Archives pour la catégorie 'Action Culturelle'

31-08-2020

Visite à Maguelone

burstEhab est un jeune palestinien, courageux malgré son handicap : il a quitté Toulouse où il était connu, pour continuer ses études de français à Montpellier. Ouvert à tous les signaux de son téléphone portable, il a fini par trouver un magnifique appartement en bord de mer où il m’a invité pour quelques jours de vacances.

Il m’a montré un de ses lieux préférés : l’ancienne cathédrale fortifiée de Maguelone qui domine la mer, tout près de chez lui. Il m’a fait partager ce qu’il ressent en ce lieu que ses ancêtres Sarazins ont autrefois occupé ! La forteresse avait ensuite servi de refuge à quelques papes du Moyen Age, puis aux protestants, ce qui lui a valu d’être démolie par Richelieu…magelone

Au XIX° siècle, une famille de commerçants  Montpelliérains achète l’île, et commence à réhabiliter les lieux en en faisant un parc de plantes méditerranéennes. Et c’est ce qui fait le cachet de cet endroit où sont associés la mer, la végétation méditerranéenne et les pierres de l’église romane.

Le lieu est maintenu en vie par un CAT (Centre d’Aide par le Travail), qui exploite les vignes, entretient les paysages, et plaide pour de nouvelles réhabilitations.IMG_20200824_170618_BURST001_COVER

Il m’ semblé que ce lieu parlait bien de notre situation d’aujourd’hui : malgré les troubles et les incertitudes que nous connaissons avec la pandémie et le reste, il y a des choses qui nous parlent : les paysages de bord de mer que l’on trouve ici, la lumière qui traverse les feuillages pour éclairer les murailles de ces vieux bâtiments, l’atmosphère apaisante de l’église romane, le centre l’aide par le travail qui maintient ce lieu en vie…

Un silence qui parle comme autrefois aux poètes romantiques :

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme

Qui s’attache à note âme et la force d’aimer ? »

C’était Lamartine.  Avant lui, après les destructions produites par la Révolution Française, Chateaubriand avait écrit : « le Génie du Christianisme » : les pierres d’une église même détruite parlent encore… de ce que l’on ne voit pas : le mystère qui enveloppe la vie humaine et lui promet un avenir.

Autre chose que ce que nous trouvons sur nos appareils même bien branchés.

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17-02-2020

Chère Amazonie

 

_enfant amazonieJ’ai visité, le 6 février dernier à Paris, l’exposition de photos de Claudia ANDUJAR, sur l’Amazonie. Plus de 30 ans de photographie et d’amitié avec les « Yanomami » dont le nom signifierait « les êtres humains »…

C’et une belle leçon d’humanité que fournit ce peuple menacé de disparaître par l’extraction sauvage des minerais, le pillage et les incendies des forêts, les épidémies  et la déstabilisation des communautés.

« Claudia est entrée dans l’intimité des yanos , et a cherché à traduire l’intensité de l’univers chamanique qui les englobe. Des rayons de lumière fusent dans l’air, un jeune homme étendu dans son hamac est nimbé de fumée… Les scènes de la vie quotidienne   sont interprétées de manière à transcender la réalité, en invitant à une interprétation métaphysique. »

jeune hamac AmazonieJ’avais fait cette visite en compagnie de Raoul, mon ami chilien exilé à Paris. Il ressentait tout cela parfaitement.

J’ai « visité » quelque jours plus tard cette même exposition en lisant avec passion le texte que le pape François vient de publier : « Chère Amazonie ».

Le pape latino-américain connaît la pauvreté et la dignité de ce peuple en étroite communion avec ses fleuves et ses forêts, menacé de disparition et de corruption par les prédateurs de la civilisation capitaliste. Les habitants des forêts équatoriales risquent de disparaître comme des « espèces non viables ». Mais avec eux c’est le sens de notre appartenance  à notre environnement qui risque d’être mutilé, désacralisé.

Les mépriser,  c’est ne plus apercevoir ce qui nous réunit  au mystère de la vie, qui nous est offerte de manière somptueuse  comme un cadeau.

Lutter pour cette incroyable diversité présentée dans la nature, peut être une approche de Celui qui nous a donné tout cela et entrer plus avant dans les intentions du donateur.

Nous avons besoin de la poésie pour faire notre chemin vers Dieu.

chère Amazonie« Seule la poésie, dit encore le pape citant un poète indien, grâce à l’humilité de sa voix, pourra sauver le monde ».

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12-12-2018

La France des gilets jaunes, entre collines et ravins

Sermon du temps de l’Avent

Luc 3, 1-6

Cette page de l’Evangile de Luc marque le début de la proclamation de l’Evangile sur la scène du monde.

Il y a ceux qui se partagent le pouvoir : l’autorité impériale, les chefs locaux, le grands prêtres avec lesquels il faut aussi compter…

Une autre voix vient du désert, elle investit Jean, le prophète.

Elle vient du fond des âges. Elle s’identifie avec les promesses renouvelées par le prophète Isaïe ch 40 :

« Consolez mon peuple… Parlez au cœur de Jérusalem, dites lui que son esclavage est fini, dites lui qu’elle a reçu double punition pour ses fautes » ou ses erreurs : il a fallu avaler toutes les punitions qui sont les conséquences de nos déviations… maintenant, le Seigneur vient. Il a écarté toutes les difficultés qui nous faisaient croire qu’il nous serait impossible de sortir du gouffre.

Le prophète Isaïe dit qu’il y a un cœur pour Jérusalem : un lieu où elle peut écouter, se laisser réconcilier, exprimer aussi ce qu’il y a de beau qui peut sortir de son cœur…

Le Psaume 119 32 dit : « Tu as dilaté mon cœur, maintenant je vais courir sur les chemins de tes commandements ».

Son cœur peut se dilater en se laissant réconcilier avec Dieu. Les précipices seront comblés !

-   On peut être enfermé comme au fond d’un gouffre

-   On peut être opprimé ou anéanti par ceux qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé

Yse-_-Ludmila-Mikael

Ludmila-Mikael dans le rôle d’Ysée

-   On peut être dépaysé par des chemins tortueux.

-   On peut être blessés au hasard  des obstacles rencontrés…

Le poète Paul Claudel avait résumé cela avec un proverbe portugais :

« Dieu écrit droit avec des lignes courbes ».

Il a raconté sa conversion survenue18 ans, l’après midi de Noël 1886, derrière un pilier, à ND de Paris : «  »En un instant mon cœur fut touché et je crus ! » Il a eu le sentiment d’être investi par une présence qui le dépassait. Tout lui paraissait lumineux, sauf qu’il y avait tout à faire, à reconstruire, sauf qu’il fallait régler son compte avec une liaison adultère où il s’était investi. « Ce terrible amour, dit-il, qu’il faut vous arracher du cœur ! »

Cette situation revient souvent dans son œuvre : elle était devenue le symbole des ravins infranchissables qui nous séparent de la mise en œuvre de la Parole une fois entendue.

« Comment t’es-tu fait un chemin, voix de mon Dieu ? » (Gertrude Von Le Fort, poétesse allemande) ;

Le rappel de ces citations nous indique les chemins, parfois abrupts, infranchissables, qui se découvrent comme possibles avec la grâce de Dieu.

L’Evangile de Luc donne ici une préface à son récit qui raconte plusieurs épisodes du chemin de Jésus avec les siens, comme autant d’ouvertures qui permettent à la Parole de Dieu de venir jusqu’à nous et nous donne les moyens de répondre.

Gilets-jaunes-17-novembre-1024x768-1-854x641-854x641En ce moment d’anxiété vécu par notre pays, on dirait que nous sommes au fond d’un ravin dont nous ne savons comment sortir.

Chaque croyant devrait pouvoir se dire pour lui-même la parole adressée à jean Baptiste :

« Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut, tu marcheras devant la face su Seigneur pour préparer ses chemins pour faire connaître à son peuple le salut et la rémission de ses péchés » !

Le salut, par rapport aux montagnes d’orgueil qui nous paraissent infranchissables, aux ravins dans lesquels nous nous sommes laissés emprisonner, aux blessures qui nous paraissent inguérissables.

Le salut par la foi, dit le prophète Michée est « de marcher humblement devant ton Dieu »(Michée 6, 1-8)

A charge pour nous d’explorer toutes les voies enseignées par Jésus dans l’ l’Evangile,(Pascal), lancer les ponts que nous pouvons réaliser pour que la justice et la paix, entrevues dans la foi se réalisent sur la terre comme au ciel.

C’est un défi.

L’urgence du temps nous indique aussi la force d’autorité que nous pouvons donner à la Parole de Jésus, car il vient « non pour condamner le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé ».(Jean 3, 17)

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07-11-2018

Le Colonel Birot, témoin et héros de la guerre 1914-1918

 

le tombeau dans la lumière

le tombeau dans la lumière

Au cours des années 2014-2018, la mémoire nationale s’est remise en route pour partager les souvenirs de la guerre qui s’est déroulée il y a maintenant 100 ans.

Nous avons à Saint Lieux, comme dans toutes les localités de France, notre Monument aux Morts qui relève 27 noms – ce qui est qui est déjà important pour un modeste village.

Une guerre, même terriblement meurtrière, finit par s’ensevelir dans le passé. Cette commémoration a été l’occasion de faire croiser les souvenirs qui viennent de nos familles avec le travail des historiens qui cherchent, avec le recul du temps, à établir ce qui s’est réellement passé.

Notre région garde le souvenir de Jaurès, infatigable défenseur de la paix, et assassiné à la veille du conflit. Il avait sillonné l’Europe pour ouvrir les yeux ds populations sur les conséquences d’un conflit qui, avec les progrès de l’industrie de l’armement et les rivalités des empires coloniaux en train de se constituer ne pouvait être qu’une guerre mondiale !

On peut voir à Saint Lieux, outre le Monument aux Mort face à l’église et à la mairie, au cimetière celui du Colonel Joseph BIROT, membre de la commune, où il s’est marié en 1898 avec Marie de BARAVY . On trouve, gravées sur le monument les traces des faits de guerre attribués au 124 ° RI , dont il a été le responsable pendant la totalité de la guerre.

l'armement est devenu de plus en plus sophistiqué

l’armement est devenu de plus en plus sophistiqué

Ce régiment, implanté aux environs de Laval, était constitué de Basques, de Gascons et de Bretons. Chaque régiment avait son identité, grâce au drapeau où étaient accrochés les souvenirs des ancien. Celui du 124° RI rappelait le passage de la Berésina, lorsque Napoléon avait subi ses premiers échecs : de quoi remonter le moral des troupes et partir au combat la fleur au fusil. La supériorité de l’artillerie allemande a rapidement fait découvrir les réalités de la guerre : morts et blessés sans nombre, insécurité… et l’humiliation de la retraite de l’armée française. Le 124 ° RI, implanté dans la région des Flandres, compte dès les premiers mois la mort de 20 officier et 250 hommes de troupe.

On note alors les efforts du Commandant BIROT, pour avec un autre officier, réunir ceux qui restaient de leurs bataillons et aménager des positions pour résister à l’avancée des ennemis.

Devenu Lieutenant Colonel, il a pris la tête du 124 ° RI que l’on a déplacé,toujours aux avant postes, dans la région de Verdun.

L’historique du régiment signale des batailles plus difficiles. Chaque fois, le nombre de blessés et de morts s’affiche de façon laconique. Le quotidien, c’est la patrouille de reconnaissance, les bombardements des tranchées et les travaux de déblaiement et de reconstruction après une attaque, les offensives ordonnées par l’État Major. A plusieurs reprises, le PC du colonel est particulièrement visé. En Mars 1918, il est bombardé et gazé à l’ypérite. Une dizaine d’officiers, dont le colonel doivent être évacués, celui ci reprendra le commandement deux mois après !

Pour la dernière offensive avant la victoire, le régiment est à nouveau déplacé. Offensive particulièrement meurtrière qui coûtera la vie au Colonel BIROT. Il est mort le 7 Novembre 1918, quelque jour avant le cesser le feu.

Le monument de Saint Lieux, en rappelant ces batailles, dit que le régiment l’a pleuré comme un père. Les dangers quotidiens demandaient au chef une autorité naturelle et finalement d’être aimé par ses soldats. Un chef exécute les ordres mais il a parfois la possibilité de choisir le moment afin qu’ils soient assurés avec le maximum de sécurité. Le régiment a été remarqué pour la qualité de la nourriture ainsi que pour l’énergie qu’il a fallu déployer pour remettre en état les ouvrages de défense aussitôt que démolis, même si les soldats étaient épuisés, en cas d’une nouvelle attaque.

Son épouse Marie est venue s’installer à Saint Lieux où elle a vécu 50 ans de séparation et de veuvage. Ils n’avaient pas eu d’enfant. La vie s’était arrêtée pour elle le 2 août 1914. Elle vivait là avec les deux servantes qui avaient suivi le ménage durant ses déplacements.

Marie Birot

Marie Birot

Marie BIROT parlait de son homme comme de quelqu’un de bon et de droit. C’était probablement vrai car c’étaient ses propres qualités. La petite école libre de Saint Lieux a toujours pu compter sur son soutien financier.

La maison de Saint Lieux était devenue une sorte de monastère, marqué par les temps de prière, les travaux du jardin, la bonne cuisine pour les hôtes sous la direction de Cécile, et les nouvelles rapportées par Denise lorsqu’elle revenait à vélo du marché de Saint Sulpice.

Cette vie réglée ressemblait aussi à l’administration militaire qui comportait un fourrier, le gradé en temps de paix comme en temps de guerre, qui était chargé des conditions matérielles qui doivent être bien assurées pour que le groupe puisse bien remplir sa mission. Ces qualités ont imprégné la vie de Joseph BIROT et de son épouse. On peut penser aussi qu’elles leur venaient de notre terroir.

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28-06-2018

Venez fêter nos 80 ans

Nous sommes quelques amis à découvrir nos 80 ans.

Nous n’avions pas eu le temps d’y penser.

Souvent la vie associative et l’engagement d’Eglise nous ont permis d’élargir notre horizon.

Beaucoup de joies, de peines, beaucoup de liberté.

Chaque instant de la vie nous apparaît encore plus intense et fragile.

le-laboureur-et-ses-enfant

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Comme le vieux laboureur de Lafontaine, nous avons peut être un secret à transmettre

Venez le fêter avec nous Samedi 30 juin 2018

à l’Eglise Sainte Germaine (métro Ste Agne)

On commencera

par la Messe Paroissiale à 18 h

Puis Apéritif

et Repas partagé sur l’esplanade.

Animation et dégustations au gré de chacun.

On peut prendre le menu complet ou se contenter de l’une ou l’autre de ces manifestations.   A bientôt

Marcel, Serge, Odile, Dominica, Pierre, Monique, Jacqueline

« Il est important de souligner une chose : c’est vrai que la société tend à nous mettre de côté, mais certainement pas le Seigneur. Le Seigneur ne nous met jamais de côté ! Il nous appelle à le suivre à tous les âges de la vie, et la vieillesse contient aussi une grâce et une mission, une véritable vocation de la part du Seigneur. Être âgé est une vocation. Ce n’est pas encore le moment de « baisser les bras ». Cette période de la vie est différente des précédentes, cela ne fait aucun doute ; nous devons également un peu « l’inventer », car nos sociétés ne sont pas prêtes, spirituellement et moralement, à donner à celle-ci, à ce moment de la vie, sa pleine valeur        (Pape François  11 Mars 2015)

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14-07-2017

Musique d’été à Toulouse, Talents selon l’Evangile

MoschettaParabole du Semeur

(Matthieu ch 13) A la faveur des concerts de musique d’été à Toulouse, j’ai eu l’occasion de retrouver deux jeunes qui avaient grandi dans les communautés chrétiennes de notre secteur.

Je pouvais voir ce qu’était devenue la graine qui avait été déposée en eux : l’un d’eux donnait le concert, l’autre était venue comme auditrice.

En écoutant et en voyant, car la musique peut être aussi un spectacle, je pensais au monde de la musique dans lequel ce jeune se fraie un chemin. Et je me demandais quel était le rapport entre le monde de la littérature musicale, où ce jeune a appris à se mouvoir – un monde fait de sentiments et de passions que l’on essaie d’interpréter en apportant soi même sa maîtrise, sa sensibilité… le marché de la musique qu’il tout aussi difficile de  maîtriser, le rapport donc avec la modeste graine de la Parole de Dieu qu’il avait reçue de la communauté. Cette parole, il l’avait sans doute reçue dans son cœur… (Mat 13, 19)

 

La question était la même pour l’autre jeune que j’ai rencontrée ce soir là. Elle aussi avait quitté Toulouse : elle cherche un débouché professionnel et se cherche elle-même. Qu’es-ce qu’elle voudrait faire de sa vie ?

Elle est en train de se professionnaliser dans le yoga, et, me dit-elle, elle aimerait bien pouvoir l’enseigner dans les prisons, parce qu’une technique non violente peut aider des gens à se reconstruire.

 

En plus de l’image de la graine qui nous est donnée, Jésus parle aussi des talents différents qui sont confiés aux uns et aux autres.

Ces talents sont les qualités mises à notre disposition, mais ils ne concernent pas seulement les techniques que l’on doit soigneusement mettre au point, les relations avec les personnes bien placées que l’on cherché à cultiver : Jésus nous parle de la manière dont on vit tout cela.

Il est question

-           de l’amitié qui se développe entre jeunes artistes au fur et à mesure qu’ils s’initient au métier.

-           De la simplicité avec laquelle ils abordent le public

-           De la confiance pour lui dire que lui aussi est capable de ressentir des choses que la musique peut lui suggérer : la complexité et la force des sentiments, l’ouverture à l’inconnu, au mystère…

L’idée que l’on peut apporter quelque chose à tout homme, l’aide que l’on peut donner pour permettre à quelqu’un qui en est venu à se dégrader, pour qu’il retrouve la confiance en soi,  c’est la graine de  l‘Evangile qui a été déposée dans notre cœur.

 

Pour expliquer cela, Jésus monte dans la barque et de cet endroit il enseigne ceux qui sont sur le rivage. Souvent dans l’Evangile de Matthieu, la barque est le symbole de la communauté, de l’Eglise qui répercute et aide à approfondir les paroles de Jésus.

On s’aperçoit, lorsque nous lisons ensemble l’Evangile, que les images employées par Jésus se complètent les unes les autres :

-           La graine, c’est l’idée de quelque chose qu’on reçoit et dont on peut servir la croissance

-           Les talents, c’est ce qui nous distingue les uns des autres et nous donne les moyens de nous investir pour contribuer à la réalisation d’un Projet de Dieu qui nous dépasse

-           Le sel c’est la façon dont ce projet se réalise par nous : « vous êtes le sel de la terre », une pincée de sel donne le goût au reste.

Avoir la foi, c’est regarder avec confiance l’endroit du monde où il nous a été donné de vivre, en sachant que nous avons tous une place, comme les oiseaux du ciel  que l’on ne croit pas toujours indispensables, et pourtant, dit Jésus, votre Père du Ciel les nourrit !

Avec une seule parabole, on explique toutes les paraboles.

Nous admirons la patience avec laquelle le Seigneur explique les choses : parfois nous passons à côté, nous tâtonnons, et pourtant le sens est là, la Parole est près de toi, dans ton cœur. (Rom 10, 8)

Un jour quelque chose que tu n’avais pas compris s’éclairera : quelque chose dit Jésus que le Seigneur a caché aux sages et aux agiles d’esprit, mais qu’il a révélé aux tout petits.(Mat, 11, 25)

C’est là le secret : apprendre à se faire petits dans la main de Dieu, et il nous fera découvrir les mystères de son Royaume, le mystère de ce qui se passe sur la terre et au ciel.

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26-01-2017

Brève histoire de la solidarité-charité à Toulouse

communication de Pierre RAFFIN  au GIRLE ( Groupe Interreligieux Laïcité Empalot)

 

Martin partage son manteau

Martin partage son manteau

On peut commencer par le village de Saint Martin du Touch. Saint Martin remporte en France la palme dans le nombre des villages portant le même nom. Ce légionnaire romain du IV° siècle avait partagé son manteau avec un miséreux qui grelottait de froid. Il lui sembla voir le Christ dans le visage de ce pauvre. Devenu évêque, il a eu le souci de proposer la foi chrétienne aux gens des compagnes, méprisés parce qu’ils n’avaient pas la culture de la ville. C’est ce qui lui valut son immense popularité.

La solidarité dans l’imaginaire chrétien est rattachée à la sainteté. Les saints représentent des personnages à imiter … et qui peuvent vous protéger ! On retient un détail qui fait image et c’est ce qui se transmet.

Saint Exupère. Basilique Saint Sernin

Saint Exupère. Basilique Saint Sernin

 

Passons à l’église Saint Exupère, près du Jardin des Plantes. C’était un évêque du V° siècle qui, par la seule force de sa parole dissuada les Barbares de saccager la ville. On lui a donné le titre de « défenseur de la cité ». Ce même titre a été plus tard apposé sur la tombe du Cardinal Saliège pour avoir pris la défense des juifs pendant la guerre de 1939-45.

La solidarité, c’est d’être aussi capable de faire le geste historique qui convient lorsque l’on bénéficie soi même d’une certaine représentation sociale. On peut rapprocher de ces gestes l’Appel de l’ Abbé Pierre en faveur des sans logis au cours de l’hiver 54.

les colonnes de cette salle d'hôpital ont été placées pour soutenir le plafond qui croulait sous le poids des malades lors d'une épidémie de peste

les colonnes de cette salle d’hôpital ont été placées pour soutenir le plafond qui croulait sous le poids des malades lors d’une épidémie de peste

 

Nous sommes maintenant devant l’Hôtel Dieu, construit à la fin du XII° siècle, par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, en même temps que la Basilique Saint Sernin, pour les pèlerins, les malades et les pauvres : l’Hostel =l’Oustal, la maison où l’on vous accueille ; Dieu : c’est Dieu qui vous accueille. Celui qui construisait la basilique ne devait pas se contenter d’apporter sa pierre ou sa brique à l’édifice, il devait accomplir ce qui lui semblait la conséquence de sa foi : porter secours aux pauvres.

Il est significatif de voir que l’Hôtel Dieu à Paris se trouve sur le parvis de L’église Notre Dame.

Au fur et à mesure du temps, les besoins se sont amplifiés. Les dons des particuliers, même s’il y avaient d’illustres donateurs ne suffisaient pas, l’état s’est mis à créer ses propres instituions qui n’étaient pas non plus reluisantes du point de vue de la salubrité. La norme d’un lit au moins pour 3 personnes était largement dépassée…

François rencontre le Sultan pour tenter de mettre fin à une croisade

François rencontre le Sultan pour tenter de mettre fin à une croisade

Et nous arrivons bien sûr à l’église des Récollets construite à la fin du XV° siècle. C’étaient une branche des religieux franciscains fondés par François d’Assise au XIII° siècle. Ils faisaient la « récolte », c’est à dire qu’ils voulaient mendier pour vivre, à la suite François d’Assise qui s’était dépouillé de ses habits de jeune homme riche pour revêtir celui d’un pauvre. Il s’agissait de sauver l’Eglise de l’enlisement dans la richesse dont témoigne l’architecture des villes italiennes. Comme tous les réformateurs chrétiens, François voulait revenir à la pauvreté et à la solidarité du Christ avec les pauvres. C’est le nom qu’a voulu porter le pape actuel.

 

N’oublions pas non plus qu’il y avait, rue Achille Viadieu, une chapelle Notre Dame du Refuge. C’était une institution fondée dans le sillage de Saint Jean Eude qui s’était préoccupé au XVII° siècle de prostituées et de celles qui par suite de leur pauvreté pouvaient devenir délinquantes. La aussi, cette pieuse intuition  a pu se dégrader au cours du temps. La collaboration de l’état  a transformé ces maisons en centre de redressement où la vocation de ces religieuses ne trouvait pas son compte. Elles étaient plutôt devenues gardiennes de prison.

 

Tous ces avatars de l’histoire montrent qu’en face des nouveaux besoins ou abus, des chrétiens ont   comme considéré l’Eglise toujours ayant besoin de réforme. Tout cela à cause des déficiences de chacun de ses membres, et aussi parce que de nouveaux acteurs, en l’occurrence l’état,  se sont présentés pour prendre le relais d’institutions qu’elle avait pourtant créé.

Le défi pour les chrétiens est de prendre leur place autrement, souvent en participant à des initiatives dont ils ne sont pas nécessairement les auteurs mais où ils apportent un Esprit. Beaucoup se reconnaissent dans cette tâche. L’histoire leur apprend que cet Esprit peut s’enliser au fil du temps, des défaillances des hommes et de la complexité croissante des situations.

Posté par Pierre Raffin dans Laïcité, Non classé, Patrimoine artistique, Témoignage | Pas encore de commentaires »

20-01-2017

Ces évènements qui bousculent : l’accueil des réfugiés syriens à Toulouse

exode 101Voilà déjà plus d’un an, une religieuse habitant un bâtiment prêt à être démoli au quartier des Izards à Toulouse. Elle entend de nuit des coups violents sur les murs du bâtiment voisin prêt à être démoli. C’étaient des réfugiés syriens qui venaient le skater. Ils étaient 140 !

« Quand j’ai entendu frapper si fort, dit-elle, il m’est venu ce mot du Christ dans l’Apocalypse : voici que je me tiens à la porte et je frappe. Cette fois, il a frappé fort ! »

Depuis ce temps, il ne cesse de frapper pour elle… un peu moins fort, peut être.

Les sœurs de sa petite communauté ont rapidement fraternisé avec ces nouveaux venus. Les services à rendre ne manquaient pas. Mais voilà que les HLM font évacuer ces nouveaux venus…

exode 098Des associations de Toulouse qui défendent le Droit au Logement se sont mobilisées et ont obtenu des solutions provisoires.

Des gens du quartier et des assistants sociaux se sont mobilisés aussi pour aider au jour le jour ces gens à reprendre pied : établir des dossiers pour défendre leurs droits, aider les enfants à rejoindre une école, laquelle n’est pas adaptée aux primo arrivants qui ne connaissent pas la langue.

Une association s’est créée, devenue « le cercle des voisins », pour aider ces personnes à faire leurs premières démarches, et aussi ressentir la chaleur d’un accueil.

Le cercle des voisins se réunit sur la place du marché autour d’une boisson chaude. Les gens vont et viennent apporter leurs nouvelles. Chacun met ses talents à la disposition pour trouver un commencement de solution. Ce sont souvent des retraités qui en connaissent un rayon sur la prise en charge mutuelle dans le quartier, classé zone sensible.

exode 105Parmi eux, Violette de Toulouse, c’est son nom d’artiste, retraitée de l’enseignement, réalise de grandes silhouettes au fusain, représentant ces personnes de tous âges et toutes conditions sociales, privées de tout, enfermées dans leur situation comme dans une prison. Pourtant leur regard exprime la protestation plus que leur désarroi !

 

Une équipe d’ACO (Action Catholique Ouvrière)  du voisinage et les chrétiens du quartier, à commencer par le prêtre Georges, ont  souhaité manifester ce que représente aujourd’hui l’Enfant de Bethléem qui naît et ne cesse de naître, dans des conditions d’errance : les parents doivent se déplacer de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée, pour s’enfuir ensuite en Egypte… Cette histoire est connue des musulmans. De fait, certains ont joué un rôle, notamment comme interprète dans la chaîne de solidarité.

Une après midi de partage au lieu le 15 janvier dernier dans la chapelle qui sert d’abri à la communauté chrétienne du lieu.

Ce moment a été bouleversant d’émotion.

exode 103Témoignage d’Anne Marie, la religieuse, que la vie des migrants syriens ne quitte plus. Puis témoignages des travailleurs sociaux interpellés par la précarité de ces personnes et aussi les tendances de l’administration, et souvent du personnel « qui croient avoir affaire à des statistiques plutôt qu’à des personnes »,  des mots aussi qui font mal de la part du personnel chargé des expulsions…

Témoignages de beaucoup d’autres qui ont pris la parole. Le mot dignité prenait chair pour eux, aussi bien  à travers les situations subies par ces personnes que par les lueurs qui apparaissent dans leurs yeux lorsqu’un peu d’espoir commence d’être entrevu.

Des réfugiés plus anciens ont pu exprimer comment ils avaient été bouleversés par ce partage parce que c’était leur histoire qui remontait en eux : histoires de ruines, de guerres, de larmes, de sang… et aussi de gestes de solidarité qui ont permis de vivre et d’espérer encore.

Les membres de l’ACO  ont pu exprimer comment de près ou de loin, y compris lorsqu’ils participent à des collectifs de type syndical ou politique ou associatif, ils prennent  le relais de ces réponses qui s’ébauchent dans le quotidien de nos vies. Ils étaient dans leur mission en proposant ce partage : un  moment où l’on s’assied pour rappeler ce qui s’est passé, dire comment on a été touché et interpellé au fond de soi même, échanger, chercher, découvrir ce qu’il y a de beau à se reconnaître enfants de Dieu, responsables les uns des autres, réconfortés en cela par le pape dans son engagement sur les problèmes de l’immigration dans le monde. Il y a des réalités de souffrances qu’on ne veut pas voir, des causes qui concernent l’égoïsme vécu jusqu’au plan international. Il y a la lumière du Christ qui promet un avenir à tous nos efforts de fraternité.

C’est ce que nous commençons de ressentir lorsque nous prenons le temps de partager et de prier ensemble

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27-08-2016

L’oncle Joseph Birot Notre part de souvenir de la Guerre de 14

Tombe du colonel Joseph Birot à St Lieux les Lavaur

Tombe du colonel Joseph Birot à St Lieux les Lavaur

En ce moment où l’on partage les souvenirs de la Guerre de 14, j’ai eu l’idée de retrouver sur Internet le nom de l’oncle Joseph Birot  décédé le 7  Novembre, 4 jours avant l’armistice !

Marie Birot

Marie Birot

Sa veuve, Marie, est décédée en 1964, quelques jours après mon ordination sacerdotale.

Ils n’avaient pas eu d’enfant. Son épouse s’était toujours intéressée à nous car elle était la marraine de mon père, puis de mon frère aîné, Joseph.

Elle vivait de ses souvenirs et avait gardé des modes de vie d’un autre âge, mais le cœur toujours ouvert pour aider à vivre l’école chrétienne de son village de Saint Lieux et aussi soutenir notre famille quand les fins de mois étaient difficiles.

C’est ainsi qu’elle  a pris en charge mon argent de poche lorsque j’ai commencé les études pour devenir prêtre. Dans ce temps là, la famille était supposée subvenir à nos besoins. C’est ainsi que j’ai pu acheter les livres nécessaires à ma formation.

Elle nous parlait souvent de son mari, du temps où ils étaient en garnison à Aurillac, des voyages en chemin de fer qui leur permettaient de faire le va et vient avec leur château de Cathala, près de Giroussens dans le Tarn.

La vie de garnison n’était pas non plus désagréable pour cette petite société bourgeoise qui donnait beaucoup de place aux réceptions et aux activités culturelles. Une ombre dans le tableau : L’affaire des Fiches. Entre 1900 et 1904, on s’était mis à ficher les officiers qui allaient à la messe et les briser dans leur carrière, car on suspectait les catholiques de fomenter un complot pour revenir à l’Ancien Régime !  Le Capitaine Birot allait se mettre au premier rang à la messe : « les fiches, je m’en fiche ! »

Et puis, la guerre est venue. Celui qui est maintenant le Lieutenant Colonel Birot est affecté au 124 ° RI.

Il a déjà 53 ans. Le Régiment va passer les 4 années de guerre en première ligne, il faut croire que le changement a été brutal.

le Château de Cathala à Giroussens "ma petite femme au milieu des bois"

le Château de Cathala à Giroussens
« ma petite femme au milieu des bois »

 

Sa femme disait bien que son mari était un homme droit et sincère, j’ai voulu aller voir ce qu’en disaient les documents militaires.

Mon premier choc a été de tomber sur sa fiche : portrait en uniforme, grade, date de naissance, affectation au 124 ° RI, mort des suites de ses blessures le 7 Novembre 1918. J’ai trouvé que c’était un peu sec, pour lui et pour ceux qui ont donné, comme lui, leur  vie de tout leur cœur.

guerre-530x374En consultant le  Journal des Marches du 124° RI pendant la Guerre de 1914, sur lequel le Colonel Birot apposait chaque année sa signature, j’ai pu faire connaissance avec l’atmosphère de cette unité et peut être avec celui qui était chargé de l’animer.

Chaque unité avait sa parcelle de terrain à défendre pour, à la fin, constituer une ligne ininterrompue qui empêcherait l’ennemi de pénétrer au-delà de la zone qu’il occupait. Le 124 ° RI faisait partie de la 124° DI, qui à son tour faisait partie de la 4° Armée…

Chaque monticule sur la ligne du front était un observatoire à défendre. Le reste du terrain n’était qu’un réseau de tranchées, à proximité des tranchées ennemies.

Chaque jour sont notés l’heure et l’intensité des bombardements, des accrochages, des  attaques offensives décidées par les Etat Majors.

En 4 ans, on voit que les tirs d’artillerie sont de plus en plus sophistiqués : obus à ailettes, bombes à fragmentation, gaz toxiques. Il ne restait plus aux hommes, après ces préparations que de se lancer au combat aux armes automatiques, à la grenade, sans compter les périlleuses patrouilles de renseignement, les morts et les blessés à récupérer et la reconstitution des systèmes de défense.

Dans cet environnement, que peut faire le chef ?

le bas relief du tombeau de Joseph Birot

le bas relief du tombeau de Joseph Birot

Il est très peu souvent nommé dans le Journal, mais on aperçoit son empreinte à travers les éloges venant de la hiérarchie. Un jour, le Général commandant le Corps d’Armée fait transmettre, par l’intermédiaire du Général de Division ses félicitations pour la bonne nourriture qui est dispensée aux troupes dans le 124 ° RI !

A un autre moment, on aperçoit que le régiment a bonne réputation à cause de la qualité de ses ouvrages de fortification, la rapidité de leur reconstruction dès qu’ils sont endommagés, ce qui assure une plus grande sécurité et peut aider à épargner beaucoup de vies.

On relève encore le moral des soldats, leur cohésion. Tout cela est dû en partie à l’influence du chef.

C’est ce que j’ai retrouvé dans le comportement de sa veuve : toujours attentive aux conditions matérielles de la vie des gens, veillant à préparer des conserves pour les mauvais jours… ce que son mari a voulu sauvegarder dans des conditions autrement difficiles.

 

On entrevoit ainsi un homme qui, à plus de 50 ans, réapprend le métier de la guerre.  Il doit se faire à un style de vie spartiate, mettre à jour ses compétences techniques face à ce qui prend de plus en plus d’importance : l’évolution de l’armement, l’aviation de plus en plus présente et aussi l’invasion des gaz toxiques… C’est ainsi que la formation fait largement partie du temps de repos lorsque les unités reviennent à l’arrière.

Dans les moments les plus difficiles et imprévus, un chef doit imposer ses décisions. Un jour où les combats étaient particulièrement durs et même incertains, tandis qu’il percevait un fléchissement de la part des unités voisines, le Colonel Birot s’est engagé personnellement et avec succès pour le maintien de ses lignes. Plus tard, lors de l’offensive générale auquel son régiment participe, on le sent temporiser un peu  à exécuter les ordres donnés pour être sûr que l’engagement de ses troupes était possible.

l'armement est devenu de plus en plus sophistiqué

l’armement est devenu de plus en plus sophistiqué

Il faut aussi donner de sa personne : aller visiter les lignes, être prêt à déplacer son PC, s’il le faut plusieurs fois dans la journée, pour être au plus près de la situation. Un jour, son PC est bombardé et gazé. Le Colonel Birot est intoxiqué. On le renvoie à l’arrière… il revient 2 mois après reprendre la tête de son régiment !

En octobre 1918, le Commandement en Chef a décidé une grande offensive. Le régiment est déplacé et se trouve en première ligne. Chaque nuit, le Colonel reçoit les ordres pour le jour qui vient. Le 31 octobre, tandis qu’il reçoit les ordres pour la journée, le Colonel Joseph Birot est blessé d’un éclat d’obus. Avant d’être évacué, il trouve le temps de donner des consignes au Capitaine de Kerguenec qui va lui succéder.

Le7 Novembre, le Capitaine reçoit la nouvelle de l’hôpital : décédé de ses blessures, mort pour la France… comme tant d’autres de son régiment.

Sa veuve a fait construire un tombeau-monument avec en intitulé un verset de la Bible :

« Ses vues étaient droites et ses jugements équitables ».

Suit une épitaphe de ses compagnons du Régiment :

« AU COLONEL BIROT, OFFCIER DE LA LEGION D’HONNEUR

A ETE DECORE DE LA CROIX DE GUERRE 4 PALMES 2 ETOILES ET FOURAGERE

TITULAIRE DE LA VALEUR MILITAIRE ITALIENNE

MORT POUR LA FRANCE LE 7 NOVEMBRE 1918 DANS LES ARDENNES

Le 124° Régiment d’Infanterie qu’il mena à de rudes et glorieux combats comme un chef valeureux et dont il est regretté comme un père. PPL »

 

Le père du régiment : c’est bien ce qui le caractérisait : un père qui prend soin de ses hommes, dont les  décisions sont  inspirées par le sens du devoir et du possible, qui sait  entraîner les autres par son engagement personnel.

 

Quelques mois avant sa disparition, après un engagement intense de son régiment, une permission de 15 jours lui avait été accordée. Il s’efforçait de rassurer son épouse : « avec le canon ce 75, nous avons une précision que les allemands n’ont pas », « les balles, elles me connaissent » ! Et de faire avec elle des projets de retraite : « nous achèterons une automobile… nous mettrons une sonnette qui ira jusque chez le métayer pour qu’on se sente en sécurité pendant la nuit… »

Au printemps 1919, sa veuve s’est rendue sur le lieu où il avait été blessé. C’était dans un bois, le muguet était en fleur. Elle en a ramassé une touffe, l’a plantée auprès du tombeau et l’a toute sa vie entretenue.  Aujourd’hui les désherbants ont fait leur œuvre mais je ne manque pas, à la saison d’apporter ma touffe de muguet.

 

Que dire de plus ?

 

Après des centaines d’hommes du régiment dont il avait la charge, Joseph Birot est mort tandis qu’il participait  à la dernière offensive de la Guerre de 1914.

Cet homme était croyant, il ne craignait pas de le monter dans les moments où fallait l’exprimer publiquement mais il a aussi traduit sa foi dans un humanisme qui lui a valu le respect de tous, dans un moment où les croyants étaient suspectés soit d’obscurantisme soit d’être sans cesse à la recherche d’une restauration de quelque pouvoir clérical. L’expérience de la vie de tranchée, sur ce point comme sur bien d’autres a fait bouger les lignes.

le tombeau dans la lumière

le tombeau dans la lumière

 

Il est mort, comme autrefois Moïse qui après avoir conduit son peuple à travers le désert est mort face à la Terre Promise sans pouvoir y entrer lui-même. Il avait cependant pris le temps de lui rappeler encore une fois à quelles conditions cette Terre Promise pourrait être  une véritable Terre de Bonheur et de Paix.

La vie et la mort des hommes posent parfois de telles interrogations.

 

Posté par Pierre Raffin dans Action Catholique, Action Culturelle, Biographie, Témoignage | Pas encore de commentaires »

10-07-2016

Le Christ Bon Samaritain

Luc 10, 25-37

 

Si nous avons le souci de lire en Eglise cette immense parabole, nous sommes attentifs au dernier mot du scribe venu interroger Jésus : « est devenu le prochain, celui qui a exercé la miséricorde avec le blessé. »

Le pape François a convoqué toute l’Eglise pour être attentive à ce mot dans notre situation de chrétiens du XXI° siècle.

Il a parlé des œuvres de miséricorde, matérielles et spirituelles.

Il a parlé de la Miséricorde de Dieu envers nous… qui nous invite à l’imiter sur ce chemin.

Il a parlé de ce que cela produit en nous lorsque nous nous efforçons d’exercer cette miséricorde.

La miséricorde s’oppose à la dureté de cœur qui attristait Jésus : « navré de l’endurcissement de leur cœur » (St Marc ch 3)

Il a parlé de la Porte à franchir par en pèlerin.

La Porte Sainte à Lourdes

La Porte Sainte à Lourdes

Certains parmi nous  ont franchi cette Porte à Lourdes. Ce qui était important, c’était de la franchir ensemble, parce que nous reconnaissions ainsi une fraternité qui nous donne du courage sur le chemin de notre foi.

La fraternité chrétienne vécue dans l’Eucharistie nous renvoie tout droit à notre baptême, c’est pourquoi il y a des vasques où chacun peut se signer.

C’est une façon de valoriser la demande de pardon au début de la messe : « Que Seigneur tout puisant nous fasse miséricorde… » Nous entrons dans le monde gratuit de l’amour de Dieu pour les hommes.

Le but de l’Année Sainte est de permettre à chaque chrétien de faire un nouveau pas pour entrer dans le Mystère de la Miséricorde de Dieu pour nous : la tendresse de Dieu qui se développe en pardon inconditionnel, en confiance, en proposition de se mettre debout, et finalement en appel à devenir ce que nous sommes : à l’image de Dieu.

Chartres : le Christ Bon Samaritain

Chartres : le Christ Bon Samaritain

Si vous allez à Chartres, ne manquez pas de vous arrêter devant le Vitrail du Bon Samaritain. Jésus, le Bon Samaritain, reconduit l’humanité blessée vers sa demeure, le Paradis, le lieu qui lui était destiné pour achever sa route dans la communion parfaite avec ce Dieu d’amour qui lui a été révélé en Jésus Christ.

Ces artistes théologiens nous amènent à comprendre le mystère de Dieu en le replaçant dans cette histoire globale que veut rappeler l’année de la Miséricorde.

C’et bien l’humanité de notre temps et celle des temps à venir qui est prise en charge par Dieu, celle qui est assaillie par tous les doutes, les tentations de repli individualiste et finalement l’oubli de celui qui peut lui apporter le salut.

Nous sommes porteurs de ce message : « Nous sommes aimés par Dieu, nous avons bien un avenir. Mais cet avenir passe aussi par la Porte de notre cœur qui doit apprendre la miséricorde vis-à-vis de ses frères.

Cette attitude de miséricorde passe par des gestes concrets d’accueil, de sensibilité réelle aux blessures de nos contemporains.

Nous sommes par vocation des signes du pardon, de la miséricorde, de la bienveillance de Dieu vis-à-vis de tout homme.

 

Il faudrait que les gestes vécus en église, comme le repas partagé nous serve d’inspiration. A l’un de ces repas, une femme seule, marocaine, qui se débat avec ses enfants déjà adolescents disait que l’un d’eux voulait venir avec elle. Elle lui avait répondu : « non, j’ai besoin d’avoir ce temps pour moi. » Elle appréciait ce repas comme un temps où l’on échange librement, où l’on aperçoit les idées et les exigences de vie reconnues par chacun. C’était, en fait, un lieu où sa dignité pouvait être mieux envisagée.

L’année sainte, c’est la découverte vécue par chacun qu’il a des ressources en lui pour panser les blessures de l’humanité.

Cela nous demande aussi l’ouverture à l’Esprit de Dieu qui nous demande d’accepter une certaine improvisation. Non pas que nous n’ayons rien prévu mais nous sommes capables de nous adapter à l’inconnu qui vient nous déranger.

 

Cette année se terminera bientôt avec la fête du Christ Roi, lui qui nous convoque tous à être les artisans de son Royaume. Le hasard des lectures bibliques de ce dimanche nous fait envisager le Christ Bon Samaritain comme celui qui d’après l’hymne de Saint Paul dans la Lettre aux Colossiens est l’Image du Dieu invisible, le Premier Né de la Nouvelle Création dont il est le centre. Tout a été fait par Lui et pour Lui.

Il vaut mieux terminer avec les paroles du pape :

« C’est le 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ, Roi de l’Univers, que sera conclue l’Année jubilaire. En refermant la Porte Sainte ce jour-là, nous serons animés de sentiments de gratitude et d’action de grâce envers la Sainte Trinité qui nous aura donné de vivre ce temps extraordinaire de grâce. Nous confierons la vie de l’Eglise, l’humanité entière et tout le cosmos à la Seigneurie du Christ, pour qu’il répande sa miséricorde telle la rosée du matin, pour une histoire féconde à construire moyennant l’engagement de tous au service de notre proche avenir. Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu! Qu’à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous. » (Le Visage de la Miséricorde n°5)

Posté par Pierre Raffin dans Action Culturelle, sermon, Vie d'Eglise | Pas encore de commentaires »

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