous avons peut-être trop tendance à nous féliciter du bien que nous pouvons faire. Jésus nous apprend à remercier le Père qui a mis en nous cette disposition.

S’ouvrir à ce cœur de Père, c’est élargir le nôtre, et aussi s’ouvrir à l’espérance.pentecôte

Charles de Foucauld parlait de Dieu comme du Maître de l’impossible. Nous avons besoin des témoignages des saints pour nous dire que ces paroles ne sont pas des mots seulement : c’est la Vérité toute entière vers laquelle l’Esprit de Dieu veut nous conduire, où chaque être humain à sa place dans le cœur de Dieu et dans l’Espérance qu’il nous ouvre.

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27-04-2021

Génocide rwandais ou génocide des Tutsi ?

Chaque année le génocide du Rwanda trouve un regain d’actualité avec les cérémonies d’anniversaire organisées par le gouvernement de Kigali. Elles  sont en même temps une occasion de jeter l’anathème sur ceux qui ont une analyse différente de ces événements : ils sont qualifiés de divisionnistes et ont le choix entre la prison si possible, les tentatives d’assassinat, la mise au silence et finalement le découragement.

le Conseil Départemental de la Haute-Garonne n’a pas hésité à mettre ses moyens au service de ceux qui en France servent de relais aux campagnes de délation vis-à-vis des réfugiés rwandais qui croyaient avoir obtenu asile dans notre pays et sont pourtant envoyés au tribunal spécialement fait pour eux. Les prévenus ne sont pas nécessairement de grands délinquants mais des gens soupçonné par la justice du pays qu’ils ont fui.

Depuis la présidence de Sarkozy qui a fait ce qu’il fallait pour obtenir une normalisation des relations, les compromis se succèdent avec le régime qui s’est avéré dictatorial de Kigali. Maintenant une commission d’historiens, en fait favorable aux thèses de ce gouvernement, conclut, on s’en serait douté, à la grave responsabilité de la France, non pas d’avoir franchement participé au génocide mais de ne pas avoir eu assez lucidité pour le voir venir ni des mots assez forts pour le condamner.

Il n’y a plus qu’à espérer de nouvelles : accélération des procès en cours et de nouvelles accusations…

 

C’est ainsi que le Conseil Départemental nous a offert le 24 avril 2021une visioconférence qui associait  la mémoire de plusieurs génocides du 20e siècle.

« La communauté internationale doit prendre à bras le corps la question de la lutte contre les génocides »

Rwanda-l-eloge-du-sangIl n’est pas question de mettre en doute les compétences de chercheurs des protagonistes de l’émission et parfois de leur réel sentiment d’humanité, mais plutôt se plaindre de leur aveuglement ou de leurs contradictions.

La première, c’est que la « science guérit de tout » : mais pas forcément de leur malhonnêteté, puisque ils sont capables, comme dans tout mensonge, de mêler le vrai et le faux.  Il ne faudrait pas que la stricte signification du terme  « génocide » écarte du débat des massacres tout aussi sanguinaires qui ont été réalisés par le FPR de l’actuel Président KAGAME avant pendant et après 1994, date à laquelle ce génocide s’est produit.

En second lieu, la comparaison avec d’autres génocides référents : le génocide d’Arménie de 1915 et celui des Juifs dont la « solution finale » a été décidée en 1942, ne dispense pas d‘analyser le climat de violence qui a permis à celui du Rwanda de couver, et donc d’étudier les responsabilités éventuelles du FPR qui était partie prenante du conflit. Pas un mot de tout cela sinon l’éloge du président MACRON qui a choisi sa ligne politico-financière en la matière, en attendant de le pourfendre s’il ne donne pas satisfaction.

Les ouvrages en français ne manquent pas pour corroborer ce que je dis, le plus récent et celui de la Canadienne Judi REVER : : « L’éloge du Sang » traduit en français en septembre 2020 chez Max Milo. Ouvrage considéré bien sûr comme négationniste.

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15-05-2020

Sortir déconfinés

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les apôtres après la mort de Jésus

Nous approchons du déconfinement : « c’est pas encore, mais çà y est presque ! »

Bien sûr, on ne pourra plus  faire comme avant… Il faudra garder des distances, mais enfin, quelle joie de retrouver les autres, se parler, se dire comment on a tenu le coup… peut être aussi  parler des blessures, car il y a les projets qu’on n’a pas pu réaliser, les gens qui se sont repliés sur eux-mêmes, la tristesse de maisons vides d’amour…

Mais il y a aussi les oiseaux qui se sont rapprochés de la fenêtre : ils n’avaient plus peur du bruit des villes qui les avait écartés, messagers d’un monde  auquel il faudra s’adapter mieux, en étant respectueux des êtes humains et de leur environnement.

 

Sept semaines de confinement : comme entre Pâques et la Pentecôte !

Jésus était Vivant, Ressuscité, mais les apôtres étaient confinés dans une pièce retirée, le Cénacle, incapables de le reconnaître, et surtout privés de l’élan de la vie nouvelle  qu’il avait déposée dans leurs cœurs…

Nous n’attendons pas le Miracle de la Pentecôte qui devrait se reproduire chaque année, mais nous savons que cette histoire se produit en chacun de nous, et c’est l’histoire du Peuple de Dieu que nous continuons. Tant d’histoires de confinements et de déconfinements.

Le confinement du Paradis Terrestre : bien ou mal, il a fallu en sortir pour se risquer à l’aventure du Monde.

Confinement dans l’Arche de Noé… quand il était possible  de réunir quelques échantillons d’humanité dans une seule barque !  Ils ont pu échapper au désastre de l’environnement et découvrir un bel arc en ciel qui promettait une nouvelle alliance avec la Nature, pourvu que les hommes sachent la respecter.

L’histoire biblique ne raconte que des confinements et des déconfinements : le confinement dans le Désert où l’homme apprend qu’il ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole venant de la bouche de Dieu…

Jésus aurait pu rester confiné dans sa Galilée, entouré de gens qu’il connaissait très bien, vivre avec eux les merveilles de partage, de confiance, qui avaient commencé d’éclore… Jésus a voulu aller à Jérusalem, là où ce sera plus compliqué, où devait se tenir l’affrontement  qui allait le conduire à être violemment rejeté par le peuple et ses chefs.

Là aussi, Jésus avait appris aux disciples à revenir sur ses paroles : Bienheureux les pauvres de cœur, les gens simples, prêts à ouvrir leurs mains et leurs bras, mais il en avait ajouté d’autres qui leur paraissaient étranges : Heureux ceux qui sont persécutés pour la Justice car leur récompense sera grande dans les cieux !

Christ Roi Budapest

le Christ de l’Apocalypse Budapest

Les chrétiens ne cherchent pas un parallélisme rigide avec ce qui est raconté dans la Bible, mais ils trouvent dans ces écrits une source » d’inspiration, un Esprit,- cet Esprit qui, disait le poète Paul VALERY, a fait naître de grandes choses, mais en ferait naître de tout autres en d’autres temps.

 

Le monde entier s’est retrouvé comme enfermé dans un hôpital de campagne, selon la formule du pape François. Il n’est pas très raisonnable de protester contre Celui qui a permis cet enfermement. Nous devons plutôt reconnaître ce qui a commencé de nous guérir : peut être la perception de la solidarité : non pas les uns sans les autres, mais les uns pour les autres, ce qui est la loi de la Vie.

Les infirmiers de la pandémie nous  délivrent l’ordonnance du déconfinement, mais n’oublions pas  ce que nous avons mieux compris de notre humanité et que nous sommes appelés désormais à cultiver.

 

Pierre RAFFIN

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17-02-2020

Chère Amazonie

 

_enfant amazonieJ’ai visité, le 6 février dernier à Paris, l’exposition de photos de Claudia ANDUJAR, sur l’Amazonie. Plus de 30 ans de photographie et d’amitié avec les « Yanomami » dont le nom signifierait « les êtres humains »…

C’et une belle leçon d’humanité que fournit ce peuple menacé de disparaître par l’extraction sauvage des minerais, le pillage et les incendies des forêts, les épidémies  et la déstabilisation des communautés.

« Claudia est entrée dans l’intimité des yanos , et a cherché à traduire l’intensité de l’univers chamanique qui les englobe. Des rayons de lumière fusent dans l’air, un jeune homme étendu dans son hamac est nimbé de fumée… Les scènes de la vie quotidienne   sont interprétées de manière à transcender la réalité, en invitant à une interprétation métaphysique. »

jeune hamac AmazonieJ’avais fait cette visite en compagnie de Raoul, mon ami chilien exilé à Paris. Il ressentait tout cela parfaitement.

J’ai « visité » quelque jours plus tard cette même exposition en lisant avec passion le texte que le pape François vient de publier : « Chère Amazonie ».

Le pape latino-américain connaît la pauvreté et la dignité de ce peuple en étroite communion avec ses fleuves et ses forêts, menacé de disparition et de corruption par les prédateurs de la civilisation capitaliste. Les habitants des forêts équatoriales risquent de disparaître comme des « espèces non viables ». Mais avec eux c’est le sens de notre appartenance  à notre environnement qui risque d’être mutilé, désacralisé.

Les mépriser,  c’est ne plus apercevoir ce qui nous réunit  au mystère de la vie, qui nous est offerte de manière somptueuse  comme un cadeau.

Lutter pour cette incroyable diversité présentée dans la nature, peut être une approche de Celui qui nous a donné tout cela et entrer plus avant dans les intentions du donateur.

Nous avons besoin de la poésie pour faire notre chemin vers Dieu.

chère Amazonie« Seule la poésie, dit encore le pape citant un poète indien, grâce à l’humilité de sa voix, pourra sauver le monde ».

Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Migrations - International - Rwanda, Patrimoine artistique, Vie d'Eglise | 2 Commentaires »

23-09-2017

Les vendangeurs de l’amour

Un nouveau séisme au Mexique après les ouragans des Petites Antilles. Chacun se pose les mêmes questions : Comment je cris ? Comment je crois encore ? La lecture des Evangiles accompagne notre recherche. Ainsi celui de dimanche 24 septembre : la parabole des ouvrier envoyés à la vigne : Mat 20, 1-16

vendanes 2Quelle est cette vigne dans laquelle le Seigneur nous envoie ?   Jésus a choisi cette image biblique mise en valeur par les prophètes : « Mon Bien Aimé avait une Vigne, il la planta sur un coteau fertile… La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël » Dieu a donné des témoignages d’amour pour sa vigne tout au long de l’histoire d’Israël, au point que le prophète répond en disant sa reconnaissance, l’amitié qu’il éprouve pour lui : « Mon bien aimé avait une vigne »… A son tour, un des premiers écrivains chrétiens, Tatien, dit qu’il a été enflammé d’amour en lisant les prophètes… c’est-à-dire qu’il a été pris dans le même courant qu’eux.   Et maintenant, Jésus nous demande de travailler à cette vigne. Cette vigne que Dieu lui-même a plantée, des hommes ont déjà découvert pourquoi il l’a fait : un amour qui ne tarit pas.raisin Moïse a contemplé un feu qui ne s’éteint pas. Il s’est dit : « Je vais faire un détour pour observer cet étrange spectacle » Exode 3, 3 Il faut faire un détour observer cet étrange spectacle des signes de la présence et de l’amour de Dieu, et s’en laisser imprégner. Notre vie de croyants est l’histoire de cet immense détour qui nous amène à chercher les signes de l’action de Dieu,  dans ce monde qui est sa vigne.   On peut penser que des hommes ont déjà répondu à l’appel de Dieu pour travailler à s vigne, avant même que nous nous y mettions. Ce que nous pouvons voir, ce sont des signes de l’action de Dieu et des hommes réunis. Le détour pour considérer l’action de Dieu dans cet immense champ qu’est le monde nous amène à considérer aujourd’hui ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique avec ces ouragans et ces séismes. Ce n’est pas nouveau, et nous sommes ramenés parfois à ce qui a toujours été la condition de l’homme sur la terre : il a toujours lutté, contre vents et marées, pour contourner ce qui est hostile, rendre cette terre habitable, lui redonner sa beauté. La foi chrétienne nous rend amis de ceux qui souffrent et de ceux qui soignent, et nous savons que d’un bout du monde à l’autre, c’est le même peuple, la même vigne. C’est le même Seigneur qui accueille nos prières et nos bonnes volontés.   Nous pouvons être appelés, quel que soit le moment de notre vie : le matin à midi ou le soir… Nous pouvons être appelés à nouveau, c’est-à-dire que nous sommes appelés à renouveler note confiance et notre fidélité…et faire l’expérience d’une fraternité selon le Christ, où il n’y a pas celui qui est plus connu que l’autre, celui qui mérite plus que l’autre, cette fraternité est la Joie de l’Evangile. La joie exprime toujours la réalisation d’une promesse de ce que l’on attendait plus ou moins confusément, elle est le bonheur de voir cette attente profonde se réaliser, elle est encore une promesse de quelque chose qui viendra encore… Nous espérons que ce qui viendra sera à la hauteur de ce que Dieu a toujours fait pour les hommes et de ce que Jésus nous a enseigné.   Ces évènements nous rappellent nos fragilités : ce dont on n’a pas envie de s’occuper lorsqu’on pense que çà va bien pour nous. Ils nous invitent à demander à Dieu la force de les traverser et de trouver le courage de la fraternité. Là bas comme ici, c’est le même monde où le Seigneur nous a envoyés, en nous disant que nous sommes pas les premiers ouvriers. D’autres ont travaillé avant nous, dit-il, et vous entrez dans leurs travaux, pour le même salaire qui est le Royaume de Dieu. Et comme le dit la chanson : « Nous les referons ensemble les vendanges de l’amour. » Marie Laforêt

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10-09-2017

Irma : prophète au coeur des évènements

-Caraibes-Ouragan-Irma_Nous avons des antillais dans notre communauté. Voici l’Office que j’ai préparé pour la dimanche qui a suivi l’ouragan.

10 septembre 2017 Office du 23° dimanche

Accueil

Nous sommes d’autant plus bouleversés en apprenant les immenses blessures causées par les ouragans des Antilles que nous avons dans notre communauté de nombreux antillais touchés aujourd’hui dans leur chair et dans leur cœur.

Nous allons vivre cette Eucharistie en profonde communion avec eux, sachant que  le Christ nous réunit et nous précède avec sa Croix.

Ezeckiel, 33, 7-9

Evangile de Mat 18, 15-20

indexTandis que nous laissons mûrir en nous des sentiments de compassion par rapport à nos frères et sœurs marqués par les violents cyclones, nous laissons pénétrer en nous la Parole de Dieu qui nous invite à être des prophètes.

Le prophète n’est pas celui qui répète ce que dit tout le monde : c’est quelqu’un qui s’efforce d’écouter et de transmettre la parole d’un Autre.

Cette parole est familière : elle ne nous dit pas des choses nouvelles ou extraordinaires, elle nous redit notre vocation :

« Fils d’homme, je t’établis comme guetteur pour la maison d’Israël » : tu dois avertir du mal qui peut être à l’origine de ce qui t’arrive maintenant.

On s’accorde, il est vrai pour dire que le réchauffement climatique contribue à rendre les ouragans plus violents encore, que ce réchauffement climatique est dû aux déchets des hydrocarbures répandus dans l’atmosphère… mais que pouvons nous faire lorsque le mal est lancé ?

cyclon IrmaLe pape François, dans son encyclique Laudato Si dénonce ces mécanismes, mais, à la suite du pape Jean XXIII, il dit que nous ne pouvons pas nous contenter d’être des prophètes de malheur : nous sommes des témoins d’espérance.

Cette espérance, nous ne l’inventons pas. Elle est portée par l’expérience de la communauté chrétienne.

L’Eglise est fidèle à l’Esprit de Jésus Christ lorsqu’elle cherche, pour en témoigner, à repartir de la parole des pauvres.

J’ai entendu cette parole dans la bouche d’une grand-mère antillaise qui disait sa prière mercredi, au cours de la messe de semaine :

« Mon Dieu, je crois, j’espère, j’adore et je vous aime.

Je vous prie pour ceux qui ne croient pas, n’espèrent pas, et ne vous aiment pas ».

Une autre antillaise m’a répété cette même prière qui se récite là bas après les stations du chemin de croix. Elle vient des jeunes voyants de Fatima en 1917.

Cette prière a traversé les océans, pour nous revenir aujourd’hui comme des témoignages de croyants. Ceux-ci nous disent comment ils ont été aidés à tenir debout dans les moments d’épreuve.

 

La prière des ces hommes et de ces femmes qui s’adressent encore à Dieu alors qu’ils sont privés de tout est une haute expression de la dignité humaine.

Ils nous disent que la prière est encore possible, même si le ciel s’est complètement obscurci.

Voici un extrait d’un poème de Karol Wojtyla alors qu’il n’était pas encore pape :

« Je crois cependant que l’homme souffre par manque de vision.

S’il souffre par manque de vision, il doit se frayer un chemin entre les signes. »

Andréa Ricardi, fondateur des communautés San Egidio, commente : «  le grand signe de la vie chrétienne est la rencontre du pauvre… que l’on ne rencontre jamais si l’on ne s’arrête pas à côté de lui ».

Le signe que peut donner notre communauté, c’est notre présence fraternelle.

Jésus énumère ces attitudes dans l’Evangile :

-           console et encourage tes frères un à un…

-           fais toi aider par un compagnon si tu veux que ton signe soit plus crédible

-           fais appel à toute l’Eglise s’il le faut : aux petits voyants de Fatima, à tous ceux qui nous ont donné l’exemple du courage et de l’investissement dans la vie chrétienne, acceptant parfois de demander, au jour le jour,  le pain de ce jour.

 

La foi chrétienne nous dit que le courage que tu as trouvé auprès de Dieu dans l’épreuve – au moment où tout semblait s’écrouler – est un signe de la présence de Dieu au milieu de nous.

Cette présence est une force pour avancer aujourd’hui, elle est aussi le gage de notre résurrection et de notre vie éternelle. Nous vivons là quelque chose qui est plus fort que la mort.

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20-01-2017

Ces évènements qui bousculent : l’accueil des réfugiés syriens à Toulouse

exode 101Voilà déjà plus d’un an, une religieuse habitant un bâtiment prêt à être démoli au quartier des Izards à Toulouse. Elle entend de nuit des coups violents sur les murs du bâtiment voisin prêt à être démoli. C’étaient des réfugiés syriens qui venaient le skater. Ils étaient 140 !

« Quand j’ai entendu frapper si fort, dit-elle, il m’est venu ce mot du Christ dans l’Apocalypse : voici que je me tiens à la porte et je frappe. Cette fois, il a frappé fort ! »

Depuis ce temps, il ne cesse de frapper pour elle… un peu moins fort, peut être.

Les sœurs de sa petite communauté ont rapidement fraternisé avec ces nouveaux venus. Les services à rendre ne manquaient pas. Mais voilà que les HLM font évacuer ces nouveaux venus…

exode 098Des associations de Toulouse qui défendent le Droit au Logement se sont mobilisées et ont obtenu des solutions provisoires.

Des gens du quartier et des assistants sociaux se sont mobilisés aussi pour aider au jour le jour ces gens à reprendre pied : établir des dossiers pour défendre leurs droits, aider les enfants à rejoindre une école, laquelle n’est pas adaptée aux primo arrivants qui ne connaissent pas la langue.

Une association s’est créée, devenue « le cercle des voisins », pour aider ces personnes à faire leurs premières démarches, et aussi ressentir la chaleur d’un accueil.

Le cercle des voisins se réunit sur la place du marché autour d’une boisson chaude. Les gens vont et viennent apporter leurs nouvelles. Chacun met ses talents à la disposition pour trouver un commencement de solution. Ce sont souvent des retraités qui en connaissent un rayon sur la prise en charge mutuelle dans le quartier, classé zone sensible.

exode 105Parmi eux, Violette de Toulouse, c’est son nom d’artiste, retraitée de l’enseignement, réalise de grandes silhouettes au fusain, représentant ces personnes de tous âges et toutes conditions sociales, privées de tout, enfermées dans leur situation comme dans une prison. Pourtant leur regard exprime la protestation plus que leur désarroi !

 

Une équipe d’ACO (Action Catholique Ouvrière)  du voisinage et les chrétiens du quartier, à commencer par le prêtre Georges, ont  souhaité manifester ce que représente aujourd’hui l’Enfant de Bethléem qui naît et ne cesse de naître, dans des conditions d’errance : les parents doivent se déplacer de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée, pour s’enfuir ensuite en Egypte… Cette histoire est connue des musulmans. De fait, certains ont joué un rôle, notamment comme interprète dans la chaîne de solidarité.

Une après midi de partage au lieu le 15 janvier dernier dans la chapelle qui sert d’abri à la communauté chrétienne du lieu.

Ce moment a été bouleversant d’émotion.

exode 103Témoignage d’Anne Marie, la religieuse, que la vie des migrants syriens ne quitte plus. Puis témoignages des travailleurs sociaux interpellés par la précarité de ces personnes et aussi les tendances de l’administration, et souvent du personnel « qui croient avoir affaire à des statistiques plutôt qu’à des personnes »,  des mots aussi qui font mal de la part du personnel chargé des expulsions…

Témoignages de beaucoup d’autres qui ont pris la parole. Le mot dignité prenait chair pour eux, aussi bien  à travers les situations subies par ces personnes que par les lueurs qui apparaissent dans leurs yeux lorsqu’un peu d’espoir commence d’être entrevu.

Des réfugiés plus anciens ont pu exprimer comment ils avaient été bouleversés par ce partage parce que c’était leur histoire qui remontait en eux : histoires de ruines, de guerres, de larmes, de sang… et aussi de gestes de solidarité qui ont permis de vivre et d’espérer encore.

Les membres de l’ACO  ont pu exprimer comment de près ou de loin, y compris lorsqu’ils participent à des collectifs de type syndical ou politique ou associatif, ils prennent  le relais de ces réponses qui s’ébauchent dans le quotidien de nos vies. Ils étaient dans leur mission en proposant ce partage : un  moment où l’on s’assied pour rappeler ce qui s’est passé, dire comment on a été touché et interpellé au fond de soi même, échanger, chercher, découvrir ce qu’il y a de beau à se reconnaître enfants de Dieu, responsables les uns des autres, réconfortés en cela par le pape dans son engagement sur les problèmes de l’immigration dans le monde. Il y a des réalités de souffrances qu’on ne veut pas voir, des causes qui concernent l’égoïsme vécu jusqu’au plan international. Il y a la lumière du Christ qui promet un avenir à tous nos efforts de fraternité.

C’est ce que nous commençons de ressentir lorsque nous prenons le temps de partager et de prier ensemble

Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »

10-06-2016

Les Amis de Gikongoro… et après

20160605 Rwanda  cloture (1)aUn an après le décès de Madeleine RAFFIN, nous étions 25 amis réunis à la mairie du village de Saint Lieux où elle avait créé cette association.

Madeleine a toujours eu besoin d’amis pour la soutenir dans les chantiers qu’elle avait entrepris.

Il s’agissait d’abord d’encourager des initiatives de développement rural au Rwanda dans un climat de relative stabilité politique. Il fallait améliorer la scolarité des enfants et les aider à entrer dans la vie professionnelle.

Que faire ensuite dans une économie de guerre civile, lorsque les bâtiments sont détruits et les partenaires dispersés ou disparus dans la tourmente ?

avec Thérèse, compagne de lutte pour la justice internationale

avec Thérèse, compagne de lutte pour la justice internationale

Madeleine a tenu à rester sur le terrain et une fois expulsée par le nouveau pouvoir, elle a cherché à garder le contact, cultiver les relations et, toujours avec l’aide des ses amis, participer à la reconstruction de bâtiments, à l’éducation d’enfants orphelins de la guerre, témoigner lorsqu’une personne était mise en difficulté.

Un ami croit au témoignage de l’autre parce qu’il a des raisons de lui faire confiance – même si ce témoignage est contesté.

Voici comment son association était présentée en 2014 pour le journal municipal de Saint Lieux les Lavaur. Il est probable qu’elle avait rédigé elle-même l’article !

 

Les Amis de Gikongoro 

Eglise et Mairie de Saint Lieux

Eglise et Mairie de Saint Lieux

Tout le monde à Saint Lieux connaît « Les Amis de Gikongoro »… grâce à Madeleine RAFFIN, venue prendre ici sa retraite après 30 ans passés au service du développement de ce pays.

Elle avait gardé un lien avec Saint Lieux où sa famille est présente depuis 1970.

Elle a su faire aimer ce pays dans le département du Tarn où elle est venue habiter, et cinq ans plus tard elle créait l’association des « Amis de GIKONGORO » dont le siège est Saint Lieux. Celle-ci comprend des rwandais avides de nouvelles de leur pays et disposés à élargir la solidarité qu’ils ont eux-mêmes vis-à-vis de leurs familles, souvent dans la plus grande difficulté : Par l’association on peut encourager la création d’écoles, s’intéresser aux jeunes qui vivent dans la rue, envisager des solutions d’avenir…

Des habitants de Saint Lieux sont venus les rejoindre et participent toujours à l’aide de ce petit diocèse d’Afrique que Madeleine a été obligée de quitter il y a presque 20 ans…

passage à Lavaur en 1994

passage à Lavaur en 1994

On se souvient des « Repas Rwandais » dans notre salle municipale, où l’on a fait connaissance avec les coutumes, les mentalités du Rwanda et aussi avec les améliorations soutenues par l’association, récemment la mise aux normes d’une salle de réunions destinées à des activités éducatives pour des jeunes.

Il y a 2 ans, Madeleine écrivait un livre mémoire d’une grande qualité : « Le Rwanda, un autre regard ». Il a été lancé  officiellement à Saint Lieux au cours d’une réunion de l’association.

Merci aux « Amis de Gikongoro » pour cette fenêtre ouverte sur l’Afrique. Vous contribuez à donner à notre commune un visage humaniste.

« Les Amis de Gikongoro » : Les Caussanels 81500 Saint Lieux Les Lavaur.

A la maison de Saint Lieux le jour de ses obsèques

A la maison de Saint Lieux le jour de ses obsèques

Un an après son décès, il n’était plus possible de continuer l’engagement qui était le sien, faute de contacts directs avec ceux qui sans doute continuent au Rwanda à faire pousser quelques unes des graines qu’elle a semées.

C’est cela la mort aussi – accepter que les choses ne se déroulent pas nécessairement comme on l’avait espéré, et croire pourtant à l’avenir, faire confiance sans voir encore ceux qui feront pousser quelques unes des graines que Madeleine et d’autres comme elle ont contribué à semer.

Les juifs ont inventé le titre de Justes des Nations pour ceux qui les ont défendus parce qu’ils étaient des êtres humains.

Nous reconnaissons que ce titre convient à Madeleine, et nous croyons volontiers que Dieu lui même l’a déclarée Juste et la faite entrer dans ce que la Bible appelle l’assemblée des justes.

A la maison de Saint Lieux en 2013

A la maison de Saint Lieux en 2013

A nous aussi d’être des justes et de trouver des amis qui nous estiment à cause de cela, et nous aident dans ce que nous entreprenons.

L’espérance n’est pourtant pas morte : un religieux de la province du Congo proche du Rwanda souffrant elle aussi de la guerre, le Père RIGOBERT, est venu nous dire comment les chrétiens là aussi cherchent à s’adapter pour survivre et être aussi à la hauteur de leur foi.

Une autre association, avec des moyens encore plus modestes que les nôtres, Le Futur Génie, originaire aussi de Gikongoro, nous a présenté aussi ses objectifs : y aurait-il des génies parmi les enfants qui ne peuvent pas suivre les études dans cette région de l’Afrique ?

Clôture de l'Association

Clôture de l’Association

Ce sera l’objet d’un prochain article.

Posté par Pierre Raffin dans Biographie, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage | 1 Commentaire »

03-02-2016

Le livre de Victoire Ingabire en prison au Rwanda

Éditions Scribe

Je viens d’achever la lecture de ce livre émouvant. Nous étions quelques uns à avoir participé financièrement aux frais de justice de cet interminable procès. La figure de cette jeune femme m’apparaissait d’autant plus sympathique.

Après 16 ans d’exil en Hollande, suite à la prise de pouvoir du FPR au Rwanda, Victoire Ingabire est donc revenue dans son pays afin de se présenter aux élections de 2010.

Dès sa descente d’avion, le 16 janvier 2010, elle proclame ses motivations :

« . Quel est l’objectif de notre lutte? Nous voulons que chaque Rwandais cesse d’avoir peur. Nous voulons éradiquer la pauvreté, la faim, le népotisme, la corruption et le clientélisme. Nous voulons combattre la dictature, l’injustice, une justice inéquitable pratiquée par les Tribunaux Gacaca, la prison et les Travaux d’Intérêt Général sans procès équitables. Nous voulons combattre l’exil qui empêche les enfants de connaître leurs parents et qui détruit les familles, les inégalités sociales, la discrimination, l’expropriation des biens ou des terres. Nous voulons que chaque Rwandais marche droit sans se cacher, sans avoir honte, nous voulons briser toutes les chaînes qui vous empêchent de vous sentir citoyens rwandais à part entière. » (p12)

Elle se rend aussitôt après au Mémorial du Génocide de Kigli, à Girozi :

« Je tiens à dire aujourd’hui que je suis revenue dans mon pays 16 ans après cette tragédie qui a eu lieu dans ce pays. Je sais très bien qu’il y a eu un génocide et des crimes contre l’humanité. Par conséquent, à mon retour après 16 ans dans un pays où de telles atrocités ont eu lieu en mon absence, ma conscience m’obligeait à passer d’abord par l’endroit qui conserve la mémoire de ces actes odieux. J’avais besoin de voir cet endroit et de me rendre compte de l’ampleur de ces tragiques évènements. Les fleurs que j’ai apportées sont un signe de reconnaissance des membres du parti FDU-Inkingi et de son Comité Exécutif. Ils m’ont dit de passer par ici et de vous réaffirmer que ce que nous souhaitons, c’est de travailler ensemble, afin de nous assurer qu’une telle tragédie ne se reproduira plus. C’est l’une des raisons pour lesquelles les FDU-Inkingi ont décidé de rentrer au pays pacifiquement, sans recourir à la violence alors que beaucoup de gens pensent que la solution aux problèmes du Rwanda est le recours à la lutte armée….

Il est clair que l’avènement d’une ère de réconciliation a un long chemin à parcourir. Il a un long chemin à parcourir parce que, si on considère le nombre de personnes qui ont été tuées dans ce pays, ce n’est pas quelque chose que l’on peut régler rapidement…

A titre d’exemple, si l’on passe en revue ce mémorial, on se rend compte qu’il ne se limite qu’aux victimes du génocide contre les Tutsis. Il est tout à fait évident que les crimes contre l’humanité commis contre les Hutus sont totalement ignorés. Les Hutus qui ont perdu les leurs souffrent aussi et se demandent: «Quand est-ce que nos morts seront aussi commémorés»? Pour que nous puissions parvenir à une véritable réconciliation, nous devons faire preuve d’empathie avec la souffrance de tout un chacun. Il est important que les Hutus qui se sont rendus coupables de massacres contre les Tutsis soient punis. Il est également important que ceux qui ont tués les Hutus comprennent qu’ils doivent répondre de leurs actes ignobles. En outre, il est important que le peuple rwandais, toutes ethnies confondues, comprenne que nous devons nous unir, nous respecter les uns les autres, et construire ensemble notre pays dans la paix. Ainsi, l’objet de notre retour au pays est d’examiner les voies et moyens de commencer ensemble ce long processus de réconciliation et de trouver un moyen de bannir à jamais l’injustice afin que nous puissions tous, peuple rwandais, vivre ensemble en pleine liberté dans notre pays. »

Au cours du procès

Au cours du procès

Cela suffisait. Trois semaines après, c’étaient les premières convocations par les autorités rwandaises. Elle est accusée d’avoir l’idéologie du génocide et de complicité avec le terrorisme.

On lui refuse alors d’enregistrer son parti. Le lecteur suit pas à pas les poursuites judiciaires, les interdictions de déplacements et de meetings pour arriver à l’emprisonnement et au long procès politique, à la fabrication de preuves qui aboutiront à 15 ans d’emprisonnement : 7 convocations par la police pour des interrogatoires dans les 3 mois qui suivent son arrivée au Rwanda, jusqu’à la première incarcération le 21 avril 2010.

Le gros travail des accusateurs sera de monter des preuves de complicité avec un mouvement terroriste à l’extérieur du Rwanda dont on a du mal à prouver l’exsitence.

Le 27 mai, c’est le tour de son avocat, citoyen des États-Unis, d’être arrêté pour négation de génocide et atteinte à la sécurité de l’État.

Entre temps, les élections se passent et le Président Paul Kagame est plébiscité le 9 août avec 93% des voix.

Outre les procédés d’une dictature pour humilier ses opposants et fabriquer des preuves contre eux, on découvre une Victoire Ingbire  donnant un sens à sa lutte au quotidien pour ses droits en prison. Après avoir obtenu le bon fonctionnement de la lumière électrique de sa cellule, elle fait remarquer à l’un de ses gardiens :

« Voyez-vous, si chacun pouvait accomplir son devoir comme il faut, il y aurait de la lumière là où il le faut et les portes des douches et des toilettes seraient partout remises en état. Si je ne vous avais pas critiqué, si je ne vous en avais pas parlé, aujourd’hui ces toilettes et ces douches seraient encore sans porte et dans les ténèbres. Il faut accepter des critiques constructives, et c’est cela que j’aimerais que les autorités de notre pays comprennent et acceptent. Est-ce que vous comprenez maintenant pourquoi je suis en prison ? » (p85)

slide21En lisant ce livre, on est convaincu que Victoire Ingabire aurait fait une bonne présidente, aussi bien à cause de son courage pour s’attaquer aux vices de fonds de la société qu’à cause de l’humanité avec laquelle elle s’adresse à ses interlocuteurs du moment : le personnel du régime et les codétenus qui lui sont envoyés pour la surveiller.

Autant de qualités aussi rares que nécessaires à l’existence de nos démocraties.

Posté par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, Témoignage | Pas encore de commentaires »

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