10-06-2021

Grâce à Macron, le Rwanda est redevenu le pays des Droits de l’Homme

OIP

 

La visite du Président Macron au Rwanda en Mai dernier, était savamment préparée par une commission d’historiens qui concluaient à un grave aveuglement de la politique française qui aurait favorisé le développement du génocide de 1994.

Aujourd’hui comme hier, il n’a pas été possible de faire entendre d’autres voix. Les témoignages sont pourtant accablants sur la manière dont le FPR a mené la guerre, au Rwanda d’abord, au Congo ensuite.

Madeleine avait publié en 2012 un long témoignage qui n’a pas trouvé d’écho. Au moment du 6° anniversaire de sa mort, je crois utile de citer le passage qui raconte les circonstances de son exclusion en 1997 ainsi que la conclusion qu’elle donne à son témoignage.              Pierre RAFFIN

(Le moment de l’expulsion)

Devant le ton de l’entretien (à l’Office rwandais de l’immigration, je demandais à ce qu’on m’accorde un visa d’un an si on devait ne pas renouveler le visa définitif. Il me fut répondu qu’il n’était absolument pas question de me refuser le visa. Quinze jours plus tard, on me remettait un avis d’expulsion, en tant qu’individu « indésirable, qui sème la division au sein de la Caritas qu’elle dirige, et prêche le négationnisme ». J’avais obligation de partir par le premier avion, le lendemain. Cette lettre avait été signée le 15 février, le lendemain de mon interrogatoire. Il en était de même pour MT Demange qui dut partir avec le même avion, tandis que le Père Blanc a pu rester à Gikongoro.

Je me rendis alors à l’Ambassade de France puis à la Nonciature Apostolique pour demander un appui. L’Ambassadeur, accompagné du Nonce se sont rendus au Ministère de l’Intérieur, pour demander des explications, il leur fut répondu que j’avais un dossier si important qu’il n’était pas question de revenir sur la décision. L’Ambassadeur faisant remarquer au ministre qu’il était dommage que je ne puisse pas consulter ce dossier, ne reçut aucune réponse. Je devais donc m’exécuter et l’avion partait le lendemain dans l’après midi.

Je me souviens très bien de mon dernier retour à Gikongoro, à la tombée de la nuit. Contemplant le spectacle de notre colline au coucher du soleil, je compris combien j’étais attachée à ce coin d’Afrique où je laissais tant de souvenirs et que je ne reverrai sans doute jamais. Les adieux furent rapides et émouvants, on nu parlait pas beaucoup, des militaires suivaient de loin mes agissements, mais je n’ai pas été inquiétée.

A l’aéroport, une voie spéciale m’était réservée, mais je n’ai été ni malmenée, ni menacée. Les militaires voulaient seulement s’assurer de mon départ. J’étais accompagnée d’un prêtre de mes anciens élèves qui résidaient à Kigali et du nouvel économe diocésain de Gikongoro. Ils eussent été plus nombreux à m’accompagner dans cette épreuve, ils auraient risqué leur sécurité• (p162)

Conclusion

Au terme de ce long témoignage, réalisé 15 ans après mon retour, dans lequel j’ai voulu retracer ce que j’ai connu de meilleur et de pire. Mon regard sur le Rwanda et les Rwandais a-t-il changé ? Je ne le crois pas.

S’il m’était donné de fouler à nouveau le sol rwandais pour quelques jours – ce qui dans l’immédiat me paraît impossible – ce serait pour y voir combien souffre la grande majorité de ce peuple lorsque les Droits de l’Homme ne sont pas respectés. Il me suffit de penser à l’habitat, l’agriculture, chacun ne vit pas selon la coutume, reçue de ses ancêtres mais améliorée, il doit vivre selon les ordres venus d’en haut.

Le Rwandais est particulièrement attaché à son pays. J’avais pu mesurer cet amour du pays déjà lorsque, dans les années 1974, je me rendais à Bujumbura, visiter joseph Niyomugabo, qui, ayant dû fuir Kansi, enseignait au Petit Séminaire de Kanyosha, près de Bujumbura. Mais, j’en profitais pour aller saluer des familles d’amis tutsis, réfugiés dans les faubourgs de Bujumbura. J’ai ainsi plusieurs fois visité un ancien Chef de la région de Kibeho – j’ai oublié son nom – qui me recevait toujours comme les Rwandais savent le faire, mais avec cette particularité QUE JE VENAIS DE SON PAYS… Et dans le quartier, une voiture immatriculée au Rwanda ne pouvait passer inaperçue. J’ai un peu compris ce qu’était la nostalgie.

Aujourd’hui d’autres réfugiés ont trouvé leur place, ou la cherchent toujours, un peu partout dans le monde. Eux aussi n’ont rien oublié de leur pays, et cet amour et le respect de leurs racines, ils tentent de le transmettre à leurs enfants. Ils ont laissé une maison, des parents, des frères. Ils n’oublient pas.

Au Rwanda, rien n’est revenu comme avant, et pourtant les Rwandais de l’intérieur comme ceux qui vivent en exil, tous rêvent à un pays pacifié, un pays enfin réconcilié… Et l’on a le droit de croire que l’espérance aura le dernier mot.

Au jour des obsèques. Au jardin de Saint Lieux

Jour des obsèques. Au jardin de Saint Lieux

Les valeurs traditionnelles que j’ai tant appréciées au Rwanda, celles de la solidarité dans la famille élargie, de la fraternité, le sens de l’accueil ont été remplacées par la loi du plus fort, la soif des richesses – surtout venues du Congo voisin – la terre n’appartient plus au paysan… Mais ce n’est pas pour toujours. Bien des familles réfugiées qui ont trouvé une place chez nous, n’ont rien oublié, elles qui se privent pour soutenir la famille restée là-bas. Ces grandes valeurs traditionnelles sont un chemin d’avenir et l’on est en droit d’espérer que demain sera meilleur qu’aujourd’hui et que le Rwanda redeviendra un jour, le Rwanda.

Il faudra que les membres influents de la Communauté Internationale acceptent de dénoncer le mal, de dire que les rwandais ont des droits – cela s’appelle les Droits de l’Homme -. Spolier une famille de la terre qui la fait vivre est mal, de même que détruire sa maison.

Il y faudra surtout une vraie réconciliation entre Rwandais qui aiment leur pays et ses valeurs et qui souhaitent revivre ensemble, tous sur une base d’égalité. Des chemins sont ouverts dans les divers mouvements qui militent pour la vérité, la justice et la réconciliation. Les voix sont là, il leur reste à s’accorder et à être crédibles.

Mon dernier mot à mes amis rwandais est un immense merci à tous ceux qui m’ont accueillie et fait confiance et ils sont légion !

Un jour, j’ai vécu l’exclusion qui m’a valu de quitter le pays, et je connais certains « amis » qui y ont pris quelque part. Je veux qu’ils sachent que je leur ai depuis longtemps pardonné, car le pardon est la condition de la vie.

Le livre où elle raconte son témoignage Ed Source du Nil

Le livre où elle raconte son témoignage Ed Source du Nil

Mais je veux surtout remercier tous ceux – et ils sont nombreux – qui ont contribué à ce parcours peu ordinaire. J’ai vécu pendant plus de 25 ans avec le salaire d’un professeur rwandais débutant.
J’ai pu parcourir les routes, participer au développement en montant quelques projets. Ils sont Rwandais, mais également, Français, Belges, Suisses, Allemands… connus depuis longtemps ou au fil des rencontres, à qui je dois de dire : rien n’eut été possible sans eux. Ensemble nous avons participé au développement au service de ce courageux peuple. (pages 281-182)

Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, Témoignage | RSS 2.0

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