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02-07-2016
Le départ du Tour au Mont Saint Michel
Les coureurs du tour de France sont partis du Mont Saint Michel pour une première étape.
Nous ne savons pas trop comment les coureurs ont ressenti cet envoi depuis ce haut lieu de la prière, classé au Patrimoine de l’UNESCO.
La religion des coureurs est parfois bien rudimentaire : il faudrait plutôt parler du climat d’imprévu, de danger, qui favorise éventuellement la religiosité comme cela a été le cas pour certains champions italiens.
Il ne faut pas mépriser trop vite cette recherche instinctive de protection, car c’est le fonds commun de toutes les religions que certains esprits rationnels croient dépassé.
On peut se demander pourquoi certains athlètes bien costauds, bien entraînés, bien dopés, affectivement choyés, ne négligent pas de garder quelques images pieuses dans leur portefeuille.
Ne seraient-ils pas bien placés pour savoir que toutes les sécurités qu’ils ont soigneusement mises au point sont à la merci de quelque entorse, de quelque défaillance dans leur esprit d’équipe.
C’est ainsi que remonte pour eux cette obscure croyance que chacun a son étoile … et qu’il peut se confier à elle…
Un coureur cycliste n’est pas seulement une bête à pédaler : il sait que ses performances sportives sont aussi des performances de la technique, dont tous les paramètres ont été soigneusement étudiés. Il sait que ses compétences ne le placent pas forcément parmi les meilleurs, mais qu’il a sa chance pour réussir au mieux dans la catégorie. Et finalement, il se confie pour cela à son étoile.
Il réinvente la religion, la confiance en la divinité qu’il sait au-delà de la technique.
C’est ainsi qu’ils ont été accueillis avec bienveillance par les moines du Mont Saint Michel… et qu’ils le sont peut être par nous aujourd’hui, que l’on appelle les chrétiens pratiquants, c’est-à-dire des permanents de la prière. Face à ces occasionnels, comme pratiquants, nous savons que la prière chrétienne est universelle, c’est-à-dire qu’elle ne se contente pas d’inviter chacun à se confier à sa bonne étoile, mais qu’elle accueille et présente au Dieu de Jésus Christ la prière des hommes, pour aussi élémentaire qu’elle soit, afin de l’associer à celle du Christ dans son Eucharistie.
La situation du sportif qui se lance dans la compétition est tout à fait représentative de la foi chrétienne aujourd’hui. L’homme d’aujourd’hui a assimilé certains automatismes grâce aux plus récentes technologies. La croyance aujourd’hui la plus communément répandue est que ces nouvelles technologies sont notre univers et notre avenir et qu’il n’y a pas à chercher quoi que soit en dehors d’elles.
Reste cette obscure conscience d’être quelqu’un, cette confiance qui peut trouver son lieu d’accueil auprès d’une communauté croyante et attentive.
Une communauté croyante a déjà fait l’expérience du travail de la foi.
Si on s’arrête au Mont Saint Michel, on peut déjà être impressionné par le travail monumental de la foi. Les siècles y ont construit, siècle après siècle, une correspondance de la prière. Cela donne l’impression de la solidité. C’est comme si elle nous faisait expérimenter Dieu comme le roc sur lequel on peut s’appuyer.
A voir la sobriété des lignes architecturales, on comprend que la prière nous aide, ou peut nous aider, à tracer, dans le confus de notre vie, des lignes directrices, des perspectives, qui nous font dire que la prière fait partie du patrimoine mondial de l’humanité.
L’environnement du Mont Saint Michel, avec les sables mouvants, les marées et les tempêtes est évocateur des drames qui peuvent se passer dans la vie des hommes.
Cela nous fait revenir aux paroles du Christ :
« Celui qui écoute mes paroles ressemble à un homme qui a construit sa maison sur le roc : la pluie est tombées, la tempête s’est abattue sur cette maison, elle ne s’est pas écroulée…car elle était bâtie sur le roc ! »
Notre roc n’est pas le granit du Mont Saint Michel, mais ce que l’ajustement de pierres veut montrer : une image de l’homme que cultive la foi chrétienne. Ce que Pascal a voulu résumer de manière énigmatique : « L’homme passe infiniment l’homme ». Ce qui fait à ses yeux notre humanité c’est notre capacité à nous porter au-delà de nous-mêmes.
Tour de France ou pas, nous aurons l’occasion pendant les vacances d’admirer ce que l’art chrétien a produit et nous pourrons nous interroger sur les expériences de foi que cet art chrétien ne fait que traduire.
Publié par Pierre Raffin dans Non classé | RSS 2.0





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