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10-06-2016
Les Amis de Gikongoro… et après
Un an après le décès de Madeleine RAFFIN, nous étions 25 amis réunis à la mairie du village de Saint Lieux où elle avait créé cette association.
Madeleine a toujours eu besoin d’amis pour la soutenir dans les chantiers qu’elle avait entrepris.
Il s’agissait d’abord d’encourager des initiatives de développement rural au Rwanda dans un climat de relative stabilité politique. Il fallait améliorer la scolarité des enfants et les aider à entrer dans la vie professionnelle.
Que faire ensuite dans une économie de guerre civile, lorsque les bâtiments sont détruits et les partenaires dispersés ou disparus dans la tourmente ?
Madeleine a tenu à rester sur le terrain et une fois expulsée par le nouveau pouvoir, elle a cherché à garder le contact, cultiver les relations et, toujours avec l’aide des ses amis, participer à la reconstruction de bâtiments, à l’éducation d’enfants orphelins de la guerre, témoigner lorsqu’une personne était mise en difficulté.
Un ami croit au témoignage de l’autre parce qu’il a des raisons de lui faire confiance – même si ce témoignage est contesté.
Voici comment son association était présentée en 2014 pour le journal municipal de Saint Lieux les Lavaur. Il est probable qu’elle avait rédigé elle-même l’article !
Les Amis de Gikongoro
Tout le monde à Saint Lieux connaît « Les Amis de Gikongoro »… grâce à Madeleine RAFFIN, venue prendre ici sa retraite après 30 ans passés au service du développement de ce pays.
Elle avait gardé un lien avec Saint Lieux où sa famille est présente depuis 1970.
Elle a su faire aimer ce pays dans le département du Tarn où elle est venue habiter, et cinq ans plus tard elle créait l’association des « Amis de GIKONGORO » dont le siège est Saint Lieux. Celle-ci comprend des rwandais avides de nouvelles de leur pays et disposés à élargir la solidarité qu’ils ont eux-mêmes vis-à-vis de leurs familles, souvent dans la plus grande difficulté : Par l’association on peut encourager la création d’écoles, s’intéresser aux jeunes qui vivent dans la rue, envisager des solutions d’avenir…
Des habitants de Saint Lieux sont venus les rejoindre et participent toujours à l’aide de ce petit diocèse d’Afrique que Madeleine a été obligée de quitter il y a presque 20 ans…
On se souvient des « Repas Rwandais » dans notre salle municipale, où l’on a fait connaissance avec les coutumes, les mentalités du Rwanda et aussi avec les améliorations soutenues par l’association, récemment la mise aux normes d’une salle de réunions destinées à des activités éducatives pour des jeunes.
Il y a 2 ans, Madeleine écrivait un livre mémoire d’une grande qualité : « Le Rwanda, un autre regard ». Il a été lancé officiellement à Saint Lieux au cours d’une réunion de l’association.
Merci aux « Amis de Gikongoro » pour cette fenêtre ouverte sur l’Afrique. Vous contribuez à donner à notre commune un visage humaniste.
« Les Amis de Gikongoro » : Les Caussanels 81500 Saint Lieux Les Lavaur.
Un an après son décès, il n’était plus possible de continuer l’engagement qui était le sien, faute de contacts directs avec ceux qui sans doute continuent au Rwanda à faire pousser quelques unes des graines qu’elle a semées.
C’est cela la mort aussi – accepter que les choses ne se déroulent pas nécessairement comme on l’avait espéré, et croire pourtant à l’avenir, faire confiance sans voir encore ceux qui feront pousser quelques unes des graines que Madeleine et d’autres comme elle ont contribué à semer.
Les juifs ont inventé le titre de Justes des Nations pour ceux qui les ont défendus parce qu’ils étaient des êtres humains.
Nous reconnaissons que ce titre convient à Madeleine, et nous croyons volontiers que Dieu lui même l’a déclarée Juste et la faite entrer dans ce que la Bible appelle l’assemblée des justes.
A nous aussi d’être des justes et de trouver des amis qui nous estiment à cause de cela, et nous aident dans ce que nous entreprenons.
L’espérance n’est pourtant pas morte : un religieux de la province du Congo proche du Rwanda souffrant elle aussi de la guerre, le Père RIGOBERT, est venu nous dire comment les chrétiens là aussi cherchent à s’adapter pour survivre et être aussi à la hauteur de leur foi.
Une autre association, avec des moyens encore plus modestes que les nôtres, Le Futur Génie, originaire aussi de Gikongoro, nous a présenté aussi ses objectifs : y aurait-il des génies parmi les enfants qui ne peuvent pas suivre les études dans cette région de l’Afrique ?
Ce sera l’objet d’un prochain article.
Publié par Pierre Raffin dans Biographie, Migrations - International - Rwanda, Non classé, Témoignage | RSS 2.0
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Conférence du Père Rigobert sur la situation de guerre au Congo
TEMOIGNAGE DU P. RIGOBERT SUR LA GUERRE A L’EST DE LA RDC
L’Est de la République Démocratique du Congo fait partie des Grands-lacs de l’Afrique. Région marquée par des conflits interminables qui ne font que se métamorphoser.
Pourquoi et comment ? Par qui et pour qui ? Même à l’époque de nos ancêtres, les migrations ont poussé des peuples. Aujourd’hui des causes exogènes amplifient les déchirements pourtant il est possible de dépasser les divergences pour développer l’incontournable interdépendance
Un fait indéniable est l’interdépendance des uns et des autres. Personne ne peut nier l’autre. Personne, ne pourra exterminer l’autre. Personne ne fera taire l’autre. Ce n’est qu’un temps, un feu de paille que de croire qu’en ce jour je règne sur l’autre on s’expose plutôt à une revanche lourde de conséquences car on ne saura jamais construire sur un mensonge
Les Grands-Lacs devraient tout simplement avoir des leçons de toute son histoire.
Les échecs et la misère enseignent mieux qu’une science exacte. Heureuse faute que le conflit.
D’Uvira à Kisangani est une large région théâtre des plusieurs groupes armés à la solde de beaucoup de seigneurs de guerre. Il n’y a pas de guerre rangée mais une insécurité entretenue par les mêmes camps l’armée légale avec ses officiers plutôt commerçants que commandants ou combattant, des jeunes plutôt pillards qu’entreprenant, des missions de l’ONU plutôt attiseurs que sapeurs -pompiers, des autorités civiles plutôt lâches que exécutifs. Et tout notre malheur vient de là que de n’importe quel assaillant extérieur Ce dernier ne fait que profiter de ma faiblesse pour se maintenir.
De qui, pourquoi et comment l’insécurité s’installe ? Il convient de conclure que c’est la faiblesse des prétendues victimes. Quand ce dernier comprendra qu’il a plus besoin de combattre sa faiblesse que d’accuser quelqu’un d’autre, alors il gagnera la guerre et saura conquérir la paix.
Des cris peuvent sortir de partout mais la solution devra commencer aussi par ce même lieu de misère pour avoir conscience de sa faiblesse et de ses forces
Rien ne viendra d’un soutien extérieur
Des hommes sensibles à des valeurs humaines sont bien intentionnés ici en Europe et ils veulent bien faire beaucoup dans cette région.
Tant mieux des actions comme celles de Madeleine Raffin ont soulagé des misères bien ponctuelles il faut encourager ses initiatives par une prise de conscience locale des faiblesses à combattre. Ceux qui ont pris la voie de l’éducation ont raison. Le Rwanda peut construire de belles routes, belles villes mais la conscience malade ne laissera pas pierre sur pierre à cet apparent développement.
Nous devons investir dans l’éducation pour maintenir cet apparent élan. La cohabitation ne peut se faire à coup de fusil, armer certaines ethnies pour affaiblir d’autres, déplacer des clans pour déraciner d’autres. Vaines entreprises qui ne font qu’augmenter la xénophobie. Chacun devrait apprendre le sens d’intégration.
Nous avions déjà commencé mais le chantage de certains qui réveillent des suspicions, la méfiance et finalement la guerre qui ne profitent à personne. Plus grave encore on fait taire ceux qui pensent autrement que soi. Il risque de trahir nos plans même s’il est de mon camp. Qui as peur de qui ? Chacun soupçonne l’autre, même son propre ami, même qui veut se donner de bon cœur.
Voilà le climat des Grands-Lacs. Très sombre description mais qui cache aussi des lueurs d’espoir et des témoignages très surprenant. Des hommes saints il y en a encore dans des ténèbres très épaisses, une petite lueur se voit de très loin comme le dit le Testament spirituel de Christian de Tibhirine. Certainement le traître d’ici c’est aussi le traître de là. Tôt ou tard il dévoilera les secrets de l’autre camp. L’important est de l’utiliser à ses fins. Même le plus cynique dans toutes ces situations est aussi un homme de chair. Il a encore une conscience car il prétend diriger d’autres, il reviendra à la case de départ : on ne peut exterminer un peuple qu’on veut diriger.
Quand je scrute ma faiblesse alors je commence le vrai combat et j’amorce la vraie victoire, pas sur l’autre mais sur moi-même
Testament spirituel de Christian de Chergé
Quand un A-DIEU s’envisage…
S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.
Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’Islam.
Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’Islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L’Algérie et l’Islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église. Précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’Islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion investis par le Don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences.
Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô mes amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.
AMEN ! Inch’Allah ! »
Alger, 1er décembre 1993
Tibhirine, 1er janvier 1994 Christian