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27-08-2016
L’oncle Joseph Birot Notre part de souvenir de la Guerre de 14
En ce moment où l’on partage les souvenirs de la Guerre de 14, j’ai eu l’idée de retrouver sur Internet le nom de l’oncle Joseph Birot décédé le 7 Novembre, 4 jours avant l’armistice !
Sa veuve, Marie, est décédée en 1964, quelques jours après mon ordination sacerdotale.
Ils n’avaient pas eu d’enfant. Son épouse s’était toujours intéressée à nous car elle était la marraine de mon père, puis de mon frère aîné, Joseph.
Elle vivait de ses souvenirs et avait gardé des modes de vie d’un autre âge, mais le cœur toujours ouvert pour aider à vivre l’école chrétienne de son village de Saint Lieux et aussi soutenir notre famille quand les fins de mois étaient difficiles.
C’est ainsi qu’elle a pris en charge mon argent de poche lorsque j’ai commencé les études pour devenir prêtre. Dans ce temps là, la famille était supposée subvenir à nos besoins. C’est ainsi que j’ai pu acheter les livres nécessaires à ma formation.
Elle nous parlait souvent de son mari, du temps où ils étaient en garnison à Aurillac, des voyages en chemin de fer qui leur permettaient de faire le va et vient avec leur château de Cathala, près de Giroussens dans le Tarn.
La vie de garnison n’était pas non plus désagréable pour cette petite société bourgeoise qui donnait beaucoup de place aux réceptions et aux activités culturelles. Une ombre dans le tableau : L’affaire des Fiches. Entre 1900 et 1904, on s’était mis à ficher les officiers qui allaient à la messe et les briser dans leur carrière, car on suspectait les catholiques de fomenter un complot pour revenir à l’Ancien Régime ! Le Capitaine Birot allait se mettre au premier rang à la messe : « les fiches, je m’en fiche ! »
Et puis, la guerre est venue. Celui qui est maintenant le Lieutenant Colonel Birot est affecté au 124 ° RI.
Il a déjà 53 ans. Le Régiment va passer les 4 années de guerre en première ligne, il faut croire que le changement a été brutal.
Sa femme disait bien que son mari était un homme droit et sincère, j’ai voulu aller voir ce qu’en disaient les documents militaires.
Mon premier choc a été de tomber sur sa fiche : portrait en uniforme, grade, date de naissance, affectation au 124 ° RI, mort des suites de ses blessures le 7 Novembre 1918. J’ai trouvé que c’était un peu sec, pour lui et pour ceux qui ont donné, comme lui, leur vie de tout leur cœur.
En consultant le Journal des Marches du 124° RI pendant la Guerre de 1914, sur lequel le Colonel Birot apposait chaque année sa signature, j’ai pu faire connaissance avec l’atmosphère de cette unité et peut être avec celui qui était chargé de l’animer.
Chaque unité avait sa parcelle de terrain à défendre pour, à la fin, constituer une ligne ininterrompue qui empêcherait l’ennemi de pénétrer au-delà de la zone qu’il occupait. Le 124 ° RI faisait partie de la 124° DI, qui à son tour faisait partie de la 4° Armée…
Chaque monticule sur la ligne du front était un observatoire à défendre. Le reste du terrain n’était qu’un réseau de tranchées, à proximité des tranchées ennemies.
Chaque jour sont notés l’heure et l’intensité des bombardements, des accrochages, des attaques offensives décidées par les Etat Majors.
En 4 ans, on voit que les tirs d’artillerie sont de plus en plus sophistiqués : obus à ailettes, bombes à fragmentation, gaz toxiques. Il ne restait plus aux hommes, après ces préparations que de se lancer au combat aux armes automatiques, à la grenade, sans compter les périlleuses patrouilles de renseignement, les morts et les blessés à récupérer et la reconstitution des systèmes de défense.
Dans cet environnement, que peut faire le chef ?
Il est très peu souvent nommé dans le Journal, mais on aperçoit son empreinte à travers les éloges venant de la hiérarchie. Un jour, le Général commandant le Corps d’Armée fait transmettre, par l’intermédiaire du Général de Division ses félicitations pour la bonne nourriture qui est dispensée aux troupes dans le 124 ° RI !
A un autre moment, on aperçoit que le régiment a bonne réputation à cause de la qualité de ses ouvrages de fortification, la rapidité de leur reconstruction dès qu’ils sont endommagés, ce qui assure une plus grande sécurité et peut aider à épargner beaucoup de vies.
On relève encore le moral des soldats, leur cohésion. Tout cela est dû en partie à l’influence du chef.
C’est ce que j’ai retrouvé dans le comportement de sa veuve : toujours attentive aux conditions matérielles de la vie des gens, veillant à préparer des conserves pour les mauvais jours… ce que son mari a voulu sauvegarder dans des conditions autrement difficiles.
On entrevoit ainsi un homme qui, à plus de 50 ans, réapprend le métier de la guerre. Il doit se faire à un style de vie spartiate, mettre à jour ses compétences techniques face à ce qui prend de plus en plus d’importance : l’évolution de l’armement, l’aviation de plus en plus présente et aussi l’invasion des gaz toxiques… C’est ainsi que la formation fait largement partie du temps de repos lorsque les unités reviennent à l’arrière.
Dans les moments les plus difficiles et imprévus, un chef doit imposer ses décisions. Un jour où les combats étaient particulièrement durs et même incertains, tandis qu’il percevait un fléchissement de la part des unités voisines, le Colonel Birot s’est engagé personnellement et avec succès pour le maintien de ses lignes. Plus tard, lors de l’offensive générale auquel son régiment participe, on le sent temporiser un peu à exécuter les ordres donnés pour être sûr que l’engagement de ses troupes était possible.
Il faut aussi donner de sa personne : aller visiter les lignes, être prêt à déplacer son PC, s’il le faut plusieurs fois dans la journée, pour être au plus près de la situation. Un jour, son PC est bombardé et gazé. Le Colonel Birot est intoxiqué. On le renvoie à l’arrière… il revient 2 mois après reprendre la tête de son régiment !
En octobre 1918, le Commandement en Chef a décidé une grande offensive. Le régiment est déplacé et se trouve en première ligne. Chaque nuit, le Colonel reçoit les ordres pour le jour qui vient. Le 31 octobre, tandis qu’il reçoit les ordres pour la journée, le Colonel Joseph Birot est blessé d’un éclat d’obus. Avant d’être évacué, il trouve le temps de donner des consignes au Capitaine de Kerguenec qui va lui succéder.
Le7 Novembre, le Capitaine reçoit la nouvelle de l’hôpital : décédé de ses blessures, mort pour la France… comme tant d’autres de son régiment.
Sa veuve a fait construire un tombeau-monument avec en intitulé un verset de la Bible :
« Ses vues étaient droites et ses jugements équitables ».
Suit une épitaphe de ses compagnons du Régiment :
« AU COLONEL BIROT, OFFCIER DE LA LEGION D’HONNEUR
A ETE DECORE DE LA CROIX DE GUERRE 4 PALMES 2 ETOILES ET FOURAGERE
TITULAIRE DE LA VALEUR MILITAIRE ITALIENNE
MORT POUR LA FRANCE LE 7 NOVEMBRE 1918 DANS LES ARDENNES
Le 124° Régiment d’Infanterie qu’il mena à de rudes et glorieux combats comme un chef valeureux et dont il est regretté comme un père. PPL »
Le père du régiment : c’est bien ce qui le caractérisait : un père qui prend soin de ses hommes, dont les décisions sont inspirées par le sens du devoir et du possible, qui sait entraîner les autres par son engagement personnel.
Quelques mois avant sa disparition, après un engagement intense de son régiment, une permission de 15 jours lui avait été accordée. Il s’efforçait de rassurer son épouse : « avec le canon ce 75, nous avons une précision que les allemands n’ont pas », « les balles, elles me connaissent » ! Et de faire avec elle des projets de retraite : « nous achèterons une automobile… nous mettrons une sonnette qui ira jusque chez le métayer pour qu’on se sente en sécurité pendant la nuit… »
Au printemps 1919, sa veuve s’est rendue sur le lieu où il avait été blessé. C’était dans un bois, le muguet était en fleur. Elle en a ramassé une touffe, l’a plantée auprès du tombeau et l’a toute sa vie entretenue. Aujourd’hui les désherbants ont fait leur œuvre mais je ne manque pas, à la saison d’apporter ma touffe de muguet.
Que dire de plus ?
Après des centaines d’hommes du régiment dont il avait la charge, Joseph Birot est mort tandis qu’il participait à la dernière offensive de la Guerre de 1914.
Cet homme était croyant, il ne craignait pas de le monter dans les moments où fallait l’exprimer publiquement mais il a aussi traduit sa foi dans un humanisme qui lui a valu le respect de tous, dans un moment où les croyants étaient suspectés soit d’obscurantisme soit d’être sans cesse à la recherche d’une restauration de quelque pouvoir clérical. L’expérience de la vie de tranchée, sur ce point comme sur bien d’autres a fait bouger les lignes.
Il est mort, comme autrefois Moïse qui après avoir conduit son peuple à travers le désert est mort face à la Terre Promise sans pouvoir y entrer lui-même. Il avait cependant pris le temps de lui rappeler encore une fois à quelles conditions cette Terre Promise pourrait être une véritable Terre de Bonheur et de Paix.
La vie et la mort des hommes posent parfois de telles interrogations.
Publié par Pierre Raffin dans Action Catholique, Action Culturelle, Biographie, Témoignage | RSS 2.0












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