10-06-2021

Grâce à Macron, le Rwanda est redevenu le pays des Droits de l’Homme

OIP

 

La visite du Président Macron au Rwanda en Mai dernier, était savamment préparée par une commission d’historiens qui concluaient à un grave aveuglement de la politique française qui aurait favorisé le développement du génocide de 1994.

Aujourd’hui comme hier, il n’a pas été possible de faire entendre d’autres voix. Les témoignages sont pourtant accablants sur la manière dont le FPR a mené la guerre, au Rwanda d’abord, au Congo ensuite.

Madeleine avait publié en 2012 un long témoignage qui n’a pas trouvé d’écho. Au moment du 6° anniversaire de sa mort, je crois utile de citer le passage qui raconte les circonstances de son exclusion en 1997 ainsi que la conclusion qu’elle donne à son témoignage.              Pierre RAFFIN

(Le moment de l’expulsion)

Devant le ton de l’entretien (à l’Office rwandais de l’immigration, je demandais à ce qu’on m’accorde un visa d’un an si on devait ne pas renouveler le visa définitif. Il me fut répondu qu’il n’était absolument pas question de me refuser le visa. Quinze jours plus tard, on me remettait un avis d’expulsion, en tant qu’individu « indésirable, qui sème la division au sein de la Caritas qu’elle dirige, et prêche le négationnisme ». J’avais obligation de partir par le premier avion, le lendemain. Cette lettre avait été signée le 15 février, le lendemain de mon interrogatoire. Il en était de même pour MT Demange qui dut partir avec le même avion, tandis que le Père Blanc a pu rester à Gikongoro.

Je me rendis alors à l’Ambassade de France puis à la Nonciature Apostolique pour demander un appui. L’Ambassadeur, accompagné du Nonce se sont rendus au Ministère de l’Intérieur, pour demander des explications, il leur fut répondu que j’avais un dossier si important qu’il n’était pas question de revenir sur la décision. L’Ambassadeur faisant remarquer au ministre qu’il était dommage que je ne puisse pas consulter ce dossier, ne reçut aucune réponse. Je devais donc m’exécuter et l’avion partait le lendemain dans l’après midi.

Je me souviens très bien de mon dernier retour à Gikongoro, à la tombée de la nuit. Contemplant le spectacle de notre colline au coucher du soleil, je compris combien j’étais attachée à ce coin d’Afrique où je laissais tant de souvenirs et que je ne reverrai sans doute jamais. Les adieux furent rapides et émouvants, on nu parlait pas beaucoup, des militaires suivaient de loin mes agissements, mais je n’ai pas été inquiétée.

A l’aéroport, une voie spéciale m’était réservée, mais je n’ai été ni malmenée, ni menacée. Les militaires voulaient seulement s’assurer de mon départ. J’étais accompagnée d’un prêtre de mes anciens élèves qui résidaient à Kigali et du nouvel économe diocésain de Gikongoro. Ils eussent été plus nombreux à m’accompagner dans cette épreuve, ils auraient risqué leur sécurité• (p162)

Conclusion

Au terme de ce long témoignage, réalisé 15 ans après mon retour, dans lequel j’ai voulu retracer ce que j’ai connu de meilleur et de pire. Mon regard sur le Rwanda et les Rwandais a-t-il changé ? Je ne le crois pas.

S’il m’était donné de fouler à nouveau le sol rwandais pour quelques jours – ce qui dans l’immédiat me paraît impossible – ce serait pour y voir combien souffre la grande majorité de ce peuple lorsque les Droits de l’Homme ne sont pas respectés. Il me suffit de penser à l’habitat, l’agriculture, chacun ne vit pas selon la coutume, reçue de ses ancêtres mais améliorée, il doit vivre selon les ordres venus d’en haut.

Le Rwandais est particulièrement attaché à son pays. J’avais pu mesurer cet amour du pays déjà lorsque, dans les années 1974, je me rendais à Bujumbura, visiter joseph Niyomugabo, qui, ayant dû fuir Kansi, enseignait au Petit Séminaire de Kanyosha, près de Bujumbura. Mais, j’en profitais pour aller saluer des familles d’amis tutsis, réfugiés dans les faubourgs de Bujumbura. J’ai ainsi plusieurs fois visité un ancien Chef de la région de Kibeho – j’ai oublié son nom – qui me recevait toujours comme les Rwandais savent le faire, mais avec cette particularité QUE JE VENAIS DE SON PAYS… Et dans le quartier, une voiture immatriculée au Rwanda ne pouvait passer inaperçue. J’ai un peu compris ce qu’était la nostalgie.

Aujourd’hui d’autres réfugiés ont trouvé leur place, ou la cherchent toujours, un peu partout dans le monde. Eux aussi n’ont rien oublié de leur pays, et cet amour et le respect de leurs racines, ils tentent de le transmettre à leurs enfants. Ils ont laissé une maison, des parents, des frères. Ils n’oublient pas.

Au Rwanda, rien n’est revenu comme avant, et pourtant les Rwandais de l’intérieur comme ceux qui vivent en exil, tous rêvent à un pays pacifié, un pays enfin réconcilié… Et l’on a le droit de croire que l’espérance aura le dernier mot.

Au jour des obsèques. Au jardin de Saint Lieux

Jour des obsèques. Au jardin de Saint Lieux

Les valeurs traditionnelles que j’ai tant appréciées au Rwanda, celles de la solidarité dans la famille élargie, de la fraternité, le sens de l’accueil ont été remplacées par la loi du plus fort, la soif des richesses – surtout venues du Congo voisin – la terre n’appartient plus au paysan… Mais ce n’est pas pour toujours. Bien des familles réfugiées qui ont trouvé une place chez nous, n’ont rien oublié, elles qui se privent pour soutenir la famille restée là-bas. Ces grandes valeurs traditionnelles sont un chemin d’avenir et l’on est en droit d’espérer que demain sera meilleur qu’aujourd’hui et que le Rwanda redeviendra un jour, le Rwanda.

Il faudra que les membres influents de la Communauté Internationale acceptent de dénoncer le mal, de dire que les rwandais ont des droits – cela s’appelle les Droits de l’Homme -. Spolier une famille de la terre qui la fait vivre est mal, de même que détruire sa maison.

Il y faudra surtout une vraie réconciliation entre Rwandais qui aiment leur pays et ses valeurs et qui souhaitent revivre ensemble, tous sur une base d’égalité. Des chemins sont ouverts dans les divers mouvements qui militent pour la vérité, la justice et la réconciliation. Les voix sont là, il leur reste à s’accorder et à être crédibles.

Mon dernier mot à mes amis rwandais est un immense merci à tous ceux qui m’ont accueillie et fait confiance et ils sont légion !

Un jour, j’ai vécu l’exclusion qui m’a valu de quitter le pays, et je connais certains « amis » qui y ont pris quelque part. Je veux qu’ils sachent que je leur ai depuis longtemps pardonné, car le pardon est la condition de la vie.

Le livre où elle raconte son témoignage Ed Source du Nil

Le livre où elle raconte son témoignage Ed Source du Nil

Mais je veux surtout remercier tous ceux – et ils sont nombreux – qui ont contribué à ce parcours peu ordinaire. J’ai vécu pendant plus de 25 ans avec le salaire d’un professeur rwandais débutant.
J’ai pu parcourir les routes, participer au développement en montant quelques projets. Ils sont Rwandais, mais également, Français, Belges, Suisses, Allemands… connus depuis longtemps ou au fil des rencontres, à qui je dois de dire : rien n’eut été possible sans eux. Ensemble nous avons participé au développement au service de ce courageux peuple. (pages 281-182)

Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, Témoignage | Pas de Commentaires »

22-05-2021

Avec les coyants de Gaza

Le vent de l’Esprit sur notre temps SErmon de Pentecôte

Actes des Ap 2,1-11

Jean 15, 26-27, 16, 12-15

 

apôtres pentecôte L’image grandiose des langues de feu, au milieu d’un vent violent, venant se poser au-dessus des chacun des apôtres, est une sorte de préface au Livre des Actes des Apôtres. Saint Luc a écrit son ouvrage en deux tomes : l’Evangile, qui renferme les actes du Christ et les Actes des Apôtres qui relatent ce que les disciples ont fait à sa suite.

Les images de vent et de feu veulent évoquer l’histoire de la mission des croyants confiée par Jésus aux disciples au moment où il est quitte. Il leur avait  promis : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles »

Jésus envoie son Esprit qui sera leur Défenseur : celui qui les défend et les consoles à la manière du vent, qui peut-être la légère brise du matin comme le tourbillon qui vous emporte dans l’insécurité totale.

L’Esprit de Dieu nous apprend aujourd’hui à garder confiance alors que nous sommes emportés par des événements que nous ne maîtrisons pas. Nous pensons tous évidemment à la pandémie qui a réveillé dans le monde le sentiment de l’insécurité et de la fragilité pour nous-mêmes et pour tous les hommes.

Nous pensons aux guerres, à celle de la Palestine qui vient de s’interrompre grâce peut-être à de multiples interventions humaines, qui nous donnent l’espoir qu’il y a toujours des solutions possibles entre nos mains.

L’Esprit de Dieu est aussi à chercher dans la brise légère :

« Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va » ! (Jean 3, 8). J’ai eu le privilège hier, grâce à un ami palestinien, d’être en communication avec sa famille à Gaza. On se présentait chacun à son tour comme on le fait sur WhatsApp et ils me disaient tous : « La guerre est finie » ! J’ai essayé de leur dire des paroles d’encouragement et ils me disent c’est tous : « merci merci »,  comme si nous avions été pour quelque chose dans ce résultat inespéré.

Peut-être avaient-ils conscience que le soutien que les Palestiniens ont pu recevoir dans le monde a été pour quelque chose dans l’aboutissement des tractations internationales qui ont imposé ce cesser le feu.

Ils ne se trompent pas : ce sont des croyants musulmans qui savent la force de la prière. C’est ce que dit la prière de la Messe pour la Réconciliation :

« C’est à toi que nous le devons lorsque le désir de s’entendre l’emporte sur la guerre, lorsque la soif de vengeance fait place au pardon

et que l’amour l’emporte sur la haine »

Nous croyons que l’Esprit Saint souffle où il veut : il souffle au cœur de tous les artisans de paix à travers le monde il peut toucher les hommes de toute religion il peut aussi toucher le cœur de tous ceux qui ont des responsabilités dans la communauté mondiale.

Il nous apprend à être sensible les uns aux autres, à la part infinitésimale que chacun peut apporter pour que l’amour et l’espoir existent. Je garde l’image de cette grand-mère que j’ai aperçue il y a 15 jours dans le square de l’église Sainte Germaine. Elle était arrivée un peu à l’avance à la messe et s’était assise pour bavarder avec les clochards qui occupent ce lieu. Voilà une bonne préparation à la célébration de l’Eucharistie. Jésus nous dit : «  Je vous témoigne de l’amour du Père, et vous aussi vous serez mes témoins : ce que vous prendrez de moi, vous le donnerez à d’autres ».

Nous avons peut-être trop tendance à nous féliciter du bien que nous pouvons faire. Jésus nous apprend à remercier le Père qui a mis en nous cette disposition.

S’ouvrir à ce cœur de Père, c’est élargir le nôtre, et aussi s’ouvrir à l’espérance.pentecôte

Charles de Foucauld parlait de Dieu comme du Maître de l’impossible. Nous avons besoin des témoignages des saints pour nous dire que ces paroles ne sont pas des mots seulement : c’est la Vérité toute entière vers laquelle l’Esprit de Dieu veut nous conduire, où chaque être humain à sa place dans le cœur de Dieu et dans l’Espérance qu’il nous ouvre.

Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda, sermon | Pas de Commentaires »

27-04-2021

Génocide rwandais ou génocide des Tutsi ?

Chaque année le génocide du Rwanda trouve un regain d’actualité avec les cérémonies d’anniversaire organisées par le gouvernement de Kigali. Elles  sont en même temps une occasion de jeter l’anathème sur ceux qui ont une analyse différente de ces événements : ils sont qualifiés de divisionnistes et ont le choix entre la prison si possible, les tentatives d’assassinat, la mise au silence et finalement le découragement.

le Conseil Départemental de la Haute-Garonne n’a pas hésité à mettre ses moyens au service de ceux qui en France servent de relais aux campagnes de délation vis-à-vis des réfugiés rwandais qui croyaient avoir obtenu asile dans notre pays et sont pourtant envoyés au tribunal spécialement fait pour eux. Les prévenus ne sont pas nécessairement de grands délinquants mais des gens soupçonné par la justice du pays qu’ils ont fui.

Depuis la présidence de Sarkozy qui a fait ce qu’il fallait pour obtenir une normalisation des relations, les compromis se succèdent avec le régime qui s’est avéré dictatorial de Kigali. Maintenant une commission d’historiens, en fait favorable aux thèses de ce gouvernement, conclut, on s’en serait douté, à la grave responsabilité de la France, non pas d’avoir franchement participé au génocide mais de ne pas avoir eu assez lucidité pour le voir venir ni des mots assez forts pour le condamner.

Il n’y a plus qu’à espérer de nouvelles : accélération des procès en cours et de nouvelles accusations…

 

C’est ainsi que le Conseil Départemental nous a offert le 24 avril 2021une visioconférence qui associait  la mémoire de plusieurs génocides du 20e siècle.

« La communauté internationale doit prendre à bras le corps la question de la lutte contre les génocides »

Rwanda-l-eloge-du-sangIl n’est pas question de mettre en doute les compétences de chercheurs des protagonistes de l’émission et parfois de leur réel sentiment d’humanité, mais plutôt se plaindre de leur aveuglement ou de leurs contradictions.

La première, c’est que la « science guérit de tout » : mais pas forcément de leur malhonnêteté, puisque ils sont capables, comme dans tout mensonge, de mêler le vrai et le faux.  Il ne faudrait pas que la stricte signification du terme  « génocide » écarte du débat des massacres tout aussi sanguinaires qui ont été réalisés par le FPR de l’actuel Président KAGAME avant pendant et après 1994, date à laquelle ce génocide s’est produit.

En second lieu, la comparaison avec d’autres génocides référents : le génocide d’Arménie de 1915 et celui des Juifs dont la « solution finale » a été décidée en 1942, ne dispense pas d‘analyser le climat de violence qui a permis à celui du Rwanda de couver, et donc d’étudier les responsabilités éventuelles du FPR qui était partie prenante du conflit. Pas un mot de tout cela sinon l’éloge du président MACRON qui a choisi sa ligne politico-financière en la matière, en attendant de le pourfendre s’il ne donne pas satisfaction.

Les ouvrages en français ne manquent pas pour corroborer ce que je dis, le plus récent et celui de la Canadienne Judi REVER : : « L’éloge du Sang » traduit en français en septembre 2020 chez Max Milo. Ouvrage considéré bien sûr comme négationniste.

Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda | Pas de Commentaires »

06-12-2020

Bonne Nouvelle de Jésus Christ Fils de Dieu : Fake New ?

fake news

Marc 1, 1-8                         2° dimanche de l’Avent

En ce moment où nous manquons de tout, en plus de ma promenade de santé, je fais quelque fois un tour sur face book. C’est vraiment le café du commerce : chacun donne son idée, bonne ou mauvaise, sur les nouvelles du jour, vraies ou fausses … car il y a aussi des fake news

J’ai trouvé hier ce petit défi : « pouvez vous citer une bonne nouvelle en 2020 ? »

Il m’est venu à l’esprit l’élection difficile de Joe Biden.

Pour un nombre raisonnable de gens, c’est une bonne nouvelle.

Depuis l’autre côté de l’atlantique, on peut voir ces évènements en gros et discerner tout de même les grands dangers auxquels le monde est exposé. La vie et la survie de la planète peuvent être entre les mains de gens irresponsables mais qui savent flatter l’égoïsme et la vanité ce ceux qui veulent le maintenir au pouvoir. La méthode est bien rodée : puisque j’ai montré mes qualités de négociateur en augmentant ma fortune : on va faire pareil pour la gestion de l’état, et vous en profiterez !…

En quoi l’élection de quelqu’un qui semble avoir de meilleurs sentiments peut être une bonne nouvelle pour le monde ?

On ne va pas dire que Dieu a eu pitié de nous en nous envoyant quelqu’un qui peut nous sauver de graves dangers, car le nouvel élu aussi peut être soumis à la tentation, mais que si victoire il y a, il se l’est gagnée ! La bonne nouvelle est que cet homme a été obligé de se mouiller la chemise pour gagner son élection. Si on veut bien lutter, on peut encore changer quelque chose !

 

Ce monde de médias où l’on peut dire tout et son contraire, s’enthousiasmer  pour une nouveauté et passer tout aussi vite à autre chose, ressemble  au monde des premiers chrétiens : tout se discutait sur la place publique appelée l’agora : les papotages comme les décisions de la vie publique. Chacun pouvait se croire immunisé  pour ne pas se laisser prendre aux discours plus ou moins trompeurs que l’on entendait.

Marc est de ceux qui se sont risqués à proposer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ Fils de Dieu à ces oreilles capricieuses. Avec cette nouvelle année liturgique, nous commençons la lecture en église de cet évangile, non avec des commentaires savants, mais en étant attentifs à ce que chacun peut en dire.

 

Pour nous, lecteurs et auditeurs du XXI° siècle, la première phrase en déjà problématique :

-  « Bonne nouvelle » : qu’est-ce que tu vas nous raconter là : avec tout ce qui nous arrive sur le dos, nos dirigeants n’arrivent à ne nous trouver que des « ordres du jour », qui devront  être modifiés le jour suivant !

C’est le défi que j’ai trouvé sur face book : « allez vous me trouver une bonne nouvelle pour 2020 »

-  « Bonne nouvelle de Jésus Christ » : « avec ces problèmes qui nous assaillent aujourd’hui, comment pouvez vous assurer que les bonne recettes de votre Jésus, qui était un philosophe des temps reculés et de plus raisonnait en termes religieux, pourraient nous apporter quelque chose d’utile ? Circulez, il n’y a rien à voir ! Et d’ailleurs, les gens de son temps n’ont pas voulu croire en lui

Les premiers chrétiens ont dû s’affronter comme nous à des gens qui n’étaient  pas forcément prêts à les écouter, qu’ils soient païens ou juif. Les païens se contentaient de la superstition pour résoudre les incertitudes de la vie quotidienne, et quand çà ne marchait pas, ils disaient : « C’est le destin ! »  Les juifs prétendaient avoir renoncé aux idoles mais dans les faits ils mettaient en tête de leurs désirs des réalités qui sont bien de ce monde : la recherche de la sécurité ou de l’aisance par l’argent, les bonnes relations. C’est pourquoi Jean le Baptiste les invitait à une conversion de leur regard et de leurs manières d’agir. Ils voyaient le Messie, le Christ comme quelqu’un qui les mettrait encore plus en valeur, et de façon spectaculaire.

 

Les évangiles sont les carnets de route des disciples de Jésus qui ont vu en lui un autre messie que celui qui était attendu par les juifs de leur temps.OIP

Pour affirmer Jésus est bien le Christ, le messie, ils ont retrouvé d’autres traditions bibliques qui annonçaient le messie comme celui qui réaliserait  les promesses de Dieu dans toute leur profondeur : nous enseigner à vivre selon l’identité de Dieu qu’ils avaient mieux reconnu : celui qui console, pardonne, montre son amour de Père pour tous hommes, à commencer par ceux qui auront été plus méprisés ou exploités.

On voit que les raisons invoquées aujourd’hui pour ne pas croire au Christ sont sensiblement les mêmes qu’au temps des premiers chrétiens : une génération qui dit ne plus croire en Dieu, mais de quel Dieu parle-telle ?

 

Sans se lasser, la liturgie nous fait faire le chemin de foi contenu dans les évangiles en nous laissant impressionner par l’histoire et les gestes de Jésus qui aujourd’hui, si nous le voulons bien, nous baptise dans l’Esprit de Dieu, nous plonge en lui, nous fait apercevoir et mieux ressentir le projet de Dieu,  si bien esquissé par les prophètes  que l’on lit au temps de l’Avent., et résumé par l’apôtre Pierre (lecture de ce jour : 2P 3,8-14): « ce que nous attendons ce sont des cieux nouveaux et une terre nouvelle où habitera la justice ». Nous en avons fait un chant de l’Avent

OIP (1)

« A ce monde que tu fais chaque jour avec tendresse

Donne un  cœur nouveau, donne un cœur de chair

Viennent les cieux nouveaux et la nouvelle terre

                                                                       Que ta bonté nous donnera

                                                                       Viennent les cieux nouveaux et la nouvelle terre

                                                                       Où la justice habitera »

Publié par Pierre Raffin dans sermon | Pas de Commentaires »

31-08-2020

Visite à Maguelone

burstEhab est un jeune palestinien, courageux malgré son handicap : il a quitté Toulouse où il était connu, pour continuer ses études de français à Montpellier. Ouvert à tous les signaux de son téléphone portable, il a fini par trouver un magnifique appartement en bord de mer où il m’a invité pour quelques jours de vacances.

Il m’a montré un de ses lieux préférés : l’ancienne cathédrale fortifiée de Maguelone qui domine la mer, tout près de chez lui. Il m’a fait partager ce qu’il ressent en ce lieu que ses ancêtres Sarazins ont autrefois occupé ! La forteresse avait ensuite servi de refuge à quelques papes du Moyen Age, puis aux protestants, ce qui lui a valu d’être démolie par Richelieu…magelone

Au XIX° siècle, une famille de commerçants  Montpelliérains achète l’île, et commence à réhabiliter les lieux en en faisant un parc de plantes méditerranéennes. Et c’est ce qui fait le cachet de cet endroit où sont associés la mer, la végétation méditerranéenne et les pierres de l’église romane.

Le lieu est maintenu en vie par un CAT (Centre d’Aide par le Travail), qui exploite les vignes, entretient les paysages, et plaide pour de nouvelles réhabilitations.IMG_20200824_170618_BURST001_COVER

Il m’ semblé que ce lieu parlait bien de notre situation d’aujourd’hui : malgré les troubles et les incertitudes que nous connaissons avec la pandémie et le reste, il y a des choses qui nous parlent : les paysages de bord de mer que l’on trouve ici, la lumière qui traverse les feuillages pour éclairer les murailles de ces vieux bâtiments, l’atmosphère apaisante de l’église romane, le centre l’aide par le travail qui maintient ce lieu en vie…

Un silence qui parle comme autrefois aux poètes romantiques :

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme

Qui s’attache à note âme et la force d’aimer ? »

C’était Lamartine.  Avant lui, après les destructions produites par la Révolution Française, Chateaubriand avait écrit : « le Génie du Christianisme » : les pierres d’une église même détruite parlent encore… de ce que l’on ne voit pas : le mystère qui enveloppe la vie humaine et lui promet un avenir.

Autre chose que ce que nous trouvons sur nos appareils même bien branchés.

Publié par Pierre Raffin dans Laïcité, Patrimoine artistique | Pas de Commentaires »

15-05-2020

Sortir déconfinés

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les apôtres après la mort de Jésus

Nous approchons du déconfinement : « c’est pas encore, mais çà y est presque ! »

Bien sûr, on ne pourra plus  faire comme avant… Il faudra garder des distances, mais enfin, quelle joie de retrouver les autres, se parler, se dire comment on a tenu le coup… peut être aussi  parler des blessures, car il y a les projets qu’on n’a pas pu réaliser, les gens qui se sont repliés sur eux-mêmes, la tristesse de maisons vides d’amour…

Mais il y a aussi les oiseaux qui se sont rapprochés de la fenêtre : ils n’avaient plus peur du bruit des villes qui les avait écartés, messagers d’un monde  auquel il faudra s’adapter mieux, en étant respectueux des êtes humains et de leur environnement.

 

Sept semaines de confinement : comme entre Pâques et la Pentecôte !

Jésus était Vivant, Ressuscité, mais les apôtres étaient confinés dans une pièce retirée, le Cénacle, incapables de le reconnaître, et surtout privés de l’élan de la vie nouvelle  qu’il avait déposée dans leurs cœurs…

Nous n’attendons pas le Miracle de la Pentecôte qui devrait se reproduire chaque année, mais nous savons que cette histoire se produit en chacun de nous, et c’est l’histoire du Peuple de Dieu que nous continuons. Tant d’histoires de confinements et de déconfinements.

Le confinement du Paradis Terrestre : bien ou mal, il a fallu en sortir pour se risquer à l’aventure du Monde.

Confinement dans l’Arche de Noé… quand il était possible  de réunir quelques échantillons d’humanité dans une seule barque !  Ils ont pu échapper au désastre de l’environnement et découvrir un bel arc en ciel qui promettait une nouvelle alliance avec la Nature, pourvu que les hommes sachent la respecter.

L’histoire biblique ne raconte que des confinements et des déconfinements : le confinement dans le Désert où l’homme apprend qu’il ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole venant de la bouche de Dieu…

Jésus aurait pu rester confiné dans sa Galilée, entouré de gens qu’il connaissait très bien, vivre avec eux les merveilles de partage, de confiance, qui avaient commencé d’éclore… Jésus a voulu aller à Jérusalem, là où ce sera plus compliqué, où devait se tenir l’affrontement  qui allait le conduire à être violemment rejeté par le peuple et ses chefs.

Là aussi, Jésus avait appris aux disciples à revenir sur ses paroles : Bienheureux les pauvres de cœur, les gens simples, prêts à ouvrir leurs mains et leurs bras, mais il en avait ajouté d’autres qui leur paraissaient étranges : Heureux ceux qui sont persécutés pour la Justice car leur récompense sera grande dans les cieux !

Christ Roi Budapest

le Christ de l’Apocalypse Budapest

Les chrétiens ne cherchent pas un parallélisme rigide avec ce qui est raconté dans la Bible, mais ils trouvent dans ces écrits une source » d’inspiration, un Esprit,- cet Esprit qui, disait le poète Paul VALERY, a fait naître de grandes choses, mais en ferait naître de tout autres en d’autres temps.

 

Le monde entier s’est retrouvé comme enfermé dans un hôpital de campagne, selon la formule du pape François. Il n’est pas très raisonnable de protester contre Celui qui a permis cet enfermement. Nous devons plutôt reconnaître ce qui a commencé de nous guérir : peut être la perception de la solidarité : non pas les uns sans les autres, mais les uns pour les autres, ce qui est la loi de la Vie.

Les infirmiers de la pandémie nous  délivrent l’ordonnance du déconfinement, mais n’oublions pas  ce que nous avons mieux compris de notre humanité et que nous sommes appelés désormais à cultiver.

 

Pierre RAFFIN

Publié par Pierre Raffin dans Migrations - International - Rwanda | Pas de Commentaires »

17-02-2020

Chère Amazonie

 

_enfant amazonieJ’ai visité, le 6 février dernier à Paris, l’exposition de photos de Claudia ANDUJAR, sur l’Amazonie. Plus de 30 ans de photographie et d’amitié avec les « Yanomami » dont le nom signifierait « les êtres humains »…

C’et une belle leçon d’humanité que fournit ce peuple menacé de disparaître par l’extraction sauvage des minerais, le pillage et les incendies des forêts, les épidémies  et la déstabilisation des communautés.

« Claudia est entrée dans l’intimité des yanos , et a cherché à traduire l’intensité de l’univers chamanique qui les englobe. Des rayons de lumière fusent dans l’air, un jeune homme étendu dans son hamac est nimbé de fumée… Les scènes de la vie quotidienne   sont interprétées de manière à transcender la réalité, en invitant à une interprétation métaphysique. »

jeune hamac AmazonieJ’avais fait cette visite en compagnie de Raoul, mon ami chilien exilé à Paris. Il ressentait tout cela parfaitement.

J’ai « visité » quelque jours plus tard cette même exposition en lisant avec passion le texte que le pape François vient de publier : « Chère Amazonie ».

Le pape latino-américain connaît la pauvreté et la dignité de ce peuple en étroite communion avec ses fleuves et ses forêts, menacé de disparition et de corruption par les prédateurs de la civilisation capitaliste. Les habitants des forêts équatoriales risquent de disparaître comme des « espèces non viables ». Mais avec eux c’est le sens de notre appartenance  à notre environnement qui risque d’être mutilé, désacralisé.

Les mépriser,  c’est ne plus apercevoir ce qui nous réunit  au mystère de la vie, qui nous est offerte de manière somptueuse  comme un cadeau.

Lutter pour cette incroyable diversité présentée dans la nature, peut être une approche de Celui qui nous a donné tout cela et entrer plus avant dans les intentions du donateur.

Nous avons besoin de la poésie pour faire notre chemin vers Dieu.

chère Amazonie« Seule la poésie, dit encore le pape citant un poète indien, grâce à l’humilité de sa voix, pourra sauver le monde ».

Publié par Pierre Raffin dans Action Catholique, Migrations - International - Rwanda, Patrimoine artistique, Vie d'Eglise | 2 Commentaires »

29-12-2018

Noël des Gilets Jaunes

messe giletsIl porte un gilet jaune depuis le début du mouvement. Pour Noël, c’est bien naturellement que le père Joseph Nurchi est venu célébrer la messe de minuit sur le rond-point des Quatre-Chemins à Somain (Nord). Et ce soir, la chasuble du prêtre, ancien ouvrier, est jaune aussi: « C’est un couple de réfugiés nord-coréens qui me l’avait offert à l’occasion de mon ordination… »

Les feuilles de chants sont distribuées, la messe peut commencer. C’est Aurélie, auxiliaire de vie, qui lit le mot d’accueil, en s’adressant à chacun: « Toi, le retraité, toi, le travailleur, toi, la maman qui cumule deux emplois… Nous sommes tous unis ce soir pour célébrer Dieu qui nous apporte la lumière… » Cette trentenaire a préparé la messe avec l’abbé et deux autres gilets jaunes catholiques, Johan et Maxence.

« Le ciel et la terre ont convergé dans la crèche et nous avons une convergence: lutter contre l’injustice sociale qu’on ne peut pas accepter », poursuit le père Nurchi pour introduire la prière pénitentielle… Avant d’insister, dans son homélie, sur le thème de la paix: « Aucune violence n’est légitime, qu’elle soit celle des casseurs qui touchent aux biens des autres ou la violence économique qui fait sortir les gens dans la rue… Mais sur ce rond-point des Quatre-Chemins, vous avez toujours privilégié le dialogue… »

icone plongeur

Cherchez vos coquillages !

À Somain, des gilets jaunes célèbrent la messe de Noël sur un rond-point – La Croix

Ces cris, il faut les entendre

 

Noël des Gilets jaunes

Publié par Pierre Raffin dans Action Catholique, Témoignage, Vie d'Eglise | Pas de Commentaires »

12-12-2018

La France des gilets jaunes, entre collines et ravins

Sermon du temps de l’Avent

Luc 3, 1-6

Cette page de l’Evangile de Luc marque le début de la proclamation de l’Evangile sur la scène du monde.

Il y a ceux qui se partagent le pouvoir : l’autorité impériale, les chefs locaux, le grands prêtres avec lesquels il faut aussi compter…

Une autre voix vient du désert, elle investit Jean, le prophète.

Elle vient du fond des âges. Elle s’identifie avec les promesses renouvelées par le prophète Isaïe ch 40 :

« Consolez mon peuple… Parlez au cœur de Jérusalem, dites lui que son esclavage est fini, dites lui qu’elle a reçu double punition pour ses fautes » ou ses erreurs : il a fallu avaler toutes les punitions qui sont les conséquences de nos déviations… maintenant, le Seigneur vient. Il a écarté toutes les difficultés qui nous faisaient croire qu’il nous serait impossible de sortir du gouffre.

Le prophète Isaïe dit qu’il y a un cœur pour Jérusalem : un lieu où elle peut écouter, se laisser réconcilier, exprimer aussi ce qu’il y a de beau qui peut sortir de son cœur…

Le Psaume 119 32 dit : « Tu as dilaté mon cœur, maintenant je vais courir sur les chemins de tes commandements ».

Son cœur peut se dilater en se laissant réconcilier avec Dieu. Les précipices seront comblés !

-   On peut être enfermé comme au fond d’un gouffre

-   On peut être opprimé ou anéanti par ceux qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé

Yse-_-Ludmila-Mikael

Ludmila-Mikael dans le rôle d’Ysée

-   On peut être dépaysé par des chemins tortueux.

-   On peut être blessés au hasard  des obstacles rencontrés…

Le poète Paul Claudel avait résumé cela avec un proverbe portugais :

« Dieu écrit droit avec des lignes courbes ».

Il a raconté sa conversion survenue18 ans, l’après midi de Noël 1886, derrière un pilier, à ND de Paris : «  »En un instant mon cœur fut touché et je crus ! » Il a eu le sentiment d’être investi par une présence qui le dépassait. Tout lui paraissait lumineux, sauf qu’il y avait tout à faire, à reconstruire, sauf qu’il fallait régler son compte avec une liaison adultère où il s’était investi. « Ce terrible amour, dit-il, qu’il faut vous arracher du cœur ! »

Cette situation revient souvent dans son œuvre : elle était devenue le symbole des ravins infranchissables qui nous séparent de la mise en œuvre de la Parole une fois entendue.

« Comment t’es-tu fait un chemin, voix de mon Dieu ? » (Gertrude Von Le Fort, poétesse allemande) ;

Le rappel de ces citations nous indique les chemins, parfois abrupts, infranchissables, qui se découvrent comme possibles avec la grâce de Dieu.

L’Evangile de Luc donne ici une préface à son récit qui raconte plusieurs épisodes du chemin de Jésus avec les siens, comme autant d’ouvertures qui permettent à la Parole de Dieu de venir jusqu’à nous et nous donne les moyens de répondre.

Gilets-jaunes-17-novembre-1024x768-1-854x641-854x641En ce moment d’anxiété vécu par notre pays, on dirait que nous sommes au fond d’un ravin dont nous ne savons comment sortir.

Chaque croyant devrait pouvoir se dire pour lui-même la parole adressée à jean Baptiste :

« Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut, tu marcheras devant la face su Seigneur pour préparer ses chemins pour faire connaître à son peuple le salut et la rémission de ses péchés » !

Le salut, par rapport aux montagnes d’orgueil qui nous paraissent infranchissables, aux ravins dans lesquels nous nous sommes laissés emprisonner, aux blessures qui nous paraissent inguérissables.

Le salut par la foi, dit le prophète Michée est « de marcher humblement devant ton Dieu »(Michée 6, 1-8)

A charge pour nous d’explorer toutes les voies enseignées par Jésus dans l’ l’Evangile,(Pascal), lancer les ponts que nous pouvons réaliser pour que la justice et la paix, entrevues dans la foi se réalisent sur la terre comme au ciel.

C’est un défi.

L’urgence du temps nous indique aussi la force d’autorité que nous pouvons donner à la Parole de Jésus, car il vient « non pour condamner le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé ».(Jean 3, 17)

Publié par Pierre Raffin dans Patrimoine artistique, sermon | Pas de Commentaires »

07-11-2018

Le Colonel Birot, témoin et héros de la guerre 1914-1918

 

le tombeau dans la lumière

le tombeau dans la lumière

Au cours des années 2014-2018, la mémoire nationale s’est remise en route pour partager les souvenirs de la guerre qui s’est déroulée il y a maintenant 100 ans.

Nous avons à Saint Lieux, comme dans toutes les localités de France, notre Monument aux Morts qui relève 27 noms – ce qui est qui est déjà important pour un modeste village.

Une guerre, même terriblement meurtrière, finit par s’ensevelir dans le passé. Cette commémoration a été l’occasion de faire croiser les souvenirs qui viennent de nos familles avec le travail des historiens qui cherchent, avec le recul du temps, à établir ce qui s’est réellement passé.

Notre région garde le souvenir de Jaurès, infatigable défenseur de la paix, et assassiné à la veille du conflit. Il avait sillonné l’Europe pour ouvrir les yeux ds populations sur les conséquences d’un conflit qui, avec les progrès de l’industrie de l’armement et les rivalités des empires coloniaux en train de se constituer ne pouvait être qu’une guerre mondiale !

On peut voir à Saint Lieux, outre le Monument aux Mort face à l’église et à la mairie, au cimetière celui du Colonel Joseph BIROT, membre de la commune, où il s’est marié en 1898 avec Marie de BARAVY . On trouve, gravées sur le monument les traces des faits de guerre attribués au 124 ° RI , dont il a été le responsable pendant la totalité de la guerre.

l'armement est devenu de plus en plus sophistiqué

l’armement est devenu de plus en plus sophistiqué

Ce régiment, implanté aux environs de Laval, était constitué de Basques, de Gascons et de Bretons. Chaque régiment avait son identité, grâce au drapeau où étaient accrochés les souvenirs des ancien. Celui du 124° RI rappelait le passage de la Berésina, lorsque Napoléon avait subi ses premiers échecs : de quoi remonter le moral des troupes et partir au combat la fleur au fusil. La supériorité de l’artillerie allemande a rapidement fait découvrir les réalités de la guerre : morts et blessés sans nombre, insécurité… et l’humiliation de la retraite de l’armée française. Le 124 ° RI, implanté dans la région des Flandres, compte dès les premiers mois la mort de 20 officier et 250 hommes de troupe.

On note alors les efforts du Commandant BIROT, pour avec un autre officier, réunir ceux qui restaient de leurs bataillons et aménager des positions pour résister à l’avancée des ennemis.

Devenu Lieutenant Colonel, il a pris la tête du 124 ° RI que l’on a déplacé,toujours aux avant postes, dans la région de Verdun.

L’historique du régiment signale des batailles plus difficiles. Chaque fois, le nombre de blessés et de morts s’affiche de façon laconique. Le quotidien, c’est la patrouille de reconnaissance, les bombardements des tranchées et les travaux de déblaiement et de reconstruction après une attaque, les offensives ordonnées par l’État Major. A plusieurs reprises, le PC du colonel est particulièrement visé. En Mars 1918, il est bombardé et gazé à l’ypérite. Une dizaine d’officiers, dont le colonel doivent être évacués, celui ci reprendra le commandement deux mois après !

Pour la dernière offensive avant la victoire, le régiment est à nouveau déplacé. Offensive particulièrement meurtrière qui coûtera la vie au Colonel BIROT. Il est mort le 7 Novembre 1918, quelque jour avant le cesser le feu.

Le monument de Saint Lieux, en rappelant ces batailles, dit que le régiment l’a pleuré comme un père. Les dangers quotidiens demandaient au chef une autorité naturelle et finalement d’être aimé par ses soldats. Un chef exécute les ordres mais il a parfois la possibilité de choisir le moment afin qu’ils soient assurés avec le maximum de sécurité. Le régiment a été remarqué pour la qualité de la nourriture ainsi que pour l’énergie qu’il a fallu déployer pour remettre en état les ouvrages de défense aussitôt que démolis, même si les soldats étaient épuisés, en cas d’une nouvelle attaque.

Son épouse Marie est venue s’installer à Saint Lieux où elle a vécu 50 ans de séparation et de veuvage. Ils n’avaient pas eu d’enfant. La vie s’était arrêtée pour elle le 2 août 1914. Elle vivait là avec les deux servantes qui avaient suivi le ménage durant ses déplacements.

Marie Birot

Marie Birot

Marie BIROT parlait de son homme comme de quelqu’un de bon et de droit. C’était probablement vrai car c’étaient ses propres qualités. La petite école libre de Saint Lieux a toujours pu compter sur son soutien financier.

La maison de Saint Lieux était devenue une sorte de monastère, marqué par les temps de prière, les travaux du jardin, la bonne cuisine pour les hôtes sous la direction de Cécile, et les nouvelles rapportées par Denise lorsqu’elle revenait à vélo du marché de Saint Sulpice.

Cette vie réglée ressemblait aussi à l’administration militaire qui comportait un fourrier, le gradé en temps de paix comme en temps de guerre, qui était chargé des conditions matérielles qui doivent être bien assurées pour que le groupe puisse bien remplir sa mission. Ces qualités ont imprégné la vie de Joseph BIROT et de son épouse. On peut penser aussi qu’elles leur venaient de notre terroir.

Publié par Pierre Raffin dans Action Culturelle, Biographie, Témoignage | Pas de Commentaires »

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