29-04-2015

L’Anneau de la Mémoire

Le Cimetière Mémorial  Notre Dame de Lorette

Le Cimetière Mémorial
Notre Dame de Lorette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En cet anniversaire de la Guerre de 14-18 nous avons fait le voyage en Flandre pour visiter l’immense nécropole qu’est la colline de notre Dame de Lorette.

Les milliers de soldats qui sont tombés là ne se sont pas effacés de la mémoire.

Les allemands avaient occupé la colline qui leur servait de poste avancé, à proximité d’une modeste chapelle, devenue après la guerre un grandiose lieu de recueillement.

L'anneau de la Mémoire

L’anneau de la Mémoire

François Hollande y a inauguré un nouveau mémorial, constitué de 500 plaques d’acier portant les noms de 579.606 soldats tombés dans la région, sans distinction de nationalité ou de religion. L’«Anneau de la Mémoire» a été pensé comme un symbole d’unité, censé réunir des soldats de toutes origines dans une «fraternité posthume».

« Nous rentrons dans cet anneau de la mémoire comme par une saignée dans la terre ; pour connaître de façon lointaine ce qu’ont vécu les soldats.  D’un seul regard, on a l’incarnation de la mort de masse, mais on a aussi des individus qui ont existé ; tous ces gens avaient du talent, de l’intelligence, perdus pour l’humanité »

Les Britanniques sont les plus nombreux, avec 241.214 noms de combattants inhumés pour la plupart dans quelque 800 cimetières militaires de la région. Devant les Allemands (173.876) et les Français (106.012) ou appartenant à l’Empire colonial français, qui comprenait alors des Nord-Africains, des Sénégalais, ainsi que les combattants de la Légion étrangère (originaires d’une vingtaine de pays différents). Si ce nombre est relativement faible cela s’explique par le fait que l’armée française a largement quitté le front d’Artois dès mars 1916 pour gagner Verdun où les attaques s’intensifiaient.  le monument égraine dans l’ordre alphabétique les noms de combattants d’une quarantaine de pays, dont ceux issus des anciennes puissances coloniale .

Les noms gravés sur le bronze

Les noms gravés sur le bronze

 

Ces quelques détails nous renseignent sur ce qu’a été cette guerre, son aspect international. Les bouleversements qui se sont alors produits sur le plan technologique, mais aussi sur le plan de l’expérimentation de la propagande de masse et encore la nouveauté que pouvait alors représenter une communauté de destin impose à tous.

« À travers notre projet, dit l’architecte Philippe Prost,  nous avons voulu donner une forme à la fraternité, une expression à la paix, allier l’art et la nature pour les mettre au service de la mémoire. »

ND Lorette1914

ND Lorette1914

En arrière de la chapelle, on trouver les restes de l’affrontement .

L’organisation allemande était impressionnante. Les lignes de tranchées profondément creusées s’échelonnaient, renforcées de sacs de terre et de sacs de ciment, couvertes par des réseaux doubles ou triples de fils de fer et de chevaux de frise. De cent mètres en cent mètres des barricades formaient de puissants flanquements garnis de mitrailleuses. Plusieurs fortins et des ouvrages avancés servaient de points d’appui aux défenses des tranchées.
Une division d’élite, composée en majeure partie de Badois, a ordre de garder, coûte que coûte Notre-Dame-de-Lorette.

Croix au milieu des tranchées

Croix au milieu des tranchées

L’assaut donné par les français en mai 1916 se brise contre cet ouvrage formidable. Les unités subissent des pertes graves ; certaines compagnies ne sont bientôt plus commandées que par des sergents. La progression s’exécute par bonds d’un trou d’obus à un autre. Les-chasseurs cependant ne reculent pas. Décimés, ils s’accrochent au sol tandis que les fantassins les rejoignent. On se bat à coups de grenade, de baïonnette, même à coups de couteau, tandis que les mitrailleuses allemandes ne cessent de tirer.
La nuit tombe, dit le récit officiel, éclairée par les obus et les fusées, déchirée par les cris des blessés, le fracas des explosions, le claquement des balles. Chasseurs et fantassins s’installent comme ils peuvent sur le terrain. Devant. un énorme entonnoir de mine de 80 mètres de tour, ils poussent au fond les cadavres allemands et s’organisent sur les bords, derrière des parapets improvisés.

La lutte a duré treize jours. De part et d’autre, les pertes ont été très élevées. Sur le terrain même, 3.000 cadavres allemands ont été dénombrés.

Le Musée

musée ND de LoretteSitué sur la Colline de Notre Dame de Lorette, le Musée présente plus de 2500 pièces de collection ainsi que des reconstitutions d’ abris souterrains avec animation laser bilingue. Un diaporama comprenant plus de 400 vues stéréoscopiques d’ époque complète cette exposition.

Objets musée

Objets musée


A l’ extérieur le champ de bataille : sur 3 hectares plus de 1000m de tranchées sur les emplacements d’ origine avec canons, mitrailleuses, obus, barbelés, tourelles blindées.

 

Le paysage autrefois dévasté a retrouvé sa végétation, nous avons pu observer quelques pièces d’artillerie, circuler dans les tranchées où affleurent parfois quelques ossements humains.

les restes d'une tranchée

Les restes d’une tranchée

Notre marche entre les barbelés pointe sur deux monuments : la grande stèle qui représente la mémoire de la nation, et l’autre religieux, la Chapelle Notre Dame de Lorette dont l’évêque du lieu a obtenu la reconstruction. Entre les deux il y a un chemin, où la mémoire se précise, mais l’interrogation demeure toujours la même.  Face à des vies qui ont rencontré tant de souffrances et d’angoisses que nous cherchons à nous représenter, chacun peut se demander ce que cela signifie : « Mourir dans la dignité ».

à l'horizon, les monuments civils et religieux

à l’horizon, les monuments civils et religieux

La mémoire d’aujourd’hui reconstitue mieux les objets familiers, les grandes étapes de ce conflit, son ampleur internationale et aussi les croyances et les convictions qui ont accompagné et soutenu cet horrible calvaire.

Dans cet anneau de la mémoire se trouve placé aussi l’espérance chrétienne.

Le sanctuaire reconstitué

La stèle civile et le monument religieux face à face

Nous savons mieux que jamais qu’elle ne s’impose pas. Elle n’a pas été vécue non plus comme une évidence. Dans ces moment difficiles, chacun a eu l’occasion de se tourner sincèrement vers le Dieu qu’il connaissait. On a gardé la mémoire citoyenne  de certains soldats qui ont imposé à leur chefs de leur laisser prendre le temps de faire à leur camarades une sépulture digne… de prêtres brancardiers qui se sont portés auprès de blessés pour un dernier dialogue…

Au soir de cette journée, nous avons lu dans le recueillement d’une église un texte du Père Teilhard de Chardin, mobilisé dans cette guerre.Il cherchait à lire entre les lignes la présence du Christ dans ce moment de l’histoire, aussi mystérieuse et insistante qu’elle l’a été depuis les commencements du monde.

« J’ai songé, alors à ces cataclysmes d’une prodigieuse grandeur qui n’ont eu, jadis, que des animaux pour témoins. – Et il m’a semblé en cet instant, que j’étais devant cette Chose en train de se faire, pareil à une bête dont l’âme s ‘éveille, et qui perçoit des réalités connexes, sans pouvoir saisir le lien de ce qu’elles représentent » (Teilhard de Chardin, Ecrits du Temps de Guerre p 214) .

Peut être pensait-il aux Phosphatières de la région de Montauban qu’il venait d’étudier où l’on retrouve de semblables tranchées, mais cette fois, c’étaient des bêtes préhistoriques qui y avaient trouvé la mort !

Tranchée préhistorique de la Phosphatière du Cloup d'Aural

Tranchée préhistorique de la Phosphatière du Cloup d’Aural

 

 

 

 

 

 

 

 

 

icone plongeur

Voir mon article sur les Phosphatières du Cloup d’Aural

 

Publié par Pierre Raffin dans Laïcité, Patrimoine artistique | RSS 2.0

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