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26-11-2013
Fortunato
« Portugal est un jardin » dit la vieille chanson portugaise, une terre que souvent les portugais ont été amenés à quitter, mais ils gardent la nostalgie de la retrouver.
Tandis que s’achevait la construction du « Christ Roi » où je faisais ma brève carrière de professeur, un réfugié portugais se cachait la nuit dans les caves du chantier où il avait été embauché.
IL m’a plus tard raconté son histoire, c’était dans les années 65. Avec sa qualification de menuisier il a voulu un jour se risquer à traverser la frontière.
Fortunato se retrouve largué dans le chantier de la construction du « Christ Roi », il ne sait pas un mot de français et erre dans le quartier entre midi et deux à la recherche de quelqu’un qui pourra l’aider pour ses papiers… On l’interpelle : « Eh, o pourtuguès ! » . Enfin quelqu’un qui parle sa langue et avec qui il peut s’expliquer ! C’est son salut.
J’ai connu Fortunato lorsqu’il a pu faire venir sa famille. Il fallait donc inscrire les enfants au catéchisme. Le curé de la paroisse a fait appel à moi car il ne savait comment s’y prendre avec ces étrangers.
J’ai appris leur langue et nous avons avancé ensemble. Leur petite tribu est venu peu à peu les rejoindre. Nous les avons accueillis avec d’autres qui peuvent raconter comment l’immigration portugaise est devenue une histoire d’amitié. Il sont venus leurs expressions traditionnelles de foi, leurs coutumes, leur culture, nous les avons aidés à insérer leur foi dans leur vie quotidienne, leurs solidarités anciennes et nouvelles.
L’accueil des immigrés a toujours quelque chose d’improvisé : une porte s’entrouvre, mais nous avons la responsabilité d’aider à ce que quelque chose de plus durable et plus vaste se construise. C’est le chantier de l’Eglise où la foi se propose.
Certains, avec l’aide de l’Action Catholique Ouvrière en ont fait un livre : « Ils tissent les couleurs de la France » (Editions Ouvrières 1985). Une part de ce livre raconte les expériences de partage de foi entre immigrés toulousains de nationalités et de religions différentes à l’initiative d’un membre de l’ACO.
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Voici le poème que l’on trouve dans ce livre
Tu t’appelles Bon Dieu
Toi, Dieu,
Je ne sais pas qui tu es, ni où tu es.
Est-ce que tu es comme nous ?
Moi, tu sais, j’ai appris que tu avais un adversaire.
Et alors, on m’a appris à avoir peur de lui
Et de Toi aussi.
Il faudrait marcher droit, sinon…
L’un ou l’autre aurait puni;
Dans le ciel ou l’enfer, on serait fini.
Mais une fois la frontière passée
J’ai trouvé que
Toi, Dieu, tu es resté là-bas
A l’église du village
Cette église brodée d’or et de cailloux précieux.
Alors, ici, toi comme çà, tu n’existais pas.
Et je commençais à demander de tes nouvelles
Aux autres immigrés
Beaucoup m’ont dit :
Ne t’en fais pas : il est resté là-bas au village! »
Et je croyais que c’était vrai
Parce que j’allais pour te voir
Et je ne te voyais pas.
Mais j’ai eu besoin de savoir
Comment tu vivais ici.
Alors, j’ai trouvé que
Toi, tu n’existais pas comme là-bas
Et tun’étais pas orné d’or et de superstition.
Mais que tu étais simplement là,
Là-bas, tu étais toujours au même endroit.
On allait te voir.
Ici, tu viens vers nous, tu nous parles de la vie.
Tu sais, au début, nous avions peur
Mais après, nous t’avons
Et tu es venu parmi nous.
Ici, tu nous parles beaucoup de la vie
Tu ne nous as jamais parlé du ciel et de l’enfer
Comme là bas.
Même ton nom a changé.
Ici, nous avons appris que toi, tu t’appelles Bon Dieu
Maria
Depuis, Fortunato a fait fortune : avec Micas, son épouse, ils ont acquis à leur retraite une ancienne ferme qu’ils ont retapée. Le jardin est un jardin du Portugal, avec ses pieds de vignes, ses rangées de choux et de tomates, ses fleurs, de quoi accueillir sa nombreuse famille ainsi que cochons et volailles.
Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda | RSS 2.0
4 Réponses à “Fortunato”
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Pierre, ton blog est étonnant car il nous permet de découvrir des moments de ta vie que nous ignorions complètement ! ! Tu les racontes en plus avec beaucoup d’humanité, cela réchauffe le cœur en cette période froide.
Il est plus triste de voir que la situation de Fortunato est celle de bien des personnes encore sous notre République !
Et je ne suis pas tout seul. C’est une facette de la vie à Toulouse et des chemins qu’y prend l’Evangile. Il nous arrive de nouer quelques fils de cette grande tapisserie.
que des chemins parcourus ensemble depuis l’écriture de ce texte et de ce livre. On pouvait peut être penser à quelque chose à nouveau ? pour consolider le tissage des couleurs de la France,
Merci Pierre de nous donner à lire ton chemin de vie, nous ne pouvons pas oublier les années d’engagement en ACE et autres actions. a bientôt
Il est temps de retourner la toile pour voir le dessin d’ensemble de ce que nous tissons, même s’il reste encore beaucoup de trous dans la toile. Nous avons la chance de nous donner cette espérance les uns aux autres.
Pierre