Nous avons eu cette semaine la Fête du Sacré Cœur. Tout le monde connaît la grande basilique du Sacré Cœur à Montmartre, témoin de la piété du 19° siècle.
L’idée que l’on se faisait était que tous les malheurs que nous avons avaient pour cause l’impiété des hommes, et qu’il fallait réparer en leur nom devant Dieu tout le mal qui avait pu être fait.
On pense alors au Christ dont le Cœur a été transpercé et qui demande pardon à notre Père en notre nom.
L’image qui ressort est le regard doucereux du Christ, tourné vers le ciel et qui n’a même plus besoin de regarder la terre.
Les non croyants ne se sont pas privés de caricaturer cette attitude. On se rappelle la petite phrase de GIONO : « Le Christ traverse les batailles une rose à la main ». Jean GIONO, c’était le début du 20° siècle, on dirait aujourd’hui : « il est déconnecté ».
La page de l’Evangile que nous venons de lire nous montre au contraire le Christ dans la mêlée : il vit des affrontements, il reçoit des coups et il suggère que çà peut vous arriver aussi, si vous cherchez à faire la volonté de Dieu.
Voyons le genre d’affrontement dont il est question
- le premier vient des autorités de Jérusalem qui veulent contrôler et même soupçonner son activité. « C’est par Beelzeboul, le chef des démons que tu chasses les démons »… Jésus se bat sous le mode de la controverse : « Tout Royaume divisé contre lui-même est appelé à périr… »
C’est donc l’autorité du moment qui s’en prend à Jésus.
- Le deuxième cas de figure est l’entourage familial de Jésus. On lui reproche de trop se mettre en avant : « fais comme nous, écrase toi, il ne faut pas chercher à comprendre »
Jésus revendique sa liberté face à son entourage et face à ce qu’il a voulu contester.
Marc note son regard, qui n’est pas le regard doucereux dont on parlait tout à l’heure.
Il regarde ceux qui sot en train de devenir disciples : « ceux qui cherchent à faire la volonté de Dieu sont pour moi un frère, une sœur, ou une mère »…
« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront appelés fils de Dieu »…
Les débats sur la vérité et la justice doivent-ils être aseptisés, de façon à ne pas être contaminé par ce qui vient du monde ? Ou bien faut-il se lancer dans l’actualité, et dans quelle perspective ?
Nous pouvons prendre un exemple dans l’actualité de la semaine.
Les lois de la démocratie permettent d’éplucher les comptes de campagnes des candidats.
On a épinglé celui qui est actuellement président. Ne vous en faites pas, demain ce sera un autre !
On lui reproche donc d’avoir obtenu pour la location d’un théâtre pour un meeting de campagne, d’avoir eu à verser 3000 euros, tandis qu’un autre candidat a dû trouver 100 fois plus…
Le 6 Janvier dernier, fête de l’Epiphanie, les services du Vatican ont fait paraître un texte de 19 pages intitulé :
« Considérations éthiques sur certains aspects du système économique et financier actuel ».
Le texte soutient que les grandes entreprises devraient avoir un comité d’éthique pour vérifier si les décisions prises favorisent à la longue le bien commun.
Et il prévoit l’objection : « Bien sûr que nous en avons » !
Seulement, le travail de ces commissions n’a pas toujours pour but l’utilité ou la moralité de ce qui est entrepris, mais de vérifier si on est bien dans les clous des lois existantes. Ces experts ont plutôt pour vocation de vous protéger contre les poursuites ultérieures.
La question que voudrait poser une autorité morale comme l’Eglise est celle du bien commun : admettons que le monsieur est le propriétaire du théâtre. Est-il le seul propriétaire : ou bien ceux qui travaillent pour le théâtre, ceux qui sont réduits peut être au rôle d’intermittents, les actionnaires même, n’ont-il pas droit aussi à demander des comptes sur l’argent qu’ils n’ont pas reçu.
On s’est servi de leur argent (qu’à leur tour ils auraient pu utiliser bien ou mal ) pour cautionner l’engagement personnel du chef d’entreprise…
Il s’agit d’élever le débat : non de savoir si l’on souhaite que celui-ci ou celui là sera plus ou moins blanchi, mais si l’engagement de chacun pour la vérité et la justice est porteur à la longue de fruit, donne une idée plus grande de la personne humaine et de sa vocation.
Les 6 et 13 décembre 2015 auront lieu les élections régionales. Actions de formation et d’apprentissage, alternance, sport, culture, gestion des transports… Les compétences de la région nous concernent particulièrement en tant que jeunes du milieu ouvrier.
Avec le mode du scrutin de ces élections, il suffit d’arriver en tête avec un gros tiers des voix pour s’assurer la majorité absolue des sièges. Mathématiquement, la triangulaire rend le seuil de victoire plus bas. Ce seuil de victoire, des partis d’extrême droite l’ont déjà atteint aux élections européennes ou départementales. Ces triangulaires empêchent des partis de s’allier pour « faire front » contre l’extrême droite, comme ils ont pu le faire lors d’autres élections.
Le parti d’extrême droite qui nous inquiète le plus est le Front National. Il dénonce une société de désordre et il a une volonté d’un nouvel ordre fondé sur un pouvoir autoritaire et policier pour défendre la préférence nationale. Ce parti utilise la peur, le racisme, le sentiment d’insécurité et les souffrances dues au capitalisme.
Le FN ne devrait pas avoir de difficulté à atteindre de nouveau un score de 35%, dans les régions (ou nouvelles régions) suivantes : Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine et Bourgogne-Franche-Comté.
Comment expliquer des scores si élevés ? Il est facile de se reconnaître dans certaines parties du discours des partis d’extrême droite. Ce sont pour la plupart des constats que nous portons : déceptions et manque de confiance en une partie des élus, précarité économique et sociale, concurrence subie…
Par le vote, par des expressions locales, par des actions d’éducation populaire, déconstruisons collectivement les idées propagées par l’extrême droite et réinventons la solidarité !
C’est du côté des réponses proposées que nous nous plaçons en oppositions totalesaux idées d’extrême droite. Les solutions de ces partis portent sur la préférence nationale, l’expulsion des étrangers, la fermeture des frontières, l’islamophobie, la xénophobie, le racisme, l’assignation des femmes à leur rôle de mère, l’homophobie… Les partis d’extrême droite rendent des groupes de personnes, qui ne seraient pas égaux des autres humains, responsables des crises mondiales qui nous bousculent.
Le contexte de précarité grandissante, d’insécurité sociale (notamment chez les jeunes), l’exploitation de la force de millions de travailleurs en France et dans le monde dans des conditions de rémunération et de vie inacceptables ne doit pas mener à la réponse de l’extrême droite : la haine de l’autre pour se protéger soi.
Notre responsabilité est de trouver d’autres réponses, comme s’y attèlent déjà de nombreuses associations, syndicats, chercheurs… « Face aux défis de grande ampleur qu’affrontent le monde du travail et plus largement nos sociétés, il s’agit de réinventer des politiques économiques et sociales qui sortent du cercle régressif de l’austérité, d’éradiquer la misère en faisant progresser l’emploi, de construire des coopérations mutuellement avantageuses avec d’autres continents, d’imposer des normes sociales dans les accords internationaux, de contribuer à la transition écologique pour l’humanité. Ces défis ne pourront être relevés qu’à une condition : que la solidarité l’emporte sur le chacun pour soi et le chacun chez soi. » (En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite, Pierre-Yves Bulteau).
Les premiers visés par les propos de l’extrême droite sont les musulmans. Sous couvert des principes de laïcité, des propos racistes et islamophobes se multiplient dans de plus en plus de sphères politiques. Nous souhaitons rappeler que la laïcité n’a jamais signifié l’éradication des religions, ou de certaines d’entre elles, ni la relégation de leurs expressions dans un espace « privé ». La laïcité garantit le droit des femmes et des hommes à conduire leur existence comme ils l’entendent, quelles que soient leurs situations ou leurs convictions. Selon la Convention européenne des droits de l’homme: « Toute personne a droit à a liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. »
Le vrai combat est celui de l’égale répartition des richesses. Chaque jeune a droit à accéder à l’éducation et au travail dans des conditions dignes. Ce droit ne peut être fondé sur un critère de nationalité ou tout autre critère discriminatoire. « Notre devise, en tant que jociste, est « un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde, car il est Fils de Dieu ». Nous sommes tous égaux et devons tous pouvoir accéder aux mêmes droits.
Localement, la JOC s’est déjà exprimée sur la question, comme la JOC de Lorraine qui tient à rappeler qu’en tant que « chrétiens et ouvriers, nous sommes appelés à la fraternité. Cette fraternité doit nous rendre fiers de partager notre richesse, grâce à des dispositifs de solidarité comme le RSA ou les allocations familiales, afin de protéger les plus petits. Étant tous frères, nous ne pouvons tolérer qu’il y ait des boucs émissaires. »
Nous avons souhaité cette année lancer une dynamique sur le vivre ensemble dans nos quartiers. Le vivre ensemble, c’est reconnaître la richesse de l’autre, frère et sœur en Christ. Nous souhaitons que les actions menées en lien avec cette dynamique permettent à tous d’être pleinement acteur de son quartier afin de pouvoir y vivre dignement.
Par le vote, par des expressions locales, par des actions d’éducation populaire, déconstruisons collectivement les idées propagées par l’extrême droite et réinventons la solidarité !
Aujourd’hui reprend à Rome le Synode sur la Famille.
Le désir du pape est de donner plus de dynamisme et de sens à ce que nous vivons tous les jours.
Une paroissienne vient de faire un séjour à l’hôpital. A cause de son naturel sympathique, le personnel infirmier aimait s’attarder dans sa chambre.
Ils ont écarquillé leurs yeux lorsqu’elle leur a annoncé qu’à la sortie, ils allaient fêter avec son mari leur 50 ans de mariage !
Surtout si l’on n’a pas le soutien fraternel d’une communauté croyante, une telle durée dans la complicité et l’amour apparaît de l’ordre de la légende d’un passé lointain.
On peut dire que Jésus a mis la dragée haute :
« Homme et femme il les créa. Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »
Les premiers chrétiens ont vu dans la vie de mariage et ses prolongements dans les enfants, une manière de suivre le Christ dans ce qu’il a d’exigeant comme dans les bonheurs simples qu’il traduit lui-même en accueillant les enfants, les cajolant, les bénissant, les supportant… en les aimant.
Le pape invite à s’asseoir pour accueillir cette expérience de vie que nous avons reçue.
C’est un peu la manière de faire de Jésus : on vient lui poser une question sur le divorce : il ne répond pas directement, mais il invite les auditeurs à réfléchir :
« Voyons, au commencement, dans la pensée de Dieu lorsqu’il créa le monde », qu’est-ce qu’il voulait, où voulait-il en venir ?
Est-ce que la découverte- pleine d’admiration- de la création ne nous dit pas quelque chose ?
Les auteurs des premières pages de la Bible placent l’homme devant l’univers déjà créé, et l’homme donne un nom à toute chose.
L’homme en question, c’est déjà le savant qui classe, observe, étudie, cherche à transformer.
Mais comment va-t-il faire pour s’observer et se comprendre lui même ?
« Et Dieu fit descendre sur lui un profond sommeil. »…
C’est dire que l’homme, habitant de la nature, n’arrive pas à s’expliquer lui-même.
Il y a un mystère dans sa vie qui ne peut s’approfondir que par la rencontre de l’Autre. Ainsi s’explique ce cri d’admiration : « celle-ci est la chair de ma chair » !
Nous recevons ce précieux cadeau de la tradition biblique comme une invitation à vivre dans l’action de grâce et la confiance dans l’avenir.
Malheureusement nos mentalités d’hommes et femmes de ce siècle ont de la peine à entrer dans cette perspective. On nous reproche d’habiter des idéaux trop lointains pour que cette réalité mystérieuse de l’être humain puisse nous intéresser.
Par ce synode, dans lequel il invite le monde chrétien à s’impliquer, le pape nous invite à aborder ces réalités dans un esprit de dialogue : il faut admettre que toutes les civilisations n’ont pas la même conception de l’amour et du mariage… Aujourd’hui, les rudes conditions de vie, la grande mobilité, les difficultés pour les jeunes d’avoir un emploi, la possibilité de maîtriser mieux la fécondité, l’injuste répartition des richesses, ne nous incitent pas à regarder l’univers autour de nous et notre propre vie comme un cadeau plein de mystère, que chacun peut accueillir avec le cœur plein de reconnaissance et de dynamisme.
Les chrétiens de chaque génération ont la mission de partager la Parole de Dieu avec leurs contemporains dans des termes qui soient compréhensibles par eux… et, demande le pape, avec honnêteté, c’est-à-dire en étant prêts à remettre en question certaines manières de voir de nos prédécesseurs.
Jésus nous en donne l’exemple : alors que ses contradicteurs viennent poser une question qui pourrait bien être un piège : « Est-ce que un homme a le droit de renvoyer sa femme ? » Jésus répond en invitant ses auditeurs à ne pas se demander d’abord ce qui est permis ou défendu, mais plutôt à comprendre par nous mêmes la volonté de Dieu, son désir qui est de nous permettre une vie faite de découverte et de respect mutuel et qui trouve à son tour son soutien dans l’institution du mariage.
Le pape met en avant un deuxième mot : la Miséricorde. Ce mot implique que le Seigneur va nous montrer un chemin, mais qu’il prend son temps avec nous.
Dialoguer avec humanité signifie avoir un idéal, une joie à nous rappeler la tendresse de Dieu pour nous, et aussi avoir la conscience de nos propres limites, qui nous amène à comprendre les autres au lieu de les écraser.
Les évêques poursuivent un débat qu’ils ont commencé il y a un an. On verra s’y affronter plusieurs tendances de la communauté chrétienne. Ils n’arriveront pas à une unanimité parfaite.
Par ce débat, nous montrerons que plus que le plaisir secret d’avoir raison ou d’être meilleurs que nous frères, nous avons le souci d’écouter leurs questions et tout aussi bien d’être fidèles à la Parole qui nous a construits.
A Toulouse, la Maison du Christ Roi est aujourd’hui un lieu de rencontre et aussi un centre administratif des activités chrétiennes du diocèse.
Ce Centre avait été fondé il y a 50 ans pour abriter dans ses nouveaux locaux le Séminaire des Jeunes qui éventuellement se destinaient à devenir prêtres.
En s’installant auparavant au Cabirol (Colomiers), ce séminaire avait déjà subi une rénovation importante, sous l’impulsion du chanoine DELARUELLE. Il s’agissait de former des prêtres habités par la double culture de l’enseignement laïc et de la tradition catholique. C’est dans cet esprit que nous avons été élevés.
La création du Christ Roi en 1964, au moment du Concile, correspondait à un nouveau pas concernant le renouvellement de l’Eglise. On comprenait que la foi n’était pas la seule affaire des intellectuels, elle était aussi vécue dans le quotidien de la vie du peuple.
L’animateur du projet était le chanoine BARBASTE, l’un de premiers aumôniers de la JOC à Toulouse.
Grâce à l’héritage d’une riche toulousaine, Mlle PUGENS, on a pu construire le magnifique ensemble que représentaient l’école et l’église paroissiale.
Comme gémit une biche après l’eau vive, ainsi mon âme a soif de toi. Psaume 42. Détail de l’autel de la chapelle
Mettre cette entreprise sous le patronage du Christ Roi, c’était remonter aux projets apostoliques que Pie XI avait développés dès 1925. Par la transformation de la réalité sociale on voulait rapporter au Christ tout ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité pour qu’il le protège et le fasse grandir.
C’est ce qu’expriment les inscriptions en lettres dorées sur la façade de l’église :
« Vivez dans le Christ Jésus. La réalité, c’est le Christ ». (Saint Paul)
« Tels des pierres vivantes, laissez vous édifier en demeure spirituelle » (Saint Pierre)
Devenu professeur de Lettres, c’est ainsi que le Père BARBASTE et ses successeurs m’ont laissé toutes les chances pour m’enraciner dans les Mouvements d’Action Catholique en Monde Ouvrier., en souhaitant aussi que cet engagement soit un moyen d’ouverture pour l’ensemble de l’équipe éducative.
C’est ainsi que j’ai participé pendant plus de 10 ans à l’animation de l’école. Je dois dire que souvent mes préoccupations extérieures me prenaient beaucoup. Mes confrères ne m’en ont pas voulu : j’y étais aimé et respecté.
L’ensemble de l’équipe avait une grande valeur humaine et pédagogique. Mais, avec le temps, il a fallu se rendre à l’évidence : le projet ne pouvait plus tenir. Il reposait sur un trop petit nombre d’élèves et l’on ne pouvait plus assumer la variété des branches dans lesquelles l’enseignement s’est spécialisé.
Ce projet reposait sur des valeurs humaines et chrétiennes correspondant à l’idéal éducatif que l’on pouvait se faire. Nous n’avions plus les moyens de le mettre en œuvre.
L’école a donc fermé et le diocèse, avec beaucoup de constance d’ailleurs, a donné à la Maison du Christ Roi la mission qui est la sienne aujourd’hui. Pour nous, c’était tout de même un échec…
Le tabernacle a la forme de l’Arche d’Alliance que le peuple transportait à travers le désert, symbole d’une Présence qui l’accompagne
Rappeler ces 50 ans aujourd’hui, c’est témoigner de la Force qui nous a permis de traverser cet échec
Ce qui m’étonne aujourd’hui, c’est que je n’ai rien à renier de mes motivations d’alors pour préparer la construction du Corps du Christ Jésus, en visant cetteréalité qui nous est donnée en perspective.
Comme prêtres, nous avons à accompagner la foi des chrétiens, leur dire que leur relation au Christ peut demeurer vivante malgré les échecs qu’ils ne manquent pas de rencontrer. Le Christ est en avant de nous, la foi en lui est sans cesse remise en chantier.
Nous savons que çà marche, et nous avons pour mission de donner à d’autres la confiance que çà peut marcher.
Notre relation à lui est toujours vivante, elle nous donne assez d’assurance pour aider nos frères en humanité à traverser leurs épreuves.
Monsieur Olier, fondateur des séminaires sulpiciens
La formation s’est poursuivie au Séminaire Régional de la rue des Teinturiers qui venait de se constituer à Toulouse. Elle était sous la conduite des Sulpiciens, du nom de la paroisse Saint Sulpice à Paris qui, au XVII° siècle avait accueilli un séminaire dans le but d’adapter à la réalité française les orientations du Concile de Trente. C’était aussi l’époque de Saint Vincent de Paul. Ils avaient une spiritualité commune que l’on a dénommé l’Ecole Française de Spiritualité. C’était une méditation centrée sur le Christ qui a pris chair et est devenu ainsi l’intermédiaire entre Dieu et les hommes. La spiritualité consistait à imprégner ceux qui voulaient devenir prêtres de cette mission du Christ et leur apprendre à lui laisser la place. Il n’y a qu’un seul Prêtre, le Christ et nous étions appelés à en devenir les ministres.
Les Sulpiciens avaient le souci de former avant tout des prêtres en vue du ministère paroissial. Ils avaient une grande expérience de la direction spirituelle. Cette pratique consiste en un dialogue renouvelé avec celui qui est accompagné. L’accompagnateur cherche à déceler l’action de l’Esprit de Dieu dans le cœur et la vie de celui qu’il accompagne et invite celui ci à y répondre en toute liberté.
Nous avons étés initiés aux nouveaux courants qui s’étaient manifestés dans l’Eglise depuis les années 30 : renouvellement de la liturgie et de la spiritualité sacerdotale, Action Catholique et enfin annonce du Concile convoqué par Jean XXIII.
L’École française de spiritualité est un concept forgé par l’abbé Henri Bremond dans les années 1920 pour définir le courant français issu de la Réforme catholique du XVIIe siècle1.
L’École française de spiritualité a pour caractéristique de marquer l’accent sur le mystère de l’Incarnation et de préciser les rapports du Logos (Verbe incarné) dans la charité agissante, ceci a pour conséquence de placer au centre de ses préoccupations la sanctification du prêtre, en étant missionnaire des âmes.
Ce courant fut majoritaire dans la formation de la spiritualité et de la dévotion catholique, du milieu du XVIIe siècle au milieu du XXe siècle