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Archives pour la catégorie 'Laïcité'
31-08-2020
Visite à Maguelone
Ehab est un jeune palestinien, courageux malgré son handicap : il a quitté Toulouse où il était connu, pour continuer ses études de français à Montpellier. Ouvert à tous les signaux de son téléphone portable, il a fini par trouver un magnifique appartement en bord de mer où il m’a invité pour quelques jours de vacances.
Il m’a montré un de ses lieux préférés : l’ancienne cathédrale fortifiée de Maguelone qui domine la mer, tout près de chez lui. Il m’a fait partager ce qu’il ressent en ce lieu que ses ancêtres Sarazins ont autrefois occupé ! La forteresse avait ensuite servi de refuge à quelques papes du Moyen Age, puis aux protestants, ce qui lui a valu d’être démolie par Richelieu…
Au XIX° siècle, une famille de commerçants Montpelliérains achète l’île, et commence à réhabiliter les lieux en en faisant un parc de plantes méditerranéennes. Et c’est ce qui fait le cachet de cet endroit où sont associés la mer, la végétation méditerranéenne et les pierres de l’église romane.
Le lieu est maintenu en vie par un CAT (Centre d’Aide par le Travail), qui exploite les vignes, entretient les paysages, et plaide pour de nouvelles réhabilitations.
Il m’ semblé que ce lieu parlait bien de notre situation d’aujourd’hui : malgré les troubles et les incertitudes que nous connaissons avec la pandémie et le reste, il y a des choses qui nous parlent : les paysages de bord de mer que l’on trouve ici, la lumière qui traverse les feuillages pour éclairer les murailles de ces vieux bâtiments, l’atmosphère apaisante de l’église romane, le centre l’aide par le travail qui maintient ce lieu en vie…
Un silence qui parle comme autrefois aux poètes romantiques :
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à note âme et la force d’aimer ? »
C’était Lamartine. Avant lui, après les destructions produites par la Révolution Française, Chateaubriand avait écrit : « le Génie du Christianisme » : les pierres d’une église même détruite parlent encore… de ce que l’on ne voit pas : le mystère qui enveloppe la vie humaine et lui promet un avenir.
Autre chose que ce que nous trouvons sur nos appareils même bien branchés.
Posté par Pierre Raffin dans Laïcité, Patrimoine artistique | Pas encore de commentaires »
26-01-2017
Brève histoire de la solidarité-charité à Toulouse
communication de Pierre RAFFIN au GIRLE ( Groupe Interreligieux Laïcité Empalot)
On peut commencer par le village de Saint Martin du Touch. Saint Martin remporte en France la palme dans le nombre des villages portant le même nom. Ce légionnaire romain du IV° siècle avait partagé son manteau avec un miséreux qui grelottait de froid. Il lui sembla voir le Christ dans le visage de ce pauvre. Devenu évêque, il a eu le souci de proposer la foi chrétienne aux gens des compagnes, méprisés parce qu’ils n’avaient pas la culture de la ville. C’est ce qui lui valut son immense popularité.
La solidarité dans l’imaginaire chrétien est rattachée à la sainteté. Les saints représentent des personnages à imiter … et qui peuvent vous protéger ! On retient un détail qui fait image et c’est ce qui se transmet.
Passons à l’église Saint Exupère, près du Jardin des Plantes. C’était un évêque du V° siècle qui, par la seule force de sa parole dissuada les Barbares de saccager la ville. On lui a donné le titre de « défenseur de la cité ». Ce même titre a été plus tard apposé sur la tombe du Cardinal Saliège pour avoir pris la défense des juifs pendant la guerre de 1939-45.
La solidarité, c’est d’être aussi capable de faire le geste historique qui convient lorsque l’on bénéficie soi même d’une certaine représentation sociale. On peut rapprocher de ces gestes l’Appel de l’ Abbé Pierre en faveur des sans logis au cours de l’hiver 54.

les colonnes de cette salle d’hôpital ont été placées pour soutenir le plafond qui croulait sous le poids des malades lors d’une épidémie de peste
Nous sommes maintenant devant l’Hôtel Dieu, construit à la fin du XII° siècle, par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, en même temps que la Basilique Saint Sernin, pour les pèlerins, les malades et les pauvres : l’Hostel =l’Oustal, la maison où l’on vous accueille ; Dieu : c’est Dieu qui vous accueille. Celui qui construisait la basilique ne devait pas se contenter d’apporter sa pierre ou sa brique à l’édifice, il devait accomplir ce qui lui semblait la conséquence de sa foi : porter secours aux pauvres.
Il est significatif de voir que l’Hôtel Dieu à Paris se trouve sur le parvis de L’église Notre Dame.
Au fur et à mesure du temps, les besoins se sont amplifiés. Les dons des particuliers, même s’il y avaient d’illustres donateurs ne suffisaient pas, l’état s’est mis à créer ses propres instituions qui n’étaient pas non plus reluisantes du point de vue de la salubrité. La norme d’un lit au moins pour 3 personnes était largement dépassée…
Et nous arrivons bien sûr à l’église des Récollets construite à la fin du XV° siècle. C’étaient une branche des religieux franciscains fondés par François d’Assise au XIII° siècle. Ils faisaient la « récolte », c’est à dire qu’ils voulaient mendier pour vivre, à la suite François d’Assise qui s’était dépouillé de ses habits de jeune homme riche pour revêtir celui d’un pauvre. Il s’agissait de sauver l’Eglise de l’enlisement dans la richesse dont témoigne l’architecture des villes italiennes. Comme tous les réformateurs chrétiens, François voulait revenir à la pauvreté et à la solidarité du Christ avec les pauvres. C’est le nom qu’a voulu porter le pape actuel.
N’oublions pas non plus qu’il y avait, rue Achille Viadieu, une chapelle Notre Dame du Refuge. C’était une institution fondée dans le sillage de Saint Jean Eude qui s’était préoccupé au XVII° siècle de prostituées et de celles qui par suite de leur pauvreté pouvaient devenir délinquantes. La aussi, cette pieuse intuition a pu se dégrader au cours du temps. La collaboration de l’état a transformé ces maisons en centre de redressement où la vocation de ces religieuses ne trouvait pas son compte. Elles étaient plutôt devenues gardiennes de prison.
Tous ces avatars de l’histoire montrent qu’en face des nouveaux besoins ou abus, des chrétiens ont comme considéré l’Eglise toujours ayant besoin de réforme. Tout cela à cause des déficiences de chacun de ses membres, et aussi parce que de nouveaux acteurs, en l’occurrence l’état, se sont présentés pour prendre le relais d’institutions qu’elle avait pourtant créé.
Le défi pour les chrétiens est de prendre leur place autrement, souvent en participant à des initiatives dont ils ne sont pas nécessairement les auteurs mais où ils apportent un Esprit. Beaucoup se reconnaissent dans cette tâche. L’histoire leur apprend que cet Esprit peut s’enliser au fil du temps, des défaillances des hommes et de la complexité croissante des situations.
Posté par Pierre Raffin dans Laïcité, Non classé, Patrimoine artistique, Témoignage | Pas encore de commentaires »
25-02-2016
A Empalot : la Fête de la Fraternité
Cà bouge dans la société et dans nos quartiers. Les évènements parfois violents qui nous préoccupent n’aboutissent pas nécessairement à la méfiance et au découragement. Il arrive que les religions, que l’on accuse tantôt d’être d’un autre âge, tantôt d’être complices de nos difficultés à vivre ensemble paisiblement dans nos quartiers, soient reconnues comme ferment de fraternité et de confiance.
Depuis une trentaine d’années, des croyants ou non croyants se rencontrent dans le quartier d’Empalot, et ils se sont donné le nom plutôt original de GIRLE : Groupe Interreligieux Laïcité d’Empalot.
Quand des croyants et des non croyants, de diverses origines se rencontrent, pourvu que ce soit avec le même désir de se comprendre et d’apporter de la fraternité et de la paix, quelque chose se passe.
Notre GIRLE a voulu prendre en compte une déclaration venant de responsables religieux et de représentants de notre administration territoriale, chargée de la mise en œuvre au quotidien du principe de laïcité, sur le thème de la fraternité. C’était la CHARTE DE LA FRATERNITE, signée par le Ministre de l’Intérieur et 6 responsables religieux régionaux.
Oui, pourvu que nous ayons à cœur de vivre ensemble un certain nombre de valeurs qui sont au fondement de la vie sociale, nous pouvons donner le témoignage de ce que produit cette atmosphère de respect mutuel et de désir d’avancer ensemble.
Au GIRLE, le désir de créer un évènement en commun a avivé la confiance que nous avions entre nous grâce aux nombreuses rencontres que nous faisions depuis longtemps.
Le projet vient à exécution pour le 22 Mars 2016 : une soirée d’animation et de partage à la MJC d’Empalot.
Nous avons pu constater que notre projet est utile, qu’il a été pris au sérieux dans plusieurs écoles du quartier où des questions sur les différences de religion se posent, sans que, souvent, les personnes concernées aient eu le temps de prendre du recul pour affirmer que OUI la vie au quotidien est possible, la diversité de nos religions et de nos options philosophiques peut être déjà une occasion de vivre les nombreuses diversités dans la société. Celles-ci doivent pouvoir être accueillies, à moins que nous ne désirions un avenir d’uniformité que certains ont nommé « la pensée unique ».
Si nous participons en confiance à ce type de rencontre, nous témoignons déjà que la foi au quotidien, quelles que soient les formes qu’elle emploie, représente un noblesse d’esprit certainement en rapport avec la dignité de l’homme.
Peut-on partir sur de meilleures bases pour aller chacun à la rencontre de son Dieu, qui est en réalité le même, même si nous sommes divers.
Posté par Pierre Raffin dans Laïcité, Non classé, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »
15-11-2015
Les spiritualités au secours de la Planète
Sermon pour le 15 Novembre 2015
J’avais préparé ce sermon en pensant aux inquiétudes sur l’avenir de la planète qui vont faire l’objet de la COP 21.
Les attentats du 13 novembre à Paris nous ramènent sur le même sujet : le renforcement des mesures sécuritaires suffit-il à écarter les causes de ces actes de violence ? Le combat qui est à mener n’a-t-’il pas une dimension spirituelle ?
Marc 13, 24-32 (évocation de la fin du monde)
Dans les jours qui précèdent la Passion, Jésus parle de ce qui se passe comme d’une angoissante transition.
On peut retenir l’image du figuier qui ne donne pas de fruit et se dessèche, puis voilà de jeunes bourgeons qui annoncent une nouvelle saison.
Entre temps, des choses terribles se passent qui évoquent la fin des vieux temps.
Le passage de Jésus par la souffrance et la mort est de cet ordre là.
Jésus applique à sa vie et à son œuvre d’annoncer l’Evangile, l’image d’une angoissante venue au monde.
« Le monde ancien s’en est allé,
un nouveau monde est déjà né ».
Mais pour cela, il faut qu’un passage s’accomplisse. L’Evangile accentue le caractère dramatique de ce renouvellement du monde.
Il y a dans le déroulement de la vie du monde quelque chose d’imprévisible. C’est ce que la Bible suggère, nous vivons nous aussi des temps difficiles, peut être de plus en plus difficiles.
Une publicité appelant à l’engagement par rapport aux problèmes de l’environnement affirme que le problème, ce n’est pas la nature qui se dégrade car elle n’en sait rien, le problème, c’est nous qui le savons et en sommes parfois responsables.
Dans le même courant d’idées, le philosophe Dominique BOURG amène cette question au débat : « Les spiritualités au secours de la planète ? »
Il argumente son propos de façon intéressante en se plaçant du point de vue de tout ce qui peut contribuer à donner du sens : les mouvements politiques, les philosophies, les religions.
C’est ainsi qu’il parle des spiritualités qui peuvent sauver la planète.
Il y a longtemps que l’on n’avait pas entendu cela !
La seule expérience d’une action militante donne à apercevoir que l’on fait de la spiritualité sans le savoir, comme Monsieur Jourdain de la prose !
On est amené en effet, et c’est la doctrine sociale de l’Eglise, à faire des choix pour le bien commun, et cela se passe chaque fois que dans la vie quotidienne on relativise notre intérêt immédiat.
On est amené à rencontrer les autres, à débattre chaque fois que l’on sort de notre petite planète, à trouver du courage, à repartir en cas d’échec ou de contradiction.
Ces valeurs s’attachent à notre personne et nous font progresser, trouver d’autres raisons que la peur pour se décider à bouger…
Dominique BOURG est peut être chrétien, Il se place en tout cas au niveau de la philosophie.
Si nous sommes croyants en Jésus et si nous souhaitons partager notre foi, nous rencontrons tout de suite des gens pou nous dire : « il est probable que ces valeurs dont nous parlons sont issues de la foi chrétienne, mais nous serons pas chrétiens pour autant. Il suffira de recycler ces valeurs culturellement acquises dans le combat qui nous concerne tous pour l’avenir de la planète ! »
Avec cette provocation, nous avons à nous demander ce qui nous rattache vraiment au christianisme et comment la foi en Jésus nous appelle à faire un nouveau pas dans la confiance et l’espérance.
Pour un chrétien, cette espérance a un visage et un nom : Jésus Christ qui a assumé en lui-même le chemin de l’humanité, ce chemin que nous vivons aujourd’hui avec ses doutes, ses fragilités, ses élans d’espérance, pour le faire déboucher sur un nouveau printemps.
L’histoire du figuier qui se dessèche n’est-elle pas la figure de nos rêves un jour engloutis, du passage par le vide, de l’épreuve de la contradiction… tout ce qui est en réalité le climat où s’expérimente la foi.
Mais le figuier redonne ensuite des bourgeons imprévus : on est entré dans une nouvelle saison, le monde nouveau dans lequel le Christ nous entraîne par sa résurrection.

Le Bon Samaritain Van Gogh
A la différence de la Nuit des Etoiles,il y a une partie lumineuse dans le tableau. Une source d’eau pure établit la frontière
L’année de la Miséricorde qui commence nous dit que la foi en Jésus ne nous ouvre pas seulement sur une espérance meilleure, elle nous affirme que nous avons pour vocation d’être des visages de la Miséricorde de Dieu qui entretient l’espérance.
La rencontre du Christ que nous renouvelons dans les sacrements nous imprègne d’une nouvelle vie pour aujourd’hui et pour demain.
Entretien avec Dominique BOURG– Revue Projets
Pour le philosophe Dominique Bourg, nous n’éviterons pas la catastrophe écologique. Il est donc urgent de se préparer à l’affronter. À cet égard, les spiritualités offrent de vraies ressources pour résister.
Face aux enjeux environnementaux, la démarche spirituelle est-elle un simple palliatif, un engagement en désespoir de cause ?
Nous avons besoin d’un véritable sursaut spirituel pour affronter ces enjeux. Mais ce qui nous arrive est aussi un défi à la spiritualité, un défi énorme pour la production de sens.
Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Laïcité, Patrimoine artistique, sermon | 1 Commentaire »
24-06-2015
Madeleine RAFFIN 16 fev 1933 – 3 Juin 2015
Madeleine nous a quittés. Elle a tenu ces dernières années par son courage à se soigner, et bien sûr l’aide, la compétence et la disponibilité de son entourage : famille, amis, personnel soignant, communautés chrétiennes
Nous avons reçu des témoignages marquants les étapes de sa vie.
Elle a commencé sa carrière d’enseignante tout en continuant ses études, d’ailleurs brillantes, en mathématiques. Il ne fallait pas tarder à aider notre mère qui avait perdu en peu de temps un fils handicapé et ensuite son mari. Elle n’arrivait plus à assumer la charge de ses plus jeunes enfants et elle donnait les premiers signes d’un handicap moteur.
Nous sommes en Mai 68, le temps des projets et des remises en cause. Madeleine est professeur de mathématiques au Lycée Technique de Mazamet. Elle vit intensément les évènements avec le SGEN, branche enseignante de la CFDT. Les membres de la fratrie sont casés, elle se voit prête à se consacrer à un projet d’Eglise au service du Tiers Monde. Ce sera le Rwanda. Ses amis lui promettent d’être ses financiers…
Pendant 30 ans, elle y déploiera ses qualités d’adaptation et d’invention au service d’un peuple qui n’a pas tardé à l’adopter. C’est ce que racontera son Livre publié en 2005 : « Le Rwanda, un autre regard. »
Le retraite venue, Madeleine accepte de prendre la responsabilité de la Caritas dans le nouveau diocèse de Gikongoro.
Nous sommes en plein dans la guerre civile, commencée en 1990, qui se terminera dans un génocide.
Elle fait preuve de courage, de lucidité, de sens de l’action commune, jusqu’au jour où elle est expulsée par les nouvelles autorités.
Condamnée à l’exil, Madeleine tente depuis la France d’organiser la solidarité en faveur des plus petits, notamment des enfants, ainsi que de ceux qui sont poursuivis injustement, soutenue par ses Amis toujours fidèles. Avec elle, ils ne pouvaient qu’être eux aussi, « Amis du Rwanda », ou « Amis de Gikongoro », sa ville d’élection.
Les années d’exil lui ont valu de se rapprocher du Club Humaniste, autrefois fondé par des amis enseignants, soucieux de partager dans le dialogue sur leurs raisons de vivre, d’espérer, de croire ou de ne pas croire.. A cause de son engagement durable et sans faille au service du développement, de la paix et de la justice, on lui confiait toujours le mot de la fin où elle exprimait avec concision les valeurs apportées par les intervenants. Pour le dernier, réfugié politique d’origine syrienne, psychiatre presque autodidacte, ancien musulman devenu agnostique, toujours prêt à s’engager pour la liberté et la justice, elle a martelé un éloge qui aurait pu être le sien : « Vous êtes un humaniste d’honneur ! »
Il ne lui restait que quelque semaines à vivre. Elle les a vécues dans la lucidité et la foi en Dieu qui lui étaient coutumières, le souci de préserver son autonomie et l’avenir des projets qu’elle portait.
A quels rivages était-elle prête d’aborder ? Qui entraînait-elle dans son exode ?
Le jour de ses obsèques, à l’Eglise Sainte Germaine à Toulouse
, au tombeau puis à la résidence familiale, ses amis étaient là pour l’accompagner et lui dire qu’ils avaient reçu son témoignage.
Impossible d’oublier ces moments d’émotion qui ressemblaient à une fête de l’Espérance.
Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Laïcité, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage | Pas encore de commentaires »
29-04-2015
L’Anneau de la Mémoire
En cet anniversaire de la Guerre de 14-18 nous avons fait le voyage en Flandre pour visiter l’immense nécropole qu’est la colline de notre Dame de Lorette.
Les milliers de soldats qui sont tombés là ne se sont pas effacés de la mémoire.
Les allemands avaient occupé la colline qui leur servait de poste avancé, à proximité d’une modeste chapelle, devenue après la guerre un grandiose lieu de recueillement.
François Hollande y a inauguré un nouveau mémorial, constitué de 500 plaques d’acier portant les noms de 579.606 soldats tombés dans la région, sans distinction de nationalité ou de religion. L’«Anneau de la Mémoire» a été pensé comme un symbole d’unité, censé réunir des soldats de toutes origines dans une «fraternité posthume».
« Nous rentrons dans cet anneau de la mémoire comme par une saignée dans la terre ; pour connaître de façon lointaine ce qu’ont vécu les soldats. D’un seul regard, on a l’incarnation de la mort de masse, mais on a aussi des individus qui ont existé ; tous ces gens avaient du talent, de l’intelligence, perdus pour l’humanité »
Les Britanniques sont les plus nombreux, avec 241.214 noms de combattants inhumés pour la plupart dans quelque 800 cimetières militaires de la région. Devant les Allemands (173.876) et les Français (106.012) ou appartenant à l’Empire colonial français, qui comprenait alors des Nord-Africains, des Sénégalais, ainsi que les combattants de la Légion étrangère (originaires d’une vingtaine de pays différents). Si ce nombre est relativement faible cela s’explique par le fait que l’armée française a largement quitté le front d’Artois dès mars 1916 pour gagner Verdun où les attaques s’intensifiaient. le monument égraine dans l’ordre alphabétique les noms de combattants d’une quarantaine de pays, dont ceux issus des anciennes puissances coloniale .
Ces quelques détails nous renseignent sur ce qu’a été cette guerre, son aspect international. Les bouleversements qui se sont alors produits sur le plan technologique, mais aussi sur le plan de l’expérimentation de la propagande de masse et encore la nouveauté que pouvait alors représenter une communauté de destin impose à tous.
« À travers notre projet, dit l’architecte Philippe Prost, nous avons voulu donner une forme à la fraternité, une expression à la paix, allier l’art et la nature pour les mettre au service de la mémoire. »
En arrière de la chapelle, on trouver les restes de l’affrontement .
L’organisation allemande était impressionnante. Les lignes de tranchées profondément creusées s’échelonnaient, renforcées de sacs de terre et de sacs de ciment, couvertes par des réseaux doubles ou triples de fils de fer et de chevaux de frise. De cent mètres en cent mètres des barricades formaient de puissants flanquements garnis de mitrailleuses. Plusieurs fortins et des ouvrages avancés servaient de points d’appui aux défenses des tranchées.
Une division d’élite, composée en majeure partie de Badois, a ordre de garder, coûte que coûte Notre-Dame-de-Lorette.
L’assaut donné par les français en mai 1916 se brise contre cet ouvrage formidable. Les unités subissent des pertes graves ; certaines compagnies ne sont bientôt plus commandées que par des sergents. La progression s’exécute par bonds d’un trou d’obus à un autre. Les-chasseurs cependant ne reculent pas. Décimés, ils s’accrochent au sol tandis que les fantassins les rejoignent. On se bat à coups de grenade, de baïonnette, même à coups de couteau, tandis que les mitrailleuses allemandes ne cessent de tirer.
La nuit tombe, dit le récit officiel, éclairée par les obus et les fusées, déchirée par les cris des blessés, le fracas des explosions, le claquement des balles. Chasseurs et fantassins s’installent comme ils peuvent sur le terrain. Devant. un énorme entonnoir de mine de 80 mètres de tour, ils poussent au fond les cadavres allemands et s’organisent sur les bords, derrière des parapets improvisés.
La lutte a duré treize jours. De part et d’autre, les pertes ont été très élevées. Sur le terrain même, 3.000 cadavres allemands ont été dénombrés.
Le Musée
Situé sur la Colline de Notre Dame de Lorette, le Musée présente plus de 2500 pièces de collection ainsi que des reconstitutions d’ abris souterrains avec animation laser bilingue. Un diaporama comprenant plus de 400 vues stéréoscopiques d’ époque complète cette exposition.
A l’ extérieur le champ de bataille : sur 3 hectares plus de 1000m de tranchées sur les emplacements d’ origine avec canons, mitrailleuses, obus, barbelés, tourelles blindées.
Le paysage autrefois dévasté a retrouvé sa végétation, nous avons pu observer quelques pièces d’artillerie, circuler dans les tranchées où affleurent parfois quelques ossements humains.
Notre marche entre les barbelés pointe sur deux monuments : la grande stèle qui représente la mémoire de la nation, et l’autre religieux, la Chapelle Notre Dame de Lorette dont l’évêque du lieu a obtenu la reconstruction. Entre les deux il y a un chemin, où la mémoire se précise, mais l’interrogation demeure toujours la même. Face à des vies qui ont rencontré tant de souffrances et d’angoisses que nous cherchons à nous représenter, chacun peut se demander ce que cela signifie : « Mourir dans la dignité ».
La mémoire d’aujourd’hui reconstitue mieux les objets familiers, les grandes étapes de ce conflit, son ampleur internationale et aussi les croyances et les convictions qui ont accompagné et soutenu cet horrible calvaire.
Dans cet anneau de la mémoire se trouve placé aussi l’espérance chrétienne.
Nous savons mieux que jamais qu’elle ne s’impose pas. Elle n’a pas été vécue non plus comme une évidence. Dans ces moment difficiles, chacun a eu l’occasion de se tourner sincèrement vers le Dieu qu’il connaissait. On a gardé la mémoire citoyenne de certains soldats qui ont imposé à leur chefs de leur laisser prendre le temps de faire à leur camarades une sépulture digne… de prêtres brancardiers qui se sont portés auprès de blessés pour un dernier dialogue…
Au soir de cette journée, nous avons lu dans le recueillement d’une église un texte du Père Teilhard de Chardin, mobilisé dans cette guerre.Il cherchait à lire entre les lignes la présence du Christ dans ce moment de l’histoire, aussi mystérieuse et insistante qu’elle l’a été depuis les commencements du monde.
« J’ai songé, alors à ces cataclysmes d’une prodigieuse grandeur qui n’ont eu, jadis, que des animaux pour témoins. – Et il m’a semblé en cet instant, que j’étais devant cette Chose en train de se faire, pareil à une bête dont l’âme s ‘éveille, et qui perçoit des réalités connexes, sans pouvoir saisir le lien de ce qu’elles représentent » (Teilhard de Chardin, Ecrits du Temps de Guerre p 214) .
Peut être pensait-il aux Phosphatières de la région de Montauban qu’il venait d’étudier où l’on retrouve de semblables tranchées, mais cette fois, c’étaient des bêtes préhistoriques qui y avaient trouvé la mort !
Posté par Pierre Raffin dans Laïcité, Patrimoine artistique | Pas encore de commentaires »
14-03-2015
Le premier jour de la semaine
« Ce jour là, le premier jour de la semaine, des femmes arrivaient au tombeau… ». Elles le trouvent vide. Des anges leur disent qu’Il est vivant !
Ces femmes qui étaient disciples de Jésus ont été les premières à accueillir la Bonne Nouvelle qu’était la vie Renouvelée de leur Maître et Ami.
Pas de fascination sur l’image d’un être aimé, au contraire, le désir de partager et de propager avec les autres disciples cette bouleversante Nouvelle.
Ce jour là, le premier de la semaine, était pour les disciples le commencement d’une nouvelle vie. Ils ont ressenti cette rencontre avec Jésus Ressuscité comme le signal d’un nouveau départ.
Le signe distinctif de cette communauté renouvelée était le rendez-vous qu’ils se sont fixé le premier jour de la semaine, le Dimanche.
Aujourd’hui, on nous prétend que ce rythme de la semaine instauré par les juifs puis par les chrétiens serait improductif. En cette période de récession économique, il est temps de se mettre au travail 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 et 12 mois sur 12. Chacun trouvant naturellement son repos dans les temps morts que lui laisse l’organisation économique de la société. Pour certains, on le sait, ces temps de repos peuvent se prolonger plus longtemps que prévu !
On nous demande d’oublier un à un les modèles que les chrétiens, avec bien d’autres, ont réussi à intégrer dans la vie sociale pour qu’elle soit plus humaine : le rythme du travail, le respect de la vie du début à la fin, le soin à apporter à ceux qui réussissent moins bien, la tendresse et la fidélité au sein de la vie familiale…

L’entreprise connaît ces dernières décennies des transformations et mutations importantes des organisations du travail, s’appuyant sur des théories organisationnelles
Certes l’évolution rapide des choses nous montre que l’on ne peut pas se cantonner à défendre des calendriers ou des lois si bien ciselées qu’elles ne tolèrent aucune exception ! Nous avons besoin d’imagination pour que la vie soit un perpétuel dépassement de nos routines, de nos étroitesses d’esprit et de cœur.
Nous portons tous le désir d’une vie fraternelle et inventive.
Les chrétiens peuvent dire que cette vie est rythmée car le voyage peut être long. Il y a lieu de s’arrêter pour reprendre souffle, de s’alimenter. Ils trouvent auprès de Jésus, leur maître et ami, le secret d’une énergie à laquelle ils viennent joyeusement puiser, le premier jour de la semaine !
Un certain pape François a parlé de la Joie de l’Evangile, dont il faut toujours retrouver la source vivante pour être sûr de la communiquer ensuite.
L’Evangile parle de Vie Eternelle, une vie qui ne cesse de se ressourcer et de se communiquer car elle est le dynamisme de Dieu qui nous porte au-delà de nous même.
« Qui prendra la route vers ces nouveaux espaces
Qui prendra Jésus pour maître et pour ami ?
L’humble serviteur a la première place
Servir Dieu rend libre comme Lui » (Livre de la Prière des Heures)
Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Laïcité | Pas encore de commentaires »
21-01-2015
Vision d’un Peuple
Le samedi 10 janvier j’étais dans la rue comme d’autres Toulousains. Un car avait pu me rapprocher du centre ville et je pouvais regarder le nombre inhabituel des gens converger paisiblement vers les lieux de la manifestation. Plus de 120.000 !
Pourquoi étais-je là moi aussi ? Sans doute pour exprimer ma compassion pour les victimes du drame du mercredi précédent et aussi par respect pour cette foule qui avait déjà manifesté l’intention de s’exprimer, de dire par un sursaut de dignité qu’il y a des valeurs communes qui fondent notre société : liberté d’expression, refus des moyens violents pour exprimer sa différence, compassion pour les blessés, les morts les familles traumatisées, avertissement pour dire qu’on est là et qu’on n’est pas disposé à tout accepter, confiance en ceux qui ont à gérer notre propre sécurité. Tout ce qui se nomme démocratie était en train d’affleurer dans les cœurs et les esprits et prenait le visage d’une foule.
Descendu du car, mêlé à cette foule de plus en plus dense, Je pensais à l’Evangile de la messe du dimanche précédent. Il parlait de Jésus qui vient se mêler à une foule qui va au devant de Jean Baptiste parce qu’il invitait à un geste de conversion en vue de se préparer à un Avenir, peut être oublié, mais que Dieu n’avait jamais cessé de promettre.
Il me semblait que cette vision d’un peuple innombrable qui se rassemble me faisait du bien. Nous sommes des individus apparemment noyés dans une masse et pourtant il y a quelque chose qui ressort de notre conscience qu’aucune dictature ne pourra jamais étouffer.
Il me semblait possible d’accueillir les paroles de la Bible qui parlent de Dieu présent au coeur de son peuple. Ce peuple est capable de s’ouvrir à de grands idéaux et… capable de nouveau de se laisser enfermer dans les rivalités qui menacent de bientôt détruire l’Unité et l’Espérance un moment entrevue…
Par contre, je ne voyais pas trop comment témoigner de cette espérance qui me paraissait bien lointaine et en dehors de l’état d’esprit de ceux que je côtoyais… Pour eux, sans doute, l’espérance existe bien, mais elle s’est laïcisée. Nous n’aurions pas besoin d’un dieu pour nous imprégner du grand idéal que nous sentons parfois affleurer dans nos cœurs !
Beaucoup de croyants ressentaient comme moi la vision enthousiasmante d’un peuple vivant et réagissant positivement à de grands idéaux et aussi une grande difficulté à partager la confiance que nous avons d’être accompagnés et attirés par ce Dieu qui est Quelqu’un de bien Vivant et a un coeur de Père.
Le mot de laïcité a été prononcé partout et fait partie maintenant de notre culture. Il nous oblige à reconnaître que le Visage de Dieu ne se dévoile pas automatiquement, quelle que soit l’ampleur des évènements auxquels nous participons.
Dieu se laisse chercher, y compris par ceux qui croient déjà en Lui et ont pour mission de le faire connaître aux autres.
Le message chrétien fait comprendre que l’homme et l’Humanité sont comme des fleurs. Elles ont pour vocation de s’épanouir en se tournant vers le soleil. Refuser cette lumière, c’est s’exposer à laisser se dissoudre ou peut être s’autodétruire le dynamisme profond qui anime chacune de nos vies.
Notre prière de croyants pourrait être :
« Comment Seigneur pourrais-je témoigner de Toi si tu ne me donnes ton Esprit et avec Lui, à la fois la claire vision de ce qui se passe et le courage pour la transmettre ».
Pierre RAFFIN
Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Laïcité | Pas encore de commentaires »
19-01-2014
Christine Pedotti à Sainte Germaine
Nous avons été très honorés en accueillant avant-hier Christine PEDOTTI dans sa tournée de conférences à travers la France sur le thème : « Vers une église de la miséricorde », tout un programme…
Christine PEDOTTI est cofondatrice d’une association qui regroupe plusieurs mouvements chrétiens soucieux de donner aux femmes et plus généralement aux chrétiens laïcs la place qui leur revient dans la vie d’Eglise. Tout cela devrait aller de soi et pourtant l’habitude d’être gouvernée par des hommes, et de plus des clercs, peut laisser des traces dommageables dans la manière de ressentir les situations. Il peut arriver que le souci de défendre la loi fasse oublier l’inspiration profonde de l’Evangile et son parti pris de miséricorde.
L’oratrice en est venue à parler des prêtres dont l fonction est importante dans l’Eglise et pourtant pal définie.
Elle rejoignait le thème qui nous avait réunis 3 semaines plus tôt dans cette même église Sainte Germaine pour le 50° anniversaire de mon ministère de prêtre.
Nous avions organisé un débat qui a réuni une centaine de personnes avec ces mêmes questions : un prêtre, où en avons vu un ? Était-ce dans une circonstance importante de notre vie personnelle, de la vie de l’Eglise, de l vie du monde ?
Peu à peu, c’était le visage du prêtre qui se dessinait.
Voici un petit témoignage que quelqu’un a glissé dans ma poche :
« 50 ans, signe de fidélité.
- Témoignage de durée plus fort à l’époque où justement il n’y a plus de durée : ‘génération zapping ‘. La fidélité ne peut être signe de soi seulement : on est fidèle grâce aux autres. Le prêtre ne peut être que par la communauté des chrétiens, témoignage de rencontres humaines, du vécu de la parole proclamée. Témoins plusieurs prêtres que j’ai connus.
- 50 ans est aussi la relecture de sa propre vie, des étapes franchies, compréhension peut être des zigzags rencontrés ou vécus. Merci, merci, merci Pierre RAFFIN »
Cette fête a été pour moi un moment de communion et d’action de grâce pour ce qui se passe dans nos vies. On en sort renforcé dans son dynamisme, encore plus joyeux d’être appelé à répandre l’Evangile.
Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Laïcité, Non classé | Pas encore de commentaires »
27-12-2013
La Croix des Pousses
Pourquoi ériger une croix dans un cimetière?
Par Jacqueline Guyot jacquelineguyot@gmail.com
Des chrétiens souffraient d’un manque de signe religieux dans ce nouveau cimetière des Pousses, alors qu’au village une jolie chapelle dédiée à Notre Dame des champs située dans le cimetière de Cugnaux Villeneuve, cela permet aux chrétiens de prier et de se recueillir.
Après avoir sollicité monsieur le Maire, de ce projet et obtenu son accord, une souscription a été ouverte. C’est un jeune sculpteur du Tarn Frédéric EYRAUD, qui a été retenu pour finaliser le projet. Durant la semaine Sainte, il nous a présenté des esquisses, au cours d’une conférence animée par le père Alain MARCHADOUR bibliste, et recteur de l’Ecole Biblique à Jérusalem dans les années 2004, sur la croix du Christ.
Pour la Toussaint, la croix est érigée au cimetière des Pousses en présence des responsables de la municipalité Le socle est réalisé par les employés municipaux et trois plaques y sont apposées :
« L’Amour espère tout » St Paul………, la deuxième plaque pour remercier le sculpteur Frédéric Ayraud et les donateurs et la troisième plaque rappelle le génocide rwandais : une fois par an des rwandais se réunissent autour de la croix pour prier pour leurs défunts et ceux du génocide.
Ce monument est entretenu et fleuri par la piété populaire.
Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Laïcité | 1 Commentaire »






























